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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 06:07
Vendredi 10 avril 2009

PHILIPPE BARRAUD

La Suisse et d’autres «petits» sur une liste grise de l’OCDE, des grands qui obtiennent le droit de ne pas se soumettre aux règles: l’hypocrisie du G 20 a été à la hauteur des attentes.


Le traitement réservé à notre pays est infâmant et injuste, mais cette attitude agressive du G 20 est conforme à l’objectif, qui consiste à casser la place financière suisse pour en récupérer les meilleurs morceaux. A cet égard, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis viennent de marquer des points décisifs: leurs pratiques d’évasion fiscale sont de facto acceptées et tolérées par la communauté internationale. Les clients inquiets des banques suisses pourront donc trouver dans ces pays des havres accueillants pour leur argent – propre ou sale, on est là-bas beaucoup moins regardant qu’en Suisse.


C’est pourtant plutôt aux Européens qu’aux anglo-saxons que la Suisse doit ce traitement hargneux et indigne. En effet, Mme Merkel et surtout M. Sarkozy ont abordé le sommet du G 20 dans un esprit de vengeance, tandis que les anglo-saxons, plus intelligemment, visaient à juste titre la relance de la machine économique mondiale. C’est beaucoup plus important que de «punir» de petits pays, juste pour l’exemple. Mais peut-être le président français a-t-il des comptes à régler avec lui-même, lui qui comme avocat prodiguait des conseils à ses riches clients en matière d’évasion fiscale. Pour lire l’article de Rue 89, cliquez
ici.

Comment la Suisse doit-elle réagir? Ses ministres ont fait part de leur agacement, parfois de manière assez crue comme M. Couchepin, mais ils ont réagi en ordre dispersé, au gré d’apparitions médiatiques. Le gouvernement doit maintenant protester de manière officielle et solennelle, et dire clairement son mécontentement. Par parenthèse, on notera que l’Union européenne n’a pas levé le petit doigt pour défendre l’honneur de la Belgique, de l’Autriche ou du Luxembourg. Comme quoi, la Suisse n’aurait pas été mieux défendue si elle en avait fait partie: CQFD…

Cela dit, on peut voir quelques éléments positifs dans le fait de figurer sur cette ridicule liste grise. D’abord, la Suisse, froissée, pourrait sinon geler ses intentions proclamées, du moins traîner les pieds en matière d’échange d’informations: puisqu’on nous considère comme non fiables, agissons en conséquence, au mieux de nos intérêts plutôt qu’au mieux des intérêts des autres.

Dans le même ordre d’idées, faisons notre profit des règles tacites qui ont été admises au G 20: les trusts, et les montages financiers opaques qui règnent aux Etats-Unis, sont permis. Dès lors, qu’on autorise nos banques à adopter les mêmes instruments, notamment pour conserver leurs clients étrangers. Depuis peu, le droit suisse reconnaît les trusts, il faut donc foncer dans cette brèche. Certes, ce système  est coûteux pour les clients, mais il les met définitivement à l’abri du fisc, puisqu’ils ne sont plus propriétaires de leur fortune.

Les représentants de l’Union européenne voulaient moraliser le marché financier, ils n’auront réussi qu’à sanctifier des pratiques encore moins morales que le secret bancaire suisse.


Et si la Suisse osait le repli?

 

PHILIPPE BARRAUD

… et c’est reparti: les attaques que subit notre pays ont redonné de l’énergie aux europhiles, qui remettent la question de l’adhésion à l’UE sur la table. Disons-le tout net, c’est bien le pire moment pour entrer en négociations. Si on examinait plutôt l’opportunité d’un repli stratégique intelligent? 

 

Il y a bien sûr les allumés du NOMES (après tout c’est leur boulot de rouler pour l’UE), mais aussi un certain nombre de politiciens, et bien évidemment les médias. Le 25 mars, Le Temps y allait de son couplet: «La tentation du repli nationaliste grandit dangereusement alors que la raison devrait conduire à s’interroger froidement: est-il encore pertinent de défendre nos intérêts hors de l’Union européenne, sans alliés solides ni droit de veto, au prix d’une souveraineté émasculée?»

La naïveté est parfois un défaut touchant. Dans un quotidien de référence, c’est une faute impardonnable. Imagine-t-on, dans le contexte de crise actuel, à quel niveau se situerait le prix d’entrée pour la Suisse? Notre pays est, comme jamais, mis sous pression par de véritables prédateurs: Allemagne, Royaume Uni, France, Etats-Unis. L’occasion serait trop belle, pour eux, d’exiger que la Suisse renonce – à leur profit – à tout ce qui fait sa prospérité. Autrement dit, ils n’accepteraient la candidature de la Suisse qu’à la condition qu’elle se dépouille complètement, et se présente devant eux en robe de bure – assurée toutefois de devoir payer par la suite une cotisation maximale.

Après? En admettant que les Suisses aient commis la folie de voter pour l’adhésion, croit-on vraiment que nous serions aussitôt entourés d’amis, comme sur Facebook, qui défendraient nos particularismes, nos législations fiscales, notre souveraineté? Dans la crise actuelle, le Luxembourg et l’Autriche ont-ils trouvés des «alliés solides» dans l’Union européenne? Ont-ils pu exercer un quelconque droit de veto? Plaisanterie! Ils ont été forcés de plier, victimes d’un chantage en bonne et due forme. Notre pays serait proprement dépouillé et dépecé, tout simplement parce qu’il serait beaucoup trop petit et trop faible, au milieu de l’Union, pour pouvoir défendre efficacement ses intérêts. La Suisse serait la 27e roue du char européen, ce qui n’est pas une position particulièrement stratégique.

Evacuons donc l’option de l’adhésion, d’autant plus énergiquement que, nous en sommes certain, les Suisses dans leur grande majorité n’entendent pas liquider leur pays, ni le livrer à leurs chers voisins avides. Les citoyens sont moralement beaucoup solides que leurs leaders politiques et d’opinion, apeurés comme des lapins dès que quelque ministre caricatural élève la voix.

Que faire alors? L’idée de repli a ceci de particulier qu’elle est systématiquement diabolisée, alors que personne n’en a jamais exploré sérieusement les conditions et les conséquences possibles. Puisqu’on nous ressasse qu’il faut être «ouverts», soyons-le aussi à l’égard d’hypothèses qui vont à contre-courant du néoconformisme ambiant, posons-les sur la table, examinons-en le coût et les conséquences. Pourquoi pas un certain niveau de repli, c’est-à-dire, en clair, le courage de dire non? Pourquoi ne pas imaginer les contours d’une sorte de «Réduit» modèle 2010? Nous sommes un certain nombre à penser qu’une telle attitude, ferme et résolue, inspirerait davantage le respect à ceux qui nous attaquent, qu’une débandade sans honneur au premier coup de canon verbal.


http://www.commentaires.com/suisse/et-si-la-suisse-osait-le-repli


http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-30091517.htm

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