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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 21:06
 
Nos pires ennemis ne sont pas les terroristes.

Repenser la sécurité nationale
sur une planète en perdition

Chip WARD


Maintenant que nous avons décidé de "
faire passer l’économie au vert" , pourquoi ne pas faire pareil pour la sécurité intérieure ?

Je ne parle pas des enquêteurs qui interrogeraient les suspects sous des lampes équipées d’ampoules fluorescentes compactes, ou des flics qui porteraient des Kevlar recyclés et utiliseraient des panneaux solaires pour recharger leurs Tasers.

Ce que je veux dire, c’est : ne devrions-nous pas en fin de compte nous mettre à repenser le concept même de sécurité intérieure sur une planète en plein naufrage ?

Maintenant que David Blair, le nouveau directeur de l’agence de services secrets "National Intelligence", affirme que l’insécurité mondiale est plus un danger pour nous que le terrorisme, n’est-il pas temps de libérer le concept de "sécurité" de ses chaînes imposées d’en haut avec le terrorisme en ligne de mire ?

N’est-il pas temps, en fait, que le gouvernement d’Obama commence à établir un plan de sécurité crédible - c’est-à-dire en s’appuyant sur les associations de citoyens – qui prévoirait des dispositions pour que les localités puissent parer aux éventualités après les catastrophes – qu’elles soient naturelles ou créées par l’homme (si la différence existe encore) – qui ne manqueront pas de marquer cette époque naissante de chaos financier et climatique ?

A long terme, si ne nous nous mettons pas à élaborer un projet de sécurité publique qui répondrait effectivement aux défis majeurs de notre temps, qui se préoccuperait de reconstruction et non pas de "défense", et qui servirait à assurer le bien-être des collectivités plutôt qu’à entretenir de nouvelles équipes de police spéciale , nous avons du mouron à nous faire.

Aujourd’hui, la "sécurité intérieure" et le Département de Sécurité Intérieure (Department of Homeland Security, DHS), cette structure composée de 13 agences difficilement gouvernables créée en 2002 par le gouvernement Bush, persistent à se fonder sur les peurs et les théories prépondérantes et universelles sur la guerre contre le terrorisme de l’ancien président.

Les ennemis étrangers projettent peut-être de nous attaquer réellement, mais croyez-le ou non (et un nombre croissant de personnes, dépossédées de leurs maisons, de leur travail et de leurs économies commencent à le penser), ce n’est probablement pas le pire qui puisse nous arriver.

Cette peur démesurée du terrorisme - et de ses effets éventuels - alimentée par les images apocalyptiques des attentats du 11 septembre, a occulté la volonté du pouvoir de réprimer la contestation en nous dépouillant de nos libertés fondamentales. Ce programme était destiné à satisfaire une armée de sociétés privées qui vendaient tout, du masque à gaz aux systèmes d’identité biométriques, en pillant les fonds publics sous couvert de patriotisme. Comme tant d’initiatives lamentables de l’ère Bush, la sécurité publique a été mise sur les mauvais rails dès le début – comme le montre le choix du terme "homeland" ("patrie") si clairement antiaméricain – et nous a, depuis, engagés sans surprise sur une mauvaise pente.

Dans ce contexte, il faut se rappeler que le 11 septembre a été suivi de l’ouragan Katrina, de sécheresses et d’incendies mémorables, de crues à l’échelle de celle racontée dans la bible, et ensuite, bien sûr, de la crise financière.

Malgré la peur panique des attentats terroristes, les risques d’être touchés sont, pour la grande majorité de la population, infimes ; en revanche, il y a fort à parier que les ruptures dans la chaîne d’approvisionnement en denrées alimentaires, en eau et en énergie vont nous concerner tous au cours des décennies à venir. La nature subit un tas de perturbations, telles que les sécheresses (de plus en plus préoccupantes avec le changement climatique), qui se traduisent pour les êtres humains par des famines, des migrations, des guerres civiles, la chute de gouvernements, et pour finir l’apparition de seigneurs de la guerre et de pirates.

Même si cela vous semble être la version climatique du terrorisme, un ouragan dévastateur ou une sècheresse mortelle ne peuvent ni être préalablement arrêtés à la frontière ni mis sous les verrous.

C’est pourquoi il faut une version écologiste de la sécurité qui mobiliserait les énergies et les ressources de la population pour faire face aux conséquences des catastrophes au moins autant que pour s’en protéger – et pas non plus un plan de reconstruction standard qui serait parachuté par les responsables lointains et hésitants de l’Agence fédérale de gestion des urgences (Federal Emergency Management Agency).

Le fait est que les associations de citoyens qui se sont constituées au niveau local (et non pas national), qui ont réfléchi ensemble et se sont préparées à faire face aux besoins fondamentaux de la collectivité et à s’entraider en cas de crise, seront plus aptes à rebondir à la suite de catastrophes éventuelles qu’un pays peuplé d’individus sans défense qui attendent qu’on vienne les secourir ou les protéger.

Imaginez qu’on nomme désormais le Département de Sécurité Intérieure : "Département des Sécurités publiques Locales" et là, au moins, vous saurez par où commencer.

La Sécurité locale pour faire face à un avenir chaotique

La sécurité intérieure, post 11-sept, est largement militarisée et se préoccupe essentiellement de catastrophes ponctuelles comme des attentats ou des accidents, et non pas, par exemple, de la contamination d’importantes récoltes de céréales par quelque maladie apparue récemment, ou, comme cela se passe actuellement, le sabordage en série de la pêche industrielle dans les océans.

Contrairement à un attentat terroriste, de tels fléaux peuvent s’abattre brusquement partout, rendant inutiles les programmes types.

Si la ville de Miami est frappée par un ouragan, la Féma (du moins, on l’espère) pourra faire parvenir des vivres à l’aide de camions et de ponts aériens.

S’il y avait rupture de la chaîne alimentaire sur les marchés mondiaux, ce sont les centaines de milliers de jardins collectifs et les réseaux de particuliers prêts à partager les produits de leurs potagers, et non pas des entrepôts pleins de réserves alimentaires d’urgence, qui pourraient montrer la différence qui existe entre une crise et une catastrophe. Les épreuves systémiques, nécessitent, en fin de compte, des réponses systémiques.

Il ne vient peut-être pas spontanément à l’esprit que l’alimentation et la sécurité vont de pair, mais les spécialistes savent que nos réserves alimentaires sont particulièrement précaires.

Nous savons les problèmes que posent les hausses de carburant ou le gel de marges de crédit, mais peu de gens aux Etats-Unis ont connu la panique et les privations que représente la rupture de la chaîne alimentaire – jusqu’à présent. Et cela va changer dans les décennies à venir. On n’y coupera pas, même si cela semble aussi peu probable aujourd’hui qu’une crise financière ne semblait vraisemblable, pour la plupart d’entre nous, il y a à peine un an.

Notre système de distribution et de production alimentaire industrielle mondialisée est un miracle, qui nous permet de consommer des spécialités exotiques venues de pays lointains à des prix pratiquement abordables. Ces mangues du Mexique et ces kiwis de Nouvelle Zélande sont, à n’en pas douter, un plaisir, mais ce plaisir compréhensible que nous prenons à les consommer cache un grand danger. Si vous vous demandez ce que pourrait réellement représenter une conception environnementaliste de la sécurité intérieure, voyez simplement nos réserves alimentaires.

La viande aux Etats-Unis parcourt en moyenne environ 1500 kms pour arriver jusqu’à nos assiettes. Le blé qui sert à fabriquer le pain d’un hamburger vient peut-être du Canada, le bœuf d’Argentine et la tomate du Chili. Les denrées alimentaires qui viennent de si loin peuvent être sujettes à toutes sortes de perturbations – une tempête calamiteuse qui s’abat sur une zone agricole ; le prix du pétrole, utilisé pour les engrais, les machines agricoles et le transport qui flambe ; des querelles intestines ou des guerres régionales qui immobilisent la production agricole ou paralysent le circuit commercial, des mesures nationales qui imposent de constituer des stocks à cause de la hausse des prix ou de la rareté des marchandises ; sans parler des sécheresses, des inondations et de la perte des récoltes usuelles qui ont toujours constitué un fléau et qui s’amplifient dans un monde touché par le réchauffement climatique.

Une interruption dans la livraison de denrées alimentaires qui viennent de loin n’est supportable que si nous avons anticipé le problème et que nous pouvons ainsi combler le manque grâce à la production locale.

Hélas, pour ceux d’entre nous qui vivent ailleurs qu’en Californie ou en Floride, la production locale reste saisonnière, limitée, et tout sauf diversifiée. Il ne faut pas oublier que la production locale a été affaiblie dans ce pays par la volonté d’éliminer toutes ces exploitations familiales qui n’engendraient pas de superprofits. L’agriculture aux Etats-Unis est actuellement entre les mains d’énormes exploitations industrielles. Et c’est ainsi que les poulets proviennent de vastes élevages industriels en Arkansas, les porcs de monstrueuses structures industrielles en Georgie et le maïs des zones de monoculture du Midwest (la "cornbelt"), etc.

Ces exploitations monolithiques génèrent peut–être des profits pour les géants de l’agroalimentaire, mais elles ne vont pas nous être d’un grand secours, étant donné l’avenir calamiteux qui se profile déjà devant nous.

Quand, l’an dernier, une terrible sècheresse en Australie a fait chuter la production de riz dans le Bassin du Murray (fleuve en Australie, NDT), le prix du riz dans le monde entier a brusquement doublé. La hausse du prix du riz, comme le bond soudain des prix du blé, du soja, et d’autres denrées de base, étaient essentiellement dus au prix du pétrole qui flambait cette époque-là, même si la spéculation y était également pour quelque chose. Et c’est ainsi que l’effondrement de la culture du riz australien transformait une situation grave en crise. Parce que le système agricole mondial est si profondément interdépendant et intimement lié, qu’une onde de choc quelque part dans le monde peut se répercuter beaucoup plus loin et à grande échelle – comme (ainsi que nous l’avons appris à notre grande consternation) cela a été le cas pour les marchés financiers.

Pensez que la pénurie de nourriture, et les émeutes de la faim qui s’en sont suivies dans 30 pays différents en 2008, constitueront les charmes de la vie sur une planète où le climat sera imprévisible, les populations exploseront, les écosystèmes seront dégradés et le marché de l’agroalimentaire perturbé.

La hausse des prix qui a rendu les produits alimentaires inaccessibles à cette multitude de gens qui ont participé aux émeutes de la faim a été assez vite enrayée par la chute du prix des énergies au moment où sombrait l’économie mondiale. Ne vous y trompez pas, cependant. La pénurie de nourriture et l’agitation sociale qui l’accompagne reviendront à nouveau.

Autre chose à prendre en compte : les pays affectés par la pénurie de nourriture vont peut-être, quand les populations qui souffrent de la famine réclameront la souveraineté alimentaire , vouloir protéger leur secteur agricole en créant des barrières douanières – exactement comme cela commence à se produire dans d’autres secteurs de la production sous la pression de la crise financière mondiale. L’époque de la production alimentaire mondialisée, où nous avions fini par estimer que les fruits (et légumes) revenaient pratiquement de droit à nos grandes surfaces, pourrait bien s’achever progressivement dans un avenir relativement proche.

Il faut nous y préparer. Et c’est là qu’un Département de sécurité publique locale prendrait tout son sens.

La plupart des villes américaines disposent de moins d’une semaine de réserves alimentaires et la plupart d’entre nous ne faisons pas de stocks, ce qui rend les habitants des villes vulnérables aux perturbations dans l’approvisionnement alimentaire. Si vous sautez les trois prochains repas, vous réaliserez la panique que soulèverait une rupture importante le long de la chaîne alimentaire. La question est donc : comment, plutôt que de négliger cet aspect essentiel, quoique sous-estimé, de la sécurité publique, pouvons-nous y remédier ?

Les fermes verticales et les "jardins de la victoire"

Parce que les villes sont si dépendantes d’arrivages quotidiens de produits alimentaires, la sécurité alimentaire au niveau local impliquerait donc qu’il faudrait constituer des stocks plus importants pour les moments de crise ; cette solution serait sans doute la réponse classique en cas de catastrophe, et qui a plutôt bien fonctionné sur une période courte. Mais, sur le long terme, ce qui serait véritablement le plus logique, c’est d’encourager dans les villes et dans les banlieues, la création de jardins communautaires et de marchés paysans, et pas seulement en quantité suffisante pour assurer la consommation de roquette et de tomates fraîches pour l’été, mais pour que la production puisse contribuer à atténuer les effets des perturbations dans l’approvisionnement de denrées alimentaires. Il y a suffisamment d’espaces libres, de jardins privés, et de toits en terrasse pour permettre à des collectifs de bénévoles ou à des petits exploitants agricoles de cultiver des milliers de jardins. L’agriculture urbaine pourrait même prendre une grande ampleur.

Dickson Despommier, professeur à l’Université de Columbia expliquait récemment son concept de "ferme verticale" : une tour de 30 étages en plein milieu d’une zone urbaine qui pourrait produire suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins de 50.000 personnes du quartier.

Mike Davis (1), historien (historien et critique visionnaire) se demande pourquoi on ne s’inspire pas, pour élaborer un programme de sécurité intérieure, de l’expérience des "jardins de la victoire" menée au cours de la Seconde Guerre mondiale.

En 1943, deux ans à peine après le début de la guerre, 20 millions de jardins de la victoire produisaient 30 à 40% des légumes consommés dans le pays. Des milliers de terrains abandonnés en ville étaient défrichés et cultivés collectivement par les habitants du quartier. Le Bureau de la Défense Civile encourageait et habilitait ces initiatives, mais ce phénomène se mettait en place sans cela parce que les citoyens qui n’étaient pas au front voulaient participer à l’effort de guerre, et le jardinage était, finalement, une façon très agréable de servir la patrie.

Rebecca Solnit, auteur de "Hope in the Dark", écrit que, au coeur des ruines des zones désindustrialisées de Détroit, paysage qu’elle décrit comme étant "pas tout à fait post-apocalypse, mais du moins post-américain", les habitants exploitent des parcelles de terrain abandonné, cultivant leurs propres produits, élevant de petits animaux de ferme et plantant des vergers. Dans cette ville désertée, certains ont cherché coûte que coûte à retrouver un semblant de sécurité alimentaire. Ils l’ont fait parce qu’ils y ont été contraints, et ils ont été récompensés par une production à faire pâlir d’envie un paysan bio.

La catastrophe à Détroit n’a pas été un déferlement soudain comme cela s’est produit à la Nouvelle Orléans avec l’ouragan Katrina mais il s’est agi plutôt d’un lent processus de régression dévastateur – peut-être un avant-goût amer de ce que beaucoup de municipalités vont connaître à la suite de la crise financière actuelle. Mais pour Solnit, l’initiative de Detroit sous la pression de l’adversité économique n’est pas simplement une stratégie de survie, mais la voie possible à un renouveau. C’est également un guide grandeur nature dont pourrait s’inspirer notre Département de sécurité publique locale le jour où il se décidera à investir très avantageusement une partie de ses crédits pour créer un pays capable de rebondir et où il y aura davantage de sécurité.

Comme Alice Waters, chef cuisinier et auteur l’a démontré de façon pratique, les écoles peuvent créer des potagers pour réduire les frais de cantine, offrir une alimentation saine aux élèves et enseigner la culture biologique.

Les compétences et les connaissances en agriculture qui allaient de soi pour beaucoup de nos arrière-grands-parents qui avaient grandi dans des régions plus rurales se sont perdues depuis longtemps avec les migrations vers les villes et les banlieues. Réapprendre ces savoir-faire pourrait constituer un élément essentiel à notre survie si les camions ne peuvent plus arriver au supermarché du coin.

Le département de sécurité intérieure actuel a publié des tonnes de prospectus expliquant comment détecter et manipuler des armes chimiques et comment organiser les secours à la suite d’un attentat terroriste. Parfait, il fallait qu’on le sache. Alors, maintenant si on nous distribuait des informations pour réaliser un compost, pour alterner les cultures afin de maîtriser les insectes nuisibles et de nourrir les sols, pour faire des conserves ou sécher toutes ces merveilles saisonnières afin de les consommer en hiver ?

Le but n’est pas seulement d’accroître les réserves alimentaires au niveau local, évidemment. Les jardins communautaires offrent un endroit convivial permettant aux habitants du quartier de travailler ensemble, de se rencontrer, de créer des liens, de s’entraider, de faire la fête et de mettre leurs connaissances en commun. Ces réseaux autonomes qui sont créés quand les citoyens s’investissent dans ces projets peuvent être mis à contribution en cas d’urgence. La capacité d’une collectivité à s’autogérer peut être capitale en cas de crise. Idéalement, une conception environnementale de la sécurité intérieure ne devrait pas se résumer à l’envoi de prospectus sur la production agricole, mais devrait comprendre l’attribution d’aides publiques non seulement pour l’achat de semences mais également pour la construction de serres, la distribution d’outillage et la création de marchés paysans où producteurs et clients peuvent se rencontrer. Et si on faisait une descente sur le budget vorace du Département de sécurité intérieure pour y ponctionner des subventions pour les collectivités qui veulent se lancer ?

Et voici ce qui est intéressant : sans aides ni directives gouvernementales, apparaissent déjà les premiers frémissements d’une approche environnementaliste de la sécurité intérieure. Cela s’appelle "relocalisation" et ce nom qui vous semble peut-être barbare signifie que votre sécurité la plus fondamentale est entre les mains non pas des décideurs lointains de Washington mais d’habitants du quartier qui pensent que l’autonomie c’est plus sûr que la dépendance. En ces temps de chaos naissant, mettre en commun les ressources et coordonner les actions, ce sera, d’après ce nouveau mouvement, bien plus efficace qu’un millier d’individus qui se plongent tout seuls dans leur guide de survie, ou qui attendent l’arrivée des hélicoptères.

En fait, la relocalisation est un mouvement international et, comme d’habitude quand il s’agit d’imaginer une politique plus environnementaliste, les Européens sont très en avance sur nous. Il y a actuellement des centaines d’associations locales dans plus d’une dizaine de pays qui se réunissent dans le cadre du Réseau de Relocalisation (Relocalization Network) pour réfléchir sur la façon d’organiser l’"après-carbone" dans leurs villes.

En Grande Bretagne, s’est créé un "mouvement pour les villes de transition" ("Transition Towns" movement) pour réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour sevrer les habitants de villes entières, de produits importés, comme l’énergie, les denrées alimentaires et les gadgets.

Le niveau de la mer commençant à monter devant leurs portes, les Pays Bas sont allés plus loin. Dans leur programme de sécurité intérieure, le développement durable et les questions environnementales sont en tête des priorités.

Aux Etats-Unis, des groupes de travail qui s’intéressent à l’"après-carbone" émergent un peu partout.

A deux pas de chez moi, en plein au cœur de l’Utah, un groupe de citoyens de diverses origines, les "Canyonlands Sustainable Solutions", ont mis leurs efforts en commun pour établir un ensemble de mesures pratiques visant à prémunir la ville de Maob, à 300 KMS du centre de transport et de distribution de Salt Lake City, de futures envolées des prix du pétrole et des denrées alimentaires et des ruptures d’approvisionnement. Ces groupes locaux sont souvent en contact les uns avec les autres, surtout au niveau régional, grâce à des sites et des blogs où ils parlent des progrès de tel ou tel projet, échangent des tuyaux et des informations et publient des tas de réactions. Les citoyens engagés dans ces projets de relocalisation ont largement abandonné l’idée d’obtenir des aides gouvernementales et font cavaliers seuls. Mais, imaginez les progrès qu’ils pourraient faire s’ils bénéficiaient ne serait-ce que d’une infime partie des 27 milliards de dollars du budget 2009 du Département de sécurité intérieure destinés aux responsables au niveau des états et des municipalités pour développer les "plans de préparation en cas d’urgence".

Si le pays a les moyens de donner 60.0000 dollars au comté rural de Craighead dans l’Arkansas pour l’achat de combinaisons Hazmat et autre attirail anti-terroriste pour protéger d’un attentat les producteurs de coton et de soja, il pourrait sûrement allouer des aides aux paysans urbains de Detroit.

La sécurité alimentaire n’est, bien sûr, qu’un des aspects d’une conception écologique de la sécurité locale.

D’autres éléments, comme la sécurité de l’énergie et de l’eau, pourraient également être repensés, si seulement les crânes d’œuf de Washington n’étaient pas si enlisés dans leurs certitudes. Il est certain que, quelque part sur ce Titanic que devient la planète, les cavaliers seuls, sans Département pour la sécurité publique locale pour les soutenir, s’en préoccupent déjà – et font leur possible pour nous faire prendre conscience qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas assez de canots de sauvetage pour ramener tout le monde sur la terre ferme.

Peut-être n’est-ce point irréaliste que d’espérer qu’un jour, quand un mouvement pour des services de sécurité publique locale se créera et se développera, il pourra récupérer une partie des fonds gouvernementaux qui servent actuellement à financer des projets aussi douteux que des systèmes de vidéosurveillance et des barrières de sécurité anti-chocs dans les stades, comme, par exemple, les 345.000 dollars de subvention pour le stade Razorback en Arkansas.

En attendant, encourageons des projets qui développent la résilience dans des petites localités comme Moab ou dans des grandes villes comme NY, tout en revitalisant la culture locale avec une certaine part d’engagement populaire. Plantez-le, arrosez-le et il fleurira. Et nous apprendrons en chemin que, qu’il s’agisse de sa maison, de sa terre ou de sa sécurité, vivre dans une démocratie ouverte, saine et qui englobe tout le monde, ce n’est pas un obstacle à sa sécurité mais un avantage certain.

La démocratie, si nous la cultivons, est le terreau même de notre capacité de résistance.


Chip WARD


Chip Ward, militant écologiste, qui a participé à plusieurs campagnes pour obtenir la condamnation de pollueurs, a écrit deux livres : "Canaries on the Rim : Living Downwind in the West" et "Hope’s Horizon : Three Visions for Healing the American Land."


Traduction
Des Bassines et du Zèle pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info


Source :
http://www.alternet.org/environment/129660/our_worst_enemies_aren’t_terrorists:_rethinking_national_security_on_a_sinking_planet/


Notes :

Mike Davis : "Planète de bidonvilles"
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2006/06/08/112-planete-de-bidonvilles


Relocalisation (Attac France)
http://www.france.attac.org/spip.php?article6030

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article8171

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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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