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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 08:15
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Vendredi 14 août 2009

Les Etats Unis d’Amérique sont entrés dans la phase crépusculaire de leur empire. Et en tant que nation impérialiste, son effritement puis son effondrement, sonneront le glas de tous les monarques et potentats du monde arabe qui lui sont liés et l’existence même d’Israël sera en question.

Le paradoxe de cet empire est que ses vassaux du monde arabe n’auront aucun intérêt à le voir disparaître au risque d’être à leur tour engloutis par le tourbillon de son naufrage. Ils vont mettre à sa disposition tous les moyens (de leurs peuples) dont ils disposent pour le soutenir. A cet effet, Ils vont dilapider nos derniers avoirs pour racheter à sa réserve fédérale (la FED) des bons de trésor et autres obligations, ils vont brader ce qui va rester de nos réserves de pétrole et de gaz pour soutenir son industrie moribonde, ils vont acheter massivement des armes à son complexe militaro-industriel pour combler son déficit commercial abyssal. Hélas, il est déjà trop tard, comme jadis pour l’Union Soviétique, la superpuissance américaine est en train de se désintégrer, et sa longue agonie a déjà commencé.

Pourquoi en ces fins de temps, les empires s’éteignent pratiquement en l’espace d’une vie à l’échelle humaine, comparés aux empires qui les ont précédés et qui ont duré des siècles?
Le destin d’un empire obéit à une règle immuable, il est analogue au destin de tout être vivant sur cette terre. Cependant, l’échelle du temps qui caractérise son cycle d’évolution est plus longue.
Les premiers monarques ou empereurs régnaient sur leur empire de manière absolue. Par ailleurs, ils s’octroyaient le plus souvent le statut de dieu à qui le peuple devait une totale soumission. Ils contrôlaient entre autres toutes les richesses de l’empire, c’est ce qui permettait à leurs lignées de durer dans le temps. Les empires récents ont vu le pouvoir des monarques et des gouvernants se diluer au profit de la puissance occulte des banquiers et des financiers. Ce contre-pouvoir a orienté de facto leurs choix politiques, mais ne rendant de compte à personne, et poussé par sa voracité et sa cupidité, les a précipités dans l’abime (l’empire britannique auparavant et l’empire américain très bientôt). Quant à l’empire soviétique, son avènement a été un contresens historique et une tentative organisationnelle irréaliste de la société. L’idéologie marxiste concernant le partage du capital était totalement utopique, c’est pour cela que son application par les bolchéviques s’est heurtée à un échec cinglant et a provoqué, par ailleurs, une catastrophe humanitaire (60 millions morts). C’est l’empire qui a duré le moins longtemps depuis l’avènement de l’humanité (75 ans).
Un autre paramètre est venu se rajouter récemment et va contribuer à l’accélération de la durée de vie des empires, c’est la technologie informatique et la révolution des moyens de communication. Ces outils font que nous vivons dans un monde interdépendant où les événements s’enchaînent rapidement et provoquent des dégâts instantanés.
Il est impossible de dire combien de temps va durer l’empire américain. La seule chose dont nous soyons absolument certains, c’est qu’il s’agira d’un phénomène temporaire dans l’histoire de l’humanité.


Naissance de l’empire américain


L’empire américain s’est d’abord construit sur un génocide de 9 millions d’indiens. Il est devenu riche et puissant grâce à l’asservissement de millions d’africains et au pillage des richesses naturelles des peuples autochtones aussi bien d’Amérique du nord que du sud. Sa stature d’empire n’a été totalement acquise que grâce à un acte “providentiel“ commis par le Japon : le bombardement de Pearl Harbour en décembre 1941. Ce prétexte “inespéré“ a permis au président Roosevelt d’engager l’Amérique dans le deuxième conflit mondial.
Ce conflit a permis de catapulter les Etats Unis d’Amérique au rang de première puissance de la planète. Loin de la guerre, ce pays produisait la moitié du charbon, les deux tiers du pétrole et plus de la moitié de l’électricité au niveau mondial. Ces matières premières bon marché et disponibles sur place, ont permis de booster la production de grandes quantités de navires, d’avions, de voitures, de produits chimiques, d’armes et d’autres produits manufacturiers.
Ironie de l’histoire, c’est la guerre qui a permis aux États-Unis de s’enrichir et d’accumuler de nombreux capitaux en vendant des armes et en prêtant des fonds à une Europe et à un Extrême-Orient ruinés militairement et économiquement. Ainsi ils ont pu disposer de la plus grande partie des capitaux mondiaux et de dominer la production manufacturière et les exportations, et de détenir plus de 80% des réserves mondiales d’or. Assurée de son éclatante victoire, la finance mondiale qui avait élu domicile aux Etats Unis décida en 1944 à Bretton Woods (USA) de réorganiser l’architecture économique du monde occidental. La Grande Bretagne étant endettée et affaiblie, la France à bout de souffle, elle consacra les États-Unis comme nouveau pilier et nouvelle puissance du monde occidental, et le dollar comme pivot et monnaie de référence du système monétaire international.

En effet, les accords de Bretton Woods, donnaient aux USA un droit de tirage en dollars à l'échelle internationale, pour financer, via ce que sera le Plan Marshall, la reconstruction européenne en général, et allemande en particulier. Ce droit de tirage va affermir le poids du billet vert et assurer des débouchés aux productions américaines. Par la même occasion, cette finance créa les deux institutions qui deviendront ses bras armés : la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), future Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI).


Les causes de l’accélération du déclin de l’empire américain


Tout d’abord, Il est fallacieux de dissocier l’empire américain de l’empire britannique, c’est un seul et même empire : l’empire anglo-saxon. “L’ordre mondial“ nécessite un centre dominant, afin de perpétuer son hégémonie. Devant l’incapacité de la Grande-Bretagne à jouer ce rôle, la finance occidentale a décidé, à partir du milieu du XXe siècle, à ce que les Etats-Unis deviennent le nouvel hegemon, état dominant, détenant les moyens d’établir et de maintenir “l’ordre“, afin de diriger et de gouverner le monde. S’il est en partie vrai que l’empire américain est né sur les ruines de la deuxième guerre mondiale qui a ravagé économiquement et militairement les pays européens et de l’extrême orient, en fait il a surtout été “enfanté“ par la finance qui squattait alors un empire britannique agonisant et qui a jugé que le coût financier de la pacification des territoires conquis au 19ème siècle devenait de plus en plus exorbitant et hypothéquait ses investissements dans ces pays, alors que dans le même temps, s’offrait à elle un territoire aussi vaste qu’occupait l’empire britannique auparavant et qui de surcroît était totalement pacifié. Par ailleurs, l’émancipation des peuples colonisés par l’empire britannique à partir du 20ème siècle et la réappropriation de leurs richesses naturelles ont mis à mal la finance mondiale qui avait élu alors domicile en Grande Bretagne pour profiter “sereinement“ du pillage des matières premières de ses colonies et du vaste marché pour l’écoulement de ses produits manufacturés qu’offrait cet empire transocéanique qui englobait un quart des territoires du monde et 300 millions de subalternes, le double si l’on inclut dans cet ensemble la Chine, colonie virtuelle de 430 millions d’habitants.

Les indépendances de ces peuples ont rendu aléatoires les investissements dans ces régions du monde, et c’est ce qui a poussé la finance mondiale à “déménager“ ses fonds vers les Etats Unis d’Amérique. L’affaiblissement et l’effondrement de l’empire britannique ont surtout été accélérés par une fuite massive d’or et de capitaux vers un nouveau monde disposant de richesses naturelles “inépuisables“ et où le retour sur investissement était rapide et sans risque majeur.
Il est de même fallacieux de prétendre que l’empire britannique n’a été qu’un empire maritime avant tout, et que l’Amérique ne disposant pas d’espaces extraterritoriaux importants en dehors de l’Alaska, ne peut pas as être considérée comme empire. Les empires qui les ont précédés avaient besoin de coloniser directement des territoires et asservir les populations autochtones pour se procurer les richesses de la terre et les matières premières minérales notamment les métaux précieux (l’or). L’empire britannique, en renonçant “intelligemment“ à ses colonies mais en maintenant des bases maritimes et des relais d’importance stratégique dans le monde entier, continuait de facto à contrôler la circulation des matières premières nécessaires au fonctionnement de son industrie.

L’empire américain, quant à lui, a évolué dans sa manière d’exercer son hégémonie sur le monde. Il a jugé plus judicieux de faire l’impasse sur la colonisation directe d’autres peuples, mais en implantant un très grand nombre de bases militaires, il s’est assuré le contrôle indirect des états clés comme les pays du Golf et s’est arrogé ainsi leurs richesses naturelles (pétrole, gaz). Par ailleurs, ces dernières décennies l’empire américain a compris que sa prépondérance ne se mesurait plus à la seule emprise géographique, elle devait résulter essentiellement de la suprématie dans le contrôle des réseaux économiques et des flux financiers. Et à cet effet, il a été en pointe dans la maîtrise d’internet et la technologie informatique. Ces deux paramètres ont permis aux deux citadelles du capitalisme anglo-saxon (les bourses de Chicago et de Londres) de contrôler totalement les prix des matières premières stratégiques. Grâce à elles, la finance prédatrice allait soumettre ainsi à distance de nombreux pays sans mobiliser des armées pour les conquérir. Les capitaux générés par ces bourses de matières premières étaient immédiatement captés et fructifiés par Wall street et la City de Londres, centres névralgiques de la finance mondiale, puis “défiscalisés“ dans des paradis off shore, autres temples de l’hydre capitaliste.

Dr Anis Aboumanel ( Forum démocratique)


A Suivre 2ème partie 3ème et 4ème parties:


1-L’escroquerie monétaire

2-Les guerres qu’il ne fallait pas mener
3-L’arnaque immobilière

4- La fin des “déficits sans pleurs“
5- Effondrement du dollar

6- Effondrement de l’économie américaine

Source : LeMatindz

http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-34881888.html


liste complète


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La fin de l'Amérique: le totalitarisme en cinq leçons

http://fr.news.yahoo.com/79/20090814/twl-la-fin-de-l-amrique-le-totalitarisme-fe7f0c9.html


il y a 45 min (extraits)

Slate Slate.com

ou sur Slate directement :
  • Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publions traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le cinquième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis, d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues, d'un troisième Le cauchemar climatique et d'un quatrième intitulé Une nouvelle guerre de Sécession?
     
    Il fut un temps où l'Amérique s'intéressait de près au fascisme; Hitler et Mussolini ne s'étaient pas encore emparés de l'Europe. Dans le roman de Sinclair Lewis, «Impossible ici» («It Can't Happen Here», 1935), un président américain profitait d'une crise économique pour prendre le contrôle des médias, emprisonner des opposants, et recruter une armée privée (les «Minute Men») afin de régner en maître absolu.
    Aux Etats-Unis, la tentation fasciste a bien souvent dépassé le cadre de la fiction. Dans les années 1930, les hommes d'Etat d'Amérique, d'Italie et d'Allemagne ont tous raffermi leur autorité pendant (et après) la Grande Dépression. Avant l'invasion de l'Ethiopie par Mussolini, le président Franklin D. Roosevelt avait confié qu'il était « très intéressé et profondément impressionné par ce qu'avait accompli [Mussolini]». Si Hitler et le «Duce» ont fini par utiliser leur pouvoir à des fins monstrueuses, l'Amérique, elle, est parvenue à récolter les fruits du New Deal sans devenir un Etat policier. Roosevelt avait certes des tendances autoritaristes, mais il y avait toujours un contre-pouvoir pour refréner ses ambitions : la Cour Suprême avait rejeté plusieurs parties du New Deal, et quand il complota pour prendre le contrôle de la Cour, c'est le Congrès qui finit par déjouer ses plans.
    En définitive (et de manière paradoxale), les tendances despotiques de Roosevelt ont probablement contribué à enrayer la montée du fascisme. Même après que les horreurs commises par les dictateurs d'Europe soient largement connues du grand public, le chroniqueur radio Charles Coughlin (un prêtre catholique écouté par plusieurs dizaines de millions de personnes) continua d'encenser Hitler et Mussolini, tout en mettant en garde ses auditeurs contre la cabale des banquiers juifs. Mais quand le Père Coughlin (un des premiers défenseurs du New Deal) commença à critiquer la politique de Roosevelt, le président fit en sorte que son émission quitte l'antenne.
    La victoire de l'Amérique sur les empires du mal de la seconde Guerre Mondiale finit par tuer dans l'œuf toute tentation fasciste, du moins pour un long moment ; les Etats-Unis se veulent à présent les protecteurs éternels du monde libre.
    Dans un précédent article, je m'étais penché sur l'éventualité d'une Amérique fragmentée, une Amérique sans identité. Aujourd'hui, j'essaierai d'imaginer ce que pourraient devenir les Etats-Unis si nous faisions une croix sur nos principes démocratiques ; si la terre des hommes libres se transformait soudain en dictature impitoyable.
    Je ne suis pas le premier à me demander comment l'Amérique pourrait passer au totalitarisme (dans ce registre, je pense qu'il y a autant de scénarios que de paranoïaques). Nous pourrions devenir les esclaves des multinationales, de la chair à canon pour une armée de mercenaires, ou de simples pions dans un Etat épiant le moindre de nos mouvements via un système de surveillance high-tech. Dans «American Fascists : The Christian Right and The War on America», Chris Hedges soutient que les conservateurs religieux sont l'équivalent des fascistes des années 1920-1930. Ceux qui se méfient du gauchisme environnementaliste seront peut-être plus intéressés par la théorie de l'«éco-totalitarisme»...
    La présidence de George W. Bush a donné du grain à moudre aux théoriciens de ce genre. En 2007, dans « It Can Happen Here » (titre faisant évidemment référence au livre de Lewis), Joe Conason affirmait que « les Américains ont ... de bonnes raisons de douter du futur de la démocratie et de l'Etat de droit.» Cette même année, Naomi Wolf annonça que l'Amérique avait franchi dix étapes menant généralement au fascisme. «Prétendre qu'un terrifiant ennemi intérieur et extérieur veut s'en prendre au pays», «créer un goulag» et «contrôler la presse»  faisaient partie du top 10.
    Wolf a raison: ces dix étapes pourraient bien mener l'Amérique au fascisme. Heureusement, nous n'empruntons pas vraiment cette route. Quelles que soient vos convictions politiques, vous en conviendrez: Bush et Cheney ont fait tout leur possible pour consolider l'autorité du pouvoir exécutif, et ce avec plus de virulence que n'importe quel président depuis Nixon (et peut-être même depuis Roosevelt). Mais la nation a fini par sanctionner cette démonstration de force; Bush, Cheney et leur parti Républicain ont perdu une bonne partie de leur crédibilité et de leur influence. Certes, l'administration Bush n'a pas réussi à mettre la démocratie américaine en déroute. Une question demeure, cependant : comment un dictateur en herbe pourrait-il s'y prendre pour réussir là où Roosevelt et Bush ont échoué?
    Aucun des critères détaillés ci-dessous ne suffirait à lui seul à mettre le peuple américain au tapis. En revanche, un despote remplissant les cinq critères pourrait bien devenir notre seigneur et maître...
    Etape numéro 1: Créer un ennemi perpétuel
    Après la chute des tours jumelles, Toby Keith [chanteur de country connu pour son amour de l'armée] était tout à fait disposé (comme la plupart des Américains) à trouver et à tuer Oussama Ben Laden. La malfaisance des terroristes d'Al-Qaïda a donné les coudées franches à George W. Bush : il put faire accepter son «Patriot Act» sans difficulté et lancer une guerre à durée indéterminée contre le terrorisme.
    Cependant, la « menace existentielle » de 2001 s'est vite avérée n'être qu'un lointain danger. La guerre contre le terrorisme se poursuit en Afghanistan et au Pakistan, pas à New York ou à Washington. Cet état de fait n'est sans doute pas près d'évoluer : contrairement à l'Europe de l'Ouest, les Etats-Unis ne comptent pas beaucoup de jeunes musulmans susceptibles d'être recrutés par les terroristes.
    Pour que l'Amérique sombre dans le totalitarisme, il faudrait que nos ennemis constituent un risque oppressant, omniprésent. S'ils parvenaient à s'établir durablement sur le territoire américain, les fondamentalistes musulmans pourraient faire des croque-mitaines idéaux. Si les attentats suicides et les attaques bactériologiques venaient à frapper l'Amérique par vagues successives, nous serions sans doute disposés à échanger notre liberté contre plus de sécurité. Et si les terroristes étrangers ne parviennent pas à nous inspirer cette peur, les immigrés clandestins feront sans doute l'affaire... Dans ce cas de figure, une crise économique pourrait mettre le feu aux poudres : beaucoup d'Américains seraient tentés de rejeter la faute sur les clandestins venus du Mexique ou sur les réfugiés climatiques arrivants des nations surchauffées de l'hémisphère Ouest.

    Etape numéro 2 : Etre plus futé que George W. Bush.
    Dans «Impossible ici», le président est un démagogue adepte du «c'était mieux avant», doté «d'un sens de l'humour truculent, typiquement Américain, à la Mark Twain». Une fois élu, Buzz Windrip réécrit la Constitution et expédie les citoyens dans des camps de travail; le président élu démocratiquement se transforme du jour au lendemain en tyran impitoyable, sans perdre son sourire et ses clins d'œil complices.
    George W. Bush et Dick Cheney n'ont jamais voulu devenir des dictateurs. Mais même si le duo avait voulu s'emparer du pays, ils n'y seraient pas parvenus. Pour que l'Amérique s'engage sur la voie du totalitarisme, il faudrait que les Américains soient disposés à suivre leur chef. Or, à la fin de son second mandat, Bush était loin de déchaîner l'enthousiasme du pays. Lorsque la menace Al-Qaïda s'est peu à peu éloignée, les multiples fautes du président (amalgame entre Saddam Hussein et Ben Laden, fabrique de faux renseignements, torture de prisonniers) ont fini par revenir sur le devant de la scène.
    Un aspirant dictateur aurait beaucoup à apprendre des erreurs de l'administration Bush. Réunir tous les ennemis potentiels du pays dans un «Axe du Mal» était une mauvaise idée: l'ennemi principal de l'Etat devrait être unique et plus clairement défini. Sur le plan des relations publiques, Bush avait tout faux; il n'exposait pas clairement ses intentions. Comme Dahlia Lithwick et Julia Turner l'avaient expliqué dans le «Guide du Patriot Act» (Slate.com, 2003), les Américains auraient peut-être été moins décontenancés si Bush et ses fonctionnaires avaient clairement expliqué comment ils entendaient mettre en œuvre cette mesure. Plutôt que d'envelopper ses méthodes discutables d'un voile de mystère, un despote démagogue devrait assumer ses actes ; souligner, par exemple, les bienfaits d'une surveillance constante et de la torture par l'eau...
    Ceci dit, l'administration Bush n'est pas complètement passée à côté de son ambition totalitaire: elle a tout de même réussi à dominer le reste du gouvernement. Bush et Cheney étaient des adeptes déclarés de la théorie de «l'exécutif unitaire» [selon laquelle le président doit diriger tous les aspects de l'exécutif], ce qui explique pourquoi leur administration avait recours aux «signing statements» [document par lequel le président fait connaître son interprétation d'une loi nouvelle]. En 2006, Charlie Savage (alors reporter au Boston Globe) avait expliqué que Bush «revendiquait le droit de désobéir à plus de 750 lois (...), partant du principe qu'il avait le pouvoir d'ignorer tous les textes promulgué par le Congrès si ceux-ci n'étaient pas compatibles avec son interprétation de la Constitution.» Un apprenti autocrate ferait bien d'en prendre de la graine: pour prendre les rênes du pays, ne pas respecter la séparation des pouvoirs est un bon point de départ.

    Etape numéro 3 : Profiter de la faiblesse de l'Amérique pour prendre le pouvoir.
    Les Nazis sont arrivés au pouvoir dans une Allemagne brisée par la défaite de 1918 et par la faiblesse économique de la République de Weimar. Le déclin de la Russie après la fin de l'URSS a aidé Vladimir Poutine à mettre en place un gouvernement qui se révèle être de moins en moins démocratique. L'humiliation géopolitique va souvent de pair avec la turpitude morale. Dans «The Moral Consequences of Economic Growth», Benjamin M. Friedman soutient que dans la plupart des cas, la croissance « donne plus d'opportunités, encourage la tolérance de la diversité (...) et le dévouement envers la démocratie. » Dans le cas inverse, « quand le niveau de vie stagne ou baisse, la plupart des sociétés perdent peu à peu ces idéaux de vue ; et trop souvent, elles font même machine arrière. »
    Les crises économiques ne mènent certes pas toutes au totalitarisme ; l'Amérique de la Grande Dépression en est une preuve. Mais si notre pays venait à perdre une bonne partie de sa richesse et de son pouvoir, la démocratie serait clairement en danger. Depuis la seconde Guerre Mondiale, l'Amérique moderne est le caïd incontesté du globe; si nous venions à figurer en deuxième (ou en troisième, ou en dix-huitième) position sur la liste des grandes puissances, le choc serait des plus rudes.
    Comment l'Amérique réagirait face à un monde qui ne parle plus l'anglais,  dans lequel le dollar ne vaut plus rien, un monde où la seule façon de gagner correctement sa vie est d'aller nettoyer les piscines en Chine ? Nous pourrions nous réjouir, et accepter de partager le sommet de la pyramide avec le reste de la planète. Ou nous pourrions prétendre que le reste du monde est responsable de ce revers de fortune ; devenir un tas de fainéants aigris, épuisés et sans le sou. Un démagogue ne pourrait rêver mieux ; il se contenterait d'alimenter la xénophobie ambiante à grand renfort de slogans vides : « Vous dormez dehors ? Vous ne mangez que de la bouillie ? C'est de la faute de ces foutus Chinois ! »

    Etape numéro 4 : Renforcer l'armée et la police secrète.
    La Russie, comme toutes les fausses démocraties, fait grand cas de ses élections faussement démocratiques. En 2008, Vladimir Poutine a cédé sa place de président (de dictateur, si vous préférez) pour devenir premier ministre  (en d'autres termes, «dictateur à vie»). Un think tank contrôlé par le parti au pouvoir («Russie Unie») a récemment déclaré qu'un règne ininterrompu de Poutine serait extrêmement bénéfique pour le pays. «En ces temps de guerre et de crise, dit le rapport du think tank, un système politique efficace acquiert du charisme, et il devient inévitablement plus autoritaire. Un bateau dans la tempête requiert un capitaine».
    Si les Etats-Unis sombraient dans l'autoritarisme, ils ne ressembleraient pas à la Russie de Poutine. Notre ancien ennemi de la Guerre Froide n'est jamais vraiment passé à la démocratie après l'ère soviétique; en somme, la Russie ne fait que revenir à la forme de gouvernance en vigueur à l'époque des tzars. Mais nous sommes susceptibles d'imiter la Russie sur d'autres points. L'armée surpuissante et la police secrète, par exemple, sont des caractéristiques que nous pourrions acquérir avec le temps...
    Est-il bien raisonnable de se soucier du militarisme rampant, à peine quelques semaines après la décision du Sénat de mettre un terme à la production de l'avion de chasse F-22? Une décision qui marque, selon Fred Kaplan (journaliste à Slate), le début d'une « nouvelle ère [potentielle], celle de la diminution de l'influence que peuvent avoir les industriels de la défense sur les budgets et sur les politiques publiques.»
    Reste qu'en 2001, nous avons constaté que l'Amérique était capable d'adopter une posture des plus militaires. Si les Etats-Unis font un jour face à une menace capable de réduire le pays en cendres, je parie que nous n'opterons pas pour la solution pacifique. Notre dictateur simplifiera grandement les rapports entre l'armée et le pouvoir exécutif: il contrôlera les deux. Pourquoi obéir à un général qui obéit au président, quand un seul homme peut s'occuper de tout?
    En plus de multiplier le nombre des militaires, le Poutine américain devra parsemer le pays de caméras (il est plus facile que jamais d'utiliser la technologie pour couper court à toute opposition) et d'agents secrets. Comme l'a dit un courageux membre de l'opposition russe à la BBC en 2006, «Notre pays est dirigé par des individus qui s'avèrent être d'anciens espions; le problème, c'est que la plupart des gens s'en moquent.»

    Etape numéro 5 : Ecraser un peuple obéissant.
    C'est là l'ingrédient final : pour qu'un régime totalitaire se mette en place chez nous, il faudrait que les gens s'en moquent. Au final, notre amour proverbial de la liberté se mesurera à notre désir de rester coûte que coûte la première puissance mondiale. La hantise de voir l'Amérique d'aujourd'hui disparaître pourrait amener les Américains à commettre l'impensable. Diaboliser l'ennemi sans essayer de le comprendre ; hocher la tête alors que le président suspend les élections pour raisons de sécurité nationale. Nous pourrions sacrifier nos libertés civiques pour nous préserver du danger.
    En voulant sauver notre pays à tout prix, nous ne ferions que précipiter sa chute.
    Josh Levin
    Traduit par Jean-Clément Nau
    Image de Une: Le Big Brother du film 1984 réalisé par Michael Radford en 1984 et inspiré du livre de George Orwell
     

     




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    Quatrième volet de la série. La disparition pour des raisons sociales, politiques ou économiques d'un intérêt national fédérateur conduirait les Etats-Unis d'Amérique à se fragmenter.
    Lire l'article


    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le quatrième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis, d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues et d'un troisième intitulé Le cauchemar climatique.

    Lorsque l'Amérique que nous connaissons disparaîtra, notre gouvernement ne pourra évoluer que de deux façons. Première possibilité: le système fédéral pourrait laisser place à un gouvernement central tout-puissant. (Voir l'article sur Le cauchemar climatique). Seconde option: la décentralisation. En l'absence d'un intérêt national fédérateur, les Etats-Unis d'Amérique pourraient se fragmenter; ils seraient alors supplantés par une gouvernance régionale.

    L'Amérique a été pensée pour éviter ces deux extrêmes, pour maintenir un équilibre constant entre les Etats et le gouvernement national. Si les Etats-Unis rompent cet équilibre des pouvoirs prévu par la Constitution, ils disparaîtront. Nous nous intéresserons bientôt au scénario totalitaire; aujourd'hui, penchons-nous sur une éventuelle désintégration de l'Amérique.

    Ceux qui prédisent la fin de l'Amérique en disent généralement plus sur eux-mêmes que sur l'état du pays. Igor Panarin, le politologue russe qui assure que les Etats-Unis se fragmenteront en 2010, fait clairement le parallèle entre l'Amérique et le destin de l'Union soviétique. De la même manière, quand Rick Perry, le gouverneur du Texas, s'est improvisé défenseur du séparatisme lors d'un «tax-day rally» [manifestation anti-impôts] en avril dernier, il ne prédisait pas la chute de l'Amérique; il se contentait de caresser la foule (qui hurlait «sécession!») dans le sens du poil. «Si Washington continue de narguer le peuple américain, a déclaré Perry, vous savez, vous savez ce qui risque d'arriver!»

    Eric Zuelow, professeur d'histoire à l'Université de Nouvelle-Angleterre et responsable du «Projet Nationalisme» (The Nationalism Project), affirme que les «fortes têtes» comme Perry renforcent l'unité de la nation. Le simple fait que nous débattions de la légitimité de notre pays est un signe de bonne santé nationale. Selon Zuelow, il faudra plus qu'un démagogue équipé d'un porte-voix pour mettre l'Amérique en morceaux. Pour que les Etats-Unis disparaissent, il faudrait d'abord que les Américains cessent de se considérer comme des Américains.

    L'unité des Etats semble aujourd'hui aller de soi, mais la chose n'a pas toujours été évidente. Dans «An Empire Wilderness», Robert D. Kaplan explique que James Madison, l'un des auteurs du Fédéraliste [«the Federalist Papers», compilation d'articles écrits par trois pères fondateurs et ayant l'Etat fédéral pour thème], voyait l'Amérique de demain comme «un immense espace géographique, doté d'une gouvernance mais sans patriotisme; le gouvernement fédéral n'y serait qu'un simple administrateur, un arbitre des conflits d'intérêts».

    Il existe des différences régionales et idéologiques dans les Etats-Unis d'aujourd'hui: la cuisine du Sud profond ne ressemble pas à celle du Nord-Ouest, l'accent diffère, les valeurs et les modes de vie ne sont pas toujours les mêmes. Mais il est impossible de comparer les Etats-Unis à l'Union soviétique. L'URSS était une nation construite de toutes pièces; la diversité régionale y était immense. Les Etats-Unis sont liés par des origines communes, par un langage et une culture unique, et par une sorte de religion civique (foi en l'exception américaine, mythe du self-made man, de la mobilité sociale).Quand une menace survient, l'Amérique se rassemble. Selon Zuelow, après le 11 septembre 2001, « partout en Amérique, la réaction des gens a été la même: «on a été attaqué»... pas «ici, on mange du gruau» ou «ici, on mange du saumon»».

    Quels sont les types de pays les plus susceptibles de se fragmenter? Selon Jason Sorens, politologue à l'Université de Buffalo et spécialiste des mouvements séparatistes, l'ethnie, l'économie et l'idéologie entrent toutes trois en ligne de compte. Une région habitée par une minorité, ayant connu l'indépendance et possédant une langue propre est généralement plus séduite que les autres par le concept de sécession. Exemples: la Lettonie et la Lituanie, les Serbes de Bosnie et les Québécois du Canada. Pas étonnant, donc, qu'il n'y ait pas de grands mouvements séparatistes aux Etats-Unis: le pays est trop prospère et trop uni. (Le projet personnel de Soren, l'«Etat Libre», qui veut que tous les libertaires se rassemblent au New Hampshire pour influencer la politique locale, n'est «pas un mouvement sécessionniste, dit-il, bien qu'un bon nombre de personnes [impliquées dans le projet] seraient prêtes à adopter cette solution, en dernier recours.»

    Pour autant, tous les Américains ne sont pas satisfaits de l'état de l'Union. Comme l'indique la «liste des propositions de sécession faites par les Etats américains» de Wikipedia, le pays ne manque pas de groupes séparatistes. Mais le sécessionnisme américain est moins un mouvement populiste qu'un ensemble hétéroclite d'idéalistes solitaires et bougons. Thomas Naylor, le théoricien de la «Second Vermont Republic», un groupe qui se dit être «l'une des organisations sécessionnistes les plus actives du pays», déplore le fait que son mouvement soit mis dans le même sac que d'autres groupes moins sérieux. Naylor mentionne un groupe d'habitants de Long Island, fondateurs d'un «nouveau pays», qui se sont choisi un animal national (le marlin bleu de l'Atlantique) et un crustacé national (le crabe bleu). Dans le même genre, la «Ligue du Sud» n'a pas fini de donner des ulcères à Naylor. Ces nostalgiques du Sud pré-guerre de Sécession entonnent «Dixie» [hymne des Etats confédérés] à chaque meeting, et, aussi étrange que cela puisse paraître, veulent que l'orthographe américaine redevienne ce qu'elle était du temps du Sud traditionnel. A choisir, Naylor préfère de loin le «Mouvement Nationaliste Texan». Cette organisation indépendantiste ne semble être ni raciste, ni homophobe, ni violente; enfin, pour ce qui est de la violence, Naylor précise «qu'on ne peut être sûr de rien».

    Naylor parle d'une voix calme et posée, ce qui est assez étonnant pour quelqu'un qui qualifie régulièrement l'Amérique «d'empire maléfique». Il a 73 ans et fait un bon mètre quatre-vingt douze; ses cheveux blancs mi-longs lui donnent des airs de père fondateur. Il était professeur d'économie à l'Université de Duke; il a décidé de s'établir dans le Vermont en 1993, après avoir regardé un épisode d'«Oprah» ayant pour thème «simplifiez votre vie!» (l'un des invités était parti pour le Vermont afin d'un ouvrir une auberge de campagne).

    Dans «Secession : How Vermont and All the Other States Can Save Themselves From The Empire» [Sécession : Comment le Vermont et tous les autres Etats peuvent échapper aux griffes de l'empire], Naylor écrit que la civilisation américaine «encourage le consumérisme, la technomanie, l'e-manie, la mégalomanie, la robotisation, la mondialisation et l'impérialisme». La «Seconde République du Vermont» veut dissoudre l'union sans violence, et souhaite que le Vermont regagne l'indépendance qu'il avait (brièvement) acquise à la fin du 18ème Siècle. Selon Naylor, la création d'un Vermont libre ou d'une «Novacadia» (une union sécessionniste composée du Maine, du New Hampshire et des quatre provinces canadiennes de l'Atlantique) indépendante serait chargée d'une telle force symbolique que des régions entières seraient bientôt tentées par le séparatisme. Quant aux célèbres glaciers Ben and Jerry's, «leur secteur d'activité, ce n'est pas la crème glacée, dit-il ; leur secteur, c'est le Vermont. Idem pour nous: notre secteur d'activité, c'est le Vermont.»

    Je déjeune à la terrasse d'un café de Waitsfield (Vermont) avec Naylor et Rob Williams, le rédacteur en chef du journal Vermont Commons, qui soutient la cause indépendantiste. Selon Williams, faire sécession est une habitude «typiquement américaine, autant que la tarte aux pommes». La Déclaration d'Indépendance a séparé l'Amérique de l'Empire britannique; la Nouvelle-Angleterre a envisagé de faire sécession pendant la guerre de 1812, et le Maine s'est détaché du Massachusetts en 1820. Avant la guerre de Sécession, personne ne remettait en cause le droit de faire sécession. Aujourd'hui, comme l'admet William, le rejet du séparatisme est l'une des seules valeurs communes à la droite et à la gauche. «Abraham Lincoln nous a joué un sacré tour», dit-il.

    Naylor souhaite que le corps législatif du Vermont organise une convention d'Etat pour commencer à réfléchir à une future sécession. Peu de chances qu'une chose pareille arrive, même dans l'Etat de Bernie Sanders. Kirkpatrick Sale, le fondateur du think tank sécessionniste «Middlebury Institute» (et, à 72 ans, l'autre grand penseur du sécessionnisme américain), reconnaît que c'est «dans les profondeurs de l'administration Bush que ce mouvement sécessionniste est né et a commencé à prendre de l'envergure». Sale craignait que l'effet Obama ne nuise à sa cause, mais il est rassuré par le succès grandissant du «mouvement pour la souveraineté des Etats», plusieurs projets de lois soutenus par des législateurs d'Etat souhaitant refréner l'autorité fédérale.

    http://www.slate.fr/story/9143/la-fin-de-lamerique-une-nouvelle-guerre-de-secession

    La fin de l'Amérique: les quatre scénarios des futurologues

    Effondrement du pays, rupture à l'amiable entre Etats, gouvernance mondiale et invasion militaire.

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    mardi 11 août 2009
     

    Notre grand frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le deuxième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis.

     

    «Qu'est-ce que l'avenir nous réserve?» C'est la question qu'un bon nombre de chefs d'entreprise et d'hommes politiques posent régulièrement au groupe «Global Business Network» (GBN). Et la spécialité de GBN, c'est bien évidemment d'y répondre.

    En 2003, le président du groupe, Peter Schwartz, et son collègue Doug Randall ont concocté pour le département de la Défense un inquiétant rapport de 22 pages sur les «changements climatiques abrupts» ( Les Etats-Unis et l'Australie finiront sans doute par bâtir des forteresses défensives autour de leurs frontières»). L'an dernier, la municipalité d'Amsterdam a engagé la firme pour l'aider à résoudre le problème de l'immigration. GBN vient également en aide à Hollywood: pour «Minority Report», Steven Spielberg leur a demandé si le Congrès et la Constitution existeraient encore en 2054. (La réponse: oui, mais il y a quelques «mais».)

    GBN, qui appartient depuis 2000 à la firme de management-consulting «Monitor Group», s'est spécialisé dans le scénario de prévision. La plupart des futurologues professionnels utilisent des simulations informatiques complexes; en disposant des bonnes données, ils peuvent (par exemple) se faire une idée de ce à quoi ressemblera le Moyen-Orient en 2050. Le Global Business Network, lui, préfère... les histoires. Selon Schwartz, le philosophe en chef du groupe, la «planification de scénarios» (inventer une large gamme d'histoires, «optimistes et pessimistes, prévisibles et surprenantes») apporte de la rigueur à l'art forcément imprécis de la prévision. «Il est indispensable de stimuler l'imagination des gens, de les amener aux frontières du crédible, pour pouvoir balayer tout le champ du possible», expliquent Schwartz et Randall dans leur livre, «Blindside». Et pour eux, raconter une bonne histoire reste la meilleure façon d'atteindre l'extrême limite de l'imagination.

    Aujourd'hui, j'ai demandé au meilleur groupe de futurologie de m'aider à définir ce qui pourrait provoquer la chute de l'Amérique. Je suis assis à une table de conférence dans les bureaux de GBN, à San Francisco, entouré de six prévisionnistes, dont les fondateurs du groupe (Schwartz, Naiper Collyns et Steward Brand).

    Notre mission: essayer d'imaginer ce qui pourrait provoquer la chute des Etats-Unis dans les cent prochaines années. C'est la directrice du département marketing et communication, Nancy Murphy, qui a suggéré la limite de temps. «Au-delà du siècle, on se rapproche trop de la science-fiction», assure-t-elle.

    Avant le meeting, je recueille quelques astuces dans le texte fondateur de Schwarz sur la planification de scénario, «The Art of the Long View». Il conseille aux futurologues en herbe de devenir accro aux infos science et technologies, de s'ouvrir aux contre-cultures (bien qu'il admette que ses discussions avec les amateurs d'OVNI  ne lui ont «pas permis d'apprendre grand-chose sur le futur»), et d'analyser les évolutions de la société qui peuvent se manifester à travers tout phénomène culturel naissant: le gangsta rap, «Vidéo Gag»... (Excusez-le : il a écrit ce livre il y a 20 ans.) En résumé, si vous voulez savoir de quoi demain sera fait, mettez-vous à la recherche de personnes extraordinaires et ouvrez votre esprit aux théories farfelues.

    Le livre de Schwartz m'a également appris qu'un futurologue raisonnable prend toujours la précaution d'avertir son interlocuteur: «Ceci n'est pas une prédiction». Le prévisionniste n'est pas un prophète. Pour autant, Schwartz est souvent tombé juste. Quand il était directeur de la planification de scénario pour Royal Dutch/Shell dans les années 1980, son équipe a conseillé aux patrons de la société de garder un œil sur un politicien (alors inconnu) du nom de Gorbatchev. La théorie de Schwartz: si «Gorby» se hissait à la tête de l'Etat, l'URSS se rapprocherait sans doute de l'Ouest; une ouverture de ce type ferait chuter les cours du pétrole et du gaz naturel. Quand les cours chutèrent, les patrons de Shell (qui avaient donc anticipé cette possibilité) sautèrent sur l'occasion, et achetèrent au rabais plusieurs réserves de pétrole.

    Revenons-en à notre mission. Je suis donc dans une salle de conférence remplie de prévisionnistes; dans les heures qui vont suivre, Schwartz sera le maître de cérémonie de la fin de l'Amérique; et il ne boude pas son plaisir. Il parle plus rapidement que tout le monde, avec plus d'autorité. C'est à lui que revient la difficile tâche de trier le bon grain de l'ivraie: d'un côté, ce qui est assez déjanté pour pouvoir détruire les Etats-Unis ; de l'autre, ce qui est déjanté... tout court.

    Sa première idée: les conflits raciaux.

    En 2050, les blancs ne seront plus une majorité aux Etats-Unis et les hispaniques représenteront 29% de la population. «La plupart des actes violents sont commis par des hommes âgés de 18 à 35 ans, nous explique Schwartz. A présent, imaginez une large population d'hommes hispaniques touchés par le chômage. Ils sont mécontents, rejettent ce monde dominé par les blancs. Imaginez maintenant que ces personnes deviennent violentes, incontrôlables. Une politique identitaire se met en place; certaines personnes finissent par penser: «C'est à cause de tous ces clandestins qu'on laisse entrer dans le pays!»». Si l'on ajoute une économie en berne, une vague de sécheresse dans le sud-ouest et la «colombianisation» du Mexique, on aboutit à un mélange de «Mad Max» et d'un épisode particulièrement enragé de «Lou Dobbs Tonight» [émission de CNN connue pour ses diatribes anti-immigration].

    Et ce n'est que le début. Pendant presque trois heures, nous élaborons une série de théories. Certaines sont crédibles, d'autres frisent la science-fiction: élévation du niveau de la mer, effondrement des droits sociaux, attaque d'une puissance étrangère sur le sol américain, pandémie grippale dix fois plus meurtrière que celle de 1918, domination mondiale par une puissance spatiale utilisant la géo-ingénierie pour «désactiver» le changement climatique, émergence d'une nouvelle classe d'hommes et de femmes biologiquement améliorés («ils font tous 1 mètre 90 ; et je ne parle que des filles!», nous dit Schwartz), des êtres qui ressentent plus de loyauté envers leurs semblables qu'envers leurs pays d'origine...

    La perspective de voir les Etats-Unis terrassés par Superman et ses amis est certes amusante, mais Schwartz a une autre idée. Voici l'hypothèse qu'il juge la plus réaliste pour les cent prochaines années: «La ville de Washington sera toujours la capitale d'une nation-Etat sur ce continent.» L'Amérique ne manque pas de ressources naturelles, la densité de la population y est plutôt faible, et elle bénéficie d'un système de sécurité naturel: deux côtes, deux océans. La chute d'un pays jouissant de ces avantages inhérents dépendrait d'une série d'événements à faible probabilité. Mais qui dit faible probabilité ne dit pas probabilité zéro. Schwartz finit l'exercice en inscrivant les possibilités dans un tableau croisé à quatre cases.

    La plupart des séances de planification de scénario se résument à cela: faire tenir le monde dans quatre petites cases. Cette «matrice de scénario» va permettre de transformer toutes nos théories en histoires crédibles: quatre futurs très différents, couvrant un vaste champ de possibles.

    Comme nous l'explique Joel Garreau (journaliste et rédacteur au Washington Post, il travaille régulièrement avec GBN), la matrice de scénario est une structure qui permet de faire preuve de logique face à un sujet illogique, ce qui réduit l'inévitable dimension «mystique» de la futurologie. Exemple: à la fin de l'année 1999, un bon nombre de personnes avaient peur du fameux «bug de l'an 2000»; Garreau lui-même envisageait d'acheter un générateur électrique. Il réalisa une matrice, et découvrit que le générateur n'aurait été utile que dans un seul des quatre futurs «post-bug de l'an 2000»; il fit donc l'économie d'un générateur

    http://www.slate.fr/story/9071/la-fin-de-lamerique-les-theories-des-futurologues


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    La fin de l'Amérique: cauchemar climatique

    Troisième volet de la série sur les scénarios de la fin de l'empire américain. Sécheresses, incendies et villes englouties pourraient ruiner le pays.

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    mercredi 12 août 2009

    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. Celui-ci est le troisième article. Il a été précédé d'un premier texte introductif intitulé: Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis et d'un deuxième sur Les quatre scénarios des futurologues.

    Les prophètes de malheur des années 1950 n'avaient aucun doute quant à l'événement qui provoquerait la chute de l'Amérique; leur seule interrogation portait sur la hauteur du champignon atomique. Le changement climatique est bel et bien la guerre nucléaire du 21ème siècle. L'horloge de la fin du monde, concept inventé par le «Bulletin of the Atomic Scientists» en 1947, donne une estimation de la menace nucléaire; en 2007, les scientifiques ont commencé à intégrer la menace climatique à leurs calculs.

    Le politologue Herman Kahn était le poète de la terreur nucléaire; aujourd'hui, des scientifiques comme James Hansen et James Lovelock se chargent de décrire l'apocalypse environnementale à venir, avec force détails : sécheresse et incendies, villes englouties, morts en pagaille... Dans son dernier livre, «The Vanishing Face of Gaia», Lovelock écrit que «le réchauffement climatique pourrait mettre un terme à toute vie humaine sur terre».

    Il pourrait être dangereux de penser que la crise existentie

    lle de notre génération est aussi celle qui va nous détruire. Dans un article du Weekly Standard  intitulé «Le syndrome d'Icare», Jim Manzi fait le parallèle entre la «panique du charbon» dans la Grande-Bretagne des années 1860 et les scénarios catastrophes modernes (pic pétrolier, réchauffement climatique). En effet, la pénurie de charbon et la Guerre Froide ne sont pas venu à bout du monde moderne;  mais ce simple fait ne prouve rien quant aux dangers du changement climatique. Nous avons survécu jusqu'ici, mais quelque chose finira bien par avoir raison de notre civilisation.

    Partons du principe que nous pouvons plus enrayer le changement climatique. Le gouvernement met des mesures en place; nous changeons nos comportements; nous répandons du fer dans l'océan; rien n'y fait. Le réchauffement de la planète s'installe. Une question demeure: pourrait-il provoquer la disparition de l'Amérique?

    Il est permis de penser que le changement climatique ne peut pas tuer, à lui seul, une nation comme les Etats-Unis. La terre ne va pas surchauffer en un clin d'œil, et nous avons assez de ressources pour nous adapter à un monde plus chaud. La Commission intergouvernementale sur le changement climatique estime que la température mondiale ne devrait augmenter que de 3°C d'ici 2100, ce qui fait dire à Manzi que «sur le plan de l'économie matérielle, les Etats-Unis ne devraient pas connaitre de coûts nets [imputables au réchauffement climatique anthropogénique] d'ici à la fin de ce siècle.»

    L'autre extrême: un cataclysme météorologique foudroyant. Peter Schwartz et Doug Randal, auteurs d'un rapport sur le «changement climatique brutal» pour le département de la Défense, soutiennent que le chaos climatique ne se manifestera pas de façon linéaire; que «les signes avant-coureurs de la catastrophe environnementale seront visibles dans quelques dizaines d'années, pas dans quelques siècles.»

    Même si les calculs de Manzi sont corrects (la température grimpe petit à petit, nous nous y adaptons), le changement climatique est tout de même en mesure de liquéfier l'Amérique. Nous avons simplement un sursis d'au moins 90 ans. Même dans le meilleur des cas, le réchauffement de la planète pourrait empirer avec le temps; il pourrait également exacerber d'autres facteurs pouvant bien, eux, tuer l'Amérique. En jargon militaire, on appelle cela un «multiplicateur de risque»: il augmentera la demande d'énergie, intensifiera les pénuries d'eau, et mettra les relations internationales sous tension. Dans un rapport de la «CNA Corporation» sur le changement climatique et la sécurité nationale rédigé en 2007, l'amiral à la retraite Joseph Lopez assure que le réchauffement climatique créera « plus de pauvreté, plus d'immigration forcée, plus de chômage. Les extrémistes et les terroristes ne pourraient pas rêver mieux.»

    En bref, les hommes seront plus pauvres, plus assoiffés et plus désespérés. Ce n'est pas qu'un avis éclairé : il est déjà arrivé que des civilisations s'effondrent à cause d'un changement de température ou de précipitations. Dans «The Great Warmin : Climate Change and the Rise and Fall of Civilizations», Brian Fagan revient sur la disparition de la civilisation des indiens Pueblos à Chaco Canyon (Nouveau-Mexique actuel) pendant la période de l'optimum climatique médiéval (à peu près du IVème au XIVème siècle). Des sécheresses massives forcèrent les familles à partir à la recherche d'une terre plus accueillante; au final, il ne resta plus personne.

    L'effet du «Dust Bowl» [série de tempêtes de poussière ayant frappé la région des grandes plaines dans les années 30] rappelle le phénomène de Chaco Canyon. Les «okies» [fermiers venus de l'Oklahoma] commencèrent à migrer lentement; les mouvements migratoires (du Sud et des grandes plaines vers la côte Ouest) s'intensifièrent quand les sécheresses se firent plus sévères et que l'économie nationale continua de s'effondrer. Selon Robert McLeman, un géographe de l'Université d'Ottawa qui étudie les migrations liées au climat, les personnes les plus riches restèrent sur place, refusant d'abandonner leurs terres. Les pauvres ne pouvaient pas se permettre de partir; ils formèrent des communautés improvisées non loin de leurs villes d'origines (la version «Grande Dépression» des camps de réfugiés). La classe moyenne ouvrière fut la plus mobile; en particulier les personnes ayant de la famille en Californie.

    Les «migrants climatiques» de la Grande Dépression ne furent pas accueillis à bras ouverts. En 1936, le département de police de Los Angeles mis en place un «blocus anti-clochards», contraignant les nouveaux arrivants «visiblement sans ressources» à repartir d'où ils étaient venus. La police prétendait alors que 60% des voyageurs avaient un casier judiciaire; plus tard, des recherches menées par la LAPD ont révélé que «le plus souvent, les «okies» étaient des agriculteurs, travailleurs, très pieux, accompagnés de leurs familles». Le blocus prit fin deux mois après sa mise en place: en plus d'être totalement illégal, il nuisait à la réputation de Los Angeles (John Langan, un réalisateur d'Hollywood, menaça de trainer la ville en justice après avoir été arrêté à la frontière de la ville; ses vêtements étaient sales.)  

    L'Amérique pourrait fait une croix sur ses idéaux et décider de fermer ses portes au reste du monde; mais même dans ce cas, le pays devra se contracter. Les grandes plaines pourraient devenir une réplique du désert du Sahara. Des villes comme la Nouvelle-Orléans et Miami (et peut-être même New-York et Boston) pourraient être abandonnées si des tempêtes récurrentes et une hausse du niveau de la mer rendaient leur sauvetage trop coûteux. (De récentes simulations climatiques laissent penser que la côte Est verra le niveau de la mer monter plus vite et plus haut que dans n'importe quel autre centre de population dans le monde).

    Manque de chance, la plupart des régions en expansion sont aussi les points de convergence potentiels de l'Armageddon climatique. Phoenix, Los Angeles et le reste de l'Ouest devront faire avec la sécheresse, la chaleur extrême, et la pénurie d'eau; la Floride et Houston subiront les attaques de super-tempêtes. Et il y a pire: la population américaine devrait doubler d'ici 2100, et la plupart des petits nouveaux verront le jour en Arizona, en Californie et en Floride...

    Tous ces gens (une nouvelle génération d'okies) devront trouver un endroit où aller. Les Américains ont souvent prouvé qu'ils étaient capables de bouger: la Grande Migration des Afro-américains, du Sud rural jusqu'au Nord industrialisé; les mouvements de population entre la Rust Belt [ceinture de la rouille industrielle, au Nord-Est] et la Sun Belt [ceinture du soleil, au Sud]; les départs massifs de citadins vers les banlieues...

    Reste qu'une migration motivée par le changement climatique serait d'un autre ordre. La colonisation progressive de l'Ouest sauvage a fait de l'Amérique ce qu'elle est aujourd'hui; quitter l'Ouest reviendrait à défaire l'un des mythes fondateurs de notre pays. De plus en plus de personnes dans un espace de plus en plus réduit: dans ce contexte, les ressources rares se raréfieront encore plus. Ceux qui décideront de vivre à la dure dans l'arrière-pays inhospitalier pourraient devenir une nouvelle génération de pionniers, de héros et d'innovateurs, faisant tout leur possible pour rendre ces territoires à nouveau habitables. Mais ces «localistes  acharnés pourraient aussi s'appauvrir et s'éloigner de l'Amérique ; devenir des survivalistes, des guérilleros prêts à se battre ou à quémander pour survivre.

    Il est possible d'imaginer que le gouvernement de l'Amérique surchauffée ploie sous le poids d'un tel désastre. Les habitants des zones préservées pourraient refuser de payer pour la reconstruction de zones entières, ce qui pourrait morceler le pays. Les régions liées par des intérêts et des problèmes communs (les régions côtières auraient besoin de barrages anti-inondation; le Sud-Ouest et les grandes plaines feraient face à la même sécheresse) pourraient mettre leurs ressources en commun et former des gouvernements locaux. Les endroits les plus touchés par les affres du changement climatiques pourraient offrir des primes de risque et autres avantages aux nouveaux-venus pour les faire rester, élargissant ainsi leur base d'imposition. Quant aux quelques oasis, elles pourraient ériger des murs pour repousser les masses de voyageurs assoiffés...

    Où pourraient se trouver ces oasis? J'ai posé cette question à Robert Shibley, professeur d'architecture et d'urbanisme à l'Université de Buffalo. Selon lui, il serait «aberrant» de continuer à vivre dans les zones à risque. Son idée: les rives du Lac Erié.

    Il y a cent ans, Buffalo était la huitième ville d'Amérique. Quand le Canal de l'Erié a été ouvert, en 1825, la ville était parfaitement positionnée pour devenir un grand centre de transbordement et d'industrie. Shibley est le co-auteur du plan local d'urbanisme de Buffalo. Il me fait visiter la ville dans sa Toyota Prius; me montre du doigt les points de repère de cette époque révolue. «Ici, vous nous voyez à notre apogée», me dit-il alors que nous entrons sur Lincoln Parkway, une grande rue bordée d'arbres débouchant sur un parc conçu par Frederick Law Olmstead.

    En 1982, quand Shibley est arrivé à Buffalo, la ville était un exemple typique de détérioration urbaine. C'est justement ce qui avait motivé son choix: la ville «souffrait de tous les problèmes que je voulais étudier, en ma qualité d'urbaniste». Buffalo est aujourd'hui la troisième grande ville la plus pauvre des Etats-Unis, derrière Détroit et Cleveland. La ville comptait 580.000 habitants en 1950; selon les estimations, ils ne sont plus que 275.000 aujourd'hui. Dans les quartiers populaires, anciens lieux d'habitation des «grain scoopers» [personnes chargées de décharger le grain des bateaux] et des ouvriers sidérurgistes, les maisons style Queen Anne sont vides; quand l'industrie a quitté la ville, les habitants lui ont emboîté le pas.

    Buffalo, Detroit et Cleveland sont l'équivalent moderne des villes fantômes du Far West. Ce ne sont plus que des coquilles vides, des reliques de l'âge industriel: les mineurs sont venus, les ressources se sont envolées, tout le monde est reparti. Mais quand le pays surchauffera, nous nous souviendrons que ces villes n'ont pas été construites autour des Grands Lacs par hasard. Les cinq Grands Lacs contiennent 21% de l'eau douce de surface de la planète; une telle réserve de H2O pourrait s'avérer providentielle. Shibley fait remarque que Buffalo a d'autres caractéristiques intéressantes: «il y a des terres agricoles autour de notre périmètre; les chutes [du Niagara] génère de l'énergie, et notre infrastructure industrielle est exceptionnelle (la route, le chemin de fer...) ». Et comme si tous ces avantages ne suffisaient pas, il y a un paquet de superbes maisons à vendre sur les rives du lac. Nous passons devant un charmant lotissement; Shibley le pointe du doigt et s'exclame: «Venez chez nous!  Nous avons tout ce qu'il faut!»



    http://www.slate.fr/story/9103/le-rechauffement-climatique-pourrait-bien-causer-notre-perte


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    Le thème porteur de la disparition des Etats-Unis

    Rome s'est effondrée, les Aztèques ont été vaincus, l'Empire britannique s'est évanoui, et l'Union soviétique a implosé. L'Amérique disparaîtra. Oui, mais comment?

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    mardi 11 août 2009


    Notre grand-frère, Slate.com, a lancé une série d'été sur les multiples scénarios vraisemblables ou non, plausibles ou totalement improbables, sérieux et moins sérieux qui pourraient mener à la disparition des Etats-Unis et de l'empire américain. Nous publierons traduits l'ensemble des articles de la série. A commencer par ce premier texte introductif et immédiatement le suivant et les premiers scénarios intitulé: Les théories des futurologues.

    Il y a quatre ans, Katrina a submergé ma ville natale. Cet ouragan m'a brisé le cœur; il m'a traumatisé. Il y avait presque 2 000 morts à la Nouvelle-Orléans et dans la région. L'absence de réaction du gouvernement avait été presque totale; quant au président de la Chambre des Représentants de l'époque, Dennis Hastert, il s'était prononcé contre le projet de reconstruire en dessous du niveau de la mer. En bref, l'avenir semblait bien sombre; la cité pouvait périr d'un jour à l'autre. Bien vivante aujourd'hui, noyée demain.

    Quatre ans plus tard, la Nouvelle-Orléans souffre toujours. La ville ne bénéficie toujours pas d'un plan de reconstruction complet; des quartiers entiers sont encore à l'abandon. Mais si la «ville croissant» n'est pas au mieux de sa forme, elle n'est pas morte pour autant. Reconstruire après une catastrophe est un reflexe bien humain, et la relative prospérité des Etats-Unis nous permet de tenir bon. Une ville américaine ne se laisse pas tuer aussi facilement.

    L'ouragan Katrina a prouvé que l'Amérique était résistante; il n'a pas prouvé qu'elle était éternelle. Après avoir vu la ville où j'ai grandi échapper de peu à l'anéantissement total, je ne peux pas m'empêcher de me demander quelle suite d'événements pourrait rayer la Nouvelle-Orléans et le reste des Etats-Unis de la carte du monde. Si l'histoire des civilisations nous a appris une chose, c'est bien qu'au final, seule l'entropie triomphe: Rome a disparu, les Aztèques ont été conquis, l'Empire britannique s'est évanoui, et l'Union soviétique a fini par imploser. L'Amérique est peut-être exceptionnelle, mais elle n'est pas surnaturelle. Notre noble tentative est destinée à prendre fin; comme toutes les autres.

    Les pessimistes ont peut-être raison de penser que le pays pourrait s'effondrer dès demain. L'armée américaine manque de personnel, elle est trop dispersée; le réchauffement climatique pourrait bientôt transformer les villes côtières en répliques de l'Atlantide; notre économie dépend presque entièrement des prêts que nous concède la Chine. General Motors (qui fut l'indomptable symbole de l'ingéniosité et de la puissance de l'Amérique) a déposé le bilan, et Glenn Beck, la star montante de Fox News, fait le plein d'audience en annonçant l'arrivée imminente de l'apocalypse, dans la plus pure tradition américaine. Le politicologue russe Igor Panarin prédit quant à lui que les Etats-Unis se scinderont en quatre Etats indépendants d'ici à... 2010.

    Bien entendu, Panarin est complètement fou: s'il veut vraiment me faire croire que l'Amérique va se désagréger dans les douze mois qui viennent, il devrait s'abstenir de suggérer que la Caroline du Sud et le Massachusetts feront partie de la même république séparatiste... Le scénario de Panarin n'est pas crédible, mais il reflète une habitude bien américaine. Dans «Is America Breaking Apart?» [«L'Amérique va-t-elle disparaître?»] (1999), John A. Hall et Charles Lindholm écrivent que «les Américains aiment se sentir menacés par la fragilité de leur société, en dépit de son évidente stabilité et de sa puissance». C'est peut-être pourquoi la fin de l'Amérique demeure le thème indémodable de tant de films et de séries télévisées.

    Les best-sellers n'échappent pas à cette tentation fataliste. Hall et Lindholm, dans un élan d'autodérision, notent que la désintégration de l'Amérique «fait vendre; sinon, nous aurions intitulé notre livre «Why America Isn't Breaking Apart» [«Pourquoi l'Amérique ne va pas disparaître»]!». En 2007, dans son «Are We Rome?» [«Sommes-nous Rome?»], Collen Murphy se demandait si nous pouvions échapper au destin de nos lointains ancêtres, les romains. Dans «Effondrement» (2005) Jared Diamond explique que si les civilisations disparaissent, c'est parce qu'elles détruisent leur environnement: référence transparente à l'Amérique d'aujourd'hui.

    Le reste du monde n'est guère plus optimiste. Fareed Zakaria estime que nous sommes sur le point de basculer dans «Le monde post-américain», tandis que Paul Starobin affirme, dans «After America», qu'en «nous permettant de comprendre que le modèle américain du laissez-faire économique était mort, la crise économique mondiale nous mène plus rapidement que prévu vers une nouvelle étape de notre histoire».

    Peut-être les amateurs de littérature sont-ils un peu trop enclins à penser que l'Amérique est aux portes de la mort. D'un autre côté, affirmer que l'Amérique est trop forte pour disparaitre serait faire preuve d'hybris. Dans les jours qui viennent, je vais donc m'interroger: quel évènement pourrait mettre la bannière étoilée définitivement en berne? Qui pourrait tuer l'Amérique?

    Je ne cherche pas à savoir comment l'Amérique pourrait perdre sa prééminence mondiale; je laisse la géopolitique à Zakaria et à Tom Friedman. Ma question est un plus farfelue: je veux savoir ce qui pourrait provoquer la disparition totale de l'Amérique (ou, au moins, ce qui pourrait la changer au point de la rendre méconnaissable aux yeux d'un Américain d'aujourd'hui). Il est possible que la fin de l'Amérique soit une bonne chose pour les Américains: peut-être qu'un jour, les Etats-Unis et les autres nations ne formeront plus qu'une seule communauté globale vivant dans la paix et la prospérité. (Probabilité d'un tel scénario: en gros, 0%). Il est également possible que le pays disparaisse en même temps que nous: si les Etats-Unis sont anéantis par une attaque nucléaire, par exemple, un bon nombre d'Américains ne seront plus là pour voir le prochain stade de la civilisation nord-américaine.

    Avant de commencer l'expérience, j'aimerais  faire un point rapide sur les choses qui ne pourront pas causer notre perte. Première théorie à écarter: la crise. Quelle que soit la durée de cette récession, les Etats-Unis d'Amérique ne seront pas rayés de la carte par un effondrement de l'économie à court terme. (L'Islande n'a pas implosé; nous avons donc de bonnes chances de nous en tirer).

    Second cas de figure bien improbable: l'effet Bush. L'administration Bush n'a pas infligé de dommages irréparables au pays; suggérer le contraire est absurde. Le fait que George W. Bush (qui nous a menti pour nous amener à faire la guerre, n'a pas pu enrayer la crise financière et a de fait durablement sali notre réputation internationale) ait été remplacé par un opposant à sa politique est en soit révélateur. Si Bush est bien (comme certains l'affirment) le pire président qu'aient connu les Etats-Unis, le simple fait que nous ayons survécu à son règne prouve que l'Amérique est solide.

    Alors, comment l'Amérique va-t-elle disparaître ?

    Voilà le programme : tout d'abord, je vais demander à quelques futurologues leur avis sur la question. Ensuite, j'examinerai plus précisément trois scénarios. Le réchauffement climatique, tout d'abord. Imaginez: la région des Grandes Plaines n'est plus qu'un vaste désert, et la ville de Buffalo (A l'extrême nord de l'Etat de New York) est devenue la villégiature la plus prisée du pays! Deux cas de figures, ensuite: la sécession et le totalitarisme. Dans le premier, l'Amérique se scinde en plusieurs Etats indépendants; dans le second, un régime autocratique met un terme à la démocratie et au système fédéral.

    Enfin, nous nous intéresserons à ce qui pourrait rester des Etats-Unis si le pays lui-même cessait soudain d'exister. (Même dans ce cas extrême, je pense que les Mormons resteront dans le coin.)

    Josh Levin

    Traduit par Jean-Clément Nau

    Image de Une: La statue de la liberté à New York  Reuters

    http://www.slate.fr/story/9069/le-theme-de-la-disparition-des-etats-unis



    Lire aussi : http://www.slate.fr/story/8959/la-liste-des-projets-militaires-insenses

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Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
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