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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 04:38

L'aura persistante de Mesrine tient moins à sa droiture et à son audace qu'au fait d'avoir entrepris de se venger de ce dont nous devrions tous nous venger. Ou plutôt dont nous devrions nous venger directement, là où nous continuons à biaiser, à différer. Car il ne fait pas de doute que par mille bassesses inaperçues, par toutes sortes de médisances, par une petite méchanceté glacée et une politesse venimeuse, le Français ne cesse de se venger, en permanence et contre tout, de l'écrasement à quoi il s'est résigné.

L'insurrection qui vient. (56/391)


 

Il était temps que le nique la police ! prenne la place du oui, monsieur l'agent ! En ce sens, l'hostilité sans nuance de certaines bandes ne fait qu'exprimer d'une manière un peu moins feutrée que d'autres la mauvaise ambiance, le mauvais esprit de fond, l'envie de destruction salvatrice où ce pays se consume.

L'insurrection qui vient. (57/391)


 

Appeler « société » le peuple d'étrangers au milieu duquel nous vivons est une telle usurpation que même les sociologues songent à renoncer à un concept qui fut, pendant un siècle, leur gagne-pain. Ils préfèrent maintenant la métaphore du réseau pour décrire la façon dont se connectent les solitudes cybernétiques, dont se nouent les interactions faibles connues sous les noms de « collègue », « contact », « pote », « relation » ou d'« aventure ». Il arrive tout de même que ces réseaux se condensent en un milieu, où l'on ne partage rien sinon des codes et où rien ne se joue sinon l'incessante recomposition d'une identité.

L'insurrection qui vient. (58/391)


 

On perdrait son temps à détailler tout ce qu'il y a d'agonisant dans les rapports sociaux existants. On dit que la famille revient, que le couple revient. Mais la famille qui revient n'est pas celle qui s'en était allée. Son retour n'est qu'un approfondissement de la séparation régnante, qu'elle sert à tromper, devenant elle-même par là tromperie. Chacun peut témoigner des doses de tristesse que condensent d'année en année les fêtes de famille, ces sourires laborieux, cet embarras de voir tout le monde simuler en vain, ce sentiment qu'il y a un cadavre posé là, sur la table, et que tout le monde fait comme si de rien n'était.

L'insurrection qui vient. (59/391)


 

De flirt en divorce, de concubinage en recomposition, chacun ressent l'inanité du triste noyau familial, mais la plupart semblent juger qu'il serait plus triste encore d'y renoncer. La famille, ce n'est plus tant l'étouffement de l'emprise maternelle ou le patriarcat des tartes dans la gueule que cet abandon infantile à une dépendance cotonneuse, où tout est connu, ce moment d'insouciance face à un monde dont nul ne peut plus nier qu'il s'écroule, un monde où « devenir autonome » est un euphémisme pour « avoir trouvé un patron » .

L'insurrection qui vient. (60/391)


 

On voudrait trouver dans la familiarité biologique l'excuse pour corroder en nous toute détermi-nation un peu brisante, pour nous faire renoncer, sous prétexte qu'on nous a vu grandir, à tout devenir majeur comme à la gravité qu'il y a dans l'enfance. De cette corrosion, il faut se préserver.

L'insurrection qui vient. (61/391)


 

Le couple est comme le dernier échelon de la grande débâcle sociale. C'est l'oasis au milieu du désert humain. On vient y chercher sous les auspices de l' « intime » tout ce qui a si évidemment déserté les rapports sociaux contemporains: la chaleur, la simplicité, la vérité, une vie sans théâtre ni spectateur. Mais passé l'étourdissement amoureux, l'« intimité » tombe sa défroque: elle est elle-même une invention sociale, elle parle le langage des journaux féminins et de la psychologie, elle est comme le reste blindée de stratégies jusqu'à l'écœurement.

L'insurrection qui vient. (62/391)


 

Il n'y a pas là plus de vérité qu'ailleurs, là aussi dominent le mensonge et les lois de l'étrangeté. Et lorsque, par fortune, on l'y trouve, cette vérité, elle appelle un partage qui dément la forme même du couple. Ce par quoi des êtres s'aiment est aussi bien ce qui les rend aimables, et ruine l'utopie de l'autisme à deux.

L'insurrection qui vient. (63/391)


 

En réalité, la décomposition de toutes les formes sociales est une aubaine. C'est pour nous la condition idéale d'une expérimentation de masse, sauvage, de nouveaux agencements, de nouvelles fidélités. La fameuse « démission parentale » nous a imposé une confrontation avec le monde qui a forcé en nous une lucidité précoce et augure quelques belles révoltes.

L'insurrection qui vient. (64/391)


 

Dans la mort du couple, nous voyons naître de troublantes formes d'affectivité collective, maintenant que le sexe est usé jusqu'à la corde, que la virilité et la féminité ont tout de vieux costumes mités, que trois décennies d'innovations pornographiques continues ont épuisé tous les attraits de la transgression et de la libération.

L'insurrection qui vient. (65/391)


 

Ce qu'il y a d'inconditionnel dans les liens de parenté, nous comptons bien en faire l'armature d'une solidarité politique aussi impénétrable à l'ingérence étatique qu'un campement de gitans. Il n'y a pas jusqu'aux interminables subventions que de nombreux parents sont acculés à verser à leur progéniture prolétarisée qui ne puissent devenir une forme de mécénat en faveur de la subversion sociale.

L'insurrection qui vient. (66/391)




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Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
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