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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 20:54



Crise : jusqu’où désespérer ?

C’est la « cata » partout

À la fin de ce premier trimestre 2009, de quelque côté que l’on se tourne, on ne voit que catastrophes à venir ou déjà survenues, dans le monde et en France. Vous compléterez vous-même cette liste, malheureusement non exhaustive :

1. Dans le monde :

  • Le Zimbabwe s’enfonce dans l’hyperinflation, la Somalie dans la guerre des clans, la République démocratique du Congo dans ses guerres internes sur fond d’exploitation des richesses du sous-sol au profit de quelques-uns, soutenus par certains pays voisins, Madagascar est menacé par un début de guerre civile, laquelle se termine au Sri Lanka avec des massacres des civils tamouls.
  • En Russie, les manifestations se font jour contre la politique du gouvernement Poutine.

2. En Europe et en France :

  • Les émeutes en Grèce, les grèves générales aux Antilles françaises sont révélatrices du climat social très tendu dans ces pays de l’Union européenne.
  • Des petits États comme l’Islande, la Hongrie et bientôt peut-être la Lettonie sont en état de cessation de paiement, ce qui entraîne des conséquences dramatiques pour leurs habitants.
  • Les mises en chantier de bâtiments en Espagne et en France ont sévèrement chuté, d’où des répercussions graves sur l’emploi des travailleurs nationaux et étrangers, légaux ou illégaux, dans ces deux pays.
  • Les plans de licenciements se multiplient en France, à la City de Londres, en Chine…
  • Dans les usines françaises d’automobiles, les mises en chômage partiel de plusieurs semaines sont de plus en plus fréquentes, avec de lourdes conséquences financières et morales pour leurs salariés et sous-traitants. Renault s’apprête à mettre tous ses salariés, pas seulement ceux des usines, en chômage partiel à 4/5e.
  • En France, en janvier 2009, on enregistre 90 200 demandeurs d’emploi de plus en catégorie 1, la pire hausse depuis quinze ans. Record battu aussi en Allemagne.

Enfin, la baisse de 47 % de la bourse de Paris en 2008, l’immense escroquerie du fond Madoff, les énormes pertes des Banques Populaires, de la Caisse d’Épargne, de la banque Dexia, la quasi-faillite aux États-Unis des deux grands constructeurs automobiles et de l’assureur AIG, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers qui a déclenché la crise mondiale, assombrissent encore un peu plus le tableau.

Des raisons d’espérer

Heureusement, il reste quelques raisons d’espérer. Tout n’est pas noir. Au choix, et vous  compléterez aussi cette liste :

  • En novembre 2008, la première réunion des pays du G20 à Washington a ouvert la voie d’une concertation mondiale, premiers pas certes balbutiants vers un gouvernement économique mondial. Lors de sa deuxième réunion à Londres, le 1er avril 2009, des décisions visant à faire disparaître progressivement les paradis fiscaux pourraient être prises.
  • Les premières mesures européennes coordonnées, à grand mal, pour enrayer la crise financière montrent déjà, à défaut de leur efficacité, du moins la capacité des dirigeants européens à renoncer pour partie à leur nationalisme et même, pour certains, à réviser leurs propres dogmes économiques.

Mais c’est principalement l’attitude des citoyens, des opinions publiques, qui donnent des raisons d’espérer. Quelques exemples, mineurs en apparence, mais significatifs d’une évolution de comportement :

  • Après la tempête qui a ravagé le sud-ouest français, les comportements solidaires entre voisins ont marqué les esprits.
  • Malgré la crise financière et économique, les promesses de dons au téléthon 2008 ont presque atteint le niveau de l’année précédente. Quant à celles du sidaction 2009, elles ont dépassé le niveau de 2008 ; l’altruisme et la générosité sont bien vivants.
  • Les opinions publiques s’expriment de plus en plus via internet sur des sites contributifs tels Mediapart, Rue 89, Wikipedia ou le tout nouveau média social lancé par le MoDem, contournant le monopole des journaux et télévisions contrôlés par les alliés des pouvoirs en place. Les mouvements de résistance civique disposent désormais d’un canal d’expression, complétant heureusement les seules manifestations de rue.

Les conditions d’un changement durable

Pour un nombre croissant d’habitants de la planète, il est clair que l’argent ne peut être l’unique moteur du développement humain, l’alpha et l’oméga d’une civilisation. En ce sens, Mohamed Yunus, le promoteur bangladais du microcrédit, prix Nobel de la Paix à ce titre, énonce une condition : le capitalisme doit désormais se fonder sur deux moteurs de l’activité humaine, l’argent et l’altruisme, et pas seulement sur le seul premier. En pratique, il s’agit de trouver le moyen d’attribuer une valeur aux comportements altruistes des entreprises et aux comportements bénévoles des particuliers.

Cette nouvelle approche suppose une évolution des attitudes autour de 4 axes principaux.

1- Renoncer aux idoles qui nous rassurent faussement :

  • Le marché, réputé omniscient, autorégulé, agissant toujours pour le bien de tous.
  • Le leader qui détient la vérité et donne sens à notre vivre-ensemble (voir L’éternel recours au Prince).
  • L’espoir mis, pour surmonter les difficultés, dans un gouvernement autoritaire plutôt que dans la pratique démocratique. L’exemple des années 1930 devrait nous alerter.

2- Retrouver le sens du collectif

Cette redécouverte implique de réintroduire du droit, des règles, des normes, là où nos sociétés ont sciemment supprimé une à une toutes les réglementations depuis trente ans, sous prétexte que chaque entrave au « laissez-faire » était un frein à la croissance. Or, inventer des règles, cela suppose des discussions, des compromis, du donnant-donnant pour le bien de tous, un sens du collectif que beaucoup d’entre nous ont à réapprendre.

3- Installer des contre-pouvoirs

En France, cela suppose de renoncer au monopole législatif d’une majorité aux ordres du pouvoir exécutif, en imposant un ordre inversé des élections présidentielles et législatives et, pour ces dernières, un mode de scrutin comportant une part de proportionnelle, afin de laisser plus de place aux différentes sensibilités dans l’opinion. Les contre-pouvoirs sont indispensables pour trouver des solutions justes et durables : par exemple, des lois qui inciteraient les actionnaires à privilégier les investissements solidaires ou socialement responsables.

4- Adopter de nouveaux modes de consommation

Depuis 30 ans, le fait d’inonder les classes moyennes de produits de consommation à relativement bas prix tout en les incitant à s’endetter plus pour consommer plus a rendu supportable le chômage de masse (déguisé partiellement en travail précaire) et l’augmentation trop lente du pouvoir d’achat des ménages n’ayant pas accès aux rendements du capital.

Il n’en sera plus de même dans les années à venir. À nous de consentir à ce qu’une certaine sobriété de la consommation soit valorisée et vécue positivement. À nous d’orienter notre pouvoir de consommation vers ce qui est socialement et écologiquement durable. À nous, enfin, de nous rendre attentifs aux plus fragiles, qui seront les plus immédiatement et les plus durement touchés par la crise.

Alors, désespérer jusqu’où ? C’est à chaque citoyen d’en décider. L’espoir est affaire personnelle, il est entre les mains des individus, non des institutions, des partis politiques ou des gouvernants. Il ne tombe pas d’en haut. Il ne faut pas l’attendre des autres mais le chercher en soi. Chacune, chacun a la responsabilité de se prendre en mains et de construire, avec d’autres bien sûr, son avenir. Le monde des « sans » (sans travail, sans logement, sans santé, sans liberté, sans éducation) n’attendra plus longtemps !

Mardi
© La Lettre du Lundi 2009

One Response to “Crise : jusqu’où désespérer ?”

  1. stephane Says:

    heu, Rue 89, n’est pas à proprement parler un média libre. C’est encore le système.

    Pour ma part, j’ai plutôt l’impression que l’on cherche à museler les gens en créant de faux sites internet “rebels”. Ils font la même chose en Chine, des étudiants sont payés quelques sous pour tenir des blogues favorables au système !

    http://lalettredulundi.fr/2009/03/22/crise-jusquou-desesperer/

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Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
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