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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 04:53

D’agissements malhonnêtes en escroqueries organisées, les banques se croient tout permis en toute impunité. Pourquoi se gêner ? De toutes façons, c’est l’Etat actionnaire qui paie.


 
Depuis deux semaines, il ne se passe pas une journée sans que émerge un nouveau scandale financier. Des bonus réservés à ses traders par BNP Paribas aux investissements de ce même banquier dans le système Madoff, en passant par les prêts sans contrepartie accordés à eux-mêmes par les administrateurs de Kaupthing… Sans oublier l’interminable saga Fortis. Jusqu’où peut-on aller trop loin ? Ce devait être la fin d’une époque, la fin d’un système sans queue ni tête, bref, la fin de la bulle spéculative qui avait mené les banques à la ruine, contraignant l’Etat à sortir des milliards de son chapeau pour sauver l’épargne des honnêtes gens. Mais voilà : comme lors des élections, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Et ceux qui ont cru les promesses de moralisation des banques en sont aujourd’hui pour leurs frais.


L’assourdissant silence de l’Etat belge


Le « Fortisgate » n’est pas fini, loin s’en faut. L’inculpation de la juge Schurmans et la mise en cause d’Ivan Verougstraete, deuxième président de la cour de Cassation, en témoignent. Aux Pays-Bas, des investisseurs floués ont déposé plainte au pénal contre les anciens patrons de la banque, Maurice Lippens, Jean-Michel Votron et Michel Mittler. Dans cette ambiance survoltée, on apprenait jeudi dernier que BNP Paribas, désormais propriétaire de Fortis Banque, promettait une enveloppe de 1 milliard d’euros à ses (très) chers traders – ceux-là même par qui la crise financière est arrivée. Or, cette banque a reçu une aide de 5 milliards de l’Etat français, sans même évoquer les 12 milliards mis par l’Etat belge dans la recapitalisation de Fortis, entré dans le giron du banquier français. Alors que des petits épargnants ont tout perdu dans la crise, principalement à cause de l’activité spéculative dont les traders sont les opérateurs, alors que des dizaines de salariés perdent leur emploi, alors que les caisses des Etats sont vides et que la solidarité sociale est remise en cause, est-il concevable d’assister sans hurler à une telle annonce ? Si BNP fait des bénéfices, ne devrait-elle pas commencer par rembourser l’Etat ? Et à verser des dividendes à ses actionnaires de référence, dont l’Etat belge - qui a avancé pour Fortis le double de ce qu’il en a reçu ? Au Cabinet du ministre des Finances, on « ne souhaite faire aucun commentaire ». Et de renvoyer aux services du Premier ministre, qui sont aux abonnés absents. Dommage, c’aurait pu être intéressant. Cela témoigne pour le moins d’un certain embarras. Un Etat ne s’improvise pas acteur capitaliste du jour au lendemain…



« Fortis, quel beau cadeau ! »


Du côté de Me Mischael Modrikamen (photo), le défenseur emblématique des petits porteurs Fortis, on préfère rappeler que cette dernière a rapporté 261 millions de bénéfices à BNP au cours du dernier trimestre, « Très proche des rentabilités prévues dans l’optique du stand alone », précise l’avocat. Et d’y voir une confirmation du « Beau cadeau offert par le gouvernement et le Conseil d’administration de la banque à BNP Paribas, qui a fait une très bonne affaire – contrairement aux actionnaires ! ». En ce qui concerne les bonus, Me Modrikamen se veut plus nuancé : « Evitons les discours populistes… Le problème est plus vaste. Les bonus récompensent les bénéfices, mais aussi la prise de risque. Ce qui est choquant, c’est que l’activité à risque se greffe sur l’activité bancaire, alors qu’il faudrait que ces deux métiers soient séparés. C’est ce qu’on a fait en 1935, pour éviter que le marché spéculatif ne mette en péril les banques » - dont le métier est le crédit et l’épargne. Me Modrikamen ne veut apparemment pas prendre le risque d’un discours anti-capitaliste, admettant toutefois qu’il est « bizarre de distribuer des bonus aux traders alors que les garanties d’Etat n’ont pas été remboursées » et, répondant à notre question, qu’aux yeux des contribuables, les banques sous perfusion ne devraient pas agir de la sorte. 



La BNP, complice d’escrocs internationaux


Dans son édition du 29 juillet, le journal en ligne français Mediapart.fr révèle que BNP Paribas a investi, sans les prévenir, l’argent de ses riches déposants dans un fonds géré par… Madoff ! Oui, celui-là même qui vient d’écoper de 150 ans de prison après avoir monté l’escroquerie du siècle portant sur 50 milliards de dollars… Une info que la presse belge n’a pas relayée, on se demande bien pourquoi. Car, faut-il le rappeler, l’Etat belge est actionnaire de référence de cette banque qui gonfle ses bénéfices en trompant ses clients ! Les faits interpellent : en 2007 et 2008, des Français fortunés ont demandé à BNP Paribas de leur trouver un bon placement pour des montants relativement élevés, de l’ordre de 500.000 à 700.000 euros. L’enquête de notre confrère démontre de façon limpide que la souscription faite par BNP (via sa filiale BNP Paribas Services Luxembourg) auprès de la Sicav de droit luxembourgeois Luxalpha était assortie d’une clause de non responsabilité. Autrement dit, les déposants n’avaient aucun recours en cas de problème. Ce dont BNP s’est bien gardé de les informer en leur faisant signer, avec un cynisme confondant, ce placement suicidaire. Et ce qui devait arriver arriva. Certes, BNP Paribas n’était pas censé savoir que Luxalpha allait réinvestir cet argent dans un mystérieux fonds implanté à Tortola, dans le paradis fiscal des Iles vierges britanniques, et que ce fonds était l’une des tentacules de la pieuvre Madoff… Mais la seule clause de non responsabilité aurait dû inciter le banquier à avertir ses clients d’un risque qu’ils ignoraient. Il ne l’a pas fait et les investisseurs, ruinés, attaquent à présent Luxalpha via le cabinet international d’avocats Orrick Rambaud Martel, bien connu dans la haute finance. On est curieux de voir si cette affaire remontera jusqu’à BNP Paribas...



Criminels en col blanc


Comme si cela ne suffisait pas, on apprenait en début de semaine dernière que, peu avant la faillite de la banque islandaise Kaupthing, les administrateurs se sont prêté à eux-mêmes et à leurs petits camarades de jeux (financiers) des sommes rondelettes, sans aucune contrepartie ni caution. Les clients belges de la filiale luxembourgeoise, qui ont cru tout perdre dans cette banqueroute, apprécieront. On ne parle pas de clopinettes, mais de montants équivalents au budget annuel de l’Etat islandais, soit 5 milliards d’euros. Ce qui s’appelle, dans le jargon fleuri de la justice, un abus de biens sociaux caractérisé. Parmi les bénéficiaires, l’homme d’affaires britannique Robert Tchenguiz, administrateur de l’actionnaire principal de Kaupthing, Exista, endetté à ce moment-là de 450 millions d’euros auprès de la banque. Un peu plus ou un peu moins… Tchenguiz lui-même allait perdre 1,4 milliard dans la faillite de Kaupthing, nationalisée en catastrophe – et en vain – début octobre 2008.


BNP, Fortis, Kauthing : à qui le tour ?



Où reste la régulation promise ?


En une semaine, les simples citoyens ont vu défiler comme un mauvais polar tous les vices dont le système bancaire est capable. Ils ont aussi constaté que rien n’a changé dans leur comportement, que c’est « business as usual » et que les mâles déclarations sur la « moralisation du capitalisme » n’étaient que de la poudre aux yeux. Les réactions, écœurées, ont fusé de toutes parts. Mais seront-elles suivies de mesures contraignantes, de lois, de règlementations, bref de ce qu’on nous promet depuis un an : un marché régulé ? On aimerait tant le croire…



Les banques : jusqu’à l’écœurement


http://www.marcfievet.com/article-34913972.html




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