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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 19:55



LES FINANCEMENTS INTROUVABLES
DE LA RELANCE

 
S’il fallait énoncer le consensus – cette notion si chère aux financiers – qui semble se dessiner à propos de la situation économique prévisible dans les pays occidentaux, on serait tenté de le faire ainsi :

1/ Dans le meilleur des cas, mais ce n’est pas garanti, la croissance sera très timide et ce sont les services financiers d’une part et la dépense publique de l’autre qui y contribueront pour l’essentiel.
2/ Les risques simultanés de l’inflation et de la déflation subsisteront, paralysant les banques centrales et leurs armes monétaires.
3/ Le chômage va continuer de croître.
4/ Le secteur bancaire va rester profondément atteint et continuera d’être globalement incapable de jouer son rôle d’intermédiation.
5/ La dette publique va continuer d’augmenter, mais les financements de nouveaux plans de relance ou de la couverture sociale, sous tous ses aspects, vont devenir plus problématiques.
6/ La chute libre a été enrayée, mais de nouveaux importants dérapages au sein du système financier ne peuvent pas être exclus.
7/ Il est illusoire d’attendre des Etats-Unis, comme de la Chine, la relance de l’économie mondiale et nous ne retrouverons pas de sitôt la croissance d’avant la crise.

A partir de ce constat, largement partagé bien qu’avec des nuances, si l’on ne s’en tient pas aux termes, la discussion est engagée sur ce qu’il faut en conclure et faire. Et là, les avis divergent, quand ils existent même ! Les sherpas des chefs d’Etat du prochain sommet de Pittsburgh ont du pain sur la planche ! Le directeur général adjoint du FMI, John Lipsky, comme c’est devenu l’habitude, a choisi de tirer le premier en cette rentrée et avant ce rendez-vous : « Nos prévisions de croissances conformes aux dernières données montrent que l’expansion de l’économie mondiale dans l’année qui vient présuppose que les économies du G20 continueront à mener les mesures de relance qu’elles ont promis ». D’un certain point de vue, il n’a ainsi fait que rappeler les engagement du G20 de Londres, mais il a implicitement souligné que les gestes n’avaient pas suivi les paroles et qu’il allait falloir en passer par là. Et c’est précisément là que le bât blesse. Pour avoir un peu de croissance à montrer à ses administrés, il faut payer (avec leur argent) !
On susurre ici et là que l’administration Obama préparerait un nouveau plan de relance sans le dire, retardant le plus possible son annonce, afin de ne pas rendre encore plus aléatoire l’adoption de la réforme du système de la santé. Mais les actualisations du déficit prévisionnel américain cumulé récemment publiées font déjà à la fois trembler et tempêter les membres du Congrès, et l’affaire ne sera pas facile à faire adopter. En Europe, on continue de bricoler pays par pays, tandis que les Allemands s’arcboutent et pratiquent le « ni-ni » pour tenter d’échapper à ce qu’ils estiment le pire, auquel ils ne veulent pas se résoudre. Ni inflation, ni augmentation des déficits publics. Mais il n’y aura pas d’autre issue que leur utilisation combinée, sauf à ce que la communauté internationale réponde favorablement à la lettre envoyée à ses homologues par Peer Steinbrück, le ministre allemand des finances, qui écrit sans ambages : « Je veux discuter avec vous de la manière dont nous pouvons demander, de manière coordonnée et à l’échelle internationale, une plus forte contribution des marchés financiers au financement des immenses coûts de la crise ». Ce qui reviendrait, si une telle contribution était obtenue, à soulager d’autant les finances publiques et à ne pas accroître les déficits, générant ensuite la forte tentation de réduire le poids de ceux-ci grâce à l’inflation.
La proposition est parfaitement cohérente, mais quelles chances a-t-elle d’être retenue, quand on observe le tollé qu’ont suscité les propos de Lord Turner, le chef du FSA britannique (le régulateur financier), évoquant pour sa part une taxation de certaines transactions financières ? Il y a d’ailleurs depuis persisté et signé, sans se laisser démonter. Et même annoncé qu’il prononcerait à ce sujet un discours deux jours avant le sommet de Pittsburgh ! Remarquons que les deux interventions vont dans le même sens et s’épaulent mutuellement, permettant d’attendre pour voir si d’autres vont rebondir sur cette opportunité. Sans nécessairement attendre le renfort de Nicolas Sarkozy, appuyé du bout des lèvres par Angela Merkel, qui dans toute son audace dépassée propose de taxer…les bonus des traders.
Nous assistons à un nouveau jeu de la patate chaude qui pourrait s’intituler « qui va financer la relance ? » Peut-on croire que les méga banques vont accepter de le faire, en tout cas sans de sérieuses contreparties, quand on observe l’intensité du lobbying qu’elles ont engagé aux Etats-Unis à propos de l’énorme marché des produits dérivés, qu’elles considèrent comme crucial pour leurs affaires et que l’administration Obama cherche à réguler ?
Il serait toutefois erroné de penser que cette proposition allemande a été faite pour la gloire et que ses auteurs accepteront finalement, n’ayant pas pu convaincre leurs pairs, cette inflation dont ils combattent la perspective depuis le début de la crise, notamment en empêchant, puis en limitant fortement, l’adoption de mesures dites « non conventionnelles » par la BCE. D’autant que si le gouvernement américain dissimule pour l’instant la perspective d’un nouveau train de mesures de soutien et de relance économique, il ne peut pas suggérer à la Fed, dont le président vient d’être redésigné sur la base d’un programme contraire, de l’aider en achetant des bons du trésor pour financer un nouveau plan. Les milieux d’affaires américains ont clairement fait savoir qu’ils ne voulaient pas de l’inflation. En Europe, cette question pourrait, si elle devenait cruciale, aller jusqu’à faire éclater la zone euro, une perspective devant laquelle tout à chacun réfléchira avant de s’y engager. En France notamment.
Cette partie s’avère donc complexe à jouer, d’autant que la BCE y a apporté sa contribution à propos d’un autre versant de la situation, en publiant le 28 août un rapport intitulé « Stabilité du secteur bancaire dans l’Union européenne », largement passé inaperçu dans la presse, et qui met pourtant à sa manière les pieds dans le plat, après les déclarations passablement inquiètes de son président Jean-Claude Trichet (qui n’en est pourtant pas coutumier), lors de la rencontre des banques centrales de Jackson Hole. Le rapport explique que « …les perspectives de profitabilité des banques de l’UE en 2009 restent fort incertaines, à tout le moins en raison de la perspective d’une nouvelle augmentation sensible des coûts de provisionnement des pertes sur créances ». Il ajoute : « En dépit des signes montrant apparemment une modération du rythme de contraction, les perspectives économiques de l’UE restent dotées d’un degré d’incertitude élevé. Les risques pour la stabilité demeurent élevés, car le cycle du crédit n’a pas encore atteint son point bas, ce qui implique que les pertes sur créances risquent de ne pas culminer avant la fin 2009 ». La banque centrale préconise ensuite que les banques s’assurent qu’elles sont bien pourvues en fonds propres et en trésorerie. Chaque mot étant pesé, on admirera le « apparemment » dont est assorti la « modération du rythme de contraction », renforcé par un « degré d’incertitude élevé ».
Mais c’est sur un autre aspect de la situation du système financier que la BCE pointe le doigt et évoque des dangers, à savoir les produits dérivés de crédit. Ce qui est signifié, c’est, dit autrement, que nul n’y voit toujours clair dans ce domaine, et que le manque d’informations relatives au trading de swaps de défaut de crédit laisse planer de sérieuses incertitudes. Encore plus inquiétant, la banque évoque le creusement des spreads des swaps de défaut de crédit souverain depuis la mi-mars. En d’autres termes : la « note » attribuée par les marchés financiers à la dette publique est de plus en plus mauvaise. Ce qui renvoie au problème précédent, l’accroissement préoccupant des déficits publics.
Les gouvernements occidentaux ont cru pouvoir sortir de la crise en pensant qu’il suffisait de soutenir le système financier et que, un désendettement progressif aidant, tout rentrerait finalement dans l’ordre et repartirait comme avant. L’adoption de mesures de régulation « anti-systémiques » permettant d’éviter le renouvellement de la chute libre que nous avons connu. Mais ils se sont doublement trompés. 1/ Le système financier n’est absolument pas assaini et souffre en plus, désormais, des effets de la crise économique. 2/ Cette dernière est profonde, oscille entre déflation et récession, ne présente des signes de sortie de cette dernière que grâce à l’effet de financements publics difficiles à renouveler, et qui ne sont en tout cas pas permanents.

C’est à nouveau l’impasse. C’est bien pour cela, d’ailleurs, que la tentation de l’inflation resurgit actuellement, comme un remède miracle qui n’en serait pas un, et que les débats vont se polariser autour de lui.

Et si l’on voulait, pour parachever cet édifice branlant, rajouter encore une pierre, il suffirait de constater comment la concentration bancaire déjà acquise rend parfaitement illusoire toutes les mesures de régulation anti-systémiques annoncées, avant même qu’elles ne soient décidées et mises en pratique : un nombre plus petit de plus grosses banques constitue désormais le club très fermé des « too big to fail ». C’est un fait accompli devant lequel les gouvernements n’ont plus qu’à s’incliner. Aujourd’hui, et demain quand il faudra à nouveau les sauver.
 
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Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
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