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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 11:21

Fichier:Karl Marx 001.jpg
Marx en 1875, wikipedia
Extraits du Livre de Jean Baumgarten :

L'ultime crise du capitalisme ?

 

 

 

 

Plan  :

 

Introduction

 

1 La crise la plus grave du capitalisme

 

2  Nos experts économiques et la crise

 

3  1929 : la grande dépression

 

4 Retour à Marx sur le capitalisme et la crise

 

5 La crise vue par divers penseurs marxistes

 

6 Quelles réponses apporter ?

 

Conclusion

 

 

 

Introduction 

 

 

Les lecteurs de ce petit livre doivent comprendre ce que signifie son titre : s'il s'agit vraiment de la crise la plus grave que le système capitaliste ait jamais connue, cela veut dire qu'il faudra des remèdes de choc pour redresser la situation. Mais au fait que signifie "redresser la situation"? Renvoyer à un "capitalisme normal"? Pourquoi "normal"? En quoi peut on parler d'un capitalisme "normal" ou "anormal" ?

On se rend compte ici de l'impasse dans laquelle nous sommes tombés... En réalité ne s'agit-il pas d'un capitalisme "moral" ? Moraliser le capitalisme ... Mais avez vous déjà entendu parler d'un capitalisme "moral" ? Pensez-vous que la morale ait quelque chose à voir avec le capitalisme, système organisé et  conçu pour la recherche du profit maximum ?

Lorsque le capitalisme s'est constitué à la fin du XVème on peut dire qu'il n'avait absolument rien de "moral" ... Pensons à ce que fut l’Europe de 1510, cent ans après,  à la guerre de trente ans, aux tortures terribles pratiquées  par la coalition bourgeoise – féodale   contre les ancêtres du prolétariat, et au déclin de la population que cela entraîna.(1) Pensons aux Vénitiens qui à l'aide de leur flotte parcouraient le monde et soudoyaient beaucoup de peuples pour leur extorquer les biens qui les intéressaient . Pensons  aux espagnols de Charles Quint qui en Amérique pratiquaient un esclavage abominable et enrichissaient ainsi leur terre ancestrale, et s'enrichissaient eux-mêmes.(2) Pensons aussi à l'ignominie des pirates, des corsaires au XVIIème et XVIIIème ... Pensons à la technique adoptée par   Law pour extorquer l'argent des petits bourgeois et nobles londoniens et français, aux guerres de rapine des XVIIIème et XIXème. On pourrait aussi tout simplement penser au rôle des banquiers de l'Europe du Nord et de Venise au XVème et XVIème. (on pourrait  également songer à cette pièce extraordinaire de Shakespeare "le marchand de Venise" .)(3)


Plus près de nous, notons le  rôle que représentèrent les guerres du XXème, en commençant par la guerre de 1914 qui survint juste après le déclenchement de la crise de 1913  et qui fit 10000000 de morts et 60000000 de  blessés. La deuxième guerre mondiale fut encore plus prédatrice :   le bilan global fait état de plus de soixante millions de morts et de dizaines de millions de victimes civiles. (4)  " Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" avait écrit  Jaurès. Cette phrase fondamentale, toujours valable aujourd’hui avec les guerres menées par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan avec l’aide et le soutien des impérialismes encore dominants, montre à quel point l’entrelacement entre le capitalisme et la guerre est fondamental. Sans oublier le partage du monde entre colonialistes prédateurs au XIXème et  XXème .  Vous voulez encore des faits plus précis ?


Nous pourrions alors parler des méfaits du colonialisme qui dura pendant des centaines d’années, et de son grand intérêt pour le capitalisme, entre le début du XVIème et la deuxième moitié des années cinquante !(5) Poursuivons encore plus près de nous : comment s'est effectuée la conversion du régime bureaucratique russe de 1990, en régime capitaliste? Les 250000 entreprises publiques d'Union Soviétique ont été rachetées pour des bouchées de pain à la population famélique russe  par les "nomenclaturistes" ( c'est-à-dire les dirigeants d'entreprises et d'administrations   qui ne représentaient  que 1 à 2 % de la population, mais qui touchaient des salaires 100 fois plus élevés que le commun des mortels, et qui ainsi sont devenus du jour au lendemain les capitalistes rapaces que l'on sait .  Pour appréhender ce néo-capitalisme il   suffit de  se reporter à un article du Monde de l'époque (1990) d'un inconnu "professeur en économie politique" qui affirmait qu'il ne pouvait pas y avoir de capitalisme en Russie... Parce que les capitalistes n'y existaient pas.  Combien ont coûté toutes les guerres entreprises depuis 5 siècles pour coloniser et conquérir le monde ? Quel historien ou économiste sérieux pourra  nous donner des chiffres ( même approximatifs )?

Évidemment à côté de ces faits, les petits scandales du capitalisme ( l'affaire Law au 18ème , l'affaire du canal de Panama et du canal de Suez à la  fin du 19ème, l'affaire Stavisky dans les années trente,  ou bien encore l'affaire des frégates de Taïwan qui survint à la  fin du 20ème ) ne sont que de tout  petits épiphénomènes . On pourrait y rajouter l'affaire Madoff aujourd'hui, qui, tout compte fait, ne porte que sur 65 milliards de dollars, c'est à dire le produit national de Madagascar multiplié par 12, ou plus de trois fois le bouclier fiscal français.

Je vais dans les pages qui suivent essayer de démontrer avec les chiffres dont on dispose, comment la crise est survenue et comment elle a été vécue et racontée aux enfants que nous sommes par les "grands" experts économiques qui, à côté des gouvernants, sont censés nous apporter la bonne parole. J'essaierai de montrer ce que cette crise a de commun avec celle de 1929 et en quoi elle est beaucoup plus importante, plus massive, plus grave .

Pour analyser sérieusement la et les crises du capitalisme, nous reviendrons à Marx et à des économistes marxistes d’aujourd’hui : nous verrons à cette occasion que cette crise est exactement du même type que toutes les grandes crises qui ont traversé le capitalisme et que n’ayant de singulier que son ampleur, la démarche des gouvernements du G20 visant à « réguler » ce capitalisme est vouée à l’échec, mais qu'elle pèsera d'un poids considérable  sur les petites gens et le peuple de tous les pays: sauf si, en raison de son importance, on apercevait en France, en Europe, en Amérique latine et pourquoi pas ailleurs,  des gouvernements nouvellement élus qui auraient une contre-politique économique active et s’attaqueraient véritablement à la crise, au régime capitaliste qui l’a engendrée, et à l'inégalité. Ce sera donc le sens de mon dernier chapitre :  quelles réponses faut-il apporter à la lutte contre cette crise en France? ( Il est évident qu'un seul pays même de la taille de la France ne pourra à lui seul trouver toutes les solutions répondant à une telle crise systémique, mais cela peut servir d'exemple aux autres pays et apporter les réponses en termes de justice, d'égalité et de fraternité !) J’envisagerai le cas spécifique de la France et je montrerai que si on ne possède pas les réponses politiques d’abord, il sera impossible de répondre à cette crise. Je prendrai comme hypothèse   l’élection possible ( mais tout de même problématique ) en France d’un candidat d’extrême gauche à la Présidence de la République, et j’examinerai ensuite, avec un grand intérêt, les mesures qu’il prendrait ! 

 

 

 

Notes,  introduction :

 

 

(1) Dans le livre que j’ai écrit et publié à la fin de l’année 2008 : « La servitude volontaire hier et aujourd’hui » je commence par analyser à l’aide du livre de Frederic Engels « La guerre des paysans » qui se déroula entre 1523 à 1525 et qui vit survenir en Europe continentale la 1ère tentative révolutionnaire menée par les ancêtres du prolétariat, les paysans pauvres d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse occidentale et d’Alsace, de Lorraine et de Moselle : ce fut la 1ère manifestation d’ampleur qui prépara en réalité la révolution française de 1789 – 1793 ! On pourrait aussi lire le livre de Gautier Heumann sur la guerre des paysans ( éditions Sociales 1976) qui montre comment cette guerre eut des prolongements durant tout le XVIIème en  Allemagne et se traduisit par une baisse importante de la population.

 

(2) Pour avoir une idée sur cette période de fondation de l'ordre capitaliste mondial on lira :

" Immanuel Wallerstein : capitalisme et économie-monde 1450-1640 ."  Flammarion. 1er tome. 1980.

 

(3) Avec "Volpone" de Ben Johnson et "le juif de Malte" de Marlowe,  c'est une pièce qui traite notamment de " l'échange", du "goût immodéré  pour l'argent" ( caractéristiques du capitalisme) , et qui  surtout met en scène la "marchandisation" de la chair humaine !

 

(4) Sur les suites de la crise de 1929 : signalons que le parti nazi aux élections du printemps 1929 en Allemagne ne fit que 2,5 % des voix et que quatre ans plus tard, en pleine crise économique, il fit 35 % des voix et vit Hitler appelé au pouvoir par le Président Hindenburg ...

 

(5)   Le colonialisme occidental, sous d’autres formes se poursuit toujours : si on prend l’Afrique c’est d’une part la politique des différents gouvernements français qui se traduit par le soutien à des gouvernements sans aucun soutiens démocratiques ( avec notamment en France les régimes guinéens, congolais, tchadien, gabonais etc.) qui voient leurs comptes gonfler d’années en années …  On pourrait dire la même chose des comptes du gouvernement américain en Colombie et du gouvernement britannique au Nigéria …

 

 (..)

 

 

                                       4

 

Retour à Marx sur le capitalisme et la crise.

 

 

Commençons par les  "Manuscrits de 1844 " ( Flammarion ) sa grande oeuvre de jeunesse.(il avait 23 ans).  La frénésie capitaliste, (ce besoin de gagner toujours et toujours plus d'argent), est décrite ici très simplement :  d'une part existe le désir de créer de nouveaux besoins et d'autre part le besoin du  développement permanent du ... besoin d'argent :

"...Sous le régime de la propriété privée ... chacun s'applique à susciter chez autrui un besoin nouveau pour le contraindre à un nouveau sacrifice, pour le placer dans une nouvelle dépendance et le pousser à un nouveau mode de jouissance, donc de ruine économique. Chacun cherche à créer une force essentielle étrangère dominant les autres hommes pour en tirer la satisfaction de son propre besoin égoïste... Tout produit nouveau renforce encore la tromperie réciproque et le pillage mutuel ; l'homme devient de plus en plus pauvre en tant qu'homme; il a de plus en plus besoin d'argent pour s'emparer de l'être hostile, et la puissance de son argent diminue en raison inverse de l'accroissement du volume de la production. Autrement dit, son indigence augmente à mesure que croît la puissance de l'argent. Le besoin d'argent est donc le vrai et unique  besoin suscité par l'économie politique. La quantité devient de plus en plus l'unique et puissante propriété de l'argent... Sur le plan subjectif même, cela se manifeste d'une part en ceci que l'extension des produits et des besoins devient l'esclave inventif et rusé d'appétits inhumains, raffinés, contraires à la nature et imaginaires ..."

Dans ce document écrit comme un texte destiné à être amélioré, intégré dans un vaste ensemble, mais imparfait, réduit à l'état de notes, Marx avec son sens de la formule et sa profondeur, montre parfaitement en 1844 quel va être le chemin parcouru par le capitalisme : développement infini  des besoins d'un côté, et de l'autre accentuation de la misère économique et ... philosophique de l'individu !

"... Cette aliénation produit d'un côté le raffinement des besoins et des moyens de les satisfaire, de l'autre le retour à une sauvagerie bestiale, la simplicité totale, grossière et abstraite du besoin ; ou plutôt elle ne fait que se reproduire elle-même en tant que contradiction. Même le besoin de grand air cesse d'être un besoin pour l'ouvrier ... La lumière , l'air, etc. cessent d'être un besoin  pour l'homme. La crasse, cette débauche, cette putréfaction de l'homme, ce cloaque (au sens littéral) de la civilisation, l'incurie totale et contraire à la nature, la nature putride, deviennent l'élément où il vit..."

Il suffit de voir comment vivent en France 100000  personnes sans domicile fixe (combien seront-ils dans un  ou deux ans ?) et des millions de pauvres, de voir comment vivent en Afrique plus de deux cent millions de personnes  sans abri effectif  avec moins de deux dollars par jour, comment vivent aux Etats-Unis des millions de personnes chassées de leur  maison ("crise des subprimes"), au Cambodge, au Viêt-Nam, en Chine, en Inde, dans les pays de l'est, etc. etc.

Selon un rapport établi en août 2007 par Jules Dufour : "Selon les données fournies par « Abolissons la  pauvreté » non seulement  décime-t-elle toujours des populations entières, mais les organismes internationaux notent une aggravation généralisée du phénomène.  Chaque année, neuf millions de personnes meurent de faim ou de malnutrition, 1 milliard n’a pas accès à l’eau potable et plus d’un milliard de personnes vivent dans la misère extrême avec moins d’un dollar par jour. D’autres statistiques sont tout simplement intolérables. Près de 50% de la population mondiale vit avec moins de deux dollars par jour; 50 000 personnes meurent chaque jour de causes liées à la pauvreté ; l’Afrique consacre en moyenne 14$ par personne par jour au service de la dette et seulement 5$ aux soins de santé ..." ( imaginez ce qu’est aujourd’hui la situation de ces populations dens le dénuement et le nombre qu’elles seront dans un ou deux ans). Enfin selon un autre rapport (datant de mai 2008) : " Il y a près de trois milliards de femmes et d’hommes qui vivent aujourd’hui avec moins de 2 dollars par jour. Environ 8 millions d’enfants meurent chaque année à cause de la pauvreté, 150 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent des méfaits de la malnutrition, près de 100 millions d’enfants vivent dans la rue dans            des            conditions     de            dénuement            extrême. »
Selon les statistiques que donne le Brésil, l'écart entre les riches et les pauvres a été multiplié par 30 entre 1960 et 1974 et par 74 entre 1974 et 1997. Un cinquième de la population mondiale détient 86% de toutes les richesses   de  la            planète.  Le montant total de l'investissement supplémentaire qu'il faudrait consentir pour assurer à tous l'accès aux services sociaux de base - instruction, santé, nutrition, santé en matière de procréation, planification familiale, eau salubre et assainissement - est estimé à quelque 40 milliards de dollars par an. C'est moins que ce que les Européens dépensent en cigarettes et cela représente un dixième du commerce mondial de stupéfiants. C'est aussi trois fois moins que le montant des dépenses militaires des pays non-industrialisés. (Kofi Annan, Nations Unies) . Que va apporter la crise mondiale à la pauvreté? On peut prédire sans se tromper, que la crise mondiale qui est en train de s'installer dans tous les pays va apporter un surcroît de pauvreté : on peut l'estimer globalement à  2 % de hausse, par an,  sur un revenu mondial  de 40000 milliards de dollars ... Si la crise dure quelques années, cela se traduira par des révoltes sauvages et des répressions intolérables. Continuons la lecture du manuscrit de 1844 : on y trouve (p.174) une remarque capitale qui n'a jamais été sérieusement prise en compte et qui pourtant aujourd'hui à l'heure où des cris de détresse sont lancés par des hommes et des femmes conscients des problèmes nouveaux posés par l’accroissement de la population restent pratiquement sans réponse :

" Si l'économie politique affirme que la demande et l'offre se couvrent toujours l'une l'autre, elle oublie aussitôt que, d'après ses propres affirmations, l'offre en hommes (théorie de la population)  dépasse  toujours  la demande, que le résultat essentiel de toute la production - l' existence de l'homme - fait donc apparaître de la façon la plus nette  la disproportion entre la demande et l'offre."

Dans ce passage, capital pour nous qui proposons des mots d'ordre écologiques, une manière à la fois  écologique et marxiste de lutter contre la crise,  Marx à nouveau souligne que l'un des points important dans le système capitaliste est la volonté des capitalistes (les gouvernants) de favoriser le développement démographique de l'être humain sans aucune préoccupation de la satisfaction de ses besoins …(1)

Or depuis la fin de la deuxième guerre mondiale c'est ce à quoi on a assisté d'une manière vertigineuse : la population mondiale qui avait doublé en près de 150 ans, ( de 1800 à 1945 ), grâce au développement du capitalisme, a été multipliée par trois et demi en 63 ans (en 2008) ! Plus loin on assiste à une dénonciation de l'argent, de son caractère magique et de tous les ressorts psychologiques touchés par lui : ( p 194).

" (L'argent) transforme la fidélité en infidélité, l'amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maître , le maître en valet, l'idiotie en intelligence, l'intelligence en idiotie... L'argent confond et échange toutes choses , il est la confusion et la permutation  universelles de toutes choses : c'est le monde à l'envers, la confusion et la permutation de toutes les propriétés naturelles et humaines... (l'argent échange donc - du point de vue de son possesseur - toute qualité contre toute autre , ainsi que sa qualité et son objet contraires ; il est la fraternisation des impossibilités. Il force les contraires à s'embrasser ..."

Il suffit de penser à l'escroc Madoff si apprécié de ses congénères, un être absolument  merveilleux... qui a escroqué le monde de 65 milliards de dollars. Après l’étude et la lecture de Marx il est amusant aujourd’hui de voir à quel point ceux qui veulent « moraliser le capitalisme » ( pensons à un Président d’une certaine république bananière) se moquent de nous ! Enfin dans le Capital, livre III troisième section ( page 1026 de l'édition de la Pléïade édition annotée par Maximilien Rubel ) Marx analyse les différentes étapes de la crise économique :

"A mesure que le processus se développe, qui s'exprime  dans la baisse du taux de profit (2), la masse de plus-value ainsi produite s'accroît immensément. Vient alors le second acte du processus. Il faut que toute la masse des marchandises , le produit total, aussi bien que la partie qui représente le capital constant et le capital variable que celle qui représente la plus-value, se vende. Si la vente ne s'opère pas ou  bien ne s'opère que partiellement ou à des prix inférieurs aux prix de production, il y a bien eu exploitation de l'ouvrier, mais elle n'est pas réalisée comme telle par le capitaliste : elle peut même aller de pair avec l'impossibilité totale ou partielle de réaliser la plus value extorquée, voire s'accompagner de la perte totale ou partielle du capital. Les conditions de l'exploitation directe et celles de sa réalisation ne sont pas les mêmes; elles diffèrent non seulement de temps et de lieu, mais même de nature.

" Il l'est par le pouvoir de consommation qui a pour base les conditions de répartition antagoniques qui réduisent la consommation de la grande masse de la société à un minimum variable dans des limites plus ou moins étroites. Il est en outre restreint par le désir d'accumuler, la tendance à augmenter le capital et à produire de la plus value sur une échelle plus étendue....

Il faut par conséquent constamment élargir le marché, si bien  que ses interrelations et les conditions qui les règlent prennent de plus en plus la forme d'une loi naturelle indépendante des producteurs et deviennent de plus en plus incontrôlables ...

Plus les forces productives se développent plus elles entrent en conflit avec les fondements étroits sur lesquels reposent les rapports de consommation."

Nous avons ici, résumé, le fondement de l'explication sur les conditions de réalisation de chaque crise du capitalisme ! On pourra noter à ce propos un phénomène typique de baisse relative du pouvoir d'achat depuis 30 ans ( la fin des trente glorieuses et le début de l'ère Reagan et Thatcher ) : en France ( et dans tous les pays " développés" ) la part des  salaires dans le produit intérieur net a baissé d'environ  10% : ce sont les profits qui augmentent.

Il existe deux secteurs fondamentaux ( Rosa Luxembourg en avait introduit un troisième, le secteur militaire, pour analyser le fonctionnement du capitalisme en temps de guerre)(3)  :

 

1/ - Le secteur de production des moyens de consommation. ( capital variable).

2/ - Le secteur de production des moyens de production. ( Capital constant ).

 

 La crise survient  quand l’écart commence à se creuser entre ces deux secteurs ( il y a alors baisse du taux de profit car, pour une masse toujours plus grande de capital (constant) engagé, il  y a baisse absolue puis  relative des profits.) ( Page 1031) :

« tantôt successivement dans le temps. Périodiquement, le conflit des forces antagoniques éclate dans les crises. Les crises ne sont jamais que des solutions momentanées et violentes des contradictions existantes, des éruptions violentes qui rétablissent pour un moment l’équilibre troublé. » (4)

Et un peu plus loin il ajoute : (p.1032) : «  La production capitaliste tend constamment à surmonter ces limites inhérentes ; elle n'y réussit que par des moyens qui dressent à nouveau ces barrières devant elle, mais sur une échelle encore plus formidable. La véritable barrière de la production capitaliste c'est le capital lui-même ... Le capital et son expansion apparaissent comme le point de départ et le terme, comme le mobile et le but de la production ; la production est uniquement production pour le capital , au lieu que les instruments de production soient un moyen pour un épanouissement toujours plus intense du processus de la vie pour la société des producteurs ... Si le mode de production capitaliste est, par conséquent, un moyen historique de développer la puissance matérielle de la production et de créer un marché mondial approprié, il est en même temps la contradiction permanente entre cette mission historique et les conditions  correspondantes de la production sociale. »

 Le capitalisme est donc en permanence un mode de régulation de l'économie aux antipodes de la justice sociale et de la satisfaction des véritables besoins humains.  Marx nous le démontre encore ( p. 1035) :

" Tant que tout va bien , la concurrence engendre, comme l'a démontré l'égalisation du taux de profit général, la fraternité pratique de la classe capitaliste : elle se partage le butin commun proportionnellement à la mise   de chacun. Mais, dès qu'il  ne s'agit plus de partager le profit, mais la perte, chacun s'efforce de réduire sa quote part à un minimum et de la mettre au compte du voisin. La perte est inévitable pour la classe capitaliste.  Quant à la part que chaque capitaliste doit en supporter , c'est affaire de force et de ruse, et la concurrence se change alors en une lutte de frères ennemis..." Quels évènements peut on indiquer pour illustrer cette lutte à mort? Encore une fois , au risque de me répéter  je citerai l'affaire Madoff qui démontre à quel point la cupidité de ses clients banquiers, industriels, grands commerçants et simples particuliers ayant de la fortune et évidemment voulant la faire fructifier, a été énorme !(5)

Ainsi nous voyons sous nos yeux s'écrouler la grande aventure du libéralisme, de la mondialisation et de la main invisible d'Adam Smith, prônée par Friedman et Hayek de l’école de Chicago, qui s'est traduite par un vol et un viol gigantesque des populations de différents pays (Amérique latine, Russie, Pays de l'est, Afrique et Asie - Indonésie, Birmanie, Chine, Inde, Pakistan - etc.) Sans oublier les pays du Moyen orient : Arabie saoudite, Koweit, Doubaï, et bien entendu Palestine et Israël.

Avec récemment la guerre introduite en Irak et en Afghanistan.(6) Plus, bien sûr, la tentative en partie réussie en Europe occidentale et aux Etats-Unis de faire appliquer par les gouvernements les principes du "tout pour le  marché"…(7)

 

 

Notes du chapitre 4

 

(1) Dans cette phrase capitale Marx va beaucoup plus loin que simplement la satisfaction des besoins humains : on peut dire , si on la prend dans un sens écologique , qu’il faut de toute urgence arrêter la folle augmentation de l’espèce humaine en développant partout la contraception

et bien sûr le droit à l’avortement . Il faudra aussi créer les conditions ( les motivations ) pour que les populations recourent à ces droits.

 

(2)        La baisse du taux de profit : elle n'est que "tendancielle" et pas absolue, elle est le plus souvent "relative". le taux de profit ne baisse que durant les  périodes  ( parfois très longues ) précédant les crises, pour remonter ensuite . On peut dire ainsi que tant que dure le capitalisme, à certains moments le taux de profit diminue pour remonter durant la phase ascendante... et diminuer pendant la phase suivante.  Rappelons ici que pour obtenir le taux de profit moyen sur un an on prend le bénéfice net annuel rapporté aux matières premières et au capital fixe consommés en une  année auxquels on rajoute le montant des salaires versés durant l’année . 

 

(3) Rosa Luxembourg : l'accumulation du capital.

 

(4) Voici  une note  relevée dans  Internet sur le système Ponzi appliqué par Madoff :   "Un ponte du système financier Américain arrêté par le FBI, pour avoir monté, via un système financier lié aux Hedges Funds, une gigantesque arnaque financière plus connue sous le non de son découvreur escroc, un italien au début du 20 siècle, Ponzi. En France, plus connue sous le nom de "arnaque à la boule de neige".  Rémunérer des épargnants à des taux mirobolants, avec l'argent des futurs emprunteurs, en gardant secrète la technique, une course en avant jusqu'à la culbute. Celle ci  s'est achevée avec fracas : le montant des pertes record est de   50 Milliards de dollars ." Selon une information diffusée le 13/3/09 le montant des pertes serait en réalité de ... 65 milliards de dollars !

 

(5) A ce sujet il est certain que les affirmations de I. Wallerstein qui prévoit que la crise actuelle signifiera «  la fin du capitalisme » sont incertaines : ce pourrait être aussi une fin dictatoriale, sanguinaire, marquée par un développement de la population, un manque de subsistances pour les nourrir toutes, un manque d’eau consécutif à une désertification forcée d’une grande partie de l’univers ... On lira également à ce propos "La stratégie du choc" de Naomi Klein - paru chez Actes Sud en mai 2008 - qui montre politiquement comment l'école de Chicago animée par Milton Friedman et Hayek, s'est comportée dans le monde, à commencer par le Chili en 1973 et la chute du président Allende ...

 

(6) Peut-être que les grandes puissances s’imaginent aujourd’hui que la guerre d’Irak et surtout celle d’Afghanistan ( qui touche maintenant le Pakistan ) constitueront un palliatif à la crise ?

 

(7) Lire à ce sujet ( ouvrage cité ) « La stratégie du choc » de Naomi Klein.

 

 

 

 5

 

La crise vue par différents penseurs marxistes

 

 

La crise enseignée aux débutants : c'est Henri Houben  qu'il faut choisir pour cela .  Henri Houben est docteur en économie et membre du secrétariat  d'ATTAC en Belgique. Il a une vision particulièrement claire et est parfaitement intelligible. Sur Internet figure son cours daté de février 2008 qui a été réalisé pour ATTAC . Je conseille vivement  à chacun de le lire.  La lecture en est facile et absolument pédagogique. Le cours débute par une série de questions :

"Les Bourses chutent. Le marché immobilier s’effondre aux Etats-Unis.

Les Banques centrales prêtent massivement aux banques. Y a-t-il une crise?

Et en quoi suis-je concerné ici en Europe?  Qu’est-ce que la crise économique?"

Henri Houben donne les chiffres  de décroissance pour une crise, il montre que la période qui va de 1974 à aujourd'hui est une longue période marquée par une croissance moindre, qu'il y a eu 24 crises conjoncturelles depuis 1971, ce qui a causé une croissance plus saccadée et que la crise dans laquelle on se trouve est une crise "structurelle" . ( C’est à dire une crise longue.)

Il passe ensuite aux théories de la crise (libérale, keynésienne, schumpeterienne  et marxiste). il donne les grandes lignes des trois premières théories et passe ensuite à la théorie marxiste.

L’historique de la crise  c’est le recyclage des pétrodollars. Le Moyen-Orient pétrolier approvisionne les banques, surtout à Londres. Mais les pays producteurs  de pétrole achètent des produits occidentaux, permettant d’adoucir la crise pour les pays capitalistes avancés. C’est la première réaction face à la crise.

"Un système qui tient : les capitaux affluent vers le Moyen-Orient pour être destinés vers l’Occident, puis l’ Amérique latine. Avec l’endettement, celle-ci achète des marchandises à l’Occident. La crise de la dette éclate en août 1982, avec l’arrêt de paiement du Mexique. Le problème est que cela met en péril les banques. Le FMI intervient à leurs services. Conclusions : suite aux 24  crises, , en 2006, la bulle éclate. Les non-remboursements apparaissent et se multiplient. Les banques sont menacées, car elles ont prêté aux «hedge funds» qui ont acheté les paquets de titres de créances.

Or, les « hedge funds » ne publient pas de comptes et sont enregistrés aux Bermudes. Pas de contrôle, pas de régulation. Le pire est devant nous. Est-ce simplement une crise financière? Marque-t-elle seulement le manque de régulation ?

 La crise a une base productive. Elle montre un déséquilibre entre l’augmentation des capacités de production et les possibilités d’achat de la population. » Quels sont les déterminants de la crise ?  «  Il y a deux grands secteurs dans l’économie: celui des biens de production et celui des biens de consommation. Le premier est alimenté par les investissements (et les amortissements). Ce sont les industries d’extraction, de machines, de composants, etc.  Le second par la consommation. Il faut un équilibre entre secteurs, entre investissements et consommation. le crédit permet de financer les investissements et la hausse de la consommation. Jusqu’au moment où l’endettement est trop élevé et les banques arrêtent leurs prêts. Il y a crise financière, mais derrière il y a la crise de surproduction…Théories de la crise : «  La crise actuelle est très grave. Elle met en cause le système capitaliste, la mondialisation actuelle et les politiques néo-libérales. Elle apparaît sous une forme financière. Mais elle dépasse ce cadre. Elle montre un capitalisme anarchique, inefficace et inégalitaire.

Anarchique : c’est la loi du profit et de l’intérêt de capitalistes qui prédomine.

Inefficace : la crise risque de se transformer en restructurations, faillites, pertes d’emploi, baisses de salaire... Inégalitaire : la crise provient fondamentalement de l’inégalité de revenus et de  pouvoirs dans la société capitaliste."

Cet exposé est très clair : il est démontré par un certain nombre de tableaux , posant les questions et  y répondant.

Michel Collon excellent journaliste sur Internet, nous pose, lui,   dix questions sur la crise ( fin 2008) :

1) Subprimes . il montre à quel point les subprimes étaient une véritable escroquerie montée sur le dos des ménages US à revenus modestes. Il ne pouvait pas à l'époque parler de l'escroquerie de Madoff dont on apprend aujourd'hui qu'elle se monte à 65 milliards de dollars.

2) Seulement une crise bancaire? Évidemment non : il indique que la dette générale a été générée ( particuliers, entreprises, Etats) pour maintenir une croissance économique.

3) La cause profonde? C’est bien sûr une crise de surproduction ( en réalité de sous-consommation puisque on a baissé les salaires où leur part dans le produit national ). 

4) Juste une crise à surmonter? Ici Collon n’a pas grand chose à dire : mais en analysant cette crise comme systémique et de longue durée on pourrait montrer qu’il y a des perspectives pour les travailleurs de tous les pays !

5) « Moraliser le capitalisme? » C’est évidemment une farce et une fable ! C'est aussi impossible qu'un « tigre végétarien ou un nuage sans pluie. »

6) Sauver les banques? En réalité ce que font les Etats c’est la socialisation des pertes pour protéger  les riches ...

7) Les médias : ils nous mentent comme d’habitude et vont chercher les détails pour obscurcir la réalité...

8) Le néo-libéralisme : « La crise a été non pas provoquée mais accélérée par la mode néo-libérale de ces vingt dernières années. Or, ce néo-libéralisme, les pays riches ont prétendu l'imposer de force dans tout le tiers-monde. Ainsi, en Amérique latine, que je viens d'étudier en préparant mon livre "Les 7 péchés d'Hugo Chavez", le néolibéralisme a plongé des millions de gens dans la misère. Mais l'homme qui a lancé le signal de la résistance, l'homme qui a démontré qu'on pouvait résister à la Banque Mondiale, au FMI et aux multinationales, l'homme qui a montré qu'il fallait tourner le dos au néolibéralisme pour réduire la pauvreté, cet homme-là, Hugo Chavez, les médias ne cessent de le diaboliser à coups de média-mensonges et de ragots.»

9) Le tiers-monde ? « On nous parle uniquement des conséquences de la crise dans le Nord. En réalité, tout le tiers-monde en souffrira gravement du fait de la récession économique et de la baisse des prix des matières première qu’elle            risque            d'entraîner. »
10) L’alternative?

 «  l'humanité a bel et bien besoin d'un autre type de société. Car le système actuel fabrique des milliards de pauvres, plonge dans l'angoisse ceux qui ont la «chance» (provisoire) de travailler, multiplie les guerres et ruine les ressources de la planète. Prétendre que l'humanité est condamnée à vivre sous la loi de la jungle, c'est prendre les gens pour des cons. Comment faut-il concevoir une société plus humaine, offrant un avenir décent à tous ? Voilà le débat qu'il nous incombe à tous de lancer. Sans tabous. »

Cette analyse a été publiée le 6 octobre 2008, elle est correcte, et contient tous les termes d’une  remise en cause du            capitalisme.
Au même moment paraissait dans "La sociale" - revue paraissant sur Internet - un article de Denis Collin  (1) sur le même thème :  Premières leçons de la crise. Le contenu de cet article est très polémique et il ne donne aucune perspective sur  les conséquences énormes que va avoir cette crise sur le plan national et international.

Comme beaucoup d'hommes politiques, l'auteur - marxiste sectaire -  en profite pour régler ses comptes :

- Il attaque Chavez au Vénézuela en le décrivant comme un bourgeois au service des possédants ! Il attaque également Olivier Besançenot en mettant en avant l'affrontement gauche de gauche contre Sarkozy : " Si la crise pose la question du capitalisme, il est à craindre que les « marxistes », tout contents de ressortir du trou, n’y voient à nouveau la preuve que les contradictions internes du mode de production capitaliste le condamnent irrémédiablement à disparaître. En 1929, on a cru le moment venu de la «crise finale du capitalisme » et de  fait, c’est seulement la guerre qui a permis de sortir de  la crise de 1929.(2) Nous sommes certainement dans une phase de réorganisation globale du fonctionnement du mode de production capitaliste, une phase qui va faire une bien plus large place à l’intervention étatique et à la «régulation. La  phase dite  néo-libérale est terminée."            Certes Marx n'a jamais dit " voici la crise qui va nous permettre de sortir de l'économie capitaliste" ! Mais il faut savoir tout de même qu'il escomptait voir dans chaque crise le prolétariat relever ses manches et combattre plus fortement  le système capitaliste ! Sinon pourquoi toutes ces analyses faites au cours des années de sa vie sur le capitalisme ?

Il est certain que le capitalisme a certainement beaucoup d'intelligences et surtout beaucoup d'alliés ( à commencer parmi les sociaux démocrates ). Mais l'ampleur de cette crise est telle qu'elle donne le vertige à tous ses défenseurs !  Avant d'aborder la question essentielle de la lutte concrète que les travailleurs et leurs intellectuels doivent mener contre cette crise,  nous commenterons l'excellent livre que viennent de publier Olivier Besançenot et Daniel Ben Saïd .(3) 

Ce livre part évidemment du constat de la crise systémique dans laquelle se trouve aujourd'hui le capitalisme. Il analyse d'abord la crise : elle vient de loin disent nos auteurs. Ils attaquent la conception grotesque d'un capitalisme "industriel" opposé à un capitalisme " spéculatif" ! Ils montrent très bien que le monde est affamé, la planète "dévastée" et ils appellent les travailleurs à lutter fermement contre les licenciements.

Ils rappellent que sans plan d'ensemble fondé sur les revendications des travailleurs, sur la lutte contre les licenciements et une plus grande égalité de traitement entre les profits et les salaires il n'y aura aucune avancée, aucun progrès, et que la crise continuera à mettre le monde en difficulté : ils citent notamment ( pp. 69 à 81 dans un chapitre intitulé "Un plan d'urgence pour sortir de la crise") le cas de la victoire du New Deal en 1932 où les mesures adoptées par F.D. Roosevelt - sous la pression des grèves déclenchées par l'AFL - CIO - "n'ont pas stoppé la récession économique, qui en 1937 a abouti à une nouvelle dépression financière. En fait, plus que le New Deal, c'est malheureusement la deuxième guerre mondiale, qui, en relançant l'activité industrielle militaire, a remis d'aplomb l'économie des Etats-Unis." ( et  nous pourrions ajouter : et en a fait la première puissance du monde.) "S'attaquer réellement au système impliquerait de réunifier toutes les banques dans un seul service public bancaire, en expropriant les intérêts privés , sans rachat ni indemnités .

Celui-ci aurait le monopole du crédit afin de financer les priorités sociales, d'orienter l'investissement vers la satisfaction des besoins , de financer de grands travaux de reconstruction et de rénovation des services publics, d'impulser la transition énergétique. S'attaquer au système, ce serait placer ce service public de crédit sous le contrôle des salariés et des usagers, lever le secret bancaire et l'anonymat de certains placements, établir un contrôle public et une taxation sur les mouvements de capitaux."

Le texte continue : il  attaque aussi bien le "bouclier fiscal" que le problème de l'automobile dans un monde où l'essor de la voiture dominé par le secteur privé a conduit l'humanité vers la catastrophe !

Ensuite  suivent différents chapitres : ils abordent le terrain des domaines où doit s'exercer une nouvelle manière de voir, de penser de créer.

 La troisième partie " vers un socialisme du XXIème siècle " aborde tous les thèmes fondamentaux auxquels nous aspirons : révolutionner la société par un autre type de travail, lutter pour une véritable égalité, développer la démocratie, la démocratie participative, la démocratie auto-gestionnaire : se réapproprier les richesses, reprendre le contrôle des choses, lutter contre la privatisation universelle etc. etc.

C'est un livre utile, salvateur, un excellent manuel stratégique adapté aux conditions actuelles et qui renvoie à la perception de la crise par toutes celles et ceux qui se sentent profondément atteints.

Demeure une question qui n'a pas encore été abordée : comment concrètement pouvons nous politiquement - et démocratiquement si possible - aborder les réponses à la crise actuelle et de quelle manière politique pouvons nous envisager de répondre aux préoccupations d'une grande masse de Françaises et de Français?

Pour aborder cette question il me semble intéressant de citer ici Atilio Boron, docteur en sciences politiques (4) qui vient d'interviewer Fidel Castro sur la crise actuelle :

« ...Nous nous trouvons devant une crise générale du capitalisme, la première à atteindre une ampleur comparable à celle qui a éclaté en 1929 et à ce qu'on a appelé la "Longue Dépression" de 1873-1896. Une crise intégrale, de civilisation, multidimensionnelle, dont la durée, la profondeur et la portée géographique seront sûrement supérieures à celles des précédentes... Nous sommes en présence d'une crise qui est bien plus qu'une crise économique ou financière.  Il s'agit d'une crise intégrale d'un modèle de civilisation insoutenable des points de vue économique et politique sans recourir une fois de plus à la violence contre les peuples ; tout aussi insoutenable du point de vue écologique, parce qu'il détruit, parfois d'une manière irréversible, l'environnement ; et  tout  aussi  insoutenable  sur  le  terrain social parce qu'il dégrade la condition humaine jusqu'à des limites inimaginables et détruit la trame même de la vie sociale... Les classes dominantes feront exactement ça: utiliser un vaste arsenal de ressources publiques pour socialiser les pertes et renflouer les gros oligopoles. Accrochées à la défense de leurs intérêts les plus immédiats, elles ne sont même pas capables d'envisager une stratégie plus intégrale... Il s'agit d'une crise qui dépasse de loin les domaines financier et bancaire et qui touche l'économie réelle dans tous ses volets. »

Enfin nous ne pourrions pas ne pas citer Alain Bihr qui avait déjà, dans un livre précédent (5),  exposé  d’une  manière  magistrale  la  théorie  marxiste économique et démontré comment les rapports sociaux évoluaient … vers une crise économique d’une grande ampleur : à la faveur de la crise qui a démarré, l’auteur dans une série d’articles publiés dans sa revue Contre - courant  (6) commence par analyser la crise qui s’annonce : « Tous les indicateurs économiques (évolution du PIB, prévisions de croissance pour les trimestres à venir, chiffres du chômage, etc.) sont en train de passer au rouge, tandis que les annonces de mesures de chômage technique et de plans de licenciement collectif se multiplient. Il est désormais certain que nous sommes entrés dans une phase de récession voire de dépression économique, dont personne ne peut prédire ni la durée ni les effets. » Alain Bihr  part de l’idée formulée par Kondratieff d’une crise longue dont l’aboutissement  se traduit par une crise structurelle dont la solution peut être marquée par un approfondissement de la lutte des classes : « la crise actuelle… n’est jamais que la dernière phase en date de la crise structurelle dans laquelle le capitalisme est entré au milieu des années 1970. Une phase qui marque cependant un tournant important dans la dynamique de cette crise structurelle, vieille désormais de plus de trois décennies et qui, visiblement, n’est pas encore résolue.
Une crise structurelle correspond toujours à une période aiguë de manifestation de l’ensemble des contradictions inhérentes à la reproduction du capital, qui résulte de l’impossibilité pour cette dernière de se poursuivre selon ses formes (économiques, socio-politiques, institutionnelles, idéologiques) antérieures, qui assuraient jusqu’alors la régulation plus ou moins efficace de ces contradictions. A défaut d’une révolution capable de briser le pouvoir du capital et de construire une société émancipée, une pareille crise débouche normalement sur l’invention, l’expérimentation et la consolidation de nouvelles formes de régulation. L’issue en est toujours en définitive commandée par les luttes de classes. »

La manière dont hommes politiques et journalistes français voient aujourd’hui se dérouler cette crise, avec l’interrogation brutale sur les risques de guerre civile, de révolution, de violences urbaines, partagés selon un sondage ( avril 2009) par 25 % des Français, donne une idée assez bonne des conséquences à venir, de cette crise.

Que faut-il faire contre la crise? Quelle action politique, quels mots d’ordre, en un mot quelle stratégie et quelle tactique faut-il engager? Ce sera l’objet de notre prochain chapitre.

 

 

 
Notes sur le chapitre 5

 

 

(1)  Denis Collin professeur de philosophie dans un lycée. Il cite dans internet  Gianfranco La Grassa  "Il capitalisme oggi. Dalla proprietà al conflito strategico. Per une teoria del capitalismo." (“Petite plaisance”, 2004) 

 

(2) Il aura donc fallu plus de 20 ans et la guerre mondiale pour sortir de la crise de 1929...

 

(3) " Prenons parti ". Sous titre : " Pour un socialisme du XXI ème siècle." ( Editions mille et une nuits - janvier 2009 - 16 euros . 371 pages .)

 

 (4) Traduction: JF Bonaldi. Source: socio 13. wordpress.com (blog de Danielle Bleitrach).

 

(5) Alain bihr : La reproduction du capital. 2 tomes . Editions page deux.  Dans cet ouvrage daté de 2001, qui commente et actualise l’œuvre de Marx, nous retrouvons toute la méthode qui guidait Marx…

 

(6) Alain Bihr : article publié dans « Contre-courant » de décembre 2008.

 

 

 Pour se procurer l'ouvrage, écrire ici :

Jean.baumgarten0412@orange.fr

 

 

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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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