Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 08:45


Jeudi 17 septembre 2009
- Par L' Aviseur - Publié dans : AMERIQUE du Nord (USA &
16 septembre 2009
 
La crise qui frappe durement les ménages américains provoque, comme c’est le cas en France, un trou énorme dans les budgets publics, tant au niveau national que local. Incapable de boucler son budget, le comté de Jefferson, en Alabama, a décidé début juillet de licencier les 2/3 de son personnel. Sur les 488 employés à l’entretien du réseau routier, il n’en reste que 89 après ces coupes sombres. Mais le comté n’est pas seulement victime de la baisse de ses recettes. Un projet coûteux et inutile d’amélioration de l’assainissement a été gangrené par la corruption, et les luttes de pouvoir entre responsables locaux et élus de l’Etat paralysent la recherche d’une solution. Enquête du New York Times sur une situation exemplaire des difficultés de l’Amérique profonde.
 
Par Shaila Dewan, New York Times, 31 juillet 2009 [1]
 
Il n’est pas rare de nos jours de renoncer à effectuer des travaux de peinture ou à tondre la pelouse dans un bâtiment de l’administration pour réduire les coûts. Mais la semaine dernière, le directeur de la maison de retraite du comté de Jefferson a été informé que le comté ne pouvait plus payer l’enterrement des personnes les plus démunies.
 
Dans le centre de détention des mineurs de la ville, l’employé de service se demande comment il nourrira les 28 enfants lorsque la totalité du personnel de cantine sera parti. Le receveur des impôts a averti les écoles locales qu’elles doivent s’attendre à un retard de 6 mois pour percevoir leur part de la recette des taxes foncières. Au tribunal des affaires familiales, les administrateurs prévoient de retarder le traitement des cas d’abus sur enfant, des cas de détention et des aides, laissant ainsi certains enfants indéfiniment dans les mains de l’état.
 
Dans tout le comté de Jefferson, qui est le plus peuplé et est le principal moteur économique de l’Alabama, les responsables des administrations se démènent pour être prêts samedi, quand les 2/3 des employés du comté promis aux licenciements, au nombre de 1400, seront sacrifiés pour tenter de prévenir la ruine du budget.
 
« Mis à part la ville de Detroit », indique Robert A. Kurtter, un directeur de Moody’s Investor Service, « il faut dire que nous n’avons pas vu d’endroit en Amérique ayant des problèmes aussi grave que ceux rencontrés dans le comté de Jefferson. » Moody’s attribue au crédit du comté de Jefferson une note inférieure à toute autre municipalité dans le pays.
 
En juillet, le comté a demandé au gouverneur Bob Riley, Républicain, de déclarer l’état d’urgence. Mr Riley a refusé, expliquant avec délicatesse, que ses attributions s’étendent jusqu’aux tornades mais pas aux tsunamis d’encre rouge [2]
 
Le comté de Jefferson, qui inclut Birmingham, peut être comparé à une personne qui a perdu son travail, vu ses investissements pour la retraite s’évaporer et traine le boulet d’une maison dont la valeur est inférieure à celle de l’emprunt à la banque. Les malheurs du comté sont causés par la crise financière qui a frappé tant de communautés : les recettes des taxes foncières et des ventes ont diminué de 40 million de dollars, et il a gaspillé des milliards dans le réseau d’assainissement, financés par une émission de bons qui sont l’équivalent pour les municipalités des prêts subprimes, utilisant des produits financiers exotiques pourris concoctés par les banquiers d’investissement.
 
Mais le comté a aussi des problèmes supplémentaires : ce projet d’assainissement a été gangrené par la corruption. En janvier, un tribunal a déclaré illégale, en raison de son abrogation en 1999, d’une taxe sur laquelle le comté compte depuis plus d’un trimestre.
 
Les législateurs de l’Etat d’Alabama pourraient facilement y remédier en revalidant la taxe mais les délibérations se sont éternisées depuis que le comté a arrêté la maintenance des voiries, retardé l’ouverture d’un tribunal, annoncé les plans pour fermer la moitié de ses bureaux ouverts au public et demandé aux chefs de services de transmettre les noms de ceux qui seront licenciés samedi.
 
De nombreux législateurs ont accusé les membres de la commission du comté de bluffer.
 
« Nous devons avoir à l’esprit que cette taxe a été abrogée il y a 10 ans, » a déclaré lundi le Sénateur Républicain Scott Beason au cours de la dernière d’une série de réunions n’ayant pas abouti. « Ils ont continué d’accroître la dette, ont continué de dépenser tout l’argent qu’ils peuvent trouver à dépenser, sachant que le jour de solder les comptes arriverait. »
 
Désormais, Mr Beacon considère que le comté se sert de ses propres employés comme d’otages.
 
De telles critiques ne sont pas l’apanage des Républicains. « Ils mentent sans hésitation, » accuse John W. Rogers, le représentant de l’état, co-dirigeant Démocrate de la délégation du comté. « Ils utilisent de manière basique la tactique de la peur, mettant la pression sur le Législateur. »
 
La taxe qui a été déclarée illégale, nommée « taxe sur le travail », correspond en fait à une taxe de 0,5 pourcent sur les salaires, mais cette dénomination de « taxe sur les salaires » ne sied pas bien aux habitants d’Alabama. Une de ses particularités est qu’une longue liste de professions en est exemptée : les docteurs, avocats tout comme les phrénologistes, les directeurs de cirque et les souffleurs de verre. En 1999, les élus de l’Etat appartenant à la circonscription du comté de Jefferson, traditionnellement autorisés à contrôler les décisions du comté pour prélever des taxes, ont essayé de s’attribuer une partie des revenus pour leurs propres projets. Le comté a refusé.
 
En réponse, les législateurs ont voté l’abrogation de la taxe. Mais le comté, soutenu par une décision favorable du tribunal, a continué de la collecter, ce qui a rapporté 75 millions de dollars l’an dernier soit plus de 25 % de son budget.
 
En janvier un juge a statué que l’abrogation était valide. Espérant que les législateurs arrangeraient le problème, le juge a permis au comté de collecter cette taxe jusqu’à la fin de la session législative. Mais la législature n’a rien fait.
 
« C’est de leur responsabilité » a déclaré Bettye Fine Collins, Républicain et président de la commission du comté, après la réunion de la commission mardi dernier. « Ils jouissent d’une entière autorité sur nous. »
 
Mr Rogers dit qu’il fera tout son possible pour réactiver la taxe, ne serait ce pour prouver que cela ne réglera pas les problèmes du comté.
 
Disant cela, il fait référence au désastre des travaux d’assainissement, qui n’a pas amélioré la crédibilité du comté auprès de la Législature. Plus de 20 personnes, y compris trois anciens membres de la commission, ont été déclarés coupables de corruption et d’avoir reçu des pots-de-vin provenant des travaux des égouts. A la fin du mois d’août, Larry P. Langford, l’ancien président de la commission du comté et actuellement le maire de Birmingham, sera jugé pour corruption dans le financement de cette opération.
 
D’ici là, les coupes dans les services publics auront eu lieu. Le tribunal de probation supprimera 13 postes sur les 54 qui traitent les testaments, les adoptions et les internements des personnes souffrant de maladie mentale. Sur les 488 employés à l’entretien des routes et des ponts, ils ne seront bientôt plus que 89. Doug McCutcheon, qui travaille dans ce service depuis 24 ans, sera sans travail. Ainsi que son cousin Tim McCutcheon, dont les 2 filles entrent à l’université cet automne.
 
« Nous allons probablement nous retrouver dans les files d’attentes, comme tout le monde, » prévoit Adrilisa Steele, âgée de 34 ans, qui est chargée de la probation des mineurs.
 
Mme Steele veut parler des files d’attente pour l’assurance chômage et les bons alimentaires, mais dans les bureaux du comté les queues pour les immatriculations de véhicule ou les permis de conduire sont déjà longues. Les gens patientent plus de deux heures et craignent qu’à partir de lundi prochain ces formalités ne deviennent plus difficiles. Le sentiment général est, comme on peut s’y attendre, celui d’un écœurement généralisé. Les blâmes n’épargnent ni les responsables locaux, ni les élus de l’Etat, ni Wall Street.
 
« Les gros cadors ont raflé tous les os » constate Mansoor Butt, un commerçant. « Maintenant nous sommes tous à court d’os. Tous les jetons ont disparu et la partie de poker est finie. Sans jetons, on ne peut pas jouer aux poker. »

http://www.marcfievet.com/article-36176356.html

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche