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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 21:23




Jeudi 29 janvier 2009
par L' Aviseur publié dans :

La crise économique et financière qui a éclatée ces derniers mois va-t-elle durer ? Absolument ! répond Franck Peter Pucher qui y voit peut-être la chance d’une remise en cause véritable du système financier supranational.
 

L’assurance vie, présentée régulièrement comme le placement préféré des Français, fait presque l’unanimité : plus d’un ménage sur deux a souscrit un des vingt millions de contrats existants pour un encours global de 1 200 milliards d’euros. Aux éternels inconditionnels de l’épargne garantie en échange d’un rendement faible, sont venus s’ajouter depuis l’été 2008 ceux, peu nombreux, qui avaient senti avant les autres la prochaine dégringolade des marchés actions et ceux, beaucoup plus nombreux, épargnants et actionnaires mortifiés, qui ont subi, sur leurs portefeuille boursiers, des pertes de l’ordre d’au moins 40 à 50 %. Ces derniers, pris de panique, ont préféré concrétiser des pertes désormais irrattrapables en plaçant ce qu’ils avaient pu sauver sur les fonds en euros des contrats d’assurances vie auxquels les banquiers et assureurs s’acharnent à faire souscrire leurs clients. Ces diverses populations d’épargnants ont, comme point commun, le sentiment d’avoir, à des degrés divers, échappé au pire et que, désormais, ils pourront dormir tranquille.
 

Eh bien non ! La crise financière et économique, d’une ampleur jusque là inconnue, dont beaucoup de naïfs optimistes voient le dénouement durant le deuxième semestre 2009 ou, au pire, courant 2010, va probablement durer de nombreuses années. Elle aura des conséquences aussi variées qu’inattendues. Ainsi, par une ironie du sort bien singulière, il faut s’attendre, pour le court et moyen terme, qu’elle risque fort de rattraper les détenteurs de contrats d’assurance vie assortis de fonds en euros, et autres titulaires de livrets bancaires qui se croyaient bien à l’abri. On peut certes applaudir au fait que, parmi la masse des petits épargnants, se trouvent quelques spéculateurs venus se terrer dans ces abris le temps que passe la bourrasque et que, s’agissant de ceux-là, s’applique une espèce de châtiment pour le moins mérité. Néanmoins, cette situation illustre, hélas, une facette inattendue de la crise, à savoir que la chute du prix des actifs, bien représentative de la déflation, ne saurait épargner un seul secteur. C’est littéralement la richesse du pays, si tant est qu’il en ait encore une, qui part en fumée, avec d’autres conséquences pour tous les Français, épargnants ou pas.

 


La crise financière et économique va
probablement durer de nombreuses années

 

Il faut savoir que, pour pouvoir être en mesure de servir l’intérêt quasiment garanti auquel elles se sont engagées, les banques et compagnies d’assurance, n’ont eu, de tout temps, pas d’autre choix que de placer la quasi-totalité de l’argent de leurs clients en obligations d’Etat. En effet, quoi de plus solide qu’une obligation d’Etat ? Rien d’autre, bien entendu… Au fil du temps, sous la pression habilement dirigée par le monde politico-financier, cette « philosophie » s’est lentement instillée dans les esprits, au point que même les professionnels ont fini par y croire.


Mais, avec la crise, les choses ont complètement changé et les exemples annonciateurs de futures catastrophes ne manquent guère. Voici pourquoi ; tout comme les entreprises cotées en bourse, les pays eux-mêmes voient les divers éléments constitutifs de leur solvabilité épluchés méticuleusement par les agences de notation telles que Moody’s, Standard & Poor ou Fitch pour les principales. Avant de poursuivre, il convient, plus que jamais, de s’interroger sur l’omnipotence de ces agences, sous les fourches caudines desquelles passent les multinationales qui les paient pour se voir attribuer une note, ainsi que les pays de la planète, traités, eux, sans le moindre égard. Seuls les Etats-Unis, malgré une situation économique des plus calamiteuses, tardent miraculeusement à se voir sanctionner. Sans vouloir succomber à l’envie de dénoncer, encore une fois, un complot planétaire ourdi par une main invisible, on est en droit de s’interroger sur ceux qui se cachent derrière ces agences. Le sujet, très sensible et vaste, mérite un autre débat. Bien évidemment, les gouvernements de la planète – du reste du monde, comme on dit… – craignent, par-dessus tout, de voir leur note abaissée. En effet, la dégradation des conditions de crédit d’un Etat se traduit, d’abord, par le placement de ce pays sur une liste dite de « surveillance spéciale ». C’est ce qui est arrivé ces derniers mois à l’Islande, la Grèce, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Hongrie, l’Irlande, l’Espagne et le Portugal. La phase suivante, qu’ont eues à subir la Grèce et l’Espagne ces derniers jours, est la dégradation de la note précédemment attribuée.


Comme nous le savons, la quasi-totalité des Etats des pays dits « riches » s’appuie, pour pouvoir fonctionner, sur des politiques de creusement des déficits. Ainsi, en permanence, les gouvernements se trouvent amenés à emprunter en émettant des titres appelés « obligations d’Etat ». Selon leur maturité, à trois mois, un an, dix ans ou bien trente ans, ceux-ci sont, on le comprend, diversement rémunérés. Les institutionnels, banquiers et compagnies d’assurances notamment, absorbent normalement sans difficultés les quantités émises afin de pourvoir symétriquement les allocations d’actifs en fonds euros, livrets bancaires, mais également comptes à terme de leur clientèle. Mais dès qu’un Etat voit sa note abaissée, phénomène assez rare par le passé mais qui, crise aidant, est en train de se multiplier, les institutionnels, conscients de l’augmentation du risque, rechignent à acheter les obligations d’Etat sur les mêmes bases de rémunération. Le pays concerné, alors pris à la gorge, se trouve contraint d’émettre de nouvelles obligations plus alléchantes, garantissant un rendement supérieur, ce qui aura deux graves conséquences : en premier lieu celle d’aggraver brutalement la situation budgétaire du pays qui devra rembourser davantage de dettes; et, en second lieu, parce que le fait d’émettre de nouvelles obligations mieux rémunérées par rapport aux anciennes, provoque mécaniquement une diminution de la valeur faciale des titres les plus anciens, justement ceux qui, pour l’essentiel, composent les fonds en euros et autres livrets bancaires.


Certains, pourtant parmi les experts financiers les plus éminents ou autoproclamés, se posaient récemment la question de savoir quelle serait la nouvelle bulle sur le point d’éclater : eh bien la voilà ! D’autres objecteront que la situation n’est pas si grave, qu’il convient de raison garder, qu’il est inutile de continuer à noircir un tableau déjà assez noir comme cela. Il faut, à tous ceux là, remettre en mémoire un événement tout récent qui a débuté fin 2008 et qui a connu son épilogue au tout début de cette année : l’Allemagne, signature unanimement reconnue comme la plus solide au monde, a voulu émettre de nouvelles obligations pour un montant de six milliards d’euros. Contre toute attente, elle n’a pas pu atteindre son objectif. En effet, les investisseurs institutionnels ont partiellement boudé cette émission qui s’est arrêtée sur un montant de 5,2 milliards d’euros sur les six offerts (Money Week, 15/21 janvier 2009, n° 16). Mais les Etats européens ont réellement besoin d’emprunter pour financer leurs nombreux plans de relance. Pourtant « Les Pays-Bas ont vu leurs enchères échouer. Le Royaume-Uni et l’Italie ont été contraints d’offrir de plus forts rendements pour atteindre leurs objectifs. L’Espagne et la Belgique ont annulé leurs offres du fait de l’absence de demande » (Money Week n° 16 – 15/21 janvier 2009). Faillite prochaine de tous ces Etats ? Plutôt inquiétant, non ?
 

Pour ce qui concerne la France, pratiquant une politique qu’on peut qualifier de forcenée quant au creusement des déficits publics, s’apparentant à une fuite en avant fort peu rassurante, la sanction, normalement, ne devrait pas tarder. Notre pays, même s’il ne figure pas encore sur la liste des Etats soumis à une surveillance spéciale, peut-être grâce à sa récente présidence tournante de l’UE, se trouve certainement dans l’antichambre du club, juste derrière la porte… Sa solvabilité ayant maintenant toutes les chances d’être remise en cause, son entrée dans le club, selon les spécialistes, n’est qu’une affaire de semaines, au mieux de quelques mois avec, à la clé, un abaissement de la note entraînant les conséquences énumérées plus haut pour « le placement préféré des Français» et pour la situation financière du pays.

 

Sentiment de défiance se renforçant
envers les formes de gouvernements pratiquées

 

Phénomènes instructifs qu’on a pu observer ces dernières semaines : d’abord un nombre croissant d’épargnants font fi des contraintes qui les enferment pour huit ans dans leurs contrats d’assurance-vie en euros, et jugent qu’à tout prendre, les pénalités fiscales qu’ils auront à subir en cas de retrait anticipé sont dérisoires au regard de l’effondrement éventuel de leurs économies. D’un autre côté, il apparaît à un nombre croissant de Français que l’alternative de l’achat d’or devient réellement attractive en ces temps troublés, ce que confirment les statistiques d’achats de « la relique barbare » qui s’envolent littéralement. On peut raisonnablement penser qu’il s’agit des mêmes populations d’épargnants.


L’amorce de ces nouveaux comportements, qui se développent également au-delà de nos frontières, laisse entrevoir un sentiment de défiance se renforçant envers les formes de gouvernements pratiquées, au moins dans la zone euro. On peut dire que, dorénavant, les différentes péripéties que subit la monnaie, principale composante de la stabilité politique et sociale, traduisent un déficit d’autorité des Etats qui va en s’aggravant. Au-delà de cette observation, se profile également le spectre de l’éclatement de l’euro, dont il est de plus en plus question. Peut-être est-il temps de voir dans ces phénomènes et dans les catastrophes qui en découleront immanquablement, un début de contestation sérieuse de l’économie spéculative et de sa collusion avec les pouvoirs en place. Saurons-nous saisir cette réelle opportunité politique ?


Franck Peter Pucher pour Novopress France


[
cc] Novopress.info, 2009, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
[
http://fr.novopress.info]


http://www.marcfievet.com/article-27323944.html

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