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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 00:05

RIEDWIHR
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La faillite programmée du système éducatif

septembre 6th, 2009

Le système éducatif français est aujourd’hui en situation de déclin accéléré.

Le phénomène a été maintes fois décrit et analysé. Rappelons-en rapidement les symptômes :


  • Un niveau de formation initiale
    (maîtrise de la lecture, de l’écriture, des opérations mathématiques élémentaires) inférieur à celui qui existait il y a 20 ou 40 ans. Aujourd’hui, 15 % des élèves entrent en classe de 6e sans savoir lire ou écrire et 25 % (en sus des 15 %) « n’ont pas le niveau » : l’échec est déjà programmé pour 40 % des élèves dès l’entrée en 6e.
  • Une ghettoïsation croissante. Il y a toujours eu des « bons » et des « mauvais » établissements mais l’écart entre eux ne cesse de croître, aggravant un peu plus la fracture entre classes sociales.
  • Une dévalorisation des diplômes. Quand le pouvoir politique fixe l’objectif, certes louable, d’amener 80 % d’une tranche d’âge au bac sans, dans le même temps, investir (en professeurs, locaux, etc.) pour atteindre cet objectif, le seul moyen pour masquer l’échec est alors de baisser le niveau du diplôme.
    Comme on a drogué le consommateur au crédit pour lui faire oublier que son pouvoir d’achat dégringolait, on a drogué élèves et parents d’élèves au diplôme (bidon) pour leur faire oublier qu’il ne débouchait plus sur un job digne de ce nom et ne permettait plus aucune ascension sociale : l’ascenseur social n’est pas en panne, il a tout simplement disparu.
  • Un corps professoral dévalorisé. Mal payés, peu considérés socialement, soumis à des pressions contradictoires entre hiérarchie et parents d’élèves, à des conflits de conscience entre éthique et obéissance aux ordres et instructions de leur administration, les enseignants sont à la dérive, conscients que le « système » mène leurs élèves à l’échec tout en essayant, à titre individuel et contre vents et marées, d’en sauver le plus grand nombre.
  • Un enseignement supérieur où l’écart de niveau et la différenciation sociale s’accroissent inexorablement entre étudiant(e)s des filières « nobles » (prépas, grandes écoles, sciences po, ENA, médecine…)  et les autres (filières universitaires en sciences humaines, BTS…).

Pourquoi ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels phénomènes se sont combinés pour générer une telle dégringolade ?

Un premier élément est, selon nous, à la source de cette évolution : la tendance naturelle de tout corps social, y compris et surtout l’élite, à s’auto-reproduire. Lorsque des nouveaux entrants font leur entrée au sein des classes dirigeantes, ils acquièrent bien vite le réflexe qui consiste à fermer la porte, à verrouiller le système pour que seule la voie héréditaire permette le renouvellement.


La dernière fois que les cartes ont été rebattues, c’est à la Libération et dans les 20 ou 30 années qui ont suivies, à la fois pour des raisons politiques (collaboration d’une partie des classes dirigeantes de la Troisième République avec l’occupant, d’où nécessité de renouvellement) et économiques (la forte croissance économique des Trente Glorieuses a ouvert des possibilités d’ascension sociale).

Depuis les années 1970-1980, quelle que soit la majorité au pouvoir, le mouvement d’ossification a repris et les élèves de l’enseignement public en ont été les premières victimes : la nouvelle classe dirigeante, ayant assuré la perpétuation de son espèce via un réseau de « bonnes » écoles qui lui étaient de facto réservées, a laissé partie à vau-l’eau l’école de la République qui l’avait pourtant éduquée.

Un second élément explique cette dégénérescence : la taille et la complexité croissantes de ce système éducatif. Plus un système (entreprise, État ou tout type de groupement humain) est complexe, plus il consomme d’énergie (moyens humains et financiers) pour s’auto-entretenir, aux dépens de son objectif ou de sa finalité. C’est exactement le cas de l’Éducation nationale : sa complexité croissante nécessite de plus en plus de ressources pour « simplement » fonctionner. Les compétences sont mobilisées pour résoudre les « problèmes » internes du système (organisation, coordination, statuts, etc.), au détriment de sa mission qui est d’assurer un enseignement de qualité.

Pour toutes ces raisons, il serait puéril et simplificateur de condamner, selon ses préférences politiques, le ministre (incapable), les enseignants (laxistes), les élèves (fainéants) ou les parents d’élèves (irresponsables).

Alors, quelle(s) solution(s) face à un tel gâchis ? Nous ne prétendons pas apporter en quelques lignes la réponse face à une telle complexité mais pouvons néanmoins suggérer quelques pistes :



  • Toute solution globale, ayant pour objectif de réformer l’ensemble du système, est vouée à l’échec. Comme l’ex-URSS et tous les systèmes complexes en déclin, l’Éducation nationale n’est plus globalement réformable. Croire le contraire relève de l’affirmation idéologique sans fondement sérieux, de la naïveté… ou du cynisme, si l’on souhaite que rien ne change.
  • Le recrutement et la formation des professeurs sont le premier maillon, le socle de toute réforme, avec un objectif qualitatif et non quantitatif. Attirer les meilleur(e)s, faire en sorte qu’une carrière professorale soit plus attractive qu’une carrière dans le privé, est une condition indispensable si l’on souhaite donner un deuxième souffle à l’école publique. L’exercice est évidemment extrêmement difficile car il bouleverse le sacro-saint principe selon lequel il n’y a pas de mauvais profs.
    Comme l’eût dit Monsieur de la Palisse, introduire du qualitatif implique de juger effectivement de la qualité du travail des enseignants, de récompenser les meilleurs et de licencier les plus mauvais. Mission quasi-impossible…
  • Toute réforme passera donc par la mise en place de structures parallèles, quasiment « dissidentes », qui sauront faire de cette marginalité un défi à relever, tout en étant averties et conscientes du (fort) risque d’échec existant.
  • Le sommet n’étant plus capable d’impulser le changement, c’est de la base que devra venir l’initiative, c’est-à-dire des parents d’élèves et des professeurs. Nombre de professeurs sont en effet prisonniers du schéma de guerre de tranchées qui les oppose à leur administration : revendications de salaire, statut et conditions de travail contre volonté de limiter les dépenses (dernier épisode en date : l’annonce de la suppression des IUFM)…
    Il faut sortir de ce blocage et des professeurs et parents d’élèves, conscients de la dégradation de l’école publique et victimes collatérales de cette situation qui mène leur progéniture à l’échec, sont assurément prêts à prendre l’initiative.
  • Enfin, dans le mode d’apprentissage, il faudra sortir du traditionnel cours magistral 100 % présentiel pour imaginer d’autres formes d’acquisition des connaissances : enfants et adolescents passent plus de temps une console de jeux entre les mains qu’à écouter leurs professeurs, sans parler de l’intérêt porté à la première activité ! Ce que l’on appelle aujourd’hui le ludo-éducatif devra donc prendre une part plus importante dans la formation. On ne reviendra pas à l’école de Jules Ferry et l’énergie déployée pour ressusciter les schémas culturels du passé l’est en pure perte : ce n’est pas le bon combat.

L’alternative à ces esquisses de propositions, c’est de prolonger la situation actuelle : un projet de réforme mal ficelé tous les deux ans, échouant trois fois sur quatre face à une mobilisation des enseignants et des élèves, et un ministre que l’on remplace.

Le bateau continuera alors – lentement – à couler et les symptômes décrits au début de ce billet à s’aggraver. Jusqu’où ? Seule la trouille fera réagir l’élite et les classes dirigeantes. Elles ont aujourd’hui la trouille de partager le pouvoir, elles pourraient avoir demain la trouille face à des masses non éduquées qui réclament, très brutalement, un partage du gâteau.

Lundi

© La Lettre du Lundi 2009

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