Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 20:16

Mondialisation : que restera-t-il des Etats-nations ?



La mondialisation est généralement présentée par ses défenseurs comme une évolution inéluctable, une opportunité, soutiennent-ils, de généralisation du développement économique et humain à l’échelle planétaire. Ses détracteurs y pointent, au contraire, de nombreux dangers qui, au-delà des ajustements technico-réglementaires, nécessitent une remise en cause de ses modèles idéologique et politique. Opinion.


 

Petit rappel historique


La mondialisation actuelle découle d’un processus géo-historique qui a visé de tout temps à créer un espace mondial plus ou moins interdépendant. Vers le milieu du 19ème siècle, l’aboutissement du développement industriel en Europe amena, grâce aux chemins de fer et à de nouvelles liaisons maritimes, un début d’extension sans précédent de l’espace du commerce mondial. Quelques décades plus tard, le monde entra dans une nouvelle époque coloniale avant que la montée des nationalismes et le retour du protectionnisme, conséquences des grandes crises de l’entre-deux-guerres – années 1930 –, ne viennent mettre en veille cette mondialisation.

Après la seconde guerre, il fallut attendre 1970 pour que la part du commerce international dans la production mondiale retrouve le niveau qu’elle atteignit en 1913(*). L’abandon par les Etats-Unis des accords de Bretton Woods(*) en 1971 a consacré la suprématie mondiale du dollar. Trois ans plus tard, le décrochage de la sphère financière [1] par rapport à la sphère économique réelle, suite à la levée par les Etats-Unis des restrictions sur l’exportation de capitaux, marqua l’entrée de la mondialisation dans une nouvelle phase : la globalisation devient la réponse à une réalité idéologique dictée par l’indépendance du capital financier par rapport aux capitaux industriel et marchand.

Cette nouvelle mondialisation recouvre trois étapes selon l’OCDE :

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->L’internationalisation à travers le développement des flux d’exportation ;

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->La transnationalisation par le développement des flux d’investissement et les implantations à l’étranger ;

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->La globalisation via la mise en place de réseaux mondiaux de production et d’information, au moyen notamment des nouvelles technologies d’information et de communication(NTIC).

Notons que les anglo-saxons parlent de globalisation et non de mondialisation (terme qui n’a pas son équivalent en anglais).

Selon Laurent Carroué [2], la mondialisation actuelle est "un processus de diffusion du système d’économie marchande dans l’espace mondial qui entraîne l’émergence d’économies-monde (au sens de Braudel, de Wallerstein ou de Bairoch). La logique du capitalisme marchand fait intervenir dans la mondialisation une logique de domination". Alors que le terme "globalisation", doit être réservé à "l’ensemble des phénomènes affectant l’ensemble de l’espace terrestre comme globe … qui sont à gérer à l’échelle du globe ".

Début des années 1990 : la nouvelle mondialisation prend son envol

Le formidable essor des NTIC ainsi que l’ouverture de la chine et l’échec du communisme Soviétique font entrer le processus de mondialisation dans une nouvelle phase accélérée de globalisation au début des années 1990. L’objectif des architectes de la mondialisation est de généraliser à l’échelle planétaire les interdépendances entre les Etats-nations, non seulement sur le plan commercial et financier mais aussi socio-économique, culturel, politique et écologique.

Libre marché, libre concurrence, compétitivité économique, placement du capital financier là où l’argent, suivi au jour le jour, rapporte le plus, délocalisation de la production là où elle coûte le moins cher, stimulation de la consommation et in fine de la croissance… deviennent les maîtres mots d’une mondialisation caractérisée par la banalisation de l’accès à l’information, l’avènement d’une nouvelle culture, celle du cyberspace, mais également par des crises financières à répétition.

L’ouverture des Etats-nations sur les marchés financiers internationaux avait en effet déjà provoqué des crises de plusieurs types : crash boursier ou crise de la dette étatique (bons du Trésor, obligations…) menant à une crise de liquidités, faillites bancaires dues à une crise de liquidités ou l’inverse et, enfin, crise de change qui survient lorsque une monnaie perd plus de 25% de sa valeur en un an par rapport à une monnaie de référence.

Ces crises deviendront plus régulières au cours des années 1990 touchant certains pays nouvellement ouverts sur la nouvelle économie dite mondiale : Mexique (1994), Asie du sud-est (1997), Russie (1998) et Brésil (1999). Outre les conséquences dévastatrices qu’elles ont occasionnées pour le système financier et l’économie réelle de ces pays, elles n’ont pas manqué de se propager à d’autres pays qui en étaient économiquement dépendants. C’est ainsi qu’en 2001, la crise financière frappe à son tour l’Argentine [3] sous l’effet, certes, d’une intégration précipitée des marchés de capitaux (90% des banques et 40% de l’industrie aux mains de capitaux internationaux), mais aussi de la crise Mexicaine, ayant entrainé une baisse notable des flux de capitaux dans cette région, et celle du Brésil, principale destination des exportations Argentines.

Ces crises ont en commun d’avoir, toutes, profité au Capital financier dans la mesure où ce dernier finit toujours par fructifier ses placements [4]. Les organisations internationales (FMI, BM…) interviennent toujours de la même manière : elles imposent, en contrepartie de leurs aides, des réductions draconiennes des dépenses étatiques (salaires, Education, Santé…) nécessaires pour le remboursement de la dette contractée à des taux intégrant une prime de risque-pays plus importante. Et pour certains de ces pays (cas de l’Argentine), ces aides sont conditionnées, en plus, par de nouvelles déréglementations touchant souvent des secteurs stratégiques à forte valeur ajoutée (énergie, mines, télécommunications…).

Une grosse crise en 2008 après 20 ans de crises financières à répétition

Au lendemain de la confirmation de la crise financière aux Etats-Unis, au lieu de la comparer aux crises financières récentes qui l’avaient précédée pour en tirer les enseignements, l’attention a été focalisée presque exclusivement sur la comparaison avec la crise de 1929 qui n’était pas de même nature. Voici ce qu’inspirait cette comparaison à l’économiste Olivier Pastré [5] en octobre 2008 :

"Ceux qui pensent que nous vivons une situation semblable à la crise de 1929 sont, dans le meilleur des cas, irresponsables. Il n’y a aucune comparaison à faire entre la situation actuelle et la crise de 1929. A cette époque, le ralentissement de l’économie avait précédé les faillites bancaires. Actuellement, la croissance reste dynamique, atteignant environ 4% au niveau mondial. Par ailleurs, en 1929, les banques centrales avaient fermé le robinet du crédit. Elles ont tiré l’enseignement de cette erreur, et elles ont donc favorisé la liquidité sur les marchés depuis plus d’un an."

Arrêter la comparaison à ce premier remède palliatif, qu’est la sur-injection de liquidités tous azimuts aux frais des contribuables, en dit long sur la gravité de la crise actuelle. Etant donné que les Etats-Unis dominent le monde sur les plans financier, économique et surtout monétaire, la crise n’a pas manqué de contaminer de manière décisive le système financier international et, par la récession qu’elle a induite, toute l’économie mondiale. La crise de 2008 et celles qui l’ont précédée appellent une réforme en profondeur du système financière international.

La mise en place d’une nouvelle architecture et d’une nouvelle réglementation, avec l’adoption d’une nouvelle monnaie de référence mondiale en lieu et place du dollar, devrait être précipitée par l’ampleur de la crise et les tensions actuelles sur ces questions entre les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et les pays émergents dont essentiellement ceux du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

La question qui se pose alors avec acuité est de savoir si les Etats-nations réussiront, ensemble, cette réforme ou seront-ils confinés à terme par le capital financier dans leur rôle de gendarmes nationaux de la mondialisation actuelle ?

En réalité, au-delà de ses risques techniques, la mondialisation, par son idéologie excessivement libérale, comporte d’autres dangers qui s’imposent déjà aux Etats-nations.

Les dangers intrinsèquement liés au libéralisme excessif

L’aggravation des inégalités des revenus et de la pauvreté

"Le XXe siècle a été marqué par une croissance moyenne remarquable des revenus, mais qui, à l’évidence, a été inégalement répartie. L’écart entre les riches et les pauvres, qu’il s’agisse des pays ou des personnes, s’est creusé. Le PIB par habitant du quart le plus riche de la population mondiale a pour ainsi dire sextuplé, tandis que celui du quart le plus pauvre a moins que triplé. Les inégalités de revenu se sont manifestement aggravées".

Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette citation est tirée d’un rapport du FMI [6] datant de l’année 2000 et faisant référence à une étude de 42 pays représentant près de 90 % de la population mondiale. "La production par habitant a augmenté sensiblement mais la répartition du revenu entre les pays est plus inégale qu’au début du siècle", précise ledit rapport.

Cette répartition inégale entre pays s’explique par le fait que, dans un commerce international dopé par la mondialisation, la part des produits manufacturés fabriqués dans les pays avancés ou assemblés pour leur compte (grâce aux délocalisations) dans les pays émergents a enregistré l’augmentation la plus significative au détriment des produits de base (denrées, énergie) qui viennent souvent des pays pauvres.

Quant à la pauvreté, les chiffres officiels se font évidemment rares mais une analyse des impacts sur le marché du travail de l’idéologie libérale, qui domine la mondialisation, permet de dégager certaines tendances inquiétantes.

Le premier impact, bien connu, est celui des déréglementations qui suppriment en nombre les emplois étatiques selon la règle du capital privé qui veut que le maximum de profits soit obtenu avec les coûts les plus faibles possibles et donc le moins possible de masse salariale.

Le deuxième impact réside dans le fait que les nouveaux emplois générés grâce à la mondialisation sont, d’une part, soit limités en nombre (grâce aux progrès technologiques) ou à forte exigence de qualification (nouvelles technologies, services…) - et concernent donc plutôt les pays avancés ou les rares nouvelles économies industrialisées – soit, d’autre part, il s’agit d’emplois en masse, précaires et très faiblement rémunérés, dans les pays en développement qui s’adressent plutôt, en grande partie, aux travailleurs venant du milieu rural ou des pays pauvres.

Le troisième impact concerne les pays avancés dans lesquels la mondialisation finit par installer un chômage structurel. En effet, les mutations apportées dans le marché du travail de ces pays handicapent les travailleurs les moins qualifiés du fait du progrès technologique ou ceux exerçant dans les industries sur le déclin, à cause des avantages qu’offrent aux investisseurs les délocalisations dans les pays à bas salaires. Ces délocalisations ont commencé ces dernières années à porter sur certains emplois qualifiés (techniciens, programmeurs informaticiens…) du fait du développement croissant de la production industrielle et des services dans les pays émergents ou en développement.

Etant donné que les revenus sont inégalement répartis entre les riches et les pauvres, on peut ainsi affirmer que la mondialisation aggrave la pauvreté, non pas au sens où elle aggrave la situation de ceux qui sont déjà pauvres mais dans la mesure où globalement elle est propice à accroitre leurs nombres à travers le monde (nombres de nouveaux pauvres générés par la mondialisation vs nombres de pauvres intégrés dans la classe moyenne).

L’affaiblissement du rôle des Etats-Nations

Le Marché ayant toujours raison (!), les gouvernants sont appelés de plus en plus à se confiner dans un rôle de gestion technique ou managériale des impacts de la mondialisation, avec tout ce que cela impose comme banalisation de la vie politique dans les Etats-nations.

Les résultats des programmes des partis politiques, de droite comme de gauche, traditionnellement portés au pouvoir dans les pays démocratiques, ne sont-ils pas de moins en moins différenciés par les électeurs ?


Parmi ces impacts on peut citer :


<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->L’aggravation du chômage et de la pauvreté que les Etats-nations doivent traiter à travers la protection sociale, la réinsertion professionnelle et les mesures d’aides aux catégories les plus démunies. La généralisation de l’accès au crédit sert à contenir les fractures sociales au niveau de la classe moyenne.

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->La problématique de l’endettement qui, faute de pouvoir augmenter la pression fiscale synonyme de fuites des capitaux, occasionne le plus souvent un traitement technique visant à renégocier et à rééchelonner à long terme la dette à des conditions souvent plus intéressantes pour les créanciers et ce, au détriment du développement socio-économique. Si elle n’est pas résolue structurellement, cette problématique pourrait même provoquer à terme la remise en cause des acquis en matière de protection sociale.

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->L’affaiblissement de l’identité et des cultures nationales à cause de la prédominance du cyberspace ainsi que les menaces sécuritaires qui poussent les états-nations à une gestion plus vigoureuse des conflits et des troubles sociaux. Il convient de signaler également que les flux migratoires que provoque la mondialisation ainsi que les tensions sociales qu’exacerbent le chômage, la pauvreté et les guerres [7], font monter les communautarismes et le racisme.

<!--[if !supportLists]-->· <!--[endif]-->Les difficultés croissantes pour les pays en développement pour s’industrialiser, seule issue pou accélérer leur développement socio-économique, du fait de la forte compétitivité des produits manufacturés des pays avancés ou émergents et du difficile accès aux marchés d’exportation.

 

En conclusion, la mondialisation pourrait favoriser la paix et la coopération, par les interdépendances qu’elle crée entre les Etats-nations – notamment dans le cadre d’ensembles régionaux - et le rapprochement des hommes, des cultures et des distances qu’elle apporte par la banalisation de l’accès à l’information et aux moyens de communication et de transport. En revanche, l’idéologie libérale excessive et la logique de domination qui caractérisent la mondialisation actuelle constituent les principales menaces qu’elle fait planer sur les Etats-nations.

Un an après l’éclatement de la crise financière, il est fort probable qu’en attendant de se sortir de la crise économique qui s’en est suivie, les Etats-Unis tenteront d’obstruer ou de limiter la refonte du système financier international, à mois que ce pays n’implose de lui-même ou que la crise économique et la course au contrôle des réserves énergétiques ne précipitent un nouveau rapport des forces sur la scène mondiale.

Ben Khabou (29 août 2009).


Sources :

(*) WikPédia.

[1] http://www.dauphine.fr/siroen/colloqueehess.pdf

[2] http://www.ac-rouen.fr/hist_geo/doc/cfr/mond/mond.htm

[3] http://users.skynet.be/cadtm/pages/francais/criseargentinezac.htm

[4] http://www.oid-ido.org/article.php3?id_article=613

[5] http://marches.lefigaro.fr/stocks/actualites.html?ID_NOTATION=1544924&ID_NEWS=85659308&LANG=fr

[6] http://www.imf.org/external/np/exr/ib/2000/fra/041200f.htm#III

[7] http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-moyen-orient-nouveau-les-60392


http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mondialisation-que-restera-t-il-60811

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche