Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 00:21




C’est la prochaine bombe après les subprimes : les Américains sont surendettés, car ils ont longtemps vécu au-dessus de leurs moyens. Les banques pourraient y perdre 100 milliards de dollars en 2009.

Avec nos six cartes de crédit, nous sommes dans le rouge de plus de 25 000 dollars, soupire Janet Irwin, assistante d’un professeur à l’université d’Atlanta. Sauf miracle, nous n’arriverons pas à faire face.» Cette femme de 46 ans ne sait plus à quel saint se vouer. Elle est prise à la gorge par une série de prêts revolving contractés au fil des années pour offrir des extras à sa famille, comme des vacances en Californie en 2006 ou un écran plat l’an passé. Tant que l’économie tournait rond, elle honorait sans difficulté les 650 dollars de remboursements mensuels. Mais, en février dernier, Mark, son mari, a perdu son poste bien rémunéré de chef de chantier. Depuis, il cumule trois jobs : manutentionnaire le jour, vendeur en grande surface le soir et animateur dans un club de sport le week-end. «Nos revenus ont été divisés par deux, à 2 700 dollars par mois, reprend Janet. Tout juste de quoi régler les traites de la maison, l’électricité, les assurances santé, les dépenses courantes pour nos deux enfants…»


Comme des millions de familles américaines habituées à ne manquer de rien, les Irwin en sont aujourd’hui réduits à mendier la clémence de leurs créanciers. C’est le résultat d’une addiction à une drogue en apparence douce, mais devenue toxique à cause de la crise et du chômage (le pays a perdu 900 000 emplois en décembre) : le crédit à la consommation. Depuis 1996, l’encours total des prêts revolving aux particuliers a plus que doublé aux Etats-Unis, pour approcher aujourd’hui les 1 000 milliards de dollars. Mais, comme dans le cas des subprimes, les fameux crédits immobiliers à l’origine de la crise actuelle, la solvabilité des bénéficiaires n’a pas été vérifiée de très près, à en juger par la hausse spectaculaire des défauts de paiement sur les cartes de crédit : 25 milliards de dollars en 2007, le double en 2008 et au moins 100 milliards cette année, selon une étude récente du cabinet spécialisé Innovest (en France, la proportion d’accidents sur ce type de produit est trois fois plus faible). De quoi fragiliser encore un peu plus la finance américaine, et donc l’économie mondiale…


La bombe à retardement du crédit à la consommation menace d’abord d’exploser au nez de trois des principales banques américaines, déjà mises sous perfusion par le plan Paulson : JPMorgan Chase, Bank of America et Citigroup, qui ont distribué chacune pour plus de 150 milliards d’argent facile. Même American Express, pourtant réputée sélectionner une clientèle plus huppée, est largement exposée : sa capitalisation boursière a fondu de 60% en un an. La célèbre marque aux cartes vertes a obtenu à l’arraché, en novembre, le statut d’établissement bancaire, ce qui l’autorise elle aussi à profiter de l’aide de l’Etat.


Selon le même mécanisme qui a transmis le krach des subprimes à la planète, ce nouveau désastre annoncé risque de nous contaminer. En effet, d’après Innovest, 70% des créances bancaires américaines dans le crédit revolving ont, elles aussi, été «titrisées», c’est-à-dire noyées dans des packages financiers prétendument sûrs, vendus à des hedge funds, des fonds de pension et des banques du monde entier. L’augmentation alarmante des défauts de paiement aux Etats-Unis va donc à coup sûr ricocher dans les comptes des établissements européens. Mais, comme avec l’immobilier il y a dix-huit mois, personne n’est pour l’instant capable de mesurer l’ampleur des dégâts à venir. «Impossible de dire comment les Français seront touchés, observe ainsi l’économiste Marc Touati, directeur général de Global Equities. Mais il pourrait bien y avoir du grabuge.»


Pour comprendre comment on a pu en arriver là, il faut se plonger dans la culture américaine. «Dans ce pays, on n’a jamais eu peur de s’endetter, explique le sociologue Paul Jorion, auteur de “L’Implosion. La finance contre l’économie” (Fayard). A l’époque du Far West, les pionniers mettaient leurs affaires au clou contre un peu de cash. Mais ce qui est longtemps passé pour une preuve d’optimisme est devenu, ces dernières années, le seul moyen pour beaucoup d’Américains de préserver leur niveau de vie.» L’envolée du revolving a en effet coïncidé avec la stagnation des revenus du travail (le salaire moyen n’a progressé que de 4% depuis 1999) et la fonte de l’épargne, qui n’a jamais été aussi basse depuis la Grande Dépression (0,4% des revenus en 2008). Consommer plus sans gagner plus, cela s’appelle vivre au-dessus de ses moyens…


Le problème, c’est que cette frénésie a été largement encouragée par les banques. Ces dix dernières années, le secteur financier a par exemple favorisé le développement du crédit hypothécaire (les «home equity loans»). Concrètement, une famille propriétaire de son logement pouvait décrocher sans le moindre souci des emprunts, sans rapport avec ses revenus, car gagés sur la valeur de sa maison. La martingale a fonctionné tant que durait le boom du marché immobilier : entre 2001 et 2006, la hausse de 80% du prix de la pierre a ainsi permis aux ménages américains de souscrire pour 250 milliards de dollars de crédits revolving supplémentaires. D’autant plus facilement que cette débauche d’argent facile avait l’assentiment des autorités, qui, après les attentats du 11 septembre 2001, étaient soucieuses de soutenir l’économie et appelaient les citoyens à consommer par devoir patriotique.


«On ne peut pourtant pas défier les lois de la gravité économique trop longtemps, et notamment faire croire que la capacité d’endettement des ménages augmentait alors même que leurs revenus stagnaient», dénonce Robert Manning, professeur de finance au Rochester Institute of Technology. En 2005, dans un livre devenu un best-seller, «Credit Card Nation», il annonçait une inéluctable crise immobilière et l’enraiement de la machine.


En outre, l’orgie du revolving n’a pas été réservée à ceux qui avaient une maison à gager via un «home equity loan». Dérégulée sous la présidence Reagan, la finance s’est mise à prêter à n’importe qui. «La moitié des foyers américains reçoivent quatre propositions de crédit par semaine, même s’ils sont déjà dans une situation financière tendue», déplore Danny Schechter, auteur du documentaire «In Debt We Trust» («nous croyons en la dette»), consacré aux dérives du système. C’est le cas de Bernadette, assistante de direction à Pittsburgh : «Au printemps, j’ai eu de gros frais médicaux, payés avec ma carte de crédit. Le jour où je suis rentrée de l’hôpital, je recevais un courrier d’American Express me proposant 10 000 dollars de revolving. Comme j’étais à sec, naturellement, j’ai craqué.» Même les étudiants sont sol¬licités, d’autant plus que de nombreuses universités monnaient leurs coordonnées personnelles aux maisons de crédit ! Selon un sondage de l’association de consommateurs US Pirg, la dette moyenne des jeunes sur les campus dépasse déjà les 2 500 dollars…


Il faut dire que les offres des émetteurs de cartes sont alléchantes. Les taux d’intérêt sont certes élevés (dans les 15% pour les ménages les plus modestes), mais assortis de nombreux bonus : crédit gratuit les trois premiers mois, reprise sans frais des dettes sur d’autres cartes, cadeaux en tout genre (essence, «miles» de compagnies aériennes…) et possibilité d’opter pour des remboursements minimaux, de l’ordre de 100 à 150 dollars mensuels, a priori supportables. Mais le piège se referme vite : «Ces petits versements ne paient pour ainsi dire que les intérêts, et l’on finit par être incapable de rembourser le capital», observe José Garcia, directeur de la recherche du think tank Demos, auteur de plusieurs rapports sur la question. Et gare aux moindres retards de paiement, ne serait-ce que d’un jour, ou aux dépassements d’autorisation de crédit : dans ces cas-là, les pénalités pleuvent (en moyenne 35 dollars par mois) et les taux d’intérêt sont revus à la hausse, jusqu’à dépasser les 30% !


Le Congrès a fini par s’émouvoir de ces pratiques et planche sur un projet de loi interdisant les taux usuraires, comme en France. Face à la crise qui menace, certains établissements, dont Bank of America et American Express, commencent pour leur part à comprendre que pressurer leurs clients au bord du gouffre peut enclencher un cercle vicieux. Les ménages étranglés risquent en effet de se déclarer en faillite personnelle afin d’effacer l’ensemble de leurs dettes (en contrepartie, le crédit facile leur est interdit pendant une dizaine d’années). «Plus de 20% des ménages américains frôlent le surendettement, avertit le professeur Manning. C’est le moment ou jamais de les laisser renégocier.» Un dossier urgent de plus pour la nouvelle administration Obama…


Eric Wattez

© Capital

http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-29167663.html

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche