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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 16:10

Il y a une dizaine d'années, un avocat français accompagnait parfois
ses fortunés clients en Suisse, au bord du lac Léman. Nicolas Sarkozy
traversait son désert politique, il avait alors repris sa robe d'avocat.
Une autre vie, où le président français trouvait bien des avantages
au paradis fiscal helvétique. Certains banquiers de Genève n'ont pas
oublié.

La carrière d'avocat de Nicolas Sarkozy reste méconnue. Elle mérite
pourtant quelques détours, pour comprendre les idées du politique.
Après une année à Sciences Po et un DEA à Nanterre, l'étudiant
entre au cabinet du bâtonnier Guy Danet, comme stagiaire, puis
collaborateur après sa prestation de serment en 1981.

Un jeune avocat au «  plan de carrière “ bien défini
Jacques Copper-Royer, associé de Danet, se souvent parfaitement de ce
garçon très intelligent, volontaire, ‘bon juriste’ et surtout,
très ambitieux :

« La volonté de Nicolas Sarkozy était, dès le départ, de faire
une carrière politique. Je dirais même qu'il avait une ambition :
devenir président de la République. Il avait donc un “plan de
carrière”. Etre avocat, cela lui permettait d'avoir des relations dans
le milieu des affaires. »



Pendant six ans, rue Georges-Berger, près du parc Monceau, maître
Sarkozy apprend son métier avec talent. A l'école de Guy Danet, l'un
des grands bâtonniers de l'époque, qui est, entre autres, l'avocat de
Paris Match et a des correspondants en Suisse. Droit des affaires, contrats
avec les grands groupes : l'avocat Sarkozy n'est pas un ‘civiliste’
ordinaire, mais un avocat d'affaires. Il cultive son réseau, aidé par
son élection à la mairie de Neuilly-sur-Seine en 1983, où il commence
à côtoyer le gotha du show-business.

Il bâtit alors une vraie clientèle, composée aussi de people comme on
ne les appelle pas encore ainsi. Jacques Copper-Royer :

« Ce sont des contrats de sponsoring, pour défendre de grands
chanteurs, de grands sportifs. Ce sont aussi les négociations pour de
grandes sociétés. Très vite, Nicolas a ses entrées dans ce monde.
Cela correspond à l'évolution du métier où, de plus en plus, on
discute avant de plaider. L'avocat devient un intermédiaire, pour
éviter le contentieux. »



En 1987, profitant du déménagement du cabinet Danet, Nicolas Sarkozy
créé son propre cabinet avec deux associés : Michel Leibovici et
Arnaud Claude. Ce dernier s'est spécialisé dans le droit immobilier. Il
a notamment récupéré dans sa clientèle la ville de
Levallois-Perret, dont il règle tous les contentieux d'expropriation.

Les tribulations de l'ami Henri Leconte à Genève
Elu député en 1988, Nicolas Sarkozy continue sa carrière d'avocat. En
accompagnant parfois ses riches clients vers des cieux fiscalement plus
cléments. C'est le cas d'Henri Leconte. Le joueur de tennis fait partie
des amis du jeune loup du RPR. Comme la plupart des sportifs
professionnels, il décide de s'exiler en Suisse.

A Genève, Leconte va jouer de malchance. Nicolas Sarkozy l'introduit chez
Jacques Heyer, gestionnaire de fortune qui va escroquer quelques-uns des
deux cents ‘happy few’ lui ayant confié leurs économies. Si les
pertes sont difficiles à évaluer, l'un de ses proches évoque le
chiffre de 23 millions de dollars évanouis dans des placements bidons aux
Etats-Unis. Le site Bakchich a raconté le mécanisme de la carambouille.

Sur les bords du lac Léman, un proche du banquier Heyer se souvient de
cet ‘homme sympathique’ :

« Il venait régulièrement, c'étaient des visites professionnelles
en tant qu'avocat. C'était surtout un ami d'Henri Leconte. Il
l'accompagnait lors de ses visites chez Jacques Heyer. »

En 1997, le scandale éclate : Heyer Management SA est liquidée. Son
gérant inculpé de ‘gestion déloyale aggravée’. L'indélicat a
grugé de nombreux clients, dont une brochette de VIP. Certains s'en
tirent bien : Johnny Halyday ou Jean-Claude Killy. D'autres perdent
beaucoup, beaucoup d'argent. Comme le racontait Libération pendant la
campagne présidentielle de 2007, Leconte est sorti lessivé de
l'histoire. Il l'a d'ailleurs évoqué dans un livre :

« Un sale jour, j'ai reçu un coup de fil d'un avocat. Il a été
clair : “Henri, tu n'as plus rien ! ” Non seulement, l'ami arnaqueur
était parti avec des millions, mais […] il m'escroquait tranquillement,
façon petite fourmi, depuis des années. »

Ruiné, Henri Leconte aura même droit à un appartement dans les HLM de
Levallois-Perret, grâce aux bons soins du maire RPR Patrick Balkany, qui
a aussi fréquenté les bureaux de Jacques Heyer à Genève. Condamné
à deux ans de prison ferme en première instance, la peine de Jacques
Heyer a été réduite à deux ans avec sursis par le tribunal
fédéral suisse. Depuis, l'homme vit sous le soleil de Saint-Tropez où
il joue au golf.

A Genève, l'actuel discours anti-Suisse de Sarkozy énerve
Dans les cabinets d'avocats de Genève ou au palais de justice, le
discours de Nicolas Sarkozy sur les paradis fiscaux est jugé au mieux
moralisateur, au pire franchement hypocrite. Le 25 mars à l'Elysée,
devant des députés UMP, le président tempête :

« Je veux une liste des paradis fiscaux et je veux les sanctionner !  »

Puis il menace :

« Je veux que les banques ne travaillent plus avec les îles Caïman,
Hongkong et Macao. Je démissionnerai de mon poste de co-prince d'Andorre
(si les choses n'avancent pas). Monaco doit aussi s'aligner : j'en parlerai
au prince Albert. Même la Suisse a cédé. »

A Genève, on s'amuse de ces foucades. Comme de nombreux avocats
d'affaires, Nicolas Sarkozy n'a jamais hésité à user au mieux des
failles du système financier.
L'affaire Heyer en offre un bon exemple. Derrière la Banque financière
de la Cité, sur laquelle s'appuyait le gestionnaire de fortune, il y
avait la BFC… Caïman, discrète succursale gérée par de non moins
discrets administrateurs helvètes. Comme l'indique un enquêteur ayant
travaillé sur le dossier :

« Les recherches ont buté sur la coopération avec les îles
Caïman. Les banquiers suisses disaient : “ça, on ne peut pas vous en
parler car ça concerne les îles Caïman.” »



Les enquêteurs suisses n'arriveront jamais à identifier les flux et
tous les ayant-droits des comptes gérés par Jacques Heyer. Refus des
îles Caïman. Et si la rumeur a souvent couru les bords du lac, personne
n'a jamais prouvé que Nicolas Sarkozy avait aussi un compte en Suisse
chez Jacques Heyer. Comme ses amis des Hauts-de-Seine, des ‘proches de
Charles Pasqua’, rappelle-t-on là-bas…

Photo : Cécilia et Nicolas Sarkozy à Roland Garros le 5 juin 1998
(Jacky Naegelen/Reuters).

Source: Rue89

http://gaelle.hautetfort.com/

 

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Published by Eva R-sistons - dans Comprendre le monde
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