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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 22:07


Espagne: les nuages s'accumulent !


Alors que la situation en Europe de l’Est suscite l’inquiétude, c’est au tour du sud de l’Europe craquer. Les nuages noirs s’accumulent au dessus de l'Espagne . Hier Crise ! vous avez dit crises ? publiait l’analyse de l’économiste réputé dans la péninsule Santiago Carbo Valverde sur la crise que connaît la quatrième économie de la zone euro. Au même moment, la Banque d’Espagne tirait la sonnette d’alarme en rendant publiques ses prévisions pour 2009. Elles sont franchement catastrophiques.

Si ce pessimiste s’avère être réaliste, l’Espagne, pays de 46 millions d’habitants, sera presque aussi mal en point que la petite Lituanie ou sa voisine lettone. Pour des raisons en partie similaires : c’est l’immobilier qui a alimenté la fiesta qu’a connue l’Espagne ces dix dernières années.

000_DV489061.jpg Rencontre à Madrid entre le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez et le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn. (AFP)

L’économie espagnole devrait, selon l’institution, enregistrer une « contraction profonde » de - 3%. Ce qui est dans la moyenne européenne. En revanche, le chômage prend des allures vertigineuses. Il pourrait toucher 17% de la population active à la fin de l’année et de 19% en 2010, soit deux fois le niveau moyen en zone euro prévu par l’OCDE.

Si le gouvernement du Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero annonce un début de reprise pour la fin de cette année, le gouverneur de la Banque d'Espagne, Miguel Angel Fernandez Ordonez recule cette sortie du tunnel à la fin 2010.

L’investissement a chuté de 24% depuis le début de l'année, signe indiquant que les entreprises se serrent la ceinture, et que le bâtiment est au point mort. Le déficit public pourrait franchir le seuil critique pour atteindre 8.3% du PNB cette année et 8.7% en 2010.( Ce qui rend totalement caduque la morne adoptée lors de la mise en place de l'euro limitant le déficitt public à 3% du PNB). L'Etat doit en effet venir au secours de la masse des chômeurs, en augmentation vertigineuse, mettre en place des programmes d’investissement financés afin de créer d'urgence des emplois notamment dans le secteur des travaux publics, alors qu’à cause de la récession les recettes fiscales s’effondrent. En conséquence, la dette publique pourrait dépasser 50% du PNB, ce qui est raisonnable comparé à la France (75% du PNB) mais à ce niveau, elle « laisse peu de marge pour soutenir la consommation (demande NDLR) par le déficit public » précise la Banque d'Espagne


(par Bruno Birolli)

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Espagne, ce n'est plus la fiesta !


Madrid vient de prendre le contrôle de Caja de Ahorros Castilla La Mancha (CCM) et pourrait injecter jusqu'à 12 milliards d'euros dans cet établissment financier pour le renflouer. L’économiste Santiago Carbo Valverde, professeur de l’Université de Grenade et consultant de la Banque fédérale de Chicago (USA) analyse la situation économique difficile que traverse son pays.



Q. : Quelle votre appréciation de la situation en Espagne ? Le chômage par exemple s’étend vite, beaucoup plus vite que dans le reste de la zone euro et pourrait toucher 16% de la population à la fin de l’année...


000_DV489029.jpg Agence de la CCM, l'établissement financier que vient de nationaliser de facto Madrid (AFP).



R. : L’Espagne a connu une longue période de croissance économique (avec des taux de croissance supérieurs à celui des grandes économies de la zone euro jusqu’en 2007). Cependant cette croissance rapide dépendait trop lourdement de la construction (12% du PNB), c’est un secteur de main d’œuvre. En cas de récession, il est donc logique que le chômage augmente à mesure que les entreprises du bâtiment réduisent fortement leur personnel. Cependant, nous sommes stupéfiés de constater la vitesse à laquelle les emplois dans ce secteur sont détruits. 250 000 emplois disparaissent chaque mois en moyenne. Nous nous attendions à une remontée du chômage mais pas aussi rapide. .



Du fait de cette dépendance à l’égard d’une activité économique spécifique (la construction ), l’Espagne avait besoin d’entrées très élevées de capitaux extérieurs. L’Espagne dépendait de l’épargne étrangère (nous avions un déficit commercial extérieur important de 12% du PNB à la mi-2008). Lorsque la tourmente financière a commencé et que les marchés financiers ont cessé de fonctionner normalement, l’Espagne a fait face à des restrictions financières et n’a plus été capable de trouver l’argent nécessaire pour conserver son dynamisme.



Q . : L'ensemble du secteur bancaire espagnol est-il menacé ?



R. : Par chance, le secteur financier espagnol n’a pas touché aux produits structurés comme ceux du marché des subprimes aux USA. La Banque d’Espagne a été très rigoureuse pour empêcher les banques espagnoles d’investir dans ces produits très risqués au début des années 2000. En outre, les provisions « contre cycliques », uniques au monde, que la Banque d’Espagne a imposé aux banques espagnoles ont été extrêmement utiles pour absorber les pertes dans les prêts immobiliers auxquelles les banques espagnoles ont fait face et font encore face.



Cependant, ces deux bonnes nouvelles ne suffisent pas pour éviter aux banques espagnoles une crise financière. En premier lieu, les financements qu’ont trouvé pendant des années les banques espagnoles sur le marché interbancaire et le marché de la dette sont gelés. Aujourd’hui les banques espagnoles ont de sérieuses difficultés à se financer. Mais le principal problème est le montant de leurs pertes dans leur portefeuille de crédit immobilier. Comme le chômage monte rapidement, les prêts « non performants », augmentent concomitamment, et rapidement. Plus grave, l’exposition du secteur bancaire dans les entreprises du bâtiment et les sociétés de promotion immobilière est très important (supérieur à 300 milliards d’euros). Le secteur bancaire va connaître des temps difficiles. Nous sommes sur le point d’assister à une série de restructurations (à travers des fusions et acquisitions) et il est plus que probable que les banques espagnoles vont avoir besoin d’une assistance financière à travers des injections de capitaux par le gouvernement pour retrouver le niveau de solvabilité qu’elles avaient pendant ces dix dernières années. Le temps des vaches maigres est venu pour les banques espagnoles, elles vont devoir « maigrir » (en fermant des agences et en réduisant leur personnel par exemple).



Q. : Comment jugez-vous l'action du gouvernement espagnol ?



R. : Le gouvernement agit en accord avec l’Union européenne. Le déficit public (3.8% en février 2009) se creuse très vite et se creusera encore d’avantage à mesure que le chômage augmentera, que les rentrées fiscales baisseront et que de nouveaux programmes de réponse à la crise seront adoptés. Il reste une petite marge de manœuvre, mais elle n’est pas très grande. Le poids de la dette publique, aujourd’hui faible, va s’alourdir substantiellement, particulièrement en cas d’injections de capitaux dans les banques.



Mais outre ces actions, l’Espagne a besoin de résoudre des problèmes à plus long terme comme sa faible productivité et son manque de compétitivité. L’Espagne a besoin de diversifier ses activités économiques pour assurer son futur. Le bâtiment peut continuer à jouer un rôle une fois la récession finie mais il est hautement improbable qu’il aura la même importance.



(propos recueillis par Bruno Birolli)

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Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
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