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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 04:42
publié par babelouest (crisonnier) Avant-hier 09H50

24 mai 2009

"La crise de trop" par Frédéric Lordon

la crise de trop Frédéric Lordon est un économiste atypique et passionnant. Contrairement à beaucoup de ses collègues, il ne se contente pas de décrire le réel, pour de célébrer le monde ou le déplorer. Il développe une critique souvent assez violente du système de laquelle il déduit des propositions détonantes. Outre ses analyses et ses théories, ce qui le singularise est avant tout son style inimitable, sa langue pure et agile et son humour permanent. Du Lordon, ça se lit ou ça s’écoute toujours avec un sourire aux lèvres. On alterne entre la concentration appliquée et l’éclat de rire jubilatoire et parfois on se surprend même à relire plusieurs fois la même phrase pour se délecter de l’exceptionnelle construction des phrases.

Pourtant, ce n’est pas de la littérature. C’est bien de l’économie, et pas forcément la plus facile d’accès puisque la spécialité de Lordon, c’est le capitalisme financier avec ses pratiques sophistiquées et ses anglicismes. Ni la plus réjouissante puisque l’objet de son dernier livre, c’est bien évidemment la grande crise financière et à travers elle l’implosion économique, morale, intellectuelle et idéologique du néolibéralisme.

Après « Pour en finir avec les crises financières » paru en 2008, Frédéric Lordon sort ces jours ci (en librairie à partir du 27 mai) « La crise de trop, reconstruire un monde failli » que j’ai dévoré avec un immense plaisir ce week-end.

Sur le fond, les lecteurs attentifs de Frédéric Lordon seront en terrain connu. Ils y retrouveront tous les thèmes qu’il a développé dans les articles publiés ces dernières semaines sur son blog, dans ses interviews avec Pascale Fourrier ou dans les vidéos qu’on a pu voir sur Dailymotion et notamment sa prestation à la conférence à l’invitation d’Acrimed.


L’ouvrage ouvre par un état des lieux du désastre financier, puis recherche les responsables (politiques) et les complices (journalistes), avant de dénoncer violemment l’arrogance des seigneurs de la haute finance, le système bancaire et la tyrannie du capitalisme actionnarial.


La deuxième partie du livre est logiquement consacrée aux solutions : socialisation du crédit, limitation autoritaire de la marge actionnariale (le SLAM) le néoprotectionnisme dans une mondialisation devenue interrégionale et pour finir un étonnant développement sur l’hypothèse d’une sortie plus franche encore du capitalisme, intitulé l’horizon des recommunes, nouvelle forme de soviétisme où les entreprises seraient démocratisées et deviendraient la chose commune des salariés en étant administrées par des conseils élus.

Pour les besoins de cette petite note de lecture, je marquerai deux points de divergence avec Frédéric Lordon.

Le premier portera sur l’intensité du sentiment de révolte et d’injustice qu’il exprime. On comprend très bien que lui, l’observateur attentif des dérives de la finance qui annonçait depuis des années que tout ça finirait très mal, ressente amertume, colère et injustice. Cependant ne rêvons pas : l’opinion dans son ensemble, tel qu’elle est informée par les grands médias (quand elle s’informe) perçoit la crise davantage comme une fatalité contre laquelle le gouvernement fait son maximum, que comme l’épuisement d’un système qui a profité à quelques uns au détriment du plus grand nombre.

Je crains qu’il n’y ait malheureusement ni révolte, ni réforme. Le souffle de la déflagration financière désormais contenu, la crise poursuivra son cours sur un mode lent, peu propice aux prises de conscience et aux sursauts. Telle la grenouille dont on chauffe lentement l’eau dans laquelle elle baigne, le corps social se laissera asphyxier sans réagir... Si changement de système il y a, il se fera à froid, sur le registre rationnel de la compréhension et de la conviction.

La rage et l’envie de renverser la table est naturellement en partie surjouée, mais avec tellement de talent qu’on ne s’avisera pas à en formuler le reproche. Frédéric Lordon tente de nous communiquer un peu de de sa révolte et de son envie de changer les règles du jeu en profondeur Car les solutions existent. Elles ne demandent qu’un peu de courage et de volonté.

Ma seconde objection portera sur les conditions de mises en œuvre du SLAM dans l’hypothèse où elle serait mise en œuvre dans un seul pays. Il me semble en effet peu probable qu’une limitation autoritaire de la profitabilité des entreprises puisse se faire sans risque de délocalisation des sièges sociaux ou des activités. Cependant les mêmes objections pourraient être formulées à l’encontre de la thèse du protectionnisme dans un seul pays. Tous les modèles alternatifs se heurtent en réalité à l’absence d’un cadre politique pertinent et crédible. Le monde ne constitue pas une communauté politique suffisamment cohérente pour produire un système politique doté d’une force suffisante. La Nation est trop petite et trop aisément contournable par les forces des marchés mondialisés. Et entre les deux, l’Europe est trop consubstantiellement libérale et antipolitique pour en attendre quoique ce soit.


Néanmoins l’immense mérite du propos de Frédéric Lordon est de réconcilier les deux branches de la pensée critique. Aux altermondialistes qui rejettent le protectionnisme par souci d’universalisme pour se focaliser sur le rapport de force entre capital et travail, comme aux purs protectionnistes qui font des régulations commerciales l’alpha et l’oméga de leur combat, il répond desserrement des contraintes salariales et concurrentielles qui écrasent le salariat. L’arraisonnement de la finance et le protectionnisme constituent bien les deux faces indissociables de toute alternative.

Malakine

PS : Frédéric Lordon était l'invité de Vincent Lemerre sur France culture pour parler de son livre, interview écoutable ici

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/la-crise-de-trop-par-frdric-lordon.html

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=3988

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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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