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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 08:32

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 Eh oui ! La crise est plus profonde en Europe qu’aux Etats-Unis, et Jean-Claude Trichet vient d’enlever leurs illusions à ceux qui en doutaient encore. On savait déjà qu’en 2008, l’activité économique avait reculé plus tôt et plus fort dans la zone Euro qu’aux Etats-Unis. Or en 2009 et 2010, l’écart se creusera encore au détriment de la Zone Euro, selon les prévisions que le président de la BCE a rendues publiques jeudi 5 mars.

Ce même jeudi, l’institut européen de la statistique Eurostat avait publié un communiqué matinal indiquant le recul du PIB européen au dernier trimestre 2008, soit -1,5%. Quelques optimistes se sont vus encouragés dans leur illusion, notant que les Etats-Unis avaient fait pis encore, soit -1,6%.

Mais à y regarder d’un peu plus près, le tableau de l’année 2008 n’est pas à l’avantage de l’Europe. Aux Etats-Unis, l’activité n’a contraction-pib-depuis-point-haut-du-cycle.1236307039.PNGcommencé à reculer qu’à l’été. La zone euro avait pris les devants dès le printemps, notamment en Allemagne, en Irlande, en France, en Italie, aux Pays-Bas. Au total, entre le sommet du cycle économique et le quatrième trimestre 2008, le PIB en volume s’est contracté de 1,7% aux Etats-Unis mais de 1,9% dans la zone euro. Le graphe ci-contre indique les taux zone par zone et pays par pays.

Et malheureusement, la tendance de 2008 devrait se prolonger en 2009 et 2010. La banque fédérale de réserve a publié le 24 février ses prévisions pour les deux ans à venir. La BCE, par la voix de Jean-Claude Trichet, a fait connaître les siennes ce jeudi.

Bien entendu, les prévisions en question ne sont pas présentées de la même façon aux Etats-Unis et en Europe. Glissement annuel là-bas, moyenne annuelle ici. L’harmonisation demande un petit effort de calcul aux économistes.

previsions-optimistes-us-et-z-euro.1236307149.PNG

 Passons sur le détail des opérations et observons les résultats. En moyenne annuelle, d’après les prévisions de la Fed, le PIB américain se contracterait entre -1,9% et -2,7% en 2009, avant de rebondir en 2010 d’un taux compris entre +1,8% et +2,4%.

La perspective serait bien pire dans la zone euro. Selon la BCE, le PIB se contracterait entre -2,2% et -3,2% en 2009. Et la plus grande incertitude plane sur 2010, où le PIB hésite entre une contraction de - 0,7% et une expansion de + 0,7%.

previsions-pessimistes-us-et-z-euro.1236307247.PNG

 Les deux graphiques ci-contre résument les deux perspectives, optimiste et pessimiste : fourchettes basses des prévisions de la Fed et de la BCE pour l’un ; fourchettes hautes pour l’autre. On y voit que, dans l’hypothèse la plus optimiste, le PIB de la zone Euro ne retrouverait pas en 2010 son niveau de 2007. Tandis que dans l’hypothèse la plus pessimiste, le PIB des Etats-Unis dépasserait en 2010 son niveau de 2007.

Dans le meilleur des cas, la zone Euro reculerait de 2,1 points de PIB par rapport au Etats-Unis. Dans le pire des cas, elle reculerait de 3,1 points.

Ces perspectives justifient pleinement la baisse des taux d’intérêt décidée par la BCE. Une baisse tardive, malheureusement, et qui laisse les taux européens très au-dessus des taux américains. Mais Jean-Claude Tricher est ainsi : toujours en retard d’une guerre.

En octobre dernier, sur Europe 1, il assurait les Européens de sa détermination à lutter contre la hausse des prix: Ayez confiance, vous allez avoir la stabilité des prix!” Le graphique ci-dessous indique à eurostat-indice-prix-zone-euro-conso-en-2008.1236307556.PNGquel point son engagement était opportun. Aujourd’hui, il « appuie » la Commission européenne dans son intension d’ouvrir des procédures pour déficits publics excessifs contre plusieurs pays.

En 2010, peut-être aura-t-il pris conscience qu’il y a deux types de déficits publics excessifs : ceux que l’on creuse volontairement afin de juguler la crise, et qui se résorbent avec elle ; et ceux que l’on se borne à constater, et qui se creusent à mesure que la crise s’aggrave, sans jamais l’arrêter.


Commentaires

  1. J’avoue être un peu surpris par cette charge contre la politique monétaire de la BCE à un moment où les taux d’intervention ont quand mêmebeaucoup baissé, sans effet probant sur l’activité d’ailleurs. L’écart relevé entre la contraction des PIB des Etats-Unis et de la zone euro n’apparait pas considérable, voire peu significatif compte tenu des approximations résultant de l’utilisation des méthodes statistiques. Il aurait d’ailleurs pu être relevé que le Royaume-Uni, qui n’appartient pas à la zone euro, faisait moins bien à -2,2, ce qui ne va évidemment pas dans le sens de la démonstration. En réalité, la zone euro semble pénalisée par la médiocre performance de l’Allemagne, à -3,1, qui s’explique probablement par le poids plus important du commerce extérieur dans le PIB de cette dernière.

    Quant à l’emploi de prévisions pour étayer le raisonnement, il apparaît bien hasardeux. Les économistes sont très partagés sur l’hypothèse d’un redémarrage de la croissance aux Etats-Unis dès 2010 et les prévisions de la FED apparaissent bien optimistes, un peu moins certes que celles de la nouvelle administration qui table, elle, sur 3%. Le différentiel de croissance entre les prévisions de la FED et celles de la BCE pourrait bien s’expliquer par la plus grande prudence, certains diront le plus grand réalisme, de cette dernière. Franchement, compte tenu de l’ampleur de leur faillite, les Etats-Unis ne sont plus, ou ne devraient plus être, une référence pour personne.

  2. D’accord avec le commentaire d’Anakin. Prévoir un redémarrage aujourd’hui est bien audacieux. Comme on l’a vu ces derniers mois, on révise tous les jours à la baisse. Personnellement je trouve que les chiffres sur lesquels Couvrat fonde sont raisonnement sont infondés. Mais je crois que la crise sera moins profonde dans la zone euro qu’ailleurs, non pas parce que la politique de Trichet est bonne (il ne fait que suivre le mouvement, rien d’autre), mais parce que dans cette zone, les deux pays leader, l’Allemagne eet la France ont de puissants stabilisateurs économiques, la sécurité sociale, les allocations chômage et le RMI. Même si ce Etat providence a été très mis à mal ces derniers temps.
    C’est d’ailleurs assez cocasse de voir le méchant petit nain de l’Elysée se gargariser maintenant de l’existence de ce système.
    Ceci dit, il n’y a pas un seul coin au monde qui échappera à la crise aujourd’hui, et nous sommes complètement lancés dans l’inconnu, tant sont inédits les contours de ce nouvel affront fait au marché. C’est la fin d’un système, c’est sûr, mais par quoi le remplacer ? Les plans de relance ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ils sont keynésiens, seulement nous ne sommes plus en 1930.

  3. En 1918 les empires européens s’effondrèrent.
    En 2018 l’ empire américain s’ effondrera.
    Quelle chance pour le monde.

  4. Toute la comparaison repose sur les prévisions des 2 banques centrales.
    Il y a 6 mois, la FED ne prévoyait pas de récession aux USA. Finalement, celui qui est le plus transparent est le plus défavorisé dans la comparaison.

    On attend toujours une analyse sur le fait central de cette crise: par quoi les américains vont-ils remplacer les financements non contrôlés qui ont provoqué l’explosion du système financier ? En gros, le niveau de consommation était trop supérieur à la richesse créée. Je vous conseille la lecture d’un blog qui analyse tout ça avec clairvoyance http://tropicalbear.over-blog.com et sans angélisme.

  5. il ne faut pas oubier que si redémarrage en 2010 il y a, ce qi est encore loin d’être sûr, les USA vont le payer au prix fort, avec 2 plans de relance de plusieurs centaines de Md $ et un déficit colossal

  6. les EU ont toujours eu une facilité à créer et à rebondir que nous n’avons pas, nous les français et nous les européens.
    Et alors avec OBAMA à la tête, il ne fait pas dans la démagogie, lui.

  7. La bonne question n’est elle pas de savoir plutôt quelles sont les idées pour demain ?

    On lit grâce/à cause d’internet beaucoup beaucoup de lecture, contre-lecture de cette crise, au final on parle beaucoup, on constate beaucoup et j’ai relevé, me trompe-je ? que le seul constat commun à tous courant et tout analyste quelques soient ses compétences (du pilier de comptoir au docteur ès économie) c’est que :

    les modèles passés (libéralisme et autres… ) ont vécu et sont moribond voir défunt.

    Ok ça c’est fait et c’est dit et maintenant va t’on perdre encore tout le temps qui est à venir à savoir si on peut voir surgir une recette miracle venu d’ailleurs ou va t’on enfin profiter de cette outil qu’est internet pour discuter au niveau mondial (et commençons donc localement) des idées que chacun stupide comme intelligent peut avoir pour inventer la société de demain ?

    perso je m’en moque que les BCE et autres grands organismes issus des modèles du passé soit efficaces ou pas, globalement ils ne peuvent pas l’être puisque issu de modèles qui ne le sont plus…

    où sont les futurs keynes, marx et autres grands penseurs capables d’inventer une nouvelle façon de mieux vivre en société dans notre monde en souffrance ?

    pour reprendre une formule connue, va t’on continuer longtemps à regarder le doigt qui pointe le problème ou se saisir du problème pour le gérer ?


    http://bridge.over-blog.org/article-28699006.html

    http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2009/03/06/en-europe-pas-de-sortie-de-crise-en-2010/#xtor=RSS-3208

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Published by Eva R-sistons
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