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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 04:16



Suite des articles :

Récession (1)
:
1.   Les caisses sont vides
2.   C'est la faute aux pauvres

Récession (2) :
3.    Le système bancaire français est excellent
3.1.  Le cimetière des catastrophes bancaires

 

 

3.2.  Les tares cachées du système bancaire - Le virus IPRIS


Ce bref balayage historique, pour rappeler certaines tares, partie invisible de cet iceberg qu'est le système bancaire et financier. Systématiquement cachées, occultées, entretenant la gangrène d'un secteur d'activité extrêmement coûteux pour la collectivité.


Effets dévastateurs, au-delà de cette profession, rongeant le monde des affaires, le corps social. Le niveau de décomposition de ce système, son degré d'entropie, expliquent son effondrement actuel. Sous l'impact de ce que j'appelle "le virus IPRIS". Le SIDA du système bancaire :




Impunité 


Nous vivons dans des sociétés où le jeteur de caillou, voleur de poulet, casseur de vitrine, en prend pour 6 mois de prison ferme. En cas de faillite, le patron de PME-PMI ou le commerçant se retrouveront devant les tribunaux, sans aucun ménagement, coupables et diabolisés, étranglés par les banques et le fisc, jetés quasiment à la rue. Un entraîneur de football sera condamné à 2 ans de prison ferme, pour une sombre affaire de transfert de joueurs professionnels (13).


En Grande-Bretagne, on ne plaisante pas non plus : un soldat vient d'être condamné à trois ans de prison pour avoir revendu sur e-Bay des médailles militaires (une cinquantaine dont trente ont été récupérées...) qu'il avait volées à ses camarades...


Amen.


Par contre, ceux qui jouent à l'économie-casino, claquent, jettent par la fenêtre des milliards, par dizaines, par centaines, au détriment de la collectivité, dans les fastes et l'arrogance de satrapes mégalomanes, passeront de paisibles journées sur le matelas de leurs transats confortablement rembourrés de parachutes dorés, stocks options et autres bonus. Impunis. Blanchis. Absous.


Aucun des dirigeants impliqués dans les retentissantes et scandaleuses faillites bancaires, passées et présentes, n'a été inquiété, placé en garde à vue, envoyé en prison, condamné à des dommages et intérêts. Et, ne le sera. Pour l'exemple, pour la justice.


Les patrons, responsables, ou dirigeants voyous, ne sont pas seulement ceux qui déménagent le matériel de leurs usines le week-end à l'insu de leurs personnels, ou qui polluent les rivières. Ce sont ceux, aussi, qui obligent la collectivité à payer pour leurs fautes, commises à l'insu de leurs concitoyens.


Bien sûr, ils ont sous la main le fusible idéal, dans leur cynisme et leur culot de nomenklatura intouchable : "... c'est pas moi, c'est le trader...". Les plus impudents dans l'indignité n'hésitent pas à affirmer : "... si on a perdu des milliards, c'est la faute à la crise américaine". Ainsi, ne sont-ils ni coupables, ni responsables.

 

Selon que vous serez puissant ou misérable, comme l'écrivait la Fontaine... Oui. Mais s'arrêter là, c'est se résigner. L'impunité, dans le secteur bancaire, est totale. Si notre société est aveuglément inégalitaire, ce symptôme doit nous faire prendre conscience qu'elle est profondément malade. Et, agir...




Pantouflage


L'osmose entre haute administration et dirigeants du secteur bancaire exerce un effet pervers sur le fonctionnement de notre économie et l'équilibre de notre cohésion sociale. Des hauts fonctionnaires quittant des ministères pour entrer dans des établissements financiers, ou de grandes entreprises (14), avec lesquels ils ont monté des opérations de crédit, de restructuration, d'exportation, d'investissements, de délocalisation, de fusion-acquisition, se retrouvent à leur tête.


Cette pratique intitulée pantouflage est, en principe, encadrée par une loi du 2 février 2007, qui impose un délai de trois ans, entre quitter son poste de responsabilité dans une administration, et en occuper un dans une entreprise avec laquelle existaient des rapports professionnels. Antérieurement, il était de cinq ans... Mesures, bien souvent, jamais appliquées. Dont, en plus, on se permet de diminuer la durée. Mises en scène destinées à endormir le "gogo".


Les dangers sont multiples, pour nos institutions républicaines. En premier lieu l'exercice de la liberté de jugement et d'esprit critique, d'indépendance sur des dossiers de la part des autorités étatiques. Danger encore plus grave lorsqu'il s'agit de procéder à des opérations de contrôle, tels que doivent l'exercer les autorités monétaires sur la profession bancaire.


On l'oublie, tant ce secteur s'est érigé en pouvoir autonome et supranational, mais un secteur bancaire doit être avant tout au service de la collectivité, de l'intérêt général, et donc placé sous la supervision de la collectivité représentée par ce qu'on appelle : "l'Etat". En mesure d'imposer, dans la transparence et l'indépendance, les mesures souhaitables pour l'intérêt de la communauté nationale.


La crise actuelle est l'occasion de constater combien ce secteur économique, par lequel transite richesses et revenus de la collectivité, échappe au contrôle de l'Etat, et des instances organisées pour en assurer la gestion : surveillance des opérations de Bourse, autorités monétaires. En fait, l'Etat n'est plus en mesure de contrôler ses propres clones. Ce sont eux qui le contrôlent...




Rémunération


La rémunération des dirigeants du secteur bancaire est fastueuse, pharaonique. Elle s'exprime, sous plusieurs modalités, en millions d'euros annuels. Du moins, pour la partie officielle. Les paradis fiscaux et autres astuces (rémunérations complémentaires via des filiales à l'étranger, etc.) se chargeant du reste...


Mais, une rémunération, fastueuse, pharaonique par rapport à une moyenne nationale des rémunérations, n'est plus une "rémunération". Le paiement d'une personne, avec des montants déconnectés de la réalité et de la valeur ajoutée de la prestation fournie, compétence, expertise, conseil, expérience, n'est plus une "rémunération".


C'est un "achat".


On achète cher. Quoi donc ?... Un réseau, des relations, des contacts ? En ce cas, ce serait acheter du "délit d'initiés". Et, ce serait trop payer. Il convient de raison garder : "radio couloir", ou "radio lobby", n'ont pas à être survalorisées par rapport à "radio trottoir"... Il suffit de fréquenter les mêmes espaces, au même niveau, pour avoir les mêmes "tuyaux"...


Non. C'est acheter une denrée, qui n'a pas de prix, et n'a rien à voir avec un travail, une expertise, l'exercice d'une fonction ou d'une responsabilité : le silence.


On achète le silence d'un témoin. Sa complicité. Son soutien.


Lorsqu'on contribue à enrichir des personnes, sur les deniers de l'Etat, au détriment de l'intérêt général, dans la destruction d'emplois mis à la charge de la collectivité sous forme de chômage, sans commune mesure avec l'apport en innovation, en contribution à la richesse nationale, sans redistribution de la partie des profits revenant de droit à la communauté nationale, du fait de l'évasion fiscale dans des paradis fiscaux : cela a un prix.


Voir des actionnaires, des spéculateurs, gagner en "une seconde" ce qu'un employé, ouvrier, cadre, agriculteur, ne gagne même pas en "une vie" à la sueur de son front, demande quelques compensations pour se taire et laisser faire... George Soros est un des très rares spéculateurs à s'être vanté d'un de ses meilleurs coups : avoir gagné 600 millions de dollars en spéculant sur la baisse de la livre sterling contre le dollar, il y a quelques années. Sur un simple ordre boursier téléphonique, un gain de 600 millions de dollars. En 60 secondes : soit, 10 millions de dollars à la seconde. Au taux actuel, du fait du glissement du dollar, cela représente un milliard de dollars d'aujourd'hui...


Alors, tous ces dirigeants d'établissements financiers ont bien droit à quelques miettes. N'est-ce-pas ?...


Sur la place financière de Londres, la City, ce serait l'équivalent, en bonus seulement, de 100 milliards (oui : milliards...) de dollars qui ont été distribués sur les trois dernières années aux équipes dirigeantes des banques et compagnies d'assurances, d'après une estimation récente du Financial Times.


Rien que pour l'année 2006 à Londres, les bonus accordés aux dirigeants du secteur financier et bancaire (banques et assurances) étaient de £ 19 milliards de livres sterling, d'après The Guardian (15). Ce qui représente environ 35 milliards d'euros (oui : milliards...) au cours de la livre sterling à cette période. Sur une année. Avec, de plus, une progression de 16 % par rapport à l'année précédente. Taux de progression surtout pas appliqués sur les salaires des employés et cadres de ces établissements...


Rappelons qu'un bonus est une prime venant en sus du salaire. Non compris "le reste". Car, ne l'oublions pas, il y a ce qui se voit dans les documents officiels, et ce qui se retrouve discrètement dans les paradis fiscaux. Aucune place financière en Occident, aucun système bancaire, n'échappent à cette pratique. En France, comme ailleurs.


Dans ses dimensions titanesques, délirantes, cette forme de "rémunération", pour une minorité de dirigeants, n'est que de la : "corruption organisée et légalisée".




Incompétence


Le niveau de rémunération de beaucoup de dirigeants du secteur bancaire et financier, est sans commune mesure avec le niveau de leur compétence professionnelle et, aussi, de leur éthique (16). Inversement proportionnelle, le plus souvent.


Cette incompétence est compensée, dans bien des cas, par des comportements d'autocrates méprisants pour les membres de leur entourage professionnel. Du moins, ceux qui leur sont subordonnés. Le constater dans une direction générale, c'est identifier deux seuils d'alerte :

=> La direction générale est au maximum de ses compétences

=> Son maintien, dans ces conditions, n'est dû qu'à des protections engendrées par sa complaisance, ou sa complicité, dans certaines opérations bancaires et financières. 


La plupart de ces dirigeants, sont clonés à partir d'un milieu très fermé, issu d'une monoculture bureaucratique, incapable de diversifier ses recrutements. Ne connaissant de l'économie réelle que la perception émanant de dossiers administratifs, sans connaissance du terrain, des mécanismes de la création d'entreprises, de leur fonctionnement, des contraintes de l'innovation.


Ignorants la valeur ajoutée d'un investissement pour la collectivité, et la clé de son développement : la création d'emplois. Leurs connaissances, en tout cas leur expérience, sont largement inférieures à beaucoup de dirigeants et de cadres de PME-PMI. Ces PME-PMI qui représentent, dans tous nos pays, le premier employeur et le premier créateur d'emploi.


Cet immense réservoir de savoir-faire et d'initiatives est inconnu d'eux. Non pas qu'ils méprisent les PME-PMI. C'est tout simplement une "abstraction". Pour les plus "bureaucratisés" : une "statistique". Pour les plus intelligents : un "concept". Ils n'y ont jamais passé une semaine de leur vie. Pour la quasi-totalité, ils n'y ont même jamais mis les pieds, même pas à l'occasion de leur stage dans le cabinet d'un préfet de province.


Il est vrai que la caste politique y contribue. Regardez la composition des gouvernements successifs, en France, droite ou gauche. Le poste de ministre des PME-PMI, lorsqu'il existe, sera accordé à un obscur ministricule, encore tout essoufflé d'être parvenu à ce strapontin. Coincé entre celui des "anciens combattants" et celui des "droits de l'homme". Un notable à qui l'on octroie une sinécure, pour s'assurer de la fidélité électorale de son fief. Même temporaire, l'essentiel pour lui : pouvoir mentionner, ensuite, sur sa carte de visite "ancien ministre". Le rêve de sa vie.


Seuls ne comptent, aux yeux de la nomenklatura, que les grandes entreprises "mondialisées", les multinationales, et les représentations du grand patronat... Ah !... Se complaire et se repaître dans les fusions-absorptions, avec ses marchandages, interventions, mises en relation, en coulisses lorsqu'il y a des dossiers d'investissement, d'acquisition, surtout s'ils viennent de l'étranger (17) !... Surtout s'ils touchent ces secteurs qui font la « une » : acier, chantiers navals, chimie, pétrochimie, grande distribution. Le prestige. L'ivresse de se croire "puissant". Leur régal.


Royaume du paraître où, entre déjeuners fins et soupers superfins, de palaces en yachts luxueux, dans les jeux de la courtisanerie, c'est à qui fera le mieux fonctionner les pompes à subventions et les pelleteuses à exonérations fiscales. Avec, en contrepartie, les "enveloppes" fiscalement paradisiaques...


Qu'importe si ces grandes entreprises, et leur pseudo restructuration dans de fumeuses concentrations ou délocalisations ne sont, en définitive, que des organismes destructeurs d'emplois !... Des milliers d'emplois transformés en chômeurs. Pourquoi se gêner ?... La charge en est laissée à la collectivité, pour le plus grand profit des actionnaires procédant aux licenciements. La shareholder value, les revenus des actionnaires, ne sont-ils pas prioritaires par rapport aux besoins de la collectivité ?...


Grand bien leur fasse, clament les chroniqueurs "économistes d'investigation" du monde médiatique. Piteuse "claque" de cette lamentable pièce de théâtre, chargée de la propagande ploutocratique.


Le problème est que cette culture du Big Business est ruineuse pour la collectivité, sa cohésion, son avenir, conduisant à survaloriser les grandes entreprises destructrices d'emplois, au détriment du secteur économique le plus actif, le plus créateur d'emplois de nos pays, les PME-PMI.


Mais, pour les directions générales du système bancaire et financier, l'inconvénient des PME-PMI c'est qu'elles ne sont pas cotables en Bourse. De ce fait, elles ne permettent  pas ces jeux spéculatifs sur les cours de la cotation quotidienne, ni ces gros gâteaux représentés par les opérations de fusions-acquisitions, ou les manœuvres dans les "nouveaux instruments financiers". Tous ces produits ou services "sophistiqués", qui font le délice de l'activité de la branche prestigieuse : les banques d'investissements.


Evidemment, il ne s'agit pas de privilégier un secteur économique ou professionnel par rapport à l'autre, les PME-PMI par rapport aux grandes entreprises. Mais, d'assurer leur complémentarité et un traitement d'égalité, dans le financement d'une économie "réelle", porteuse de valeur ajoutée pour la collectivité.


Que constate-t-on, en effet, si on examine de près les comptes d'une banque ?...  Un monde à l'envers. Le secteur économique le plus porteur d'emplois, le plus créateur d'emplois, qui obtient proportionnellement le moins de "concours" et de "facilités" bancaires,  qui paye le plus cher les services bancaires : les PME-PMI. A mouvements de compte équivalents, débit et crédit, en pourcentage, les "grands groupes" ne payent que le dixième, en moyenne, des intérêts, charges, frais bancaires et commissions, des PME-PMI. Et, obtiennent dix fois plus de crédits...


Un exemple, parmi des dizaines d'autres ?... Lorsqu'on scrute le traitement du fonctionnement des comptes bancaires (les tarifs affichés ne veulent strictement rien dire, car tout se négocie) au niveau des dates de valeur effectives et du calcul des "échelles d'intérêts"... Ces dates auxquelles on crédite, sur un compte, les remises de chèques ou d'espèces... Ce n'est pas "valeur lendemain", un jour ou plusieurs après. Comme pour le commun des mortels. Non. Pour ces groupes privilégiés, c'est valeur "veille", le jour d'avant... Ce qui fait beaucoup sur douze mois.


En d'autres termes : ce sont les comptes des PME-PMI (et, ceux des "particuliers", aussi) qui assurent l'essentiel des profits et de la prospérité bancaires. Permettant aux directions générales des banques d'être aux petits soins des grandes entreprises, et de s'adonner à leur jeu favori : la spéculation financière. Celle qui permet les gains rapides, propices aux belles présentations de bilans et aux bonus de fin d'année vertigineux. Ces vingt dernières années ont été marquées par le développement massif d'opérations à court terme, à but uniquement spéculatif.


Modifier cette culture, Big is beautiful & Speculation wonderful, va demander du temps et beaucoup d'énergie. Le renouvellement de ces dirigeants, ces fat cats comme les appellent les anglophones, ces gros chats gavés de privilèges, s'impose. Leur formation, sélection, supervision est à revoir intégralement. En particulier, par l'exigence d'une connaissance approfondie de l'économie réelle, de la création d'entreprises et de l'immersion préalable dans le quotidien des PME-PMI, tissu essentiel de la prospérité et de la cohésion de nos collectivités.


Pourquoi s'étonner du désastre actuel, ces faillites se chiffrant en centaines de milliards de dollars ou d'euros, d'un secteur confié à des directions générales inaptes en termes de stratégie, de gestion et d'éthique ?...


Dans leur majorité : malgré leurs grands airs, à l'exemple des petits marquis enrubannés qui encombraient les couloirs de Versailles, une caste de nuls, d'analphabètes de l'économie réelle, d'irresponsables obnubilés par le paraître et le court terme, qui coûtent excessivement chers à la collectivité par leur degré d'incompétence.




Spéculation


La dernière aventure de la Caisse d'Epargne (18), qui vient de perdre 751 millions d'euros selon les dernières estimations, donne une idée du degré d'infection atteint...


La semaine même où tout le monde prend conscience de l'effet mortel de la spéculation, dans le fonctionnement du système bancaire et financier pour l'Economie, non seulement nationale mais aussi mondiale, un établissement bancaire joue des sommes colossales dans des "opérations-casino". Pariant sur des évolutions de cotation et des indices boursiers, comme dans des courses de chevaux ou des combats de coqs, au lieu de prêter ces mêmes montants à des créateurs d'entreprise, d'épauler des entreprises dans l'extension d'investissements productifs et créateurs d'emplois.


Ces pratiques spéculatives ont du mal à s'arrêter. Elles ont été l'occasion, ces jours derniers, de milliers de commentaires. Inutile de s'étendre davantage. Par contre, n'a pas encore été traité l'impact sur la gestion du secteur bancaire, des distorsions provoquées, affectant l'économie nationale en profondeur. Au-delà des pertes et faillites faramineuses.


Ces distorsions se résument brièvement en cinq mécanismes interactifs :



i)  Culte du "court terme"  

 

La culture de l'affairisme et de la spéculation imprègne les directions générales du secteur bancaire et financier, induisant les priorités dans la stratégie de développement et le fonctionnement des établissements dont elles assurent la responsabilité. Ce n'est pas l'investissement industriel et commercial qui est privilégié, mais les opérations spéculatives. Ces opérations à court terme engendrent des profits rapides, mirobolants par rapport au temps et moyens engagés. Dans leur esprit : rien à voir avec la lourdeur de l'exploitation d'un réseau avec ses milliers d'agences, guichets, employés...


De plus, comme on l'a entrevu, ils permettent d'améliorer la présentation des bilans et de distribuer d'excellents bonus. En cas de pertes susceptibles de déséquilibrer l'établissement, l'Etat interviendra pour le sauvetage. Les banques joueront la "sauvegarde nationale", ou la "préférence nationale" en cas de velléité de reprise par des investisseurs étrangers ou hostiles. Et, la collectivité se chargera d'éponger les ardoises. Comme d'habitude.



ii)  Discrimination du "risque"

 

La  préoccupation du " risque" dans un établissement bancaire ou financier est au cœur de la gestion et de l'organisation. Sur ce plan, les distorsions exercées sont doubles :


=> Le "risque" appliqué à "l'avenir" de l'établissement est oublié ou négligé. Faussant l'approche stratégique et les réflexions à long terme, du fait de l'assurance que l'Etat sera toujours là pour assurer sauvegarde ou protection. Dans le cas de pertes impossibles à absorber, aucun problème : elles seront basculées sur la collectivité qui en assurera le règlement, sous une forme ou une autre. Comme lors des faillites bancaires précédentes, telle celle du Crédit Lyonnais.


=> Le "risque" est en conséquence uniquement perçu, par ces directions générales, comme une incidence sur la présentation d'un bilan. Dès lors, au nom du "risque", les investissements productifs, industriels ou commerciaux, notamment pour les PME-PMI, démultipliés entre de multiples entités via un réseau d'agences, seront sacrifiés impitoyablement. Au profit de deux entités, considérées comme moins problématiques : les grandes entreprises (les "grands comptes", dans le jargon du métier) et la spéculation à court terme des "salles des marchés".



iii)  Distorsions de la "vocation" du système bancaire


Avec le temps, deux dérives se sont accentuées, sous la pression d'une dimension psychologique prégnante dans les directions générales :


+  Une survalorisation de l'activité "salles des marchés". Activité spéculative vécue comme l'avenir et le prestige de la banque. C'est la banque High Tech, avec ses instruments financiers considérés comme le comble de la sophistication, confiés à des golden boys eux-mêmes considérés, et se considérant, comme des petits génies.


Le gonflement de cette "bulle mégalomane" dans la contemplation narcissique de son propre génie était devenu sans limite. Il y avait même surenchère, avec des remises de prix par des journaux et des associations "économiques" (à Londres, en particulier...), pour valoriser l'établissement bancaire qui utilisait les moyens et techniques les plus complexes dans les opérations spéculatives. Cette complexité étant considérée comme un raffinement de l'intelligence et de l'expertise professionnelle...


+ A contrario, s'est développé le plus complet mépris, même s'il n'est pas affiché, pour l'activité "banque de détail" (retail banking), de guichets. Uniquement estimée pour sa capacité à collecter des fonds et des profits, confortant l'activité "grands comptes" ou "salles des marchés"... La vache à lait. 


Etait, ainsi, géré un parfait système de vases communicants : l'activité banque des "grands comptes" et "salles des marchés" était financée par l'activité "banque de détail", ou banque commerciale. Les produits de l'activité saine et tangible de l'économie réelle, au lieu de financer son propre développement, se voyaient détournés par des directions générales dans l'activité spéculative, volatile et virtuelle. Expliquant les énormes disponibilités et placements des banques françaises sur des comptes de banques américaines, en particulier.


iv)  Pénalisation de "l'investissement productif" et créateur d'emploi


Du fait d'une dérive dans la gestion des risques et de la vocation des banques, l'investissement productif a cédé la priorité, dans les directions générales, à l'activité spéculative et aux "grands comptes". L'investissement productif, créateur d'emplois s'est vu de plus en plus pénalisé.


Erreur fatale pour nos économies. Car, on le sait, les "grandes comptes" sont, depuis les trente dernières années, les plus grands destructeurs d'emplois. Mettant à la charge de la collectivité des centaines de milliers de chômeurs, pour le plus grand bénéfice de leurs actionnaires.


Quant à l'activité spéculative, la création d'emplois par rapport aux sommes engagées et aux risques encourus est de zéro (recrutements des traders-professeurs Nimbus, à part...)...


Parallèlement les PME-PMI créatrice d'emplois et de valeur ajoutée pour la collectivité sont systématiquement freinées dans leur création et leur développement : au nom du "risque"...


Avec la vision et l'acharnement de l'usurier : crédits limités au maximum afin de provoquer un étranglement systématique lors des échéances, créant des dépassements d'autorisations, entraînant des taux et des pénalités usuraires, sous les harcèlements culpabilisants de ne pas "tenir ses engagements". Cercle infernal, destructeur d'initiative et de valeur ajoutée pour la collectivité, notamment dans sa dynamique de création d'emplois et de richesses.


Contrairement au martèlement de la propagande ultralibérale, ce n'est pas "la législation du travail" qui tue l'emploi, c'est le secteur bancaire dans son refus de financer l'investissement productif, créateur d'emplois, au nom du "risque". Au profit de la préoccupation essentielle de la ploutocratie : la rente et de la spéculation.



v)  Racket de la collectivité 

 

Ce système de vases communicants engendre, à son tour, des distorsions s'exerçant sur l'économie réelle, transitant par la banque de détail. L'économie réelle étant rançonnée au profit de l'économie virtuelle. Celle produite par la collectivité, particuliers, commerçants, artisans et PME-PMI. S'est installé un véritable racket à l'encontre de la collectivité par le secteur bancaire et financier :


=> Par les taux et frais bancaires  

Ce sont les plus modestes considérés individuellement, mais les plus productifs collectivement, qui proportionnellement payent les intérêts et les frais bancaires les plus élevés par rapport aux mouvements de leurs comptes. Rien à voir avec ceux prélevés sur les opérations ou capitaux spéculatifs et les "grands comptes". Pratiquant des taux usuraires qui contribuent à asphyxier la production réelle et la consommation (sauf celle relevant de la grande distribution...), générant chômage et crise économique.


=> Par l'impôt 

Eponger les pertes et faillites bancaires à répétition implique que les revenus des impôts soient détournés. Au détriment, en particulier des priorités de la collectivité que sont : santé, éducation et retraites.



Face à ces catastrophes, distorsions, dérives, le pouvoir politique assure vouloir réagir...


Mais, le pouvoir politique, représentant l'intérêt général, celui de la communauté nationale, sous l'appellation de "l'Etat", est-il à la hauteur de l'enjeu de la reprise en mains qu'exige la faillite monumentale du secteur bancaire et financier ?...


Secteur d'activité devenu, par un mixage d'idéologie ultralibérale et de laxisme corrupteur de la représentation politique toutes tendances confondues, un Etat dans l'Etat. Régentant la collectivité, son destin et sa survie. Sans contrôle. Dans l'impunité. Ce n'est plus une profession, un secteur d'activité, au service de la collectivité. Mais la collectivité à leur service.


Le virus IPRIS a encore de beaux jours qui l'attendent...

 

 



A suivre :

Récession (4) : L'Etat au service du Lobby Bancaire...

Récession (5) : Reconstruire ou Rénover...

 



13.  Roland Courbis, dont la condamnation à 2 ans de prison ferme a été confirmée par la Cour de Cassation, le 22 octobre 2008 : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37373918@7-40,0.html

14.  Il en est de même pour les officiers supérieurs et généraux passant de la défense nationale à des postes de dirigeants ou d'administrateurs de sociétés relevant de l'industrie de l'armement. Mais, c'est un autre débat...

15.  Seager, Ashley, City bonuses reach record £ 19bn - 16 % increase in payments has knock-on effect on house prices at top scale and farmland, The Guardian, 17 august 2006, http://www.guardian.co.uk/business/2006/aug/17/executivesalaries.executivepay1

16.   Les derniers déboires, dans l'exercice de leurs fonctions, de Paul Wolfowitz à la Banque Mondiale (2005-2007), et de Dominique Strauss-Kahn au FMI, donnent un aperçu sur la partie immergée de l'iceberg quant à la "qualité" de ces dirigeants et de la "culture d'entreprises" qu'ils peuvent générer.

17.  La reprise récente d'un certain nombre d'aciéries françaises et européennes, par le groupe Indien Mital, est une excellente illustration de cette "comédie humaine".

18.   Cf. : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37370810@7-37,0.html

http://stanechy.over-blog.com/article-24378451.html

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Published by Eva R-sistons - dans Economie
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