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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 06:08




L'inflation, c'est le vol

Par Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo Securities.

A son pic, en juillet 2008, l'inflation mondiale était de 6% environ. Un an plus tard, elle est tombée à zéro, et dans les principales économies (Etats-Unis, Europe, Japon, Chine), elle est même négative. C'est là une situation temporaire. Le repli de l'inflation depuis un an s'explique par la chute des prix de matières premières. Avec le rebond récent des cours mondiaux, l'inflation mondiale finira l'année sur un rythme de 2%-3%, pas très loin donc de sa moyenne sur la décennie écoulée. Ce rebond sera lui aussi temporaire.


Même si le risque de déflation a reculé ces derniers mois, la balance des risques continue de pencher de ce côté, plutôt que du côté d'une inflation galopante. Nous ne sommes pas dans la situation du début des années 1970 (plein emploi, indexation salariale, banques centrales inféodées au pouvoir politique) où un choc pétrolier a pu dégénérer en spirale inflationniste. L'envolée du taux de chômage pèse et va peser durablement sur les salaires. La contrainte de désendettement qui s'exerce sur les ménages va contraindre la demande de biens et de services. Quant à l'expansion formidable du bilan des banques centrales, elle n'a fait que compenser l'attrition du secteur bancaire, mais l'environnement reste marqué par le rationnement du crédit. Tout ceci ne donne que des espoirs de reprise économique molle et incertaine.


Or, si la croissance économique doit être contrainte à moyen terme, comment faire face aux montagnes de dette publique qui représentent la facture de cette crise ? Pour certains, la solution inévitable est toute trouvée, l'inflation. L'idée est simple, ce qui la rend, à première vue, séduisante. Une inflation plus élevée réduit les taux d'intérêt réels, facilitant le désendettement des agents ; elle réduit la valeur des dettes. Autre variante qui doit trotter dans la tête de bon nombre de politiciens : l'inflation est une taxe "invisible" (du moins jusqu'à un certain point), et de ce fait indolore ; elle est donc préférable à une taxe bien visible qu'un électeur/contribuable pourrait avoir le mauvais goût de trouver malvenue.


Mais le phénomène, si séduisant soit-il, ne résiste pas à l'examen. Tout d'abord, on ignore comment déterminer le niveau optimal de l'inflation. Est-ce 5%, 10%, 15% ? Et pour combien de temps ? Ensuite, on peine à imaginer comment une telle solution pourrait être mise en œuvre. Il faudrait que les banques centrales perdent leur indépendance et qu'on change d'autorité leur mandat de stabilité des prix, ou bien qu'elles renoncent spontanément à une crédibilité qu'elles ont mis des décennies à bâtir.


Ce risque est faible, sans compter les verrous juridiques qui, heureusement, nous en préservent en Europe. Il faudrait enfin supposer que les banques centrales sont assez habiles pour piloter l'inflation sur la nouvelle cible, mais pas au-delà. Dans les faits, si les anticipations d'inflation des ménages se mettent à déraper, il n'y aura aucun moyen de les arrêter sans casser la machine économique. Exactement comme cela a été fait au début des années 1980. En gros, ce qu'on nous propose avec l'inflation, c'est de différer dans le temps la purge des excès d'endettement, et en particulier la mise en ordre des finances publiques, alors même que les problèmes seront alors encore plus difficiles à régler après-demain que demain (vieillissement démographique).


L'inflation est une taxe. C'est un moyen de redistribuer la richesse des épargnants vers les emprunteurs, et en particulier l'Etat. Au bout du compte, ce n'est pas un choix économique, c'est un choix politique. Comme citoyen, on aimerait bien tout de même être consulté. Comme économiste, on ne peut que rappeler que l'inflation est un phénomène qui ne crée pas de richesse et n'a aucune raison de régler les problèmes structurels de l'économie (par exemple, l'insuffisance du potentiel de croissance, ou le manque de compétitivité). En créant de l'incertitude, elle a même toutes les chances de les aggraver. L'inflation est une idée simple, c'est une idée fausse

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