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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 22:53

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Les deux phénomènes majeurs
au cœur de la phase
de dislocation géopolitique mondiale



1. La disparition du socle financier (Dollars + Dettes)
sur l'ensemble de la planète


L'insolvabilité globale qui caractérise désormais le système financier mondial peut être représentée par une image très simple : le socle financier sur lequel reposaient depuis des décennies les banques, assurances et autres établissements financiers mondiaux, est en train de s'effondrer, à l'image d'une ville qui serait construite sur une immense anfractuosité et qui découvrirait soudain que ce qu'elle croyait être un sol solide, destiné à porter durablement les fondations des immeubles de la cité, n'est en fait qu'une mince croûte de terre sous laquelle se trouve un mélange de vide, de gaz toxique et de remblais instables. L'équivalent financier de ce mélange est bien entendu la combinaison hautement volatile de Dollars US, d'actifs libellés en Dollars et de dettes produites en particulier par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et nombre d'économies occidentales et en développement (1).

Actuellement ce phénomène n'est absolument pas traité par les différentes mesures de lutte contre la crise prises dans le monde entier. Les dirigeants américains, européens, japonais ou chinois se bornent à injecter massivement de nouvelles liquidités sous formes de Dollars, d'Euros, de Yens ou de Yuans, tout en essayant de substituer les dettes publiques aux dettes privées toxiques, comme si ajouter du gaz et échanger des remblais très instables contre des remblais instables pouvait éviter l'effondrement de la cité. Car l'injection de ces immenses quantités de liquidités - notamment aux Etats-Unis où les montants commencent à défier l'imagination (on s'approche des 10.000 milliards USD en un an), ne font que rendre le gaz encore plus ténu en diluant toujours plus la valeur de la monnaie ; et parallèlement l'accroissement exponentiel des dettes publiques est en train de rendre au moins les actifs publics (Bons du trésor en particulier) aussi toxiques que les mauvais actifs privés qu'ils sont censés remplacer.

Toujours est-il que la conséquence de ce phénomène entraîne une accélération du processus de dislocation du socle sur lequel repose notre monde depuis des décennies, en particulier depuis plus d'une vingtaine d'années.

 

Estimation des pertes des banques commerciales et des organismes de crédits immobiliers britanniques par rapport au PIB du Royaume-Uni et à sa dette publique - Source : Bridgewater - 02/2009

Plus les pays ou régions du monde sont dépendants du Dollar US (2) (et/ou des actifs libellés en Dollars US) et de l'endettement de leurs acteurs économiques (ménages, entreprises, collectivités locales, états), plus le tissu même de leur société va se disloquer à partir du 4° trimestre 2009 ; ou plus exactement, plus cette dislocation deviendra évidente et s'accélèrera car en fait elle est déjà bien entamée dans de nombreux cas comme nous le verrons en examinant les grands acteurs globaux dans une autre partie de ce GEAB N°32.

Les symptômes sont aisés à identifier : bilans de plus en plus déséquilibrés, actifs en dévalorisation continue, déficits publics en croissance exponentielle, arrêt des services publics, incapacité croissante à faire face aux échéances financières de toute nature, multiplication des faillites d'entreprise, perte de confiance dans les monnaies fiduciaires, … (3) En paraphrasant Jean de La Fontaine dans sa fable « Les animaux malades de la peste », on pourrait dire qu'« ils n'en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés » (4). En effet, si les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont sans aucun doute pour LEAP/E2020 les victimes les plus gravement atteintes, il est évident que le reste de la planète va également subir de brutales conséquences de l'effondrement du socle financier de ces dernières décennies (5).

Comme indiqué dans le GEAB N°31, nous estimons désormais à 30.000 milliards USD le montant des « actifs-fantômes » qui se sont envolés en fumée depuis 2006. A ce jour, à peine un tiers de l'ensemble a dû être pris en compte, soit sous forme de dépréciations d'actifs, soit sous forme d'injection de liquidités publiques destinées à se substituer aux « actifs-fantômes privés ». Contrairement à ce que pensent les dirigeants (6), cette dernière action consiste uniquement à créer des actifs-fantômes publics en lieu et place des privés (7). Au rythme où vont les choses, le Président et le Congrès des Etats-Unis (8) feraient mieux de faire appel aux trois héros du film «
SOS Fantômes » pour trouver une solution aux problèmes des actifs fantômes que de se reposer sur les compétences déjà bien questionnables du trio composé par le président de la Fed Ben Bernanke, le nouveau secrétaire d'Etat US au Trésor Timothy Geithner et le chef des conseillers économiques de la Maison Blanche Lawrence Summers (9).

Ce phénomène de disparition du socle financier global va avoir pour conséquences, dès la fin 2009, une accélération de la réduction de la puissance, de la richesse, de l'influence et du niveau de vie de nombreux acteurs géopolitiques majeurs, mais à des vitesses et dans des proportions différentes. Le monde va rétrécir fortement, mais pas de manière égale pour tous. Cette évolution sera l'une composantes majeures de cette phase de dislocation géopolitique mondiale, une sorte de redistribution brutale des cartes à l'échelle mondiale. D'ailleurs, comme on l'a déjà souligné, elle concernera autant les grands acteurs économiques que les états ou régions du monde.

Une bonne illustration du phénomène est ainsi offerte par le graphique ci-dessous qui montre comment les grandes banques mondiales se sont retrouvées « rétrécies » par la crise, et ce dans des proportions différentes. Ainsi que nous l'avions indiqué dans les GEAB précédents, l'importance du secteur financier dans l'économie d'un pays sera un facteur-clé de la gravité de la crise qui l'affectera. Le tableau suivant dessine des tendances très claires en la matière.

Comparaison de la valeur au prix du marché des principales banques mondiales - En bleu au 2° trimestre 2007 / En vert au 20/01/2009 - Source JPMorgan / Bloomberg (21/01/2009)



2. La fragmentation accélérée des intérêts des principaux
acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux



Le second phénomène déstructurant qui alimente la dislocation géopolitique mondiale est la fragmentation accélérée des intérêts des principaux acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux. Tout le débat sur le risque de retour du protectionnisme est à la fois un indice et une composante de ce phénomène. Le protectionnisme est bien de retour puisque le processus de globalisation tel qu'on l'a connu ces deux dernières décennies est désormais arrêté. Les discours des dirigeants politiques mondiaux sont pathétiques dans la mesure où ils persistent à répéter leur volonté de s'opposer au retour du protectionnisme et à relancer le cycle de Doha de libéralisation du commerce (10) ; tandis que, dans les faits, ils font tout le contraire comme le prouvent le « Buy American » d'Obama (11), la dévaluation compétitive de la Livre Sterling de Brown, les aides à l'industrie automobile française de Sarkozy, le plan de relance soigneusement ciblé « Allemagne » de Merkel ou la plan de stimulation de la demande interne chinoise de Hu Jintao.

Les dirigeants mondiaux sont de plus en plus schizophrènes : leurs actes s'éloignent de plus en plus de leurs discours. C'est d'ailleurs pour cette raison que LEAP/E2020 estime que la dernière fenêtre de « tir » pour lancer une alternative crédible à la dislocation géopolitique mondiale se situe entre le sommet du G20 du mois d'Avril prochain et l'été 2009. Au-delà de cette date, les évènements feront que les dirigeants mondiaux ne prétendront même plus tenir un discours commun. Leur propre survie politique, dans chacun de leurs pays, les condamnera à se concentrer sur les solutions d'urgence de court et moyen terme. Il va y avoir une forte augmentation du taux de chômage parmi la myriade d'experts internationaux qui ont été les chevilles ouvrières de la libéralisation du commerce mondial de ces dernières décennies. Ceci dit, comme souvent les experts (au fond desquels sommeillent finalement des êtres humains normaux), ils se reconvertiront en chantres du protectionnisme ou des intégrations de blocs régionaux, sans trop se poser de dilemmes éthiques. On commence d'ailleurs à le constater au détour des articles des grands médias financiers et politiques.

Cette fragmentation va prendre des formes relativement simples :

. les puissances exportatrices (Chine, Japon et Allemagne ainsi que l'UE en général) qui tentent actuellement par tous les moyens de préserver leur accès aux marchés solvables vont devoir faire le point au milieu de l'année 2009. Si leurs efforts leur paraissent vains ou trop incertains parce que le commerce mondial est en chute libre (12), elles n'auront d'autre choix que de se tourner vers leur marché intérieur s'il est assez solvable (13) ou bien elles devront très rapidement se tourner vers la logique des blocs régionaux au détriment des accords et règles multilatérales. Ni l'OMC, ni l'ONU et ses agences n'y pourront grand-chose dans la mesure où elles n'ont de pouvoir que si au moins une partie importante de leurs membres est d'accord pour respecter les règles du jeu. Si au contraire, leurs membres préfèrent ne plus respecter les règles, ces institutions sont condamnées à l'impuissance (14).

. cette fragmentation, qui n'est en fait que la subsidiarité appliquée à la recherche de l'intérêt collectif, - ou autrement dit, un sauve-qui-peut généralisé - risque de fonctionner selon une logique fractale. Cela signifie que chaque Etat, et en son sein, quand elles ont une certaine existence politique, chaque région, chaque province ou chaque Etat fédéré, va également être tenté de dresser un bilan rapide de ses intérêts vitaux et du coût des règles du jeu auquel il obéit depuis des décennies. Les crises d'ampleur historique comme cette crise systémique globale tendent en effet à remettre en cause les « évidences » les mieux établies en matière d'intégrité territoriale ou de loyauté politique. Chaque groupe constitué et doté de certains atouts, tend à se demander s'il ne s'en sortirait pas mieux tout seul que dans une entité plus large. Nous examinerons plus loin l'impact de cette tendance sur les Etats-Unis et l'UE.

Les premiers conflits entre « alliés » sont d'ailleurs en train de se dérouler sous nos yeux. Quand le président français Nicolas Sarkozy dénonce publiquement comme inefficace la politique de son homologue britannique (15) ou remet en cause le grand-marché unique européen pour limiter les délocalisations, on est déjà dans cette logique. Quand Gordon Brown et d'autres dirigeants britanniques invoquent la primauté des travailleurs britanniques sur les autres nationalités (y compris de l'UE), on est en pleine rupture de cohésion avec ses partenaires (16). Quand des dirigeants chinois dénoncent violemment leur manque actuel d'alternatives pour diversifier leurs actifs hors des Bons du trésor US et du Dollar US, ou que seul le Yuan (17) est montré du doigt lors du tout récent sommet financier du G7 à Rome, on assiste là encore à cette fragmentation (18). Quand l'administration du président Barak Obama s'apprête à lancer de violentes offensives contre la Chine dans les domaines des droits de l'homme, de l'énergie et du climat, sur fond de tensions commerciales croissantes, indéniablement la fragmentation du jeu global est en cours d'accélération (19). Quand le Premier Ministre russe Vladimir Poutine accuse Washington et Londres d'être au cœur de la crise actuelle (20), et que l'on constate un assentiment silencieux de la part de la majorité des dirigeants européens (21), à nouveau on voit se préparer la fragmentation de demain. Quand
Temasek, le fonds souverain de Singapour, change brutalement de dirigeant pour réorienter ses investissements hors des institutions financières britanniques ou américaines, on perçoit de même un renforcement de la fragmentation du système actuel (22).

Encore quelques mois à ce rythme, et les uns comme les autres ne s'embarrasseront plus de convenances, et la dislocation géopolitique mondiale sera définitivement engagée.

 

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Notes:

(1) Le cas de Dubaï est parfaitement adapté à l'image de la ville construite sur un sol meuble (en l'occurrence on pourrait dire sur du sable) puisque l'émirat assiste actuellement à un effondrement général de tous les investissements immobiliers mirifiques de ces dernières années. Source :
Khaleej Times, 02/02/2009

(2) La Livre Sterling n'étant qu'une annexe de la zone Dollar.

(3) Comme toujours les plus fragiles sont les premiers à en pâtir comme l'illustre l'Ukraine qui s'enfonce dans une spirale dépressionniste très grave. Les « parrains » occidentaux de la Révolution orange sont en effet à court de capitaux. Source :
Financial Times, 08/02/2009

(4) Pour découvrir ou relire cette fable étonnamment d'actualité :
Les animaux malades de la peste.

(5) C'est d'ailleurs pour cela que dès Février 2006, LEAP/E2020 a donné le nom de « crise systémique globale » à la crise en cours.

(6) CNN se fait l'écho d'expériences scientifiques très intéressantes qui tentent d'expliquer pourquoi dans un groupe les gens tendent à penser de la même manière. Ces découvertes semblent s'appliquer pleinement aux G7, G8 ou G20 et nous indiquent hélas qu'il va être très difficile de voir émerger une pensée originale et audacieuse de ces assemblées. Source :
CNN, 15/01/2009

(7) D'ailleurs les acheteurs de bons du trésor ne s'y trompent plus. Source:
Telegraph, 08/02/2009

(8) Les pays pétroliers du Golfe persique pourraient également faire de même, qui ont déjà perdu 2.500 Milliards USD dans la crise. Source :
BBC, 17/01/2009

(9) On pourrait tout aussi bien ajouter à cette liste, mais bien entendu en position d'acteurs secondaires :
Mervyn King, Gordon Brown et Alistair Darling, ainsi que les responsables de l'ensemble des pays dont les économies sont fortement dépendantes de la zone Dollar ou qui ont massivement investi dans des actifs libellés en Dollars. Voir à ce sujet les GEAB précédents.

(10) Il est instructif de constater comment les pays les plus faibles impliqués dans la globalisation sont déjà en train de payer le prix fort de l'effondrement du processus. C'est ainsi le cas des Philippines actuellement. Source :
Asia Times, 13/02/2009

(11) Source :
RTE, 03/02/2009

(12) Source :
MarketOracle, 15/01/2009

(13) C'est-à-dire notamment, s'il est assez vaste pour absorber une partie significative de leurs exportations. A part l'UE et la Chine (et encore seulement en partie), ce n'est le cas d'aucune autre grande puissance exportatrice.

(14) Ainsi le FMI est en train de quémander des fonds, sans trop de succès, pour pouvoir se préparer à jouer son rôle du fait de l'aggravation de la crise. Le chacun pour soi commence bien là. Source :
Telegraph, 08/02/2009

(15) Source :
La Dépêche, 06/02/2009

(16) Source :
Times, 12/02/2009

(17) Ce qui est quand même le comble de la malhonnêteté puisque le Dollar est le principal responsable du désordre monétaire actuel.

(18) Certains de ces dirigeants se sont d'ailleurs exprimés très violemment puisqu'ils évoquent leur haine des Etats-Unis pour les avoir placer dans cette situation dramatique d'être « coincés » avec des actifs condamnés à se déprécier. Quand un partenaire est dans cet état d'esprit, il ne restera pas un partenaire constructif très longtemps. Source :
Financial Times, 11/02/2009

(19) Source :
International Herald Tribune, 11/02/2009

(20) Source :
Australian Business / Wall Street Journal, 29/01/2009

(21) Ainsi actuellement les dirigeants européens se gardent bien de tout commentaire sur le taux de change Euro/Dollar, car ils sont trop inquiets du risque d'une chute brutale de la devise américaine qui entraînerait l'Euro vers des sommets incompatibles avec l'intérêt économique de la zone Euro.
Source : MarketWatch, 09/02/2009

(22) Source :
Telegraph, 06/02/2009

 

 

http://www.leap2020.eu/Les-deux-phenomenes-majeurs-au-coeur-de-la-phase-de-dislocation-geopolitique-mondiale_a3693.html

Merci à Obserrveur

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Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
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