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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 23:27
AFP/SHAH MARAI

Le candidat à l'élection présidentielle afghane Abdullah Abdullah se rend sur la tombe de Massoud dans la vallée du Panchir, le 10 septembre 2009.
Le candidat à l'élection présidentielle afghane Abdullah Abdullah se rend sur la tombe de Massoud dans la vallée du Panchir, le 10 septembre 2009.

"Si Karzaï est réélu avec des fraudes, les gens vont s'y opposer. Il y aura sûrement des violences." L'homme qui lance la mise en garde n'est pas un jeune fier-à-bras. La quarantaine respectable, Nazar Mohammad aide sa femme, apparemment malade, à grimper la rocaille vers le village de Koraba, accroché à flanc de colline.

Dans le creux de la vallée, la rivière Panchir dégorge ses flots d'un vert profond, bouillant d'écume sur les saillies rocheuses. Koraba ouvre sur un pays à part, défilé de gorges nues trouant la chaîne de l'
Hindou Kouch, bastion de feu Ahmed chah Massoud, le "Lion du Panchir", qui tint tête à la fois aux Russes et aux talibans.

L'Afghanistan attend toujours l'annonce des résultats définitifs du scrutin présidentiel du 20 août - prévue pour le 17 septembre, mais la date demeure incertaine.

Une simple visite dans le Panchir donne une idée du risque de déraillement du processus électoral si le président sortant, Hamid Karzaï, devait être reconduit dans des conditions jugées frauduleuses.

Située à 150 km au nord de Kaboul, la vallée du Panchir est le fief électoral d'Abdullah Abdullah, principal rival de M. Karzaï. Panchiri par sa mère, M. Abdullah fut le secrétaire particulier du commandant Massoud. Un passé qui pèse lourd dans les esprits. La région vit toujours dans le culte du héros disparu, assassiné le 9 septembre 2001, deux jours avant le 11-Septembre (Eva: "Ils" savaient déjà qu'il y aurait le 11 septembre, et les guerres d'Irak, d'Afghanistan.. Et donc, ils ont liquidé le gêneur, celui qui défendrait avec panache, et la sympathie du monde, la liberté contre les envahisseurs de l'Occident...) 

Les portraits du chef de guerre s'étalent partout ; sur les vitres des voitures, le pisé des maisons, le métal des containers dont les épiciers font leur échoppe. Des drapeaux noirs fichés dans la pierre témoignent d'un deuil qui ne finit pas. La mémoire est là, exsudant de ces carcasses de chars soviétiques laissées en bord de route, chenilles rouillées, canon tordu, héritage à ne pas toucher.

Nazar Mohammad fait asseoir sa femme sur un rocher et ouvre la paume de sa main. Elle est griffée de cicatrices. "C'était une roquette russe, dit-il. J'ai été soigné par des médecins français." C'était il y a une trentaine d'années, mais le stigmate explique bien des choses aujourd'hui. Comme tout le monde au village, Nazar Mohammad a voté en faveur du candidat Abdullah, l'héritier de Massoud. Le seul nom de Karzaï lui arrache une moue dédaigneuse. "En sept ans, il n'a rien fait pour nous, grimace-t-il. On n'a toujours pas d'hôpital dans la région. Le plus proche est à deux heures à pied." Subitement, un sexagénaire coiffé d'un calot blanc se mêle à la conversation. Il proclame un brin solennellement : "Si Karzaï ne respecte pas les règles, nous le combattrons comme nous avons combattu les Russes."


Deux kilomètres plus loin, le village de Zamankoor étale ses logis de glaise sur les berges de la rivière. L'humeur n'y est guère différente. Assis devant son épicerie, où le portrait de Massoud trône au milieu des pâtes, friandises et canettes de Coca-Cola, Farid égrène les griefs des villageois. "Nous avions demandé la construction de digues pour nous protéger des crues. Rien n'a été fait, se plaint-il. Le résultat, c'est que trois personnes ont été emportées par les flots en un an, et que de nombreuses maisons ont été détruites. Nous avions aussi demandé des activités économiques créant des emplois. Rien n'a été fait. Conséquence, la jeunesse du village est oisive."


Dans les zones pachtounes de l'est et du sud de l'Afghanistan, cette désillusion jette de nombreux villageois dans les bras des talibans. Dans le Panchir tadjik, il n'en est pas question. La permanence des clivages ethniques dresse une limite à leur expansion, car ils restent perçus par les Tadjiks comme le simple véhicule de l'hégémonisme des Pachtounes.


DÉSENCHANTEMENT


Ce désenchantement ambiant radicalise les esprits, nourrit une crise de confiance à l'égard de tous ceux qui incarnent la "reconstruction" post-2001, y compris la communauté internationale. "Nous espérions tant de l'arrivée des étrangers en Afghanistan, soupire Farid. Nous avons été déçus." Les villageois n'en sont pas à se dresser contre l'OTAN, mais ils réservent toute leur hargne à M. Karzaï. Evoquant l'impact de son éventuelle réélection frauduleuse, Farid reste évasif : "On verra..."


A ses côtés,
Mohammed Big, barbe blanche, front ceint d'un épais turban et bague de lapis-lazuli au doigt, ne s'embarrasse pas de la même prudence. "Bien sûr qu'il y a un risque de violence", lance-t-il en posant à terre son sac de maïs. Comme s'il énonçait une vérité d'évidence. Cette fébrilité laisse de marbre Ghulam Gilani. Le vieil homme est un vétéran du djihad anticommuniste, qui lui faucha la jambe gauche. Sa bravoure lui valut de devenir un célèbre commandant de Massoud dans la zone de Jabul Saraj, juste à l'entrée de la vallée du Panchir.

Prothèse enchâssée au genou, il claudique aujourd'hui dans les allées de son vaste jardin, bienheureux au milieu de ses massifs de fleurs. A l'ombre d'une tonnelle coiffée de grappes de raisin, il câline son petit-fils, dont il s'occupe en l'absence du père, chauffeur de taxi à Londres. Le guerrier à la retraite en a trop vu pour se payer de mots. Les menaces de violences qui flottent dans la vallée du Panchir ? Il n'y croit pas vraiment. "En cas de réélection controversée de Karzaï, dit-il, il peut toujours y avoir un noyau dur de supporteurs d'Abdullah qui cède à la violence. Mais cela n'ira pas loin. Le gros de la population ne suivra pas. Les gens ont connu tant de combats dans le passé. Ils sont fatigués de la violence."


Excès d'optimisme ? Quand le vétéran parle de foyers et non d'incendie, il faut bien écouter car il connaît son affaire. Il la connaît aussi bien que sa colonie de pommiers qu'il flatte amoureusement avant l'arrivée du froid.

 

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La priorité de Washington est que les Taliban déstabilisent l’Asie Centrale

Article rédigé le 14 sept 2009, par Mecanopolis
 

Asia Times, 14 septembre 2009

Même si beaucoup de choses ont mal tourné, la guerre en Afghanistan n’a pas encore été perdue. Heureusement, nous sommes arrivés à un tournant, au moment où un nouvel exercice politique fait son possible pour naître à Kaboul.


afghan war3


Le maillon le plus faible de la stratégie afghane des Etats-Unis a été sa gestion du calcul du pouvoir à Kaboul. A première vue, cela peut sembler être une question de problème culturel. Durant son exercice en tant qu’ambassadeur américain à Kaboul, Zalmay Khalilzad s’est conduit comme le vice-roi et Washington a tout fait pour que l’on comprenne bien que le Président Hamid Karzai jouait les seconds couteaux.

Cependant, après le départ de Khalilzad en 2005 et alors que Karzai remportait sa première élection en tant que président, ce dernier a commencé à s’épanouir. Mais ensuite, alors que la situation afghane se détériorait en 2006, Washington a commencé à attribuer à Karzai le rôle du bouc émissaire responsable de l’accumulation des échecs de la guerre, depuis le mauvais suivi de la reconstruction afghane à l’échec de la surveillance de la culture du pavot et du trafic de drogue, en passant pas par la corruption généralisée et l’ « aide au développement » défectueuse par les institutions afghanes. Les accusations contre Karzai ont atteint des extrêmes.

Alors, où se trouve le vrai Karzai ? Qui est en fait le véritable Karzai ? A quel point cet homme était-il « fort » qu’il a pu « échouer » ? Qu’arrive-t-il maintenant à Karzai à la suite de cette élection présidentielle tumultueuse ? Est-ce que renverser Karzai fait nécessairement partie de l’agenda politique des Etats-Unis ?

Du compte-rendu exhaustif que le porte-parole du Département d’Etat américain, Ian Kelly, a fait mardi dernier aux médias, trois choses ont émergé sur l’approche générale des Etats-Unis vis-à-vis des retombées désordonnés de l’élection [présidentielle] afghane. La première, Washington estime qu’il est possible d’éviter toute impasse dans le sillage de la Commission aux Plaintes Electorales (CPE) dominée par les Occidentaux qui a rejeté les décisions prises par la Commission Electorale Indépendante (CEI) dominée par les Afghans à Kaboul. Kelly a déclaré : « tout ce que nous voyons jusqu’à maintenant est que le processus fonctionne… il faut lui donner une chance de marcher. »

Deuxièmement, « ce ne sera pas une question de jours ou semaines : ce pourrait être une question de mois pour clarifier toutes ces accusations [à propos de fraude électorale]. »

Troisièmement, le plus important, c’est un fait « absolu » que les Etats-Unis, en attendant, considèrent Karzai comme « légitime ». « Nous travaillons avec le Président Karzai tous les jours », a déclaré Kelly.

En somme, il se peut que Washington s’apprête à traiter avec Karzai comme président pendant un nouveau mandat de 5 ans. Mais des clarifications seront nécessaires et, jusqu’à ce que Karzai ait dûment repris le contrôle, la formation d’un gouvernement pourrait devoir attendre. Cela pourrait en effet être une question de mois. En attendant, un gouvernement intérimaire est maintenu, tandis que le Général Stanley McChrystal et l’Ambassadeur [américain] Karl Eikenberry resteront en réalité aux commandes.

Objectivement, toute stratégie américaine pour sauver la guerre ne peut marcher que si son axe central consiste en un gouvernement fort et qui fait autorité à Kaboul. C’est-à-dire que l’ « afghanisation » signifie placer Karzai et son équipe dans le cockpit. Il ne faut pas essayer d’imposer son copilote ou son chef de cabine, car cela serait la bonne recette pour conduire à la confusion. Il n’y a pas de place pour une diarchie, puisque cette notion est étrangère à la culture afghane.

Les Afghans réclament une source de pouvoir unique et identifiable. Mais Washington veut introduire ses candidats désignés dans le gouvernement de Karzai.

En même temps, gérer l’Etat implique de traiter avec les multiples centres de pouvoir locaux. Karzai a montré une capacité extraordinaire à construire une coalition, comme en témoignent ses liens avec Gul Agha Sherzai, Ismail Khan ou Rachid Dostum.

Pour mettre les choses en perspectives, l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, a récemment exprimé sa crainte, à moins que l’Otan ne transfère très rapidement la responsabilité de la guerre entre les mains afghanes, d’un risque croissant que les Taliban soient considérés comme un mouvement de résistance, ce qui serait vraiment une défaite écrasante pour la stratégie d’ensemble des Etats-Unis.


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Certes, l’aspect le plus critique de l’ « afghanisation » serait de laisser carte blanche à Karzai pour établir un contact avec les Taliban. En tant que dirigeant afghan, il est mieux placé pour tirer partie des réalités politiques traditionnelles afghanes. Lui seul saurait [comment et] quand gérer jusqu’aux plus petits détails le point de départ pour les divers arrangements qui sont exigés en réponse aux contraintes ou aux caractéristiques de la société ethnique ou tribale. Il sait que c’est loin d’être le cas que toutes les factions Taliban sont entrées dans un accord faustien avec Al-Qaïda.

Cependant, les Etats-Unis veulent-ils que Karzai fasse avancer son plan consistant à ouvrir des pourparlers avec les Taliban dans les 100 premiers jours de son nouveau gouvernement ?

Il y a un sophisme dans les débats américains actuels sur l’Afghanistan. Alors que les commentateurs américains font une fixation sur la dialectique impliquant les contraintes politiques intérieures et toute nécessité de déploiement supplémentaire de troupes en Afghanistan, l’histoire doit être cadrée en fonction de ce qu’est l’ « Afghanistan » de la guerre.

Le vrai problème de l’élection afghane est que le spectacle même de Karzai montrant des signes d’ « indépendance » vis-à-vis des Etats-Unis a été apprécié dans le bazar afghan. Mais cela énerve Washington.

Toute l’approche des Américains consiste à faire comprendre sans ménagement à Karzai qu’il est vulnérable, qu’il n’est pas en sécurité et qu’il dépend d’eux. Par conséquent, la question centrale se résume à savoir si les Etats-Unis veulent réellement un gouvernement central crédible à Kaboul, qui agira sûrement de façon indépendante, avec la crainte que cela sape leur programme secret dans cette guerre.

Kelly a été explicitement tiède vis-à-vis de la proposition franco germano-britannique faite au Secrétaire Général des Nations Unies de tenir une conférence internationale sur l’Afghanistan. Une lettre de la Chancelière allemande Angela Merkel, du Premier britannique Gordon Brown et du Président français Nicolas Sarkozy, adressée à Ban Ki-Moon mardi dernier, disait « Nous devrions agréer de nouveaux critères et objectifs temporels pour un cadre commun de la phase de transition en Afghanistan, c’est-à-dire préciser ce que nous attendons pour la prise en charge des responsabilités par les Afghans et une vision claire de leur transfert progressif, là où c’est possible. »[1]

Fondamentalement, les dirigeants européens ont appelé à l’ « afghanisation » à l’intérieur d’un calendrier. Leur lettre (qui a été communiquée par le cabinet de Sarkozy mercredi dernier) laissait entendre que les décisions concernant l’Afghanistan ne devaient pas être laissées aux seuls Américains.

Ce qui est intéressant, c’est que lorsqu’il a été interrogé sur cette lettre, Kelly a éludé la question en disant que Washington devait encore être saisi de son contenu. Mais le nouveau secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a révélé l’humeur qui règne à Washington. Il a dit : « Le discours public a commencé à aller dans la mauvaise direction […] Nous devons rester en Afghanistan aussi longtemps que nécessaire et nous y resterons aussi longtemps que nécessaire. Ne laissons personne croire qu’une fuite vers la sortie est une option. Ce n’en est pas une. »

Si l’on doit croire Rasmussen – et il s’est exprimé alors qu’il était en visite à Washington, mercredi dernier – la continuation de l’Otan en Afghanistan est un objectif en lui-même. Cet objectif prend-il autant d’importance que l’ « afghanisation » et une victoire finale sur les Taliban ? Il le semblerait.

La priorité de Washington est que les Taliban déstabilisent l’Asie Centrale, le Caucase septentrional, de même que la province chinoise du Xinjiang, et qu’ils subvertissent les régions orientales de l’Iran. Un paradigme sécuritaire intéressé s’est développé, dans lequel l’instabilité régionale est menacée par la guerre, laquelle, en retour, sert à justifier la présence prolongée et indéterminée de l’Otan en Afghanistan. Il est clair que l « afghanisation » n’a pas sa place dans ce paradigme.

Les principaux alliés des Etats-Unis dans l’Otan commencent finalement à comprendre le paradoxe, selon lequel, tandis qu’il faut réduire le risque croissant que la guerre contre Al-Qaïda et les Taliban ne devienne une guerre menée par des étrangers contre les Afghans, l’ « afghanisation » ne convient pas aux objectifs américains.

La vieille Europe ne voit aucune raison d’envoyer ses jeunes mourir dans les montagnes de l’Hindou-kouch pour favoriser l’agenda géopolitique relatif à l’expansion de l’Otan. L’éclat de Rasmussen montre que l’heure de vérité a sonné.

M. K. Bhadrakumar, pour Asia Times

L’Ambassadeur M. K. Bhadrakumar  a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Parmi ses affectations : l’Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l’Allemagne, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.


Sur le même sujet, lire également
Les bombes utilisées par les Taliban proviennent des Etats-Unis et Un général pakistanais accuse Blackwater de l’assassinat de Bhutto et Hariri

http://www.mecanopolis.org/?p=9605&type=1

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