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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 01:52




Retraites : Fillon est dans l’impasse

François Fillon se présente toujours comme l’Homme-qui-a-réussi-la-réforme-des-retraites… Dans son dernier livre (La France peut supporter la vérité), François Fillon parle à plusieurs reprises de cette “réforme historique”, cette “impossible réforme”, cette réforme pour laquelle “nous avions l’ardente obligation d’obtenir des résultats”,… cette “réforme des retraites que j’ai menée à bien“.

Et c’est tout auréolé de ce succès présumé, que François Fillon entend conduire la prochaine réforme, annoncée pour 2010.

François Fillon a-t-il vraiment réussi la réforme des retraites ? L’objectif principal de la réforme votée en 2003 était d’allonger la durée de cotisation des salariés du public comme du privé.

Quatre ans après le vote de la loi, une étude de la Caisse nationale d’Allocation Vieillesse (courbe ci-dessous) montrait que jamais on n’était parti aussi tôt en retraite !

 

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Alors que les salariés partaient en retraite en moyenne à 62,1 ans en 2001, l’âge moyen de départ s’est abaissé à moins de 61 ans en 2006… Soit une évolution diamétralement opposée à l’objectif de la réforme.

Cette évolution a deux explications :

1. Pour faire accepter la réforme par la CFDT, François Fillon a dû intégrer un dispositif « carrières longues » : les salariés qui ont commencé à travailler à l’âge de 14, 15 ou 16 ans et qui ont cotisé déjà plus longtemps que la durée légale de cotisation peuvent partir en retraite sans attendre d’avoir 60 ans.

2. Par peur des prochaines réformes, un très grand nombre de salariés partent en retraite dès qu’ils ont 60 ans, quitte à subir une décote s’ils n’ont pas cotisé suffisamment longtemps.

A cause de la réforme Fillon, les caisses de retraite qui étaient à l’équilibre en 2002 et devaient rester en équilibre quelques années encore selon les prévisions de la CNAV, ont déjà accumulé un déficit supérieur à 10 milliards d’euros !

Certains parlent d’échec. D’autres de fiasco. Mais François Fillon se présente toujours comme l’Homme-qui-a-réussi-la-réforme-des-retraites… Que dirait-on du PDG du CNES s’il se vantait publiquement d’avoir mené à bien le lancement d’Ariane V, alors que le lanceur avait explosé en vol ? Que dirait-on du PDG de la SNCF s’il se réjouissait du succès du nouveau TGV alors que le train était resté à quai, incapable de se mettre en mouvement ?

Eh bien voilà un homme qui se réjouit publiquement d’avoir “mené à bien” une “réforme historique” alors que, à ce jour, la réforme a eu des effets exactement inverses aux objectifs visés, aussi bien sur l’âge moyen de départ en retraite que sur la situation financière des caisses de retraite. Etonnant !

Pour préparer ce billet, j’ai cherché une évaluation plus récente de la première réforme Fillon. Via internet, j’ai cherché toutes les études réalisées par l’Insee, l’OFCE ou le Conseil d’Orientation des Retraites. Je n’ai rien trouvé de plus récent que l’étude de la CNAV citée plus haut. La seule information récente, je l’ai trouvée hier, en allant sur le Portail du gouvernement, sur la page consacrée au « Pilotage des régimes de retraite ».

 

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C’est clair. Et même si l’on est allergique aux chiffres, on comprend l’essentiel : on est dans l’impasse. Ceux qui sont chargés du pilotage des régimes de retraite sont dans l’impasse. Pourquoi ?

Parce qu’aucune bonne réforme des retraites ne sera possible tant que le chômage et la précarité resteront à un tel niveau. Dans l’état actuel du marché du travail, demander aux salariés de travailler un an ou deux ans de plus, c’est faire 700.000 ou 1 400 000 chômeurs en plus. Si l’on repousse le départ en retraite de une ou deux années, en effet, non seulement la population active ne va pas diminuer (comme on nous l’a si souvent dit), mais elle va augmenter dans ces proportions. Ce ne serait pas très bon pour les chiffres du chômage. Et cela n’aurait qu’un effet virtuel sur le financement des retraites si ces 700.000 ou 1.400.000 bientôt retraités ne cotisent pas parce qu’ils sont au chômage… On va remplacer des retraités mal pensionnés par des chômeurs mal indemnisés !

Aujourd’hui, quand un salarié solde sa retraite (à 61 ans en moyenne), il est déjà au chômage, en préretraite ou au RMI depuis trois ans en moyenne. Rendre obligatoires deux années de cotisation supplémentaires sans avoir fait radicalement reculer le chômage ne sert à rien : cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu’ils manquent déjà de travail. « Retraites : Le vrai problème, c’est le chômage » écrivait Jean Paul FITOUSSI, Président de l’OFCE dans Le Monde en mars 2001.

 

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Une deuxième raison nous oblige à lier le dossier des retraites et celui du chômage : il y a aujourd’hui plus de 4.000.000 inscrits au Pôle Emploi (ex-ANPE, toutes catégories confondues), 1 million de RMistes et 4 millions de salariés précaires. A un tel niveau, chômage et précarité déséquilibrent complètement la négociation entre salariés et entreprises : le « si t’es pas content, tu peux aller voir ailleurs », dit ou non dit, remplace souvent toute vraie négociation.

Combien de millions de salariés doivent se contenter des conditions de travail et du salaire qui leur sont imposés ? De ce fait, la part des salaires dans la richesse nationale a chuté de 11 % depuis le début des années 1980.

 

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Le déficit des caisses de retraite prévu en 2020 est de 1% du PIB. Mais, à cause du chômage, la part des salaires (salaires et cotisations) dans le PIB a reculé de 11 % en vingt-cinq ans. ONZE fois plus que le déficit prévu pour 2020 !

Certes, personne ne pense sérieusement que la part des salaires peut remonter de 11 points (le niveau atteint en 1982 était sans doute trop élevé et non durable) mais, si nous étions capables de diviser par deux le chômage et de regagner 5 ou 6 points de PIB, le financement du déficit de 1 % serait sans doute nettement moins difficile.

Les deux dossiers (retraites et chômage-précarité) sont totalement liés. On ne pourra pas sauver les retraites si l’on n’arrive pas à sortir du chômage de masse.

Or, dans ce domaine, la lutte contre le chômage, on ne comprend toujours pas quelle est la stratégie du gouvernement. L’Insee et l’OFCE annoncent 700 ou 800.000 chômeurs de plus d’ici la fin 2010. Cela ne suscite quasiment aucune réaction du gouvernement…

Dans ces conditions, si le chômage continue d’augmenter, si la part des salaires continue de stagner à un plus bas historique, la prochaine réforme des retraites ne servira qu’à diminuer encore un peu le revenu des retraités. Sans une vraie politique de lutte contre le chômage, la réforme des retraites est dans l’impasse.

 

Pierre LARROUTUROU est économiste.

Il vient de publier Crise, la solution interdite.  

http://crise-europe.blog.lemonde.fr/2009/07/01/retraites-fillon-est-dans-l%E2%80%99impasse/

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