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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 11:05
Scénarios pour l’euro, par Jean Claude Werrebrouck

Les divergences entre les pays du sud de l’Europe - aimablement affublés de l’acronyme PIGS par la presse anglo-saxonne - et ceux du nord mettent-elles en péril la zone euro ? Jean Claude Werrebrouck analyse les différentes issues possibles et juge vraisemblable une remise en cause prochaine - mais sans doute subreptice, afin de sauver les apparences - du dogme de l’indépendance de la BCE.

Par Jean Claude Werrebrouck, 11 février 2009

Depuis la fin de l’année 2008 l’attention se porte sur les coûts de la dette souveraine pour les Etats les plus fragiles. Jusqu’ici le signe le plus tangible du succès de la monnaie unique était la convergence des taux. A monnaie unique devait correspondre un taux unique. A la faveur de la crise, ils se sont mis à diverger. Au moment où ces lignes sont écrites il existe plus de 250 points de base sur les emprunts à 10 ans entre le meilleur élève (l’Allemagne) et le moins bon (La Grèce). Une telle situation n’est pas durable car elle ne maintient pas la naturelle hétérogénéité structurelle des Etats mais l’aggrave.

En clair, ce différentiel qui très approximativement concerne le nord de la zone vis-à-vis du sud, fait que les divers pays vont s’éloigner les uns vis-à-vis des autres. C’est que la prolongation du différentiel de coût entraine des charges de remboursement de plus en plus divergentes. Ce qui signifie que les pays de la zone sud verront leurs prélèvements fiscaux affectés de façon croissante au seul remboursement de la dette. Comme si, lors d’une étape de montagne dans le tour de France, il avait été décidé que les coureurs les plus médiocres devaient payer le prix de leur insuffisance et seraient équipés des machines les plus lourdes. Il reste à examiner si dans de telles conditions ces coureurs parviendront au sommet du col et ne seront pas contraints à l’abandon.

A cette crainte il est officiellement répondu que pour ces pays en difficulté le coût de sortie de l’Euro serait plus important que le coût de son maintien. Et il est vrai que le coût de sortie est élevé : certes il y aurait retour à l’ancienne monnaie nationale sur une base dévaluée et donc desserrement d’une partie de la contrainte monétaire, mais en retour un certain nombre d’actifs seraient dévalorisés et le coût de la dette souveraine augmenté. Le taux de l’emprunt en monnaie nationale ancienne serait probablement plus élevé que le taux en euro. Sans compter les complications juridiques : les anciennes créances libellées en euros seraient elles remboursables en monnaie nationale ? Et au-delà, si tel n’est pas le cas, ces anciennes créances libellées en euros deviennent une dette extérieure dont le coût s’accroit du montant de la dévaluation du fait du retour à la monnaie nationale. Beaucoup de complications et d’inconnues. Au total les coureurs médiocres, équipés de lourdes machines, ne pourraient abandonner et devraient gravir la col quel qu’en soit le prix.

Mais le fait de devoir rester dans le peloton pousse à la réflexion : les meilleurs, équipés de bonnes machines, peuvent-ils aider les plus handicapés ? Peuvent-ils valider un comportement altruiste et leur venir en aide ? Nous avons l’idée de mutualisation de la dette souveraine par construction d’une agence européenne chargée d’émettre de la dette pour le compte de tous les Etats de la zone. Mais se pose la question traditionnelle de la gestion des passagers clandestins : le taux qui se fixerait serait certainement inférieur au taux des Etats les plus fragile, mais certainement supérieur au taux allemand. Cela reviendrait à subventionner avec des prélèvements publics allemands, des pays réputés mauvais gestionnaires. Ce choix de créer une agence de mutualisation ne peut donc se manifester que si le coût de l’abandon de l’euro par certains développe des externalités négatives chez les plus vertueux, externalités dont le coût serait supérieur au coût de la mutualisation. Là encore beaucoup d’incertitudes, de difficultés et d’inconnues. En termes simples, est-ce que l’abandon de l’euro par certains n’entrainera pas de la méfiance sur le marché, et au total une hausse du taux pour ceux qui restent dans la zone ?

Dans ces conditions il semble difficile d’envisager des décisions rapides. La solution la moins couteuse pour tous est bien évidemment la monétisation de la dette souveraine des Etats en difficultés par La BCE, ce qui est juridiquement interdit. Et cette interdiction juridique est aussi une valeur fondamentale pour l’Allemagne. De par la force des choses il est possible aujourd’hui, de ne plus rester enchâssé dans les critères maastrichtiens, mais peut-on aller au-delà ?

On peut imaginer des étapes intermédiaires avant le lâcher prise qui devrait mettre fin à l’indépendance de la banque centrale européenne.

Par exemple, une politique monétaire très sélective pourrait inciter les banques centrales des Etats en difficulté à intervenir auprès des banques de second rang de ces mêmes pays pour soutenir les cours des bons du trésor et ainsi estomper le spread par rapport à la dette souveraine allemande. C’est d’ailleurs ce que pense JP Chevalier qui ne voit pas d’autre explication à l’actuelle re -convergence. Une telle politique n’est toutefois qu’un maquillage - certes élégant - mais aussi nécessairement précaire. Et précaire car ne s’attaquant pas aux causes mais simplement aux effets, il s’agit d’une thérapie aggravant les disparités potentielles d’inflation, et donc les facteurs de dislocation de l’édifice euro-système.

Seule la violence de la crise permettra de mettre fin à l’indépendance de la BCE et ouvrira la voie à la monétisation de la dette souveraine. Car les taux vont inéluctablement augmenter en raison de la gloutonnerie des Trésors chargés de limiter le feu de la crise. C’est dire que même les bonnes signatures seront défraichies par le vent de la contestation, et le problème des Etats les plus menacés sera, peut-être demain, celui des plus solides.

Le moment où sera mis fin à l’indépendance de la banque centrale sera évidemment retardé autant que possible, et le degré de violence de la crise fixera le caractère plus ou moins éloigné de la date de cet abandon. On peut du reste anticiper que cet abandon ne sera jamais prononcé et deviendra situation de fait plus ou moins cachée, aussi bien pour ne pas affoler les marchés, que pour ne pas ridiculiser les adorateurs du mythe de la monnaie indépendante.

Mais la situation nouvelle ainsi créée entrainera immanquablement l’arrivée singulière d’acteurs, eux-mêmes déjà naufragés réels, sur le lieu du naufrage en cours. En clair des monnaies en voie d’effondrement comme la livre sterling, chercheront à bénéficier du paquebot euro au moment où ce dernier prend l’eau. C’est que pomper l’eau (émettre massivement de la monnaie européenne) permet de maintenir encore quelque temps le navire à flots. D’où aujourd’hui le curieux langage de la peur de l’éclatement de la zone euro contredit par le discours de ceux qui affichent une volonté résolue à rejoindre la zone le plus rapidement possible.

Bien évidemment, la machine inflationniste qui se mettra en place pour contenir la violence de la crise ne pourra que continuer à accroitre les disparités entre les pays de la zone, et la perspective de vérifier le concept de zone monétaire optimale, cher à Mundell, ne pourra que s’éloigner. La solution ne fait encore qu’aggraver le problème.

Dans le feu de la crise, les Etats européens seront-ils prêts, après rupture de plusieurs barrages établis dans la hâte, à tout lâcher et donc mettre fin à ce qui était présenté comme le symbole de la réussite de la construction européenne ?

On peut certes continuer cet exercice de prospective très longtemps. Il s’agit simplement ici, de mettre en évidence les choix qui se présenteront inéluctablement, et pour lesquels il faudra trancher. En fin de processus, c’est-à-dire lorsque la vague inflationniste sera devenue puissante les décideurs européens, contraints à renoncer à leurs croyances et aux traités correspondants, auront à comparer les coûts colossaux de l’abandon de l’euro, aux coûts également colossaux du renoncement aux indépendances des structures étatiques nationales. Créer un grand Etat européen, avec notamment toutes ses armes fiscales, ou annoncer au monde que la gestion de la crise ne peut aboutir qu’au retour des nationalités que l’on voulait justement estomper, tel est l’enjeu fondamental, qui bien évidemment, dépasse le champ de la stricte économicité.

Jean Claude Werrebrouck est professeur d’économie à l’université de Lille 2. Il y a dirigé pendant de nombreuses années l’IUT puis l’Institut du Management de la Distribution.


Article communiqué par l’auteur
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La crise orientale qui pourrait couler l’Eurozone

« Cette crise a débuté aux États-Unis, mais c’est en Europe où elle pourrait se transformer en catastrophe, » avertit à son tour Wolfgang Münchau, éditorialiste au Financial Times, qui estime que la crise du crédit qui couve en Europe de l’Est pourrait emporter l’eurozone dans la tourmente. Que faire ? Accélérer le processus d’entrée dans l’euro des pays de la région, propose-t-il, en abandonnant des critères de convergences devenus obsolètes - voire absurdes - comme celui qui exige de se rapprocher des taux d’inflations les plus bas de la zone, et qui pourrait bientôt se traduire par une obligation de déflation.


 

Par Wolfgang Münchau, Financial Times, 22 février 2009

Cette crise a débuté aux États-Unis, mais c’est en Europe où elle pourrait se transformer en catastrophe.

Un haut responsable politique m’a confié la semaine dernière que la situation actuelle lui rappelle la crise du Système Monétaire Européen de 1992, lorsqu’un pays après l’autre faisait l’objet d’attaques spéculatives - obligeant le Royaume-Uni et l’Italie à sortir du système. Dans une union monétaire, on ne peut plus spéculer sur les taux de change. Mais grâce aux Credit Defaut Swaps [1], il est possible de parier sur l’éclatement de la zone euro. La semaine dernière, les spéculateurs ont parié sur une défaillance de l’Irlande, ce qui a rendu plus coûteux pour elle le refinancement de sa dette, et cette éventualité devient du même coup une prophétie auto-réalisatrice.

Mais l’Irlande ne représente pas le plus grand danger pour la zone euro. Si le pays s’effondre, l’eurozone viendra à son aide. Les Allemands eux-mêmes acceptent désormais cette perspective. La situation de l’Europe Centrale et Orientale recèle un danger bien plus imminent. La possibilité d’un effondrement financier pose le problème politique le plus urgent auquel l’Union Européenne ait à faire face en ce moment. Si cette situation est mal gérée elle pourrait mettre à bas l’eurozone.

Cette crise frappe l’Europe Centrale et Orientale de manière disproportionnée en raison de deux erreurs politiques commises par les gouvernements de la région. La première a consisté à encourager les ménages à souscrire des prêts hypothécaires en devises étrangères. En Hongrie, la quasi-totalité de ces prêts sont libellés en devises, principalement le franc suisse. Ce choix du franc suisse est manifestement ridicule et témoignage d’une forme d’analphabétisme économique. Je pourrais comprendre à la rigueur que des emprunts en devises aient été effectués en euros, dans la mesure où la Hongrie doit finalement rejoindre la zone euro. Mais la Hongrie ne rejoindra probablement pas la Fédération Suisse. L’argent que les ménages hongrois ont économisé grâce aux taux d’intérêt pratiqués en Suisse a été plus que perdu en raison de la hausse du franc suisse.

La deuxième erreur politique est directement liée à la première. Les nouveaux membres de l’Union Européenne ont considéré l’entrée dans la zone euro comme une option relevant d’un choix politique. Il s’agit d’une mauvaise interprétation de leurs propres traités d’adhésion. Quand ils ont souscrit à l’adhésion à l’UE, ils ont également signé pour l’euro. Seuls le Royaume-Uni et le Danemark se sont préservé un droit de s’abstenir. Bien sûr, en tant que pays récemment industrialisés, ils n’étaient pas dans l’obligation de rejoindre l’euro immédiatement, et avaient l’obligation de mener des politiques compatibles avec une adhésion à terme. Si ils avaient mené ces politiques, ils seraient presque tous membres aujourd’hui. La Slovénie et la Slovaquie ont montré qu’en adoptant des politiques adaptées il était possible d’entrer rapidement dans la zone euro. Ces deux pays sont maintenant en sécurité. Pour les autres, la décision de tergiverser s’est avéré être une catastrophe au plan de la stabilité financière. Lorsque l’on fait face à une crise telle que celle-ci, personne ne veut se trouver dans la situation d’une petite économie ouverte à la périphérie de la zone euro, avec une devise sans valeur et un gros paquet d’emprunts en francs suisses.

Mais les pays d’Europe centrale et orientale ont tout de même réussi quelque chose. Ils ont fait en sorte que leurs banques soient détenues par des étrangers. Les banques autrichiennes sont parmi les plus impliquées. Leur exposition à l’Europe de l’Est représente d’environ 80% du produit intérieur brut de l’Autriche. Si les ménages hongrois font défaut, ce n’est pas uniquement la Hongrie qui va tomber, mais aussi l’Autriche. L’Italie et la Suède sont également exposées. Une crise en Europe centrale et orientale serait également de nature systémique pour la zone euro. Il ne s’agit donc pas de considérer ce problème comme concernant autrui - parce qu’il ne l’est pas.

Quelles sont les choix politiques disponibles ? Naturellement, l’Union Européenne pourrait fournir une aide financière - par l’intermédiaire du Fonds Monétaire International - mais il n’est pas garanti que cela mette un terme à la contagion d’une crise des balances de paiements dans la région. Si la baisse des taux de change se poursuit, les défaillances des ménages pourraient augmenter de façon spectaculaire. Faudrait-il alors renflouer également ces ménages ?

À mon avis, la meilleure réponse à cette perspective d’effondrement serait d’adopter l’euro le plus rapidement possible. Nul besoin de changer de devise dès demain. Tout ce dont nous avons besoin c’est que chaque pays se dote d’une stratégie d’adhésion ferme et crédible soutenue par des politiques elles aussi crédibles, qui définissent une date d’adhésion ferme et un taux de conversion.

Évidemment, cela nécessiterait l’abandon de critères d’adhésion obsolètes, ce qui aurait du être fait depuis longtemps. Parmi ceux-ci, la plus absurde est celui du taux de référence de l’inflation, calculé comme la moyenne des trois taux les plus bas. Bientôt, ce taux sera celui de la déflation. De ce fait, un État candidat serait dans la situation absurde d’avoir à déflater comme condition préalable à l’entrée dans l’euro.

Le critère de l’inflation est non seulement insensé, mais il entre également en conflit avec d’autres parties de la législation européenne. Étant donné que la stabilité des prix reste considérée comme un objectif important de la politique économique européenne, la mise en oeuvre d’un critère de déflation constituerait une violation flagrante de cet objectif. Il en va de même pour le critère du taux de change. Condamner un pays à une peine de deux ans de respect d’un mécanisme de change - dans lequel sa monnaie doit fluctuer par rapport à l’euro dans une bande fixe - équivaut à inviter ouvertement à la spéculation et aux risques d’instabilité. Les critères d’adhésion ne sont pas compatibles avec les règles élémentaires de la stabilité. Ils devraient donc être déclarés nuls et non avenus et ne pas représenter un obstacle bureaucratique donnant lieur à tergiversations dans une situation de crise dangereuse.

Si cette catastrophe se déclenche, l’UE paiera. C’est certes louable, mais cela ne résoudra pas le problème, surtout si cette crise s’étend. L’octroi d’une aide financière sans un engagement ferme en direction de l’euro serait une politique irresponsable. Le chemin doit passer par l’Euro.


Publication originale Financial Times, traduction Contre Info


[1] CDS : Produits dérivés permettant de s’assurer sur le risque de défaillance d’un emprunteur, Etat ou entreprise. La variation à la hausse de la perception du risque - et donc du coût de ces contrats - permet des prises de positions spéculatives sur ce type de produit, par exemple en rétrocédant à un coût supérieur une garantie précédemment acquise.

http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-28526597.html

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lundi 23 févr. 2009

Le système financier mondial s'est désintégré et il n'y a pas de perspective de résolution de cette crise à court terme. C'est l'idée exprimée par  le célèbre milliardaire et philantropiste, Georges Soros [photo], qualifiant ces turbulences économiques de plus sérieuses que la dépression des années 30 et comparant la situation à celle de la fin de l'empire soviétique.

« Nous assistons à l'effondrement du système financier » a commenté Soros, lors d'un dîner à l'Université de Columbia.  «Nous l'avons placé en réanimation, il y est toujours et rien n'annonce le bout du tunnel »
Paul Volker, ancien président de la Banque Central des Etats-Unis et actuel conseiller de haut rang du Président Obama, confirme de son côté : « Je ne me souviens pas que les choses se soient effondrées aussi rapidement et uniformément dans le monde entier, ni même pendant la Grande Dépression ». 
 
Et d'ajouter que « la production industrielle dans le monde décline plus rapidement que celle des Etats-Unis qui est sévèrement touchée ».

[Source :
Reuters]



Si le gouvernement français a pu éviter un risque systémique avec le sauvetage in extremis de Natixis cette semaine, la menace de faillite en chaîne qui vient des institutions financières des PECO (Pays de l’Europe Centrale et Orientale) risque de faire éclater aussi bien la zone euro que l’Union européenne elle-même.

 

Le ministre allemand des finances, Peer Steinbrück vient de le reconnaître à demi-mot lors de la rencontre de Berlin en affirmant que des Etats européens « et pas seulement d’Europe de l’Est » pourraient rencontrer des graves difficultés de refinancement.

Interrogé par Le Figaro, l’ancien secrétaire d’Etat allemand aux finances, Thomas Mirow, qui pilote actuellement le plan de soutien financier de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD) aux banques de l’Europe centrale, reconnaît que la menace est réelle et confirme que quelque 350 milliards d’euros (200 milliards d’euro pour le refinancement et 150 milliards pour la recapitalisation) sont nécessaires à très court terme pour éviter la catastrophe.

« C’est très simple, dit-il, aujourd’hui dix ou douze banques d’Europe occidentale sont fortement engagées en Europe centrale et orientale, notamment des institutions autrichiennes, suédoises, françaises, grecques, italiennes et allemandes. Des faillites de filiales ou de banques à l’Est auraient sans doute un impact en zone euro ».

Comme le note Les Echos, « avec environ 1000 milliards d’euros placés dans leurs banques, dans les Peco, les pays de la zone euro n’ont aucun intérêt à voir leurs voisins s’effondrer économiquement. Car ils ne tarderaient pas à suivre le mouvement ».

En réalité, l’Europe de l’ouest risque de payer très chère la facture pour avoir créé une « petite Chine » sur sa frontière orientale, en concentrant essentiellement ses investissements sur la production, avec une main d’œuvre sous-payé, de biens de consommation - dont des voitures - destinés à être achetés par les consommateurs « rentables » à l’ouest.

Comme en Espagne ou en Irlande, ce « boom » à l’est fut coiffé d’une vaste bulle immobilière et de titrisation à tout va. D’après les calculs de la maison de courtage japonaise Nomura, plus du quart des actifs bancaires dans les Peco pourraient se révéler « pourris ».

L’effondrement de la croissance et de la consommation à l’ouest, entraîne la chute de l’est. Cependant, si elle n’est pas enrayée, la zone euro risque l’éclatement sans parler des tensions politiques qui risquent même de disloquer l’UE.

Convoqué ce dimanche pour un déjeuner de travail informel en vue de préparer la réunion du G-20 qui doit se tenir début avril à Londres, les 27 chefs d’Etats et de gouvernements se voient rattrapés par la réalité.

Car, à l’initiative de la Pologne, et à la grande surprise de la Commission qui veille à la cohésion de l’UE, un « mini-sommet » des Peco aura lieu à Bruxelles, quelques heures avant le sommet de « l’Union ». Si Bruxelles tente de minimiser le caractère exceptionnel de ce mini-sommet, la tension est palpable.

La déclaration de Nicolas Sarkozy affirmant l’obligation des constructeurs automobiles recevant l’aide de l’Etat français de ne pas délocaliser leur production vers la République Tchèque, pays qui préside l’UE, n’est qu’un lapsus prégnant de vérités refoulées.

Une fois de plus, il est grand temps de reconnaître que reporter à plus tard la réorganisation du système monétaire international, proposée par Lyndon LaRouche aux Etats-Unis et Jacques Cheminade en France, dans le vain espoir de pouvoir quand même sauver la masse colossale de titres toxiques qui restent dissimulés dans les bilans, est le chemin le plus sûr vers la débâcle.

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Un Fonds monétaire européen (FME)
ne sauvera pas l’euro

Stéphane Cossé, ancien haut fonctionnaire au FMI et Guillaume Klossa, conseiller du secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes pendant la présidence française de l’UE, défendent dans les colonnes des Echos l’impérative nécessité de créer un « Fonds monétaire européen ».

 

Partant du danger imminent d’une faillite d’Etat en Europe de l’est ou centrale, les auteurs posent la question : « un Etat peut-il réellement faire faillite dans la zone euro ? ». Si un pays en dehors de la zone euro peut faire marcher sa planche à billets ou appeler le FMI au secours, la situation est différente pour les pays membres de l’Eurozone.

D’après les auteurs, trois options se présentent pour ces derniers :

  1. Quitter la zone et « recréer une banque centrale ainsi que sa propre monnaie et faire marcher la planche à billets : une solution coûteuse à la fois pour la population et pour le pays. Il lui faudra en effet de nombreuses années avant de redonner crédit à sa signature et avoir accès à nouveau aux marchés de capitaux à un taux d’emprunt raisonnable. »
  2. « Mettre en place un plan de rigueur convaincant pour les marchés financiers au risque de créer de fortes tensions sociales dans le pays concerné. Mais un tel plan est susceptible de créer un précédent inquiétant pour les autres pays de l’euro. »
  3. « Faire appel au FMI. Mais le FMI peut-il vraiment prêter directement à un Etat de la zone euro ? Les Etats de l’Eurogroupe sont ensemble les premiers actionnaires du FMI et leur monnaie est la seconde monnaie de réserve au monde ! C’est un peu comme si le FMI prêtait à l’Etat de Californie. »

Constat : « La zone euro s’est en fait constitué sans créer un outil essentiel à son fonctionnement, un mécanisme de solidarité financière conjoncturel, un Fonds monétaire européen. Les concepteurs de la zone ont pensé, à tort, que les seules règles de discipline financière des Etats, assorties de sanctions, suffiraient à en assurer la solidité. Ils ont été trop confiants et pas suffisamment ambitieux. »

Pour sauver le système, les auteurs préconisent de passer au plus vite à la vitesse supérieure en matière d’ambition politique et de gouvernance économique. A défaut d’un FME, « on pourrait envisager de créer une facilité exceptionnelle pour la Banque centrale européenne (BCE), d’autoriser un emprunt spécial de la Banque européenne d’investissement, d’allouer une enveloppe spécifique à la Commission européenne dans le cadre d’un fonds de stabilisation conjoncturel. »

Cependant, concluent-ils, « Quel que soit le mécanisme, il faudra bien entendu assortir le soutien financier de conditions analogues à celles des programmes du FMI ».

Alors, c’est ça l’Europe ?

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Samedi 28 Février 2009


http://www.solidariteetprogres.org
http://www.alterinfo.net/L-UE-et-l-euro-survivront-ils-le-week-end_a30225.html
  


Europe de l'Est :
Risque systémique
avec répercussions sur la zone euro



La quasi totalité des emprunts des pays d’Europe de l’Est, d’un montant équivalent à 1700 milliards de dollars, sont détenus par des banques européennes. Lourdement endettés à court terme, ces pays devront rembourser ou refinancer l’équivalent de 400 milliards de dollars cette année. La défaillance de l’un d’entre eux aurait des conséquences catastrophiques sur le système bancaire européen, avertit Evans-Pritchard.

 

par Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, 15 février 2009


Si la classe politique mondiale ne la gère pas convenablement, la débâcle Est-Européenne est assez forte pour abattre les systèmes bancaires fragilisés des pays d’Europe occidentale et déclencher la deuxième phase de notre catastrophe financière.

Le Ministre des Finances autrichien Josef Pröll a déployé des efforts frénétiques la semaine dernière pour mettre en place un plan de sauvetage de 150 milliards d’euros pour les pays de l’ex-bloc soviétique. Il a bien fait. Les banques autrichiennes ont prêté 230 milliards d’euros dans la région, ce qui équivaut à 70% du PIB de l’Autriche.

« Un taux de défaillance de 10% conduirait à l’effondrement du secteur financier autrichien, » écrit le quotidien Der Standard de Vienne. Malheureusement, c’est sur le point de se produire.

La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), estime que le volume de créances douteuses devrait atteindre 10% et pourrait s’élever jusqu’à 20%. La presse viennoise indique que la Bank Austria et sa maison mère italienne Unicredit font face à un « Stalingrad monétaire » à l’Est.

M. Pröll a essayé d’obtenir pour son plan de sauvetage le soutien des ministres des finances de l’Union européenne la semaine dernière à Bruxelles. L’idée a été balayée par le ministre allemand Peer Steinbrück : ce n’est pas notre problème, a-t-il dit. Nous verrons si c’est le cas.

Stephen Jen, le responsable du secteur devise chez Morgan Stanley, indique que l’Europe de l’Est a emprunté l’équivalent de 1 700 milliards de dollars à l’étranger, dont la plus grande partie sous la forme de crédit à court-terme. Ces pays devront rembourser - ou refinancer - 400 milliards de dollars cette année, somme égale à un tiers du PIB de la région. Avec une fenêtre de crédit aujourd’hui refermée, souhaitons leur bonne chance !

La Russie elle même ne parvient que difficilement à honorer les 500 milliards de dollars de dettes de ses oligarques lorsque le cours du pétrole stagne aux alentours de 33 dollars le baril. Le budget a été bâti sur une estimation de prix de 95 dollars pour le brut de l’Oural. La Russie a dépensé 36% du total de ses réserves de change depuis le mois d’août pour la défense du rouble.

« C’est le plus grand mouvement de fuite sur une monnaie dans l’histoire », déclare M. Jen.

En Pologne, 60% des prêts hypothécaires sont en francs suisses. La valeur du zloty a diminué de moitié contre le franc. La Hongrie, les Balkans, les pays baltes et l’Ukraine sont autant de variantes douloureuses de cette situation. Le résultat de cette folie collective qui a gagné les prêteurs et les emprunteurs est comparable à la déroute des subprimes aux Etats-Unis. Mais il existe cependant une différence essentielle : les banques européennes sont impliquées sur ces deux secteurs. Ce qui n’est pas le cas pour les banques américaines.

La quasi totalité des dettes du bloc de l’Est sont dues à l’Europe de l’Ouest, en particulier en Autriche, Suède, Grèce, Italie, et aux banques belges. En plus de cela, les Européens détiennent un étonnant 74% sur l’ensemble des 4 900 milliards de créances sur les marchés émergents.

Ils sont cinq fois plus exposés à ce secteur que les banques américaines ou japonaises, et leur effet de levier est supérieur de 50% selon les données du FMI.

L’Espagne est engagée jusqu’au cou en Amérique latine, qui a fini par être atteinte à son tour par le marasme. Au Mexique la production automobile a chuté de 51% en Janvier, et le Brésil a perdu 650.000 emplois en un mois. Quand à la Grande-Bretagne et la Suisse elles sont très présentes en Asie.

Que cela prenne quelques mois ou quelques semaines, le monde va bientôt s’apercevoir que le système financier européen est coulé, et qu’il n’existe pas encore pour l’Union Européenne un équivalent de la Réserve Fédérale américaine qui soit prêt à agir comme prêteur de dernier recours ou d’inonder les marchés avec des fonds débloqués en urgence.

Selon les préceptes de la « règle de Taylor » [1] la Banque Centrale Européenne devrait déjà réduire ses taux à zéro et acheter des obligations et des actifs adossés à des crédits immobiliers sur une grande échelle. Mais son pouvoir est limitée par la géopolitique - un véto germano-néerlandais - et le traité de Maastricht.

Mais revenons au sujet. C’est l’Europe de l’Est qui explose aujourd’hui. Erik Berglof, économiste en chef de la BERD, m’a confié que la région pourrait avoir besoin de 400 milliards d’euros d’aide pour honorer les prêts et soutenir le système de crédit.

Les gouvernements européens ne font qu’empirer la situation. Certains font pression sur leurs banques pour qu’elles se dégagent de leurs filiales en Europe de l’Est. Athènes a ordonné aux banques grecques de se retirer de la région des Balkans.

Les sommes nécessaires sont au-delà des fonds dont dispose le FMI, qui a déjà aidé la Hongrie, l’Ukraine, la Lettonie, la Biélorussie, l’Islande et le Pakistan - et la Turquie sera la prochaine. Ses réserves de 200 milliards de dollars ( 155 mld d’euros) s’épuisent rapidement. Nous en sommes presque au point où le FMI pourrait devoir imprimer de l’argent pour le monde entier, en utilisant le pouvoir que lui donnent les droits de tirage spéciaux.

Son sauvetage de l’Ukraine à hauteur de 16 milliards de dollars n’a pas produit les effets escomptés. Le pays subit une contraction du PIB de 12% avec l’effondrement du cours de l’acier et poursuit sa chute vers le défaut de paiement, laissant Unicredit, Raffeisen et ING dans le pétrin. Le Pakistan réclame à nouveau 7.6 milliards de dollars. Le gouverneur de la banque centrale de Lettonie a déclaré que son économie était « cliniquement morte » après une baisse du PIB de 10,5% au quatrième trimestre. Les manifestants s’en sont pris au Parlement et au Trésor.

« C’est bien pire que la crise de l’Est Asiatique dans les années 1990 », déclare Lars Christensen, de la Danske Bank.

« Il y a des accidents en attente de se produire dans la région, mais les institutions de l’Union Européenne n’ont pas de cadre pour faire face à cette situation. Le jour où ils décident de ne pas venir en aide l’un de ces pays sera l’élément déclencheur d’une crise massive qui se propagera à l’UE ».

L’Europe est déjà bien plus en difficulté que les dirigeants de la BCE ou de l’UE ne l’avaient prévu. En Allemagne l’activité s’est contractée à un taux annuel de 8.4% au quatrième trimestre.

Si la Deutsche Bank est correcte dans ses prévisions, l’économie aura diminué de près de 9% avant la fin de cette année. C’est le genre de niveau qui déclenche des révoltes populaires.

Les conséquences sont évidentes. Berlin ne va pas sauver l’Irlande, l’Espagne, la Grèce et le Portugal, au fur et à mesure que l’effondrement de leurs bulles de crédit conduira à une augmentation des défauts de paiement. L’Allemagne ne sauvera pas non plus l’Italie en acceptant la création d’« obligations Européennes » si les investisseurs prennent peur en raison de la hausse de la dette publique de l’Italie (elle atteindra 112% du PIB l’an prochain, estimation récemment révisée à la hausse de 11%). Elle n’acceptera pas non plus de sauver l’Autriche des Habsbourg de son aventurisme.

Nous en sommes donc réduits à attendre et observer ces dangereux feux de brousse qui se rapprochent.

Si une étincelle atterrit au delà de la ligne de la zone euro, nous aurons une crise systémique globale dans les jours suivants. Les pompiers sont prêts ?


Publication originale The Telegraph, traduction Contre Info


[1] Ndt : Règle utilisée par les banquiers centraux pour déterminer le niveau des taux d’intérêts en fonction de l’inflation et du différentiel entre PIB réel et potentiel.

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Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
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