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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:07
 

Le troc prospère dans l'Argentine en crise

Le peuple argentin, trahi et ruiné par ses dirigeants politiques, tente de se reprendre en main : occupation de 200 usines en faillite par leurs anciens ouvriers, manifestations de chômeurs, barrages spontanés des routes (piqueteros) et par le système de troc multiréciproque.

1. L'expansion des réseaux de troc en Argentine

Le premier "club de trueque" (club de troc) est né en Argentine en 1995 dans la banlieue sud de Buenos Aires à l'initiative d'une vingtaine de personnes. Depuis, il a fait des petits : plus de deux cents réseaux se sont constitués en un Réseau global de troc "multiréciproque". Dès 1999, ils touchent plus de 150 000 personnes dans le pays et des expériences similaires se développent dans les pays voisins : au Brésil, en Uruguay, en Bolivie, en Équateur et en Colombie. Le phénomène connaît un succès inattendu : on estime à plus de 1 000 000 le nombre de ceux qui pratiquent ce troc dans les pays d'Amérique latine à partir de cette initiative venant d'Argentine, en n'hésitant pas à émettre une monnaie distincte de la monnaie officielle dévalorisée : les "creditos".
Le Red Global de trueque s'est développé considérablement en 5 ans dans la province de Buenos Aires : Le réseau global de troc (Red Global de trueque) propose une nouvelle façon de construire le bien-être. Heloisa Primcivera estime les transactions réalisées au sein des clubs équivalentes à 100 millions de dollars par an. L'impact en termes de qualité de vie est d'autant plus important en Argentine que les habitants ne reçoivent ni RMI, ni assurance chômage, ni allocations familiales. La qualité de l'enseignement et de la protection sanitaire reste largement insuffisante.


Cela a commencé dans un village, Bernal, à une trentaine de kilomètres au Sud de la capitale argentine. Inquiétés par la montée du chômage, l'extension de la pauvreté et l'absence de préoccupations écologiques dans leur quartier, un groupe d'écologistes décide de réunir les voisins chaque samedi après-midi pour leur apprendre à se débarrasser des ordures, à mieux utiliser certains espaces de leur maison. Ils les initient aussi à la production de fruits et légumes à usage familial. Les gens s'échangent des plats cuisinés, des vêtements, de l'artisanat de façon directe et simple. Rapidement leurs besoins et leurs idées évoluent : un dentiste troque par exemple ses services contre du pain. Mais comme le nombre de personnes concernées par ce troc augmente, il devient nécessaire de comptabiliser les échanges et de des instrumentaliser. Un genre de chèque bancaire à validité locale (et plus tard régionale et nationale) est émis par le club. Les bons portent le nom de "creditos", terme qui s'inspire d'un principe fondamental du Réseau global de troc, la confiance : "Les seules conditions que nous demandons aux membres du Réseau global de troc de respecter sont : assister aux réunions périodiques des groupes, s'engager dans les programmes de formation, produire et consommer des biens, services et savoirs disponibles dans le Réseau. Nous soutenons que chaque membre est l'unique responsable de ses actes, produits et services."


D'autres clubs autonomes se forment en se fondant sur la charte du groupe fondateur, mais en gardant un système de gestion indépendant. La multiplication des clubs rend impossible l'émission des "creditos" par un seul d'entre eux. Il s'ensuit donc une décentralisation de cette fonction, accompagnés de phénomènes de contrefaçon, de sur-émission, d'autorégulation...
Clarin, le plus important journal d´Argentine parle de l'économie sociale et solidaire : "Le Quartier Nord a maintenant son propre club de troc" : www.clarin.com.ar



Après plus de trois ans d'expériences diverses, les types de crédits se sont multipliés, certaines activités des clubs sont de nouveau centralisées, et surtout le Réseau connaît une véritable "consolidation intérieure". Heloisa Primavera, professeur à la faculté des sciences économiques de l'université de Buenos Aires joue un grand rôle dans l'animation du réseau. Selon elle, cet apprentissage permet l'ouverture à d'autres acteurs sociaux, en particulier l'État. Cela a été compris par le Secrétaire des affaires sociales de la ville de Buenos Aires (où se concentrent 30 % de la population du pays) qui a établi depuis fin 1997 un programme d'appui au troc multiréciproque, et qui légitime implicitement les opérations en crédits émis par les usagers, explique-t-elle. Le soutien officiel de la capitale à ce système, autrefois qualifié de "marché noir", ouvre de nouvelles perspectives. Peu à peu, le troc est intégré comme un marché à part entière.

Ainsi, le gouvernement pousse-t-il les entreprises à se former pour fonctionner sur les deux marchés à la fois. Les politiques de micro-crédits progressent. Certains maires, très médiatisés, acceptent même le troc direct en paiement des retards d'impôts : le mécanicien peut acquitter sa dette en réparation de voiture. leur victoire n'est pas seulement d'avoir " réinventé la vie en réinventant le marché ", comme aime le dire Heloisa Primavera ; ils ont surtout ouvert un chemin aux exclus du progrès social et de la croissance économique.
Source
http://www.globenet.org/transversales/archives N°58

BUENOS AIRES, 13 jan 2002 (AFP)


- Étranglés par
la crise, les Argentins tentent de survivre, y compris par des moyens archaïques comme le troc, devenu un véritable système d'économie parallèle, bien organisé et qui ne cesse de s'étendre. "Deux millions d'Argentins sont impliqués dans le système de troc. C'est un moyen de sortir de l'exclusion", a expliqué à l'AFP Graciela Draguicevich, coordinatrice du plus important marché de troc de Buenos-Aires, installé dans le quartier populaire de Chacarita... Le réseau (Red de trueque) regroupe un millier de clubs de troc, et la nouvelle monnaie, les "creditos", commence à s'exporter dans toute l'Amérique latine !!!

MONTE GRANDE, Argentine (Associated Press - 31/ 05/ 2002 )


En Argentine, le troc de biens et de services n'est plus une nouveauté. En fait, depuis le début de la crise économique et politique qui secoue le pays, c'est même devenu une nécessité. Un Argentin sur cinq n'a plus d'emploi. Et la moitié des 36 millions d'habitants du grands pays d'Amérique du Sud sont pauvres. Dans ce contexte, le «trueque» ou troc est devenu l'affaire de tous, des mécaniciens aux jeunes professionnels au chômage. Un marché est improvisé près de Monte Grande, au sud-ouest de Buenos Aires. En 1995, l'Argentine ne comptait qu'un seul club de troc, le Red de trueque. Aujourd'hui, il y en aurait 8.000. On compte plus d'un million d'adhérents. On y échange de tout, et dans les marchés, on ne parle plus de pesos mais bien de «creditos», ces notes de crédit de la taille d'un billet de banque qui ont remplacé la monnaie dans les portefeuilles. Même les mécaniciens, professeurs de maths et organisateurs d'événements ont repensé leur tarification en termes de «crédits à l'heure».

2. L'embarras des économistes

Depuis que la monnaie nationale a été dévaluée, en janvier, 280.000 personnes perdent leur emploi chaque mois en Argentine. Selon Eduardo Ovalle, du groupe de réflexion « Nueva Mayoria», la majorité d'entre eux se tournent vers le troc. « C'est une réaction à la hausse du chômage, à la pauvreté et à la dévaluation de la monnaie», dit-il. A l'en croire, environ 2,5 millions de personnes sont membres de clubs de trocs. Et ce nombre pourrait atteindre quatre millions d'ici la fin de l'année. «Rejoindre les milliers de gens qui vivent désormais sans argent - ou presque - grâce au troc, c'est la seule manière qui reste pour subsister en Argentine. C'est plus commun parmi la classe ouvrière, mais cela s'est récemment répandu à tous les échelons de la société et même dans les pays voisins.»



«La valeur totale des biens et services qui sont troqués plutôt que vendus n'est pas comptabilisée. » Mais les économistes sont de plus en plus inquiets devant la montée en puissance d'une économie sans argent. Car cela les embarrasse, ces riches ! Selon l'économiste Marshall Goldman, du Collège de Wellesley (Massachusetts), le troc pourrait avoir des conséquences aussi désastreuses en Argentine qu'en Russie, il y a dix ans. Avant l'effondrement de l'économie russe, en 1998, le troc équivalait à près de la moitié des transactions commerciales, rappelle Goldman. Or, à cette échelle, l'échange de biens et de services encouragerait l'évasion fiscale, l'inefficacité et la corruption. Tu parles !!! Cela peut aussi avoir du bon pour tirer le peuple de la misère dans les pays spoliés. « Le troc est un signe que quelque chose ne tourne pas rond dans l'économie, mais c'est aussi la preuve que les gens tentent de s'en sortir et de relancer la production », explique-t-il.
Alberto Bernal, du groupe new-yorkais IDEA global, est moins optimiste : « Quand autant de gens se tournent vers le troc, c'est que le système financier ne fonctionne pas », constate-t-il. Justement, l'économie est malade à cause du système financier et monétaire. Pour certains, le troc est une bonne chose. Pas pour ces économistes qui discutent sans rien dire de la gargantuesque
escroquerie monétaire en rapport avec l'évolution du système financier depuis un siècle... ils sont les premiers visés et défendent leurs privilèges.

3. Sabotage !

En Argentine, avec plus de 6 millions, près du quart de la population, à s'y abonner et à participer ainsi à une véritable économie parallèle, le troc était devenu un moyen de survie face à la crise économique. Dès l'été 2002, le système apparait pourtant dépassé par son succès. Des créditos falsifiés se répandent dans le pays. Parfaitement imités, ils ont été acceptés par les Clubs, mais la confiance, clé du système, fut ébranlée. L'un des fondateurs du Réseau global de troc solidaire a dénoncé les pressions des factions d'hommes politiques pour entraver l'essor du système. On comprend pourquoi il s'en est suivi une chute brutale de l'activité des réseaux de troc en Argentine. Ce système de troc multiréciproque, à la merci de toutes sortes de fraudes, a été pourri par des gens malhonnêtes. Il est certain que quand un tel réseau se développe et s'étend à une trop grande zone, on ne peut plus avoir confiance...

 

Le Système d'Échange Local (SEL) que nous connaissons en France est né en Amérique du Nord dans les années 80 au sein des communautés hippies. Le premier Local Échange Trade System (LETS) a été créé au Canada. Mais depuis, tous les Paysans du monde l'adoptent, de l'Inde au Japon. Il y a plus de 300 réseaux SEL qui fonctionnent en France.


http://webduweb.free.fr/troc.htm

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Published by Eva R-sistons - dans Initiatives citoyennes
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commentaires

Eva R-sistons 12/07/2009 04:42

Ah, je ne connaissais pas la monnaie fondante, seulement le chocolat fondant !!cordialement, eva

johannes finckh 10/07/2009 11:30

il est certain qu'un soutien des autorités et l'émission de créditos non falsifiables comme toute monnaie est indispensable pour le fonctionnement d'un tel système!Il fonctionnerait encore mieux en empêchant tout thésaurisation via une monnaie anticrise selon l'idée de Silvio Gesell! Voir mon site!jf

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