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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 04:49
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Lip


Le 17 avril 1973, LIP, cette entreprise horlogère de Besançon qui emploie des centaines de salarié-es dépose le bilan. Ce coup de tonnerre sera le début d’une véritable épopée qui marquera durablement les consciences, le syndicalisme français alors en recomposition, et les pratiques sociales, militantes. Pendant de longs mois, "les LIP" vont pratiquer la baisse des cadences, les manifestations, occuper l’usine, séquestrer des cadres, voler et cacher 500.000 montres en guise de trésor de guerre, subir les CRS,... Dans le même temps, ils vont organiser collectivement la lutte, l’occupation, et vont populariser le slogan : "On fabrique, on vend, on se paie". Cette histoire, racontée ici par ceux et celles qui l’ont vécue, est faite de prêtres ouvriers, de cadres, de PDG, et surtout d’ouvriers - hommes et femmes - que rien ne destinait à devenir un jour des meneurs de grévistes.
L'intention de ce film est de développer notre imaginaire et vivifier les esprits d’aujourd’hui pour leur donner à voir et à comprendre la pratique de la fraternité, de la démocratie directe, du contrôle des délégués, l’importance d’instances contrôlées par les usagers eux-mêmes, l’inventivité des outils et méthodes de revendications...

La Cause du Peuple -
Vidéo 118mn16



Entretien
avec le réalisateur Christian Rouaud

Combien de temps a duré le tournage du film ?

Le tournage lui-même, environ 3 à 4 semaines. Mais j’ai mené une très longue enquête auparavant, j’ai rencontré chaque personnage, avec qui j’ai eu des entretiens prolongés. J’avais 500 pages d’interview. A partir de là, j’ai écrit un scénario pour obtenir le financement du film, en particulier l’avance sur recette. J’ai dû imaginer quelle place chaque personnage allait prendre dans le récit, mais j’avais une idée assez précise de ce qu’ils allaient dire. Ce travail de rencontre, de mise en confiance n’a pas été toujours facile. Car Lip a été une histoire lourde, notamment lors du deuxième conflit, et personne n’en est sorti indemne.



Pourquoi avoir choisi ce sujet ?


J’avais envie de travailler sur les années 70. J’en ai un peu assez de la façon dont on présente Mai 68, comme un monôme étudiant, mené par des fils de bourgeois désœuvrés et qui, après s’être un peu amusés, sont rentrés chez eux pour faire la révolution en chambre. Pour moi, 68 ça a été dix ans de réflexion, de luttes et de travail avec des gens qui pensaient que des choses devenaient possibles après le mouvement de Mai. Des portes s’étaient ouvertes et il fallait continuer à lutter. Mon envie de raconter Lip vient de là. Car s’il y a une lutte emblématique de l’après 68, c’est bien Lip.

J’ai aussi des raisons personnelles, bien entendu. A l’époque, j’étais membre du PSU (Parti Socialiste Unifié dont le leader était Michel Rocard, Parti aujourd’hui disparu), qui avait fait de la lutte des Lip son étendard. Nous étions très impliqués dans le soutien aux Lip. J’avais le souvenir de Piaget, de Vittot et des autres, que je n’avais jamais rencontrés, mais qui étaient pour moi des références.

Faire un film sur Lip, c’était les retrouver, leur parler, les écouter, faire enfin leur connaissance. Le documentaire a cette faculté incroyable de nous permettre d’approcher des gens à qui on n’oserait même pas écrire. Le film est un récit, mais c’est aussi une suite de portraits, car en racontant la lutte à sa façon, chacun parle de lui, à son insu. Plus le film avance, plus les Lip nous deviennent familiers. Je serai très heureux si je parviens à les faire découvrir, et aimer, à la génération de mes enfants.



Pourquoi ne pas avoir traité le volet des changements que les évènements de LIP ont produit sur les vies de ces différentes personnes ?


J’avais l’idée de traiter cela, j’ai tourné des images de leur vie d’aujourd’hui, mais la durée du film ne m’a pas permis de les utiliser. C’est un regret que je comprends. Moi-même, j’en ai d’autres. J’aurais voulu expliquer par quel processus leur prise de conscience s’est produite, comment les luttes qui ont précédé 73 les ont préparés, notamment la façon dont ils ont mené l’occupation de l’usine en 68. Mais un film ne peut pas tout dire, il a une logique dramatique qui condamne un trop plein d’informations. Il faudra se reporter aux bouquins pour en savoir plus, ou venir aux débats qui seront organisés autour des projections.



Quel regard posez vous sur les
entreprises récupérées d’Argentine, qui font écho à LIP en 1973 ?


La grande différence, c’est que les ouvriers de LIP n’avaient pas du tout pour objectif de reprendre l’entreprise eux-mêmes. C’est un des grands malentendus autour de Lip, le mot "autogestion" trotte dans la tête de beaucoup de gens à propos de ce conflit. En réalité, ils ont autogéré la lutte, ils ont installé une sorte de société idéale à l’intérieur de l’usine occupée, une démocratie directe fondée sur des commissions autonomes contrôlées en permanence par l’assemblée générale des travailleurs. S’ils ont pris le stock de montres et remis les chaînes d’horlogerie en marche, c’est pour survivre dans la lutte, en attendant qu’une solution soit trouvée. Il y a des gens autour d’eux, notamment au PSU, qui les poussaient à se mettre en scoop pour capitaliser cette expérience, mais ils n’étaient pas du tout dans cette optique là. Leur objectif était d’arriver à une solution industrielle qui permette de faire redémarrer l’usine, sans démantèlement, sans licenciement. Pour cela, il leur fallait un patron capable de montrer que Lip était viable et de se lancer dans l’aventure. Et ils ont gagné, c’est ce que raconte le film. Ensuite, quand l’entreprise a de nouveau déposé le bilan, ils ont repris le stock de montres et se sont remis à vendre des montres. Ce n’est que lorsqu’il a été évident pour tout le monde qu’il n’y aurait pas de repreneur, qu’ils se sont résolus à créer des coopératives, mais ils l’ont fait à leur corps défendant. Ils ont mis en place six coopératives, appuyées sur leur savoir-faire industriel ou sur des activités nées de la lutte, comme le restaurant ou l’imprimerie. Le problème, c’est que les gens qui ont accepté d’y prendre des responsabilités étaient les leaders de la lutte de 73.

Et ils se sont retrouvés assez vite en opposition frontale avec des salariés qui étaient leurs camarades, sur des questions de salaire, de hiérarchie ou d’organisation de la production. Grèves, occupations, séquestrations, les Lip se sont affrontés.
Il faut comprendre qu’il était très difficile pour eux de passer si rapidement d’une culture d’opposition, qui soude la communauté, à une culture de gestion d’entreprises qui n’étaient pas forcément viables économiquement, et où ils se sont déchirés. Ce fut très douloureux, d’autant plus que les Lip n’ont pas tous été repris dans les coopératives, ce qui a provoqué des rancoeurs et des fâcheries qui durent encore. C’est pourquoi la comparaison avec les exemples argentins ne me paraît pas pertinente.
Là-bas, les travailleurs décident, devant une situation de carence, une action positive d’occupation et de reprise de l’usine à leur compte. Ils sont dans une logique de combat, d’avancée. Les Lip, à ce moment là, étaient dans une position totalement défensive, et ils ne maîtrisaient pas tous les éléments de la situation, comme ils avaient pu le faire lors du premier conflit. Et puis en Argentine, il y a maintenant un effet de contagion. Chaque nouvelle coopérative renforce le mouvement et légitime le combat des autres.



Ce que certains qualifient d’échec pour LIP représente-t-il l’échec de l’autogestion ?


J’ai toujours pensé que l’autogestion ne prenait véritablement son sens qu’en système socialiste. Je me souviens du slogan du PSU à l’époque : "Du contrôle ouvrier vers l’autogestion". L’idée, c’était de contrôler aujourd’hui pour décider demain. Les luttes, les grèves, préparaient les gens à prendre le pouvoir dans l’entreprise, mais des îlots autogestionnaires en système capitaliste semblaient voués à l’échec, ou cantonnés à des micro-économies. L’histoire du mouvement coopératif est assez éloquente à ce sujet. Les coopératives agricoles par exemple, qui sont nées sous des auspices égalitaires et partageuses sont devenues des multinationales de l’agroalimentaire qui mettent en coupe réglée des régions entières, et détruisent l’environnement par un productivisme effréné, comme en Bretagne par exemple, où l’élevage intensif a des conséquences dramatiques sur la qualité de l’eau.

Cela dit, l’exemple argentin est très intéressant, car il nous dira si la multiplication des usines autogérées permet d’atteindre un seuil critique qui les rend viables économiquement dans un environnement hostile et fondé sur la seule loi du marché. En tout cas, s’il y a pour moi un message de Lip, il est dans la façon dont ils ont mené le conflit.

L’ouverture d’esprit dont ils ont fait preuve par rapport au Comité d’Action, structure non-syndicale qui a été l’aiguillon de la lutte, la dialectique entre les apports extérieurs et leur propre réflexion, entre le dedans et le dehors... Ce sont des choses qui peuvent servir encore aujourd’hui, au quotidien, et pas seulement dans les conflits sociaux. Une leçon de vie, en quelque sorte. Ils ont mis en place un rapport au groupe appuyé sur une véritable éthique du combat, construit une vie collective qui laisse l’autonomie à chacun et permet de recevoir autant que de donner. J’appellerais bien çà l’autogestion, pourquoi pas ?

Entretien réalisé par Daniel (Nîmes) au téléphone avec Christian Rouaud, le mercredi 24 janvier 2007.
le Monde libertaire n°1467 du 1er au 7 mars 2007

Source : Le Monde Libertaire


Chez Lip :
On fabrique, on vend, on se paie !

Le conflit chez Lip est entré dans sa phase finale !
Malgré le joli mouvement de menton des groupes politico-économiques qui frappent du poing sur la table, la récupération de la grève s'accélère !
Mettre le paquet pour noyer ce feu de brousse qui risquait d'enflammer la forêt, tel est le but que se sont fixés les partis qui à l'échelon national ont senti leur confort intellectuel bousculé par cette méthode de lutte insolite.

À travers l'action des ouvriers de Lip, ils ont vu se dessiner une autogestion qui n'était plus seulement électorale, une grève qui n'était plus seulement traditionnelle, des hommes qui ne se contentaient plus seulement de la part que veut bien leur consentir le régime économique.
À travers l'action des ouvriers de chez Lip, ils ont vu se projeter contre la société du profit et ses hiérarchies, l'ombre d'un socialisme qui, rompant avec les joutes parlementaires aimables, retrouvait la virilité de son premier âge !
Malgré les déclarations des responsables syndicaux de chez Lip, qui ont cru devoir rassurer une population qui leur apportait son soutien massif, les groupes politico-économiques n'ont pas tort.
La grève de chez Lip remet en question le principe de la propriété des instruments de production et Jacquot le syndic qui représente les intérêts régionaux du patronat comme Ceyrac (patron du C.N.P.F ex MEDEF de l'époque - ndlr) qui représente les mêmes intérêts à l'échelon national l'ont bien compris !
La grève de chez Lip remet en question les hiérarchies économiques et l'autorité du système, et les cadres l'ont bien compris eux aussi, c'est ce qui explique leur refus d'aller plus loin que la grève classique des salaires et de l'emploi.
La grève de chez Lip remet en question l'autorité de l'État et c'est ce qui explique l'intervention de la police pour faire évacuer l'usine.
La grève de chez Lip remet en question la prédominance de l'action politique sur l'action économique et sociale, c'est ce qui explique que M. Marchais (P.C.) ait avec une grimace avalé cette couleuvre autogestionnaire.
La grève de chez Lip redonne à la base ouvrière la prédominance sur les directions syndicales, c'est ce qui explique les contorsions auxquelles se livrent les directions soit pour rester unies, soit pour accrocher le train en marche !
Oui, en vérité, tous les groupes politico-économiques ont intérêt à éviter « l'aventure » (sic) et on essaye d'en terminer le plus rapidement possible et sur des bases spectaculaires susceptibles d'être exploitées par sa propagande, Mais il y a les travailleurs et en particulier les travailleurs de chez Lip.

On pourrait épiloguer sur la tradition ouvrière et coopérative de cette région, insister sur la dimension moyenne des entreprises, rappeler Proudhon enfant du pays, etc...
Ce qui est tout de même symptomatique, c'est l'assistance record qui avait participé à la réunion de la Fédération anarchiste sur la gestion ouvrière un mois avant que les ouvriers de chez Lip remettent en route la fabrication des montres.
A la grande surprise des organisateurs, la salle de la Maison des Syndicats était pleine, ce qui n'est pas courant, paraît-il, et qui est bien un gage de l'incertitude économique et de l'emploi qui régnait dans la ville. Il apparaît bien cependant que les travailleurs de chez Lip, las des éternelles palabres et conscients que la neutralisation d'une entreprise servait davantage le patron (qui grâce à la caisse noire du C.N.P.F. peut tenir mieux que les travailleurs soutenus par la solidarité ouvrière), se soient précipités avec enthousiasme vers une méthode de lutte nouvelle qui n'avait été jusqu'à ce jour popularisée que par les anarchistes, ce que probablement ces ouvriers ignoraient, en dehors naturellement de ceux qui, éventuellement, avaient pu assister au meeting dont j'ai parlé plus haut.

Ce phénomène est celui que j'ai décrit dans la revue Socialisme et Autogestion où je disais, bien avant que débute la grève Lip : « c'est finalement le sentiment de sortir du commun ; d'échapper aux échecs précédents qui poussera les hommes vers des occupations d'usines gestionnaires ».
Mais, naturellement, l'isolement dans l'action des ouvriers de chez Lip gérant eux-mêmes et directement leur usine malgré la solidarité de la classe ouvrière, va les obliger à conclure un accord. Et c'est l'heure où la lassitude pointe que les « conciliateurs » s'avancent sur le devant de la scène, avec tout ce que cela comporte de démobilisations et de récupérations !
C'est l'instant où les grands mots et les formules creuses relayent les luttes concrètes. Et on voit s'avancer aujourd'hui, non seulement les partis politiques parlementaires, mais, rigolons un bon coup, les trotskistes de Lutte Ouvrière qui, dans la même revue dont je parlais plus haut, se prononçaient violemment contre l'autogestion et par conséquent contre la grève gestionnaire.
Que ces derniers pleurnichent pour être associés aux politiciens communistes et socialistes pour cette œuvre pieuse de récupération, voilà qui ne pourra étonner que ceux qui les ont pris pour de farouches révolutionnaires. Nos lecteurs nous accorderons que nous ne sommes pas de ces naïfs !
Ce que nous ne devons pas oublier c'est que si cette grève de chez Lip fut possible, c'est qu'aux périodes sombres de notre histoire, alors que les communistes régnaient en maîtres et imposaient à tous des méthodes staliniennes, un quarteron de militants, contre vents et marées, a continué à soutenir, à répandre, à maintenir dans le courant de l'actualité, les principes essentiels du socialisme révolutionnaire et libertaire, ce qui leur a permis à chaque occasion, en 1968, chez Lip ou autre part, de rejaillir des profondeurs où les politiciens socialistes les avaient enterrés, pour leur éclabousser le visage.

Et la première leçon à tirer est que, quelque soit son impact dans une période donnée, jamais rien de la propagande révolutionnaire n'est perdu, qu'elle se loge quelque part dans le cerveau des hommes d'où elle rejaillit lorsque l'occasion se présente.
Enfin, cette grève fut possible grâce à la décision des travailleurs, mais également grâce à la solidité du petit cadre syndical, qui reste l'armature la plus robuste du monde ouvrier. Petit cadre qui manque peut-être d'imagination, qui a peut-être trop tendance à suivre aveuglement les consignes des directions politiques ou syndicales mais qui lorsqu'il se trouve projeté dans une action difficile, revient tout naturellement vers ce socialisme et ce syndicalisme classiques qui ont bercé sa jeunesse, déterminé sa vocation et que le travail Syndical routinier de tous les jours ou les nécessités de « la grande politique » n'ont jamais chassé complètement de son cœur.
Petit cadre qui revient tout naturellement « à ces méthodes du socialisme utopique » qui ont fait ricaner tous les pisse copies de la presse de « gôche » mais qui sont les seuls à pouvoir, comme en 1968 débloquer les situations imbéciles où les politiciens socialistes ont conduit le monde du travail !
Et ce petit cadre qui a conservé son prestige auprès des travailleurs des entreprises qu'il fréquente journellement prendra un jour conscience qu'il est parfaitement utopique de vouloir changer la société capitaliste en société socialiste en employant des méthodes parlementaires qui, essayées mille fois depuis le début du siècle, ont partout échoué et qu'il est parfaitement réaliste d'employer des méthodes nouvelles, « la grève gestionnaire » par exemple, pour sortir le monde du travail de l'ornière où le marxisme l'embourbe depuis cent cinquante ans.

Les ouvriers de chez Lip ont refusé la transformation de leur entreprise en coopérative ouvrière.
Je ne suis pas sûr qu'ils aient eu raison. Je sais bien qu'il n'est pas possible de construire un morceau de socialisme dans un environnement capitaliste qui tient ce morceau de socialisme à sa merci et qui s'en sert pour se donner bonne conscience et pour sa propagande « libérale ». Je suis persuadé que certains politiciens étatistes ne veulent pas voir échapper à l'emprise de leur « État socialiste » une forme de gestion ouvrière quelconque.
Et je me pose la question de savoir si malgré ses défauts et ses faiblesses, incontestables dans un régime capitaliste, une coopérative ouvrière n'aurait tout de même pas été préférable à une gestion capitaliste, vers laquelle on s'achemine, même si celle-ci fait droit aux revendications sur l'emploi, sur le démantèlement de l'usine et sur le maintien des avantages acquis par les travailleurs de l'entreprise ? Enfin ce sont des problèmes qu'on peut poser mais que seuls les travailleurs de chez Lip sont qualifiés à résoudre.
Mais la grève de chez Lip pose un autre problème : celui des grèves à venir.
Naturellement, tous les politiciens, syndicaux ou pas, vont s'évertuer d'exorciser le spectre de la grève gestionnaire. Mais de toutes façons nous aurons d'autres grèves Lip !
On peut bien discuter : quand ? comment_? de toute façon l'idée que nous avions essayé de faire cheminer vient d'éclater au grand jour ! Elle fera son chemin.
Des grèves se déclencheront que les travailleurs et le petit cadre syndical essayeront de transformer en grèves gestionnaires, puis viendra le moment où la grève qui fut la désertion de l'usine, puis la grève de l'occupation de l'usine, se transformer en une grève générale gestionnaire.
Quand ?
Je ne suis ni Jésus, ni Marx, ni Madame Soleil, je n'en sais rien ! Mais ce que je sais c'est que c'est la seule chance de l'autogestion ! Utopie ? En 1967 la lutte des étudiants de 1968 était une utopie ! En janvier 1973 la grève des travailleurs était de l'utopie. Laissons les politiciens barboter dans leur merde et réfléchissons !
Une grève générale avec occupation d'usine puis la remise en route de la production poseront des problèmes difficiles auxquels il faudra trouver des solutions concrètes qui ne devront rien au verbiage « révolutionnaire ». Mais toute activité pose des problèmes difficiles et seuls les politiciens à la veille des élections peuvent vous affirmer que tout est facile, qu'il n'y a qu'à... voter pour eux naturellement !

On peut constater qu'il existe quatre tranches de travail qui exigent une étude et des solutions appropriées. La première est constituée par des industries de fabrication qui ont forcément leur stock et leur réseaux de vente, c'est le cas de Lip.
Elles ont un cycle, achat de matière première, fabrication et vente qui doit être étudié à partir de ce qui existe dans le cadre du système. La seconde relève des industries de transport.
C'est là que le problème de la grève gestionnaire est le plus facile à résoudre.
Il suffit de faire marcher les transports en supprimant tous les paiements des voyageurs et des marchandises dans un premier temps et en le rétablissant dans un second temps en faveur des salariés. Les deux autres tranches de l'activité offrent des difficultés plus arides à première vue parce que ce ne sont pas des activités de production mais des activités complémentaires qui ne peuvent être négligeables car elles ne freinent en rien le transport, la production ou la vente, elles ont un aspect psychologique certain.
Ce sont les activités de services et les banques. Les services et en particulier ceux qui relèvent des salaires différents sont délicats. Contre les directeurs des régimes mixtes ou ceux de l'État, les employés devront déterminer les moyens d'inscrire au compte des salariés les prestations légales, et cela ne se passera pas sans conflit avec l'État-patron.
Mais où je pense que la question doit être la mieux étudiée, c'est celle des banques qui, même si elle revêt une importance négligeable dans les premiers jours d'une grève gestionnaire généralisée, se posera obligatoirement par la suite.
Ces difficultés, il ne s'agit pas de les nier, mais de les surmonter à partir d'un raisonnement à l'échelle de chaque métier, de chaque localité, de chaque entreprise. Et pour mettre sur pied les structures de la gestion directe, de la grève gestionnaire, personne d'autre que le personnel et le petit cadre syndical rompu aux rouages de leur entreprise n'est mieux qualifié.
Il faut que les militant y pensent sérieusement sans se poser d'inutiles questions sur le sexe des anges et les probabilités de l'évolution historique. Il s'agit d'être prêt à faire face à des situations qui, comme en 1968, vous sautent à la gorge sans vous laisser le temps de relire vos classiques.
La grève gestionnaire est la grève de demain et croyez bien que les politiciens de tous poils y pensent, soit pour la réprimer soit pour la récupérer.
Soyez sûrs que nos théoriciens géniaux sont en train de feuilleter leur bréviaire pour nous montrer l'endroit précis où Marx, Engels, Lénine, Trotsky et Machin avaient prévu la grève gestionnaire reliée directement au matérialisme historique par le cordon ombilical de la dialectique.
Eh bien, faites comme eux, préparez-vous à donner des réponses aux questions que la grève gestionnaire posera dans les années à venir au monde du travail.

Maurice Joyeux

Source : Increvables Anarchistes

http://www.lacausedupeuple.com/luttes/2009/04/03/chez-lip-fabrique-vend-se-paie


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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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