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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 02:21



“Black shoots of summer”? Les Anglo-Saxons et le AAA qui chancelle

Coup sur coup viennent les nouvelles que les deux grands pays anglo-saxons, inspirateurs du “modèle anglo-saxon” (comme il se doit) et du Rest Of the World, sont sur le point, ou dans tous les cas menacés de perdre leur classement prestigieux “AAA”, indiquant le niveau de solvabilité de ces pays, – de leurs Etats, ou soi-disant Etats. Ces notations sont à la fois vénérées et contestées; vénérées parce qu’elles font partie, comme autant d’indications faussaires évidemment impératives, du système faussaire qui, de la Federal Reserve aux réunions de Davos, nous a entretenus des leçons de morale que nous méritons pendant quelques années, voire entre une et deux décennies; contestées parce que, faussaires comme elles sont, elles ont établi un empire de réputations modelées selon les intérêts du moment, mais toujours à consonance anglo-saxonne… Il reste donc à conclure que ces cotations, faites d'une façon faussaire à l’avantage du système et des deux pays anglo-saxons, si elles apparaissent désormais comme devant dévaluer la valeur et de réputation de ces deux pays, traduisent évidemment un état d'autant plus catastrophique de ces deux mêmes pays précisément. C’est le cas, le déficit et l’endettement US et UK étant absolument himalayesques.


Les Américains reconnaissent implicitement la possibilité d’être “décotés”, notamment selon une dépêche Bloomberg.News du 
22 mai 2009, ouvrant sur une interview assez gémissante de Timothy Geithner, entrecoupés de rappels que tout ne va pas si mal malgré tout (“green shoots”) suivis de remarques que les choses sont encore très, très difficiles (“black shoots”, si l’on veut). Pour rappel,Bloomberg.News évalue à $12.800 milliards les engagements du gouvernements US, en dons, subventions, prêts, promesses, etc., – euh, depuis septembre 2008 (plan Paulson)…

«Treasury Secretary Timothy Geithner committed to cutting the budget deficit as concern about deteriorating U.S. creditworthiness deepened, and ascribed a sell-off in Treasuries to prospects for an economic recovery. “It’s very important that this Congress and this president put in place policies that will bring those deficits down to a sustainable level over the medium term,” Geithner said in an interview with Bloomberg Television yesterday. He added that the target is reducing the gap to about 3 percent of gross domestic product, from a projected 12.9 percent this year.

»The dollar extended declines today after Treasuries and American stocks slumped on concern the U.S. government’s debt rating may at some point be lowered. Bill Gross, the co-chief investment officer of Pacific Investment Management Co., said the U.S. “eventually” will lose its AAA grade. […] Gross said in an interview yesterday on Bloomberg Television that while a U.S. sovereign rating cut is “certainly nothing that’s going to happen overnight,” financial markets are “beginning to anticipate the possibility.”»

Les Britanniques commentent les menaces de la perte de la cotation AAA de leur pays, déjà envisagée de façon effective selon leStandard & Poor. Voici la nouvelle brute présentée par The Independent du 22 mai 2009.

«In a humiliating move, Britain has been relegated from the premier league of international economies by one of the world's leading credit agencies.

»Standard & Poor's' concerns about government borrowing and the potential cost of rescuing the UK's rickety banking system – as much as £145bn – are so serious that the agency has taken the unprecedented step of downgrading the creditworthiness of the British Government. The UK has lost its cherished AAA rating with a “stable Outlook”, the highest possible, to a triple-A rating with a “negative Outlook”. Worse could follow. The agency said that “UK public finances are deteriorating rapidly” and warned about a further downgrade: “The rating could be lowered if we conclude that, following the election, the next government's fiscal consolidation plans are unlikely to put the UK debt burden on a secure downward trajectory over the medium term.”

»While only one word of the formal S&P rating has been altered, the implications of the change could hardly be more momentous. Sterling, the gilts market and the FTSE 100 index all fell sharply on the news, which came shortly after the Office for National Statistics announced the latest figures for government borrowing – £85bn in April alone, four times the level this time last year and described by one City analyst as “awful”.»


Certains commentateurs britanniques s’emploient à relativiser, sinon à minimiser la perspective de la perte de l’indice AAA. Dans ce cas, la chose retrouve tout son caractère empirique, théorique ou bien symbolique. Le 
22 mai 2009, dans The Independent, Hamish McRae choisit donc de relativiser la question du AAA, mais, par contre, ne cache pas la catastrophique situation du déficit et de l’endettement (britannique, indeed). Puis il relativise aussitôt, cette fois de venimeuse et britannique façon, en observant que, pour les USA, c’est pire encore. Signe de la gravité des situations, on ne se fait plus de cadeaux de commentaires, même entre “cousins” avec des relations si spéciales.

«Don't worry about Britain losing its AAA credit rating, but do worry about the rise in country debt here and indeed in pretty much every developed country in the world.

»There is a cheap reply to the possibility that the UK may be downgraded following the “négative” outlook registered by the S&P ratings agency. It is that Lehman Brothers had a AAA rating until a few weeks before it collapsed. There is a slightly more thoughtful response which is to note that the reason for the negative outlook is that UK debt may reach 100 per cent of GDP unless we take action. But the fiscal position of the US looks even worse, for on present trends they may go well above that. So will it lose its AAA rating too?

»Ratings still matter a bit despite the humiliation of the agencies, though I suspect they will matter less and less as investors will increasingly rely on their own research about the likelihood that debts will be met. And of course it is embarrassing. But the real significance will, I think, be that the markets will focus much more attention on the long-term fiscal position of different counties and charge a significant premium for political risk.

»At the moment, country risk assessment is hopelessly crude. A couple of years back Ireland, Italy and Greece could borrow at almost the same cost as Germany. Now they have to pay much more. While the markets could be forgiven for missing the scale of Ireland's problems, the weak position of Greece and Italy should surely have been evident. Or to take another example, the US had “safe haven” status until recently, despite the inherent weaknesses in its fiscal position. Now that is just starting to be questioned – expect it to be questioned more and more.»

Attachons-nous au dernier exemple, cité comme par inadvertance par McRae, mais qui a une importance politique évidente : «[T]he US had “safe haven” status until recently… [….] Now that is just starting to be questioned – expect it to be questioned more and more.» Voilà, en passant, une mesure de la perte de puissance des USA; l’inconcevable et impensable d’il y a quelques mois encore, que les USA fussent traités comme un vulgaire péquenot qui a des comptes à rendre pour son déficit et sa dette, qui devient non seulement concevable mais de plus en plus probable, sinon acquis. Remarque importante, et la résonnance politique considérable.

Ils ont paraît-il sauvé leurs monstres financiers, – reste à voir pour combien de temps, – mais ils commencent à passer à la caisse. Le “sauvetage” largement bidouillé selon les mœurs courantes des attributs privés et pourris de leur puissance financière leur coûtera-t-il leur statut de puissance? Ont-ils joué à fond la finance pour perdre la mise sur la case “politique”? La partie est engagée… Les “green shoots” devenant “black shoots”, la crise qui a soi disant passé le pire, ne l’aurait fait finalement que pour la première phase, pour déboucher sur un élargissement de la structure crisique, pour passer au stade supérieur. Processus de “contraction-élargissement” de la crise, avec l’élargissement vers les structures politiques et fondamentales des ensembles anglo-saxons mises en place pour la domination du monde par le biais de la finance; le reflux vient par la finance et commence à déborder vers les structures. Affaire à suivre, n’est-il pas?


Mis en ligne le 22 mai 2009 à 15H18


“Black shoots of summer”? Les Anglo-Saxons et le AAA qui chancelle

http://www.marcfievet.com/article-31826990.html

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Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
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