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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 20:27

29.08.2009

Un dimanche historique à Tokyo

Si les sondages ont raison, dimanche sera une date historique pour le Japon. Les esprits les plus enthousiasmes comparent l’évènement à l’ère Meiji, période du 19ième siècle où en quelques années, l’archipel a absorbé les institutions et les technologies occidentales. Pour la première fois depuis 1955 le Parti libéral démocrate (Jiminto), un conglomérat de factions conservatrices allant de la droite classique à l’extrême droite perdra le pouvoir au profit d’une nouvelle formation : le Parti démocratique du Japon (Minshuto).

 

 

 

 

Portrait façon manga de Yukio Hatoyama, dirigeant du Parti démocratique du Japon et futur 1er ministre du Japon si son partri remporte les législatives de dimanche,

 


Curieusement cette alternative revient au bipartisme des années vingt lorsque la politique se jouait entre deux partis. En tout cas, la victoire du PDJ met un terme à cette incongruité d’une « démocratie à parti unique ».

 

Le programme du PDJ est concentré en quelques mesures phares : instauration d’allocations familiales (26 000 yens par enfant), abolition des péages d’autoroutes, allègement de la fonction publiques, abolition de certaines niches fiscales, réduction de 18 à 11% de l’impôt sur les sociétés payé par les PME, revalorisation du minimum horaire de 700 ( 5 euros) à 1 000 yens...

 

Si ce programme semble timide comparé à celui de la gauche européenne, il consiste pourtant un virage majeur. Pour la première fois dans l’histoire japonaise, la page d’une politique économique basée sur l’offre sera tournée pour donner la priorité à la demande des ménages.

 

Jusqu’à présent la gestion du PLD se résume à un slogan : « ce qui est bon pour les entreprises est bon pour le pays ». Depuis un demi-siècle l’organisation sociale, économique et fiscale est régie par ce principe présenté comme la panacée. Avec le PDJ, la proposition est inversée et c’est plutôt « ce qui est pour les ménages est bon pour le pays et donc les entreprises ».

 

En comprimant la consommation, cete politique de l'offre permit dans les années soixante d’assurer une croissance économique très rapide, similaire à ce que connaît la Chine aujourd’hui. Aujourd’hui, de grandes marques japonaises sont connues dans le monde entier.

 

Cependant, le Japon montre les dangers de mettre l’accent sur l’offre (l’investissement des entreprises comme unique condition de la croissance). Sa réussite apparente, l’émergence de multinationales, a coûté très cher, et a finalement appauvri le pays.

 

 

 

 Meeting de Ichiro Ozawa, le fondateur du Parti démocratique du Japon (PDJ ou Minshuto), à Tokyo en avril.

 

 

Les comptes publics n’ont jamais été sains à Tokyo. A la fin des années quatre-vingt, alors qu’une majorité de spécialistes prédisaient l’émergence du Japon comme numéro un mondial, très peu notaient que la dette publique, que se trimballait l’état depuis le choc pétrolier de 1973, pesait déjà 80% du PNB. Que d’autre part, pour alléger les charges sur les entreprises, la protection sociale restait rudimentaire, et qu’en absence de retraites (la moitié des retraités vit avec mois de 370 euros par mois aujourd’hui) les Japonais ne pouvaient compter que sur leurs épargnes personnelles, c’est-à-dire compresser leur consommation pendant leurs années d’activité ou comme dirait notre Président Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus ».

 

Cette politique a accouché d’une structure économique déséquilibrée où la pointe est quelques grands noms servis comme les daimyos (seigneurs) industriels de jadis par une nuée de serviteurs dociles.

 

Enfin afin d’assurer au PLD d’être reconduit et de pérenniser cette hiérarchisation de l’économie, l'état a soutenu financièrement à des lobbies servant de machine électorale comme les médecins, les chambres de commerces, les syndicats professionnels comme ceux du bâtiment... Bénéficiant de rente au détriment du consommateur et du contribuable, l’entretien de cette clientèle a grevé les dépenses des familles et les finances publiques.

 

Ce système a montré ses limites dès la fin des années soixante-dix. Mais la remontée du dollar sous Reagan, puis la bulle spéculative qui a suivi ont masqué ces déficiences gravissimes. A l’implosion de la « bulle des actifs », le PLD a tenté de maintenir en vie ce système en poursuivant dans la même voie. Le résultat a été encore plus de dépenses publiques, toujours moins d’impôts, une déréglementation féroce du marché du travail pour abaisser les salaires...

 

Les conséquences se lisent dans deux chiffres : la dette publique est, selon les calculs, aujourd’hui de 190% du PNB voire 217% (F.M.I). L’épargne, elle, est tombée de 20% des revenus à moins de 3%, c’est-à-dire à un taux deux fois moins que les Etats-Unis aujourd’hui. Quant au salaire horaire, il est tombé de 1 200 yens à 600 yens, soit à son niveau d’il y a vingt-cinq ans. La chute continue puisque le salaire moyen s’est contracté de 7% entre juin 2008 et juin 2009, une telle chute n’a pas été enregistrée depuis les années trente ou l’effondrement de l’URSS.

 

Le second volet des réformes du DPJ concerne l’administration. Le pouvoir réel est en fait concentré dans les mains de l’administration. Mais c’est un pouvoir morcelé puisque chaque ministère ne perçoit de la réalité que dans les limites du domaine qu’il contrôle et n’a pas une vue d'ensemble. Et c’est un pouvoir inefficace en cas de crise puisqu’il est incapable de concevoir une stratégie d’ensemble et d’imposer des mesures contraignantes. C’est la fonction de la classe politique qu’elle remplit plus ou moins bien d’ailleurs, mais c’est sa fonction.

 

voir site 

 

Les exportations du Japon (tableau de gauche) et sa production industrielle (à droite). Sa croissance dépendant depuis des années de ses exportations à cause d'une demande intérieure trop faible, le Japon est le plus atteint des grands pays industriels, quasiment autant que l4espagne, victime de l'effondrement de l'immobilier ou que l'Angleterre frappée de plein fouet par la crise de la finance. Etce à un moment où ses finances publiques sont catastrophiques. 

 

 

 

Le Japon a donné l’image d’un pays consensuel, mais c'est parce que la politique était réduite à des tractations en coulisses entre élus, bureaucrates et milieux d’affaires et donc invisibles. Aucun débat n’était public. Le Japon avait la réputation d’avoir dépassé la politique, de l’avoir abolie alors qu’elle n’était que cachée et que la population était dépossédée de son droit et de son devoir de participer. Ce qui créait la fiction de l’unité du pays derrière les mêmes objectifs.

 

S’il est élu, le DPJ renforcera considérablement le pouvoir du gouvernement et du parlement. Les décisions seront prises par le premier ministre à partir des propositions des députés, et non plus élaborées comme sous le PLD par la haute administration. Pour casser le lien entre technocrates et entreprises, l’amakudari, le pantouflage généralisé des fonctionnaires sera interdit. Ce pantouflage était un des moyens qui soudait la collusion entre PLD, administration et grande industrie.

 

La popularité du Minshuto est aussi dû à sa volonté de rompre avec la pratique des accords en coulisses. Depuis plusieurs années, il s'est systématiquement affronté au gouvernement et porté les grands débats sur la place publique. Car, et c’est sans doute, le plus significatif : le Japon redécouvre la politique.

 

Crise !... a abordé dans dans des notes précédentes certains aspects de la situation du Japon (cliquez sur ce tag pour lire ces notes !)

 

(par Bruno Birolli)


http://crisevousavezditcrises.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/08/29/un-dimanche-historique-a-tokyo.html

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Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
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