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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 00:21

Les services publics ont-ils encore un avenir ?

Opinion (bien modérée) de Raphaël
03/08/09 :: 3:44
inv
Les services publics ont-ils encore un avenir ?
inv
A l’heure où nos gouvernants appliquent aveuglément les préceptes de la commission européenne et libéralisent tous azimuts les secteurs confiés auparavant à la sphère publique, il est salubre de récuser quelques idées reçues largement entretenues par nos hommes politiques et autres aréopages d’experts économiques.


De la libéralisation - scandaleuse - des autoroutes, au secteur de l’énergie, en passant par celui de l’eau, l’impérialisme de la « concurrence libre et non faussée » chère à la commission européenne préempte toutes autres valeurs à la faveur d’une pseudo efficacité économique. L’absence de concurrence ne favoriserait ni l’innovation ni les gains de productivité ; le coût d’un service géré par la sphère publique serait ainsi plus élevé que celui géré par le privé.
Au delà de toute idéologie, il faut alors examiner scrupuleusement les faits. Le développement d’un marché concurrentiel est-il vraiment bénéfique aux consommateurs ? Est-il exact que la concurrence fasse baisser les coûts ?


Rappelons tout d’abord qu’un service public sert l’intérêt général. Il assure notamment la cohésion sociale d’un pays en permettant à tout à chacun de bénéficier de la même qualité de service quelque soit son origine sociale ou sa situation géographique et tente, autant que faire se peut, de minimiser le nombre de laissé-pour-compte. En effet, exclure l’accès à certaines populations, à cause du coût trop élevé ou de l’éloignement géographique, à certains droits fondamentaux tels que l’éducation, la santé, l’eau, ou l’électricité ne peut que favoriser la création de ghettos et attiser les animosités et rancœurs entre individus. C’est une vision humaniste de la société à opposer à la tendance actuelle d’individualisation et de stigmatisation, le chacun pour soi devenant la norme. Les violences urbaines toujours plus nombreuses initiées par une population s’estimant laissée-pour-compte sont là pour en témoigner.


L’intérêt général inclut également celui des entreprises. Plus un territoire bénéficie d’une infrastructure de qualité - qu’il s’agisse d’éducation, de système de santé performant, de réseau de transport efficace ou de qualité de vie, plus ce territoire sera attractif pour les investisseurs potentiels. Tordons le cou aux idées reçues : malgré tous les défauts que l’on nous prête, la France reste en 2008, une terre d’accueil privilégiée concernant le volume des investissements étrangers et se classe en deuxième position derrière les États-Unis ex-æquo avec le Royaume-Uni (2). Étonnant non ?


Les services publics gomment les défaillances d’un marché plus attaché à maximiser sa rentabilité en se concentrant sur les segments les plus rémunérateurs que d’assurer un service accessible à tous. La gestion privée de la santé américaine est sur ce point symptomatique : 50 millions d’américains, soit près de 1/5 de la population ne sont pas couverts par une assurance maladie et « le coût de la couverture médicale augmente dix fois plus vite que le salaire médian »(1). La crise « aidant », les choses ne risquent donc pas de s’améliorer à moyen terme. Les conséquences sont surprenantes pour un membre des pays les plus industrialisés : le taux de mortalité infantile est équivalent à celui de la Malaisie, 18000 personnes meurent prématurément chaque année d’absence de couverture santé, 13% des femmes enceintes ne sont pas régulièrement suivies, etc.


Attaquons-nous maintenant au cœur d’une croyance profondément enracinée : le public serait incapable de gérer de manière optimale ses coûts. Mais, le privé est-il vraiment exempt de tout reproche ?


Primo, il est nécessaire de rappeler - n’en déplaise aux libéraux - que la « concurrence libre et non faussée » n’existe pas. Sans régulation, un marché concurrentiel serait livré à une jungle et à une guérilla commerciales ; il est impératif d’établir des règles et de les faire respecter. Ainsi, l’état finance des organismes de régulation : l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) pour les télécommunications, la Commission de Régulation des Énergies (CRE) pour le marché de l’électricité et du gaz, chaque secteur a son organisme, et bien entendu, tout cela à un coût, jamais pris en compte et bien souvent sous-estimé.


Secundo, le capitalisme étant basé sur la propriété individuelle, chaque opérateur doit posséder son propre réseau. C’est le cas par exemple pour les trois opérateurs français de téléphonie mobile. Pas d’économie d’échelle possible, on imagine le gaspillage. De la même manière, vouloir libéraliser les chemins de fer n’a aucun sens : difficile de multiplier les voies ou de permettre à plusieurs compagnies de se partager le Paris/Nantes. Cela relèverait du casse-tête.


Enfin, il ne faut pas oublier les coûts liés à la rémunération du capital (dividendes) et à la commercialisation des produits (marketing, publicité). On le voit, le gain pour le consommateur n’est pas évident et sans réel fondement. A titre d’exemple, citons une nouvelle fois le cas de la santé aux États-Unis. C’est le système le plus cher du monde : 16 % du PIB y est consacré, deux fois plus que la moyenne de l’OCDE avec des résultats pour le moins mitigés.


http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EkuAklVuZFDobbPVOz.shtml

Affirmer urbi et orbi que la libéralisation d’un marché ne peut qu’être bénéfique au consommateur est proche d’un comportement délictueux. La vérité est beaucoup plus contrastée. Les services publics sont globalement bénéfiques à la société : le privé a besoin du public tout comme le public a besoin du privé. Il faut certes dénoncer certains corporatismes et rigidités bureaucratiques, et favoriser l’innovation technologique au sein de la sphère publique, mais de là à juger le secteur public totalement inefficace et le démanteler bon gré mal gré en vertu du primat de l’idéologie libérale, le chemin est long. En érigeant la rentabilité court-termiste comme seul critère de performance, on en oublie l’essentiel : la paix, la préservation de l’environnement, la dignité des personnes, la justice sociale, la satisfaction du consommateur ne sont plus pris en compte.


Le traité de Lisbonne signé en 2007 reconnaît enfin les services publics : la concurrence n’est plus une fin en soi et les états membres pourront les organiser et les financer. Reste à combattre les idées reçues et l’aveuglement dogmatique de certains... notamment chez nos élites dirigeantes...

(1)
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=13852

(2) http://www.minefe.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/090313bilan_afii/som_090313bilan_afii.php
inv

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