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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 00:27
Flashback - Les cinq étapes de l’effondrement Imprimer Email

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Écrit par Dmitry Orlov
  
MONDAY, 28 SEPTEMBER 2009 09:27

Energy Bulletin

Mercredi 12 novembre 2008

 

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© Orlov

 1.

Bonjour à tous ! L'exposé que vous êtes sur le point d'entendre est le résultat d'un long processus de ma part. Ma spécialité est de réfléchir et, malheureusement, de prédire les effondrements. Ma méthode est basée sur la comparaison. J'ai observé l'effondrement de l'Union soviétique et, puisque je suis aussi familier des détails de la situation aux États-Unis, je peux faire des comparaisons entre ces deux superpuissances en échec.

Je suis né et j'ai grandi en Russie,  et je suis retourné en Russie à plusieurs reprises entre la fin des années 80 et le milieu des années 90. Cela m'a permis d'acquérir une solide compréhension de la dynamique du processus d'effondrement tel qu'il s'y est déroulé. Au milieu des années 90, il m'était très clair que les États-Unis se dirigeaient dans la même direction générale. Mais je ne pouvais dire combien de temps le processus prendrait, Alors j'ai attendu et observé.

Je suis ingénieur, et donc j'avais tendance à rechercher des explications physiques pour ce processus, par opposition aux explications économiques, politiques ou culturelles. Il s'est avéré que l'on peut aboutir à une très bonne explication de l'effondrement soviétique en suivant les flux d'énergie. Ce qui est arrivé à la fin des années 80 est que la production soviétique de pétrole a atteint un pic jamais atteint. Cela a coïncidé avec de nouvelles provinces entrant en jeu à l'Ouest - la Mer du Nord au Royaume Uni, la Norvège et Prudhoe Bay en Alaska - et cela a soudainement rendu le pétrole très bon marché sur les marchés mondiaux. Les revenus soviétiques ont chuté, mais leur appétit pour les biens importés été resté inchangé, et ils se sont donc endettés de plus en plus. Ce qui les a condamnés à la fin n'était pas tant le niveau de la dette que leur incapacité à accepter d'autres dettes, même plus rapidement. Un fois que les prêteurs internationaux ont refusé de faire d'autres prêts, le jeu était terminé.

Ce qui arrive aux États-Unis actuellement est largement similaire, avec certaines polarités inversées. Les États-Unis sont un importateur de pétrole, consommant 25% de la production mondiale et en important plus des deux tiers. Au milieu des années 90, quand j'avais juste commencé à essayer de deviner le timing de l'effondrement étasunien, l'arrivée du pic mondial de production pétrolière était prévue pour le tournant du siècle. Il s'est avéré que l'estimation était décalée de presque une décennie, mais c'est en réalité assez précis pour ce genre de grosses prédictions. Voici donc le prix élevé du pétrole qui met un frein à une expansion ultérieure de la dette. Comme les prix du pétrole plus élevés déclenchent une récession, l'économie commence à faiblir, et une économie faible ne peut soutenir un niveau de dette toujours en expansion. A un moment, la capacité à financer les importations de pétrole sera perdue, et ce sera le point de basculement, après lequel rien ne sera plus comme avant.

 Commentaire : De notre point de vue, tout pic de production pétrolière est destiné à manipuler le prix du marché du pétrole, pas à cause du manque de réserves.

Ce n'est pas pour dire que je croie en une sorte de déterminisme énergétique. Si les États-Unis devaient diminuer leur consommation d'énergie d'un ordre de magnitude, ils en consommeraient encore une quantité étonnamment colossale, mais une crise de l'énergie serait évitée. Mais alors, ce pays, tel que nous le connaissons, n'existerait plus. Le pétrole est ce qui alimente son économie. En retour, c'est cette économie basée sur le pétrole qui rend possible de maintenir et étendre un niveau de dette extravagant. Donc, une diminution drastique de la consommation de pétrole provoquerait un effondrement financier (par opposition à la situation inverse). Quelques autres étapes d'effondrement suivraient, ce que nous discuterons après. Donc, vous pourriez voir cet appétit bizarre pour le pétrole importé comme un échec culturel, mais ce n'en est pas un qui peut être corrigé sans causer de grands dommages. Si vous voulez, vous pouvez l'appeler « déterminisme ontologique » ; il doit être ce qu'il est, jusqu'à ce qu'il ne soit plus.

Je ne veux pas laisser entendre que toute partie du pays subira subitement une défaillance spontanée de l'existence, retournant à un milieu sauvage inhabité. Je suis d'accord avec Michael Greer que le mythe de l'Apocalypse n'est pas le moins utile pour affronter la situation. L'expérience soviétique est très utile ici, parce qu'elle nous montre non seulement que la vie continue, mais exactement comment elle continue. Mais je suis tout à fait certain qu'aucun degré de transformation sociale ne nous aidera à sauver les divers aspects clés de cette culture : société de l'automobile, vie en banlieue, hypermarchés, gouvernement dirigé par des corporations, empire mondial ou finances fugitives.

D'autre part, je suis tout à fait convaincu que rien, à part une profonde transformation culturelle, ne nous permettra de garder un toit sur notre tête et de la nourriture sur la table. Je crois aussi que, plus tôt nous commencerons à abandonner notre bagage culturel inadapté, plus nous aurons une chance. Il y a quelques années, mon attitude était de rester à observer le déroulement des événements et à garder cet effondrement comme une sorte de hobby macabre. Mais les événements s'accélèrent, et maintenant mon sentiment est que le pire que nous pouvons faire est de prétendre que tout ira bien et de continuer simplement avec notre mode de vie, avec rien pour le remplacer une fois que tout commencera à s'écrouler.

Revenant à ma propre progression en travaillant sur ces questions, en 2005, j'avais écrit un article appelé « Leçons post-soviétiques pour un siècle post-américain ». Initialement, je voulais le publier sur un site Internet dirigé par Dale Alan Pfeiffer mais à ma surprise, il a fini sur From The Wilderness, un site bien plus populaire dirigé par Michael Ruppert et, à mon étonnement supplémentaire, Mike m'a même payé pour lui.

Et depuis lors, on m'a posé la même question de manières répétées. « Quand ? Quand va arriver l'effondrement ? » Etant un peu malin, j'ai toujours refusé de donner une réponse spécifique, parce que, voyez-vous, dès que vous avez une prédiction spécifique fausse, toute votre réputation est faite. Une manière raisonnable penser le timing est de se dire que l'effondrement peut arriver à différents moments pour des gens différents. Vous pouvez ne jamais savoir que l'effondrement s'est produit, mais vous saurez qu'il est arrivé pour vous personnellement ou à votre famille, ou à votre ville.

La vue globale peut s'assembler bien plus tard, grâce aux efforts des historiens. Individuellement, nous pouvons ne jamais savoir ce qui nous frappe, et, en tant que groupe, nous pouvons ne jamais être d'accord sur une réponse. Regardez l'effondrement de l'URSS : certains discutent encore de la raison pour laquelle c'est arrivé.

Mais quelquefois l'image est plus nette que nous l'aimerions. En janvier 2008, j'ai publié un article sur « Les Cinq Etapes de l'Effondrement, » dans lequel j'ai défini les cinq étapes, et puis j'ai bravement déclaré que nous sommes en plein effondrement financier. Et dix mois plus tard, il ne semblait pas que j'aie été trop loin cette fois-ci. Si le gouvernement étasunien doit prêter plus de 200 milliards de dollars par jour juste pour empêcher le système d'imploser, alors le terme « crise » ne rend probablement pas justice à la situation. Pour que le jeu continue, le gouvernement étasunien doit être capable de vendre la dette qu'il prend, et selon vous quelles sont les chances que le monde entier achète rapidement des trillions de dollars de nouvelle dette, sachant que c'est utilisé pour soutenir une économie en régression ? Et si la dette ne peut être vendue, alors elle doit être monétisée, en imprimant de la monnaie. Et cela déclenchera une hyper-inflation. Donc, n'ergotons pas, et appelons les événements actuels ce à quoi ils ressemblent : un « effondrement financier. »



2.

Voici donc les cinq étapes telles que je les ai définies il y a presque un an. La petite balise à côté de « effondrement financier » est là pour nous rappeler que nous ne sommes pas ici pour ergoter ou parler de façon équivoque, parce que l'étape 1 est bien entamée. Les étapes 2 et 3 - effondrement commercial et politique, sont induits par l'effondrement financier, et se recouvrirons l'une l'autre. A ce moment-là, il n'est pas clair laquelle est la plus avancée. D'une part, il y a des signes que les transports maritimes et les hypermarchés vont aller très mal, avec beaucoup de magasins qui vont probablement fermer suite à une saison de Noël désastreuse. D'autre part, des États vivent déjà des déficits budgétaires énormes, licencient des fonctionnaires, diminuent des programmes, et commencent à demander au gouvernement fédéral des fonds de soutient.

Bien que les diverses étapes de l'effondrement s'induisent les unes les autres de diverses manières, je pense qu'il est logique de les garder conceptuellement séparées. Cela, parce que leurs effets sur notre vie quotidienne sont très différents. Quelles que soient les manières constructives que nous pouvons trouver pour esquiver ces effets, elles vont être aussi différentes. Finalement, certaines étapes de l'effondrement semblent inévitables, tandis que d'autres peuvent être évitées si nous nous battions suffisamment.

L'effondrement financier semble être particulièrement douloureux s'il vous arrive d'avoir beaucoup d'argent. D'autre part, je rencontre tout le temps des gens qui ressentent que « rien n'est encore arrivé. » Ceux-là sont en majorité des personnes plus jeunes qui ont relativement réussi, qui ont peu ou pas d'économies, et qui ont toujours des emplois bien payés ou une assurance chômage qui n'est pas encore épuisée. Leur vie quotidienne n'est pas beaucoup affectée par l'agitation des marchés financiers, et ils ne croient pas que quelque chose d'inhabituel se passe au-delà des hauts et des bas économiques habituels.

L'effondrement commercial est beaucoup plus évident,  et son observation n'impose pas l'ouverture d'enveloppes et l'examen de colonnes de chiffres. C'est douloureux pour la plupart des gens et menace la vie de certains. Quand les étalages sont vides de produits de première nécessité et restent ainsi durant des semaines, la panique s'installe. Dans la plupart des endroits, cela requiert une sorte de réponse d'urgence, pour s'assurer que les gens ne sont pas dépourvus de nourriture, d'abri, de médicaments, et qu'une certaine mesure de sécurité et d'ordre public soit maintenue. Les gens qui savent ce qui arrive peuvent se préparer à en supporter les pires aspects.

L'effondrement politique est encore plus douloureux parce qu'il menace directement la vie de beaucoup de gens. L'effondrement de l'ordre public serait particulièrement dangereuse aux États-Unis à cause du grand nombre de problèmes sociaux qui ont été poussés sous le tapis au fil des ans. Les Américains, plus que tout autre peuple, ont besoin d'être défendus les uns des autres tout le temps. Je pense que je préférerais la loi martiale au désordre et à l'anarchie absolue, bien que j'admette que les deux soient des très pauvres choix.

Les effondrements social et culturel semblent s'être déjà produits dans beaucoup d'endroits du pays de manière significative. Ce qui reste de l'activité sociale semble s'être ancrée dans les activités transitoires comme le travail, le shopping et les sports. La religion est peut-être la plus grande exception, et beaucoup de communautés sont organisées autour des églises. Mais là où la société et la culture restent intactes, je crois que l'effondrement social et culturel est évitable, et que c'est là où nous devons tenir bon.  Je pense aussi qu'il est très important que nous apprenions à voir notre environnement pour ce qu'il est devenu. En beaucoup d'endroits, c'est comme s'il ne restait pas grand chose qui vaille la peine d'être sauvé. Si toute la culture que nous voyions est une culture commerciale, et toute la société que nous voyions est une société de consommation, alors le mieux que nous pouvons faire est de nous en éloigner et chercher d'autres personnes qui sont prêtes à faire la même chose.

 


3.

Il n'y a rien de particulièrement profond ou de magique à propos des cinq étapes que j'ai choisies, sauf qu'elles semblent commodes. Elles correspondent aux aspects communément distincts de la réalité de tous les jours. Chaque étape de l'effondrement correspond aussi à un certain ensemble de croyances dans le statu quo, c'est à dire rester sur la touche.

C'est toujours impressionnant quand la réalité bascule. A un moment, une certaine idée est considérée comme absurde et l'instant d'après elle est traitée comme du bons sens. Il semble qu'il y ait un mécanisme psychologique impliqué, où personne ne veut être vu comme le dernier idiot à comprendre. Tout le monde commence à prétendre qu'il a pensé de cette manière toute le temps, ou du moins pendant quelque temps, par peur de sembler stupide. Il est toujours maladroit de demander aux gens ce qui les a poussés à changer d'avis soudainement, parce que la peur de paraître stupide est accompagnée d'une certaine perte de dignité.

L'exemple le plus convaincant de tas d'avis qui basculent d'un coup est, à mon avis, la chute soudaine de l'URSS. Elle s'est produite avec Boris Eltsine debout sur un char d'assaut à qui on posait la question : « Mais que va-t-il advenir de l'URSS ? » Et sa réponse, prononcée avec un maximum de gravité fut : « Dorénavant, j'y ferai référence comme l'ANCIENNE Union soviétique. » Et ce fut ça. Après ça, quiconque croyait encore à l'Union soviétique apparaissait comme non seulement stupide, mais vraiment fou. Pendant quelque temps, il y eut un tas de gens âgés fous qui défilaient avec des portraits de Lénine et Staline. Leurs esprits étaient trop vieux pour « basculer. »

Ici, aux États-Unis, nous avons encore à vivre une des prises de conscience vraiment majeures, extrêmement importantes, celles qui semblent absurdes immédiatement avant et complètement évidentes immédiatement après qu'elles se soient produites. Nous avons eu des frémissements mineurs, reliés principalement aux hypothèses financières. L'immobilier est-il un bon investissement. Une retraite privée vous permet-elle de prendre votre retraite ? Le gouvernement nous sauvera-t-il tous ? Toutes les prises de conscience majeures sont encore à venir, ou bien, comme mes amis yuppies purs et durs continuent à me dire, « Rien n'est encore arrivé. »

Mais au moment où quelque chose arrivera, il sera trop tard pour commencer à planifier pour son arrivée. Il ne semble pas du tout valable de rester assis en attendant l'heureux événement où tous les autres se sentent stupides en même temps. Quoique arrogant que ça puisse paraître, il serait mieux pour nous d'accepter leur stupidité avant qu'ils ne le fassent, et garder une distance de sécurité en avance sur l'opinion dominante.

Parce que si nous faisons cela, nous pourrions encore réussir à trouver des moyens pour faire face. Nous pouvons apprendre à esquiver l'effondrement financier en apprenant à vivre sans avoir besoin de beaucoup d'argent. Nous pouvons créer des modes de vie alternatifs et des réseaux de production et distribution informels pour tous les produits de première nécessité avant que l'effondrement commercial se produise. Nous pouvons nous organiser en communautés auto-gérées qui peuvent subvenir à leur propre sécurité pendant l'effondrement politique. Et toutes ces étapes mises bout à bout peuvent nous mettre dans une position pour préserver la société et la culture.

Ou bien, nous pouvons juste attendre que quelqu'un soit d'accord avec nous, parce que nous ne voulons pas qu'ils paraissent stupides.



4.

La dynamique importante quand on en vient à l'effondrement financier, est évidente dès maintenant. C'est l'effondrement des pyramides de crédits, « tout le château de cartes » comme le président Bush l'a dit. Le terme technique est « deleveraging[1], » et la réponse est le sauvetage. Le gouvernement fédéral sauvera les banques et les compagnies d'assurance, les sociétés d'automobiles et les gouvernements d'État. Appelez-le le tapis roulant du sauvetage : nous empruntons de plus en plus vite juste pour éviter de chuter. Le tapis roulant est vraiment une bonne métaphore. Imaginez ce qui arriverait si vous alliez à une salle de gym, montiez sur un tapis roulant et continuiez à augmenter la vitesse, aussi haut qu'elle puisse aller. Ce qui arrivera est que vous trébucherez et tomberez et vous vous retrouverez en train de partir en arrière.

Il est instructif de poser la question, à qui empruntons-nous cet argent du sauvetage ? Les gens vous diront que nous l'empruntons aux « contribuables. » Mais ce n'est pas comme si les recettes des impôts fédéraux avaient grimpé en flèche de quelques trillions au cours des derniers mois, et donc cela requiert la question, qui est « le contribuable » qui va emprunter cet argent entre temps ? D'autres Américains ? Non, parce que notre taux d'épargne a été profondément bas pendant pas mal de temps maintenant et le peu que nous avons épargné est dans les logements qui sont en diminution et en actions et obligations, par les sociétés d'investissement et 401ks[2]  et autres, qui ont chuté d'un tiers environ. La valeur de ces investissements s'effondre et si nous nous débarrassons de ces investissements pour lever les liquidités pour financer cette nouvelle dette, cela les ferait s'effondrer encore plus vite. En effet, nous avons juste déplacé l'argent d'une poche à une autre. Donc, en réalité, les sauvetages doivent être financés par des étrangers. Et si ces étrangers décident de ne pas nous faire confiance avec leurs économies ? Alors notre seul recours est de « monétiser » la dette : imprimer de la monnaie.

Et donc la question suivante est : combien d'argent devrions-nous imprimer ? Le but des sauvetages est de fournir des liquidités aux sociétés insolvables, d'éviter le deleveraging. Pour comprendre ce que cela signifie, nous devons comprendre que pour chaque dollar réel dans l'économie, dans le sens non emprunté, il y a plus de 13 dollars d'argent emprunté, qui n'existe que tant que la dette peut être renouvelée. Si notre crédit est maximisé pendant que l'économie est en croissance, c'est assez mauvais, mais l'économie étasunienne diminue à cause du récent choc pétrolier. Une économie plus petite ne peut supporter autant de dette, et c'est une partie de la raison pour laquelle nous avons le deleveraging. Une fois que le processus de la dette a commencé à empirer, il est difficile de l'arrêter et si le deleveraging devait aller jusqu'au bout, nous serions descendus de 1300 %. Pour monétiser autant de dette, cela demanderait plus de 1300 % d'inflation. Et une fois commencée, elle devient très difficile à arrêter.

Et cela, croyez-le ou non, est en réalité la bonne nouvelle. Parce que la majorité de notre dette est exprimée dans notre propre monnaie - le dollar US - les États-Unis n'auront pas à déclarer une faillite de souveraineté comme la Russie a été forcée de le faire dans les années 1990. Au lieu de ça, nous pouvons échapper à la faillite nationale par l'inflation en imprimant un tas de dollars. Nous repaierons notre dette nationale, mais nous le ferons en monnaie papier sans valeur, mettant en faillite nos créanciers internationaux dans le processus. Il est sûr que ce sera douloureux pour tout le monde, surtout ceux qui ont l'habitude d'avoir beaucoup d'argent, parce que leur argent ne fera plus marcher le monde. Une fois que les États-Unis devront commencer à gagner des devises étrangères pour payer leurs importations, vous pouvez être sûrs que les importations deviendront très rares.

 


5.

Voici des instantanés avant et après des caractéristiques les plus importantes de l'effondrement financier, comme elles affecteront la vaste majorité de la population. Ici, je suppose que les effondrements commerciaux et politiques sont plus lents à se produire et que le gouvernement est toujours là pour agir avec une aide d'urgence de divers types, et qu'une économie de marché d'une certaine sorte continue à fonctionner. Cela pourrait tomber sur tout le monde, se déplaçant avec ses petits tickets d'alimentation, cartes de débit et le seul endroit où ils peuvent les utiliser à distance de marche à pied est McDonalds, mais je suppose une période semi-stable durant laquelle d'autres ajustements peuvent se produire avant que d'autres étapes suivent leur cours.

Les ajustements seraient liés aux aspects majeurs du mode de vie, depuis où nous vivons, à comment nous faisons pousser de la nourriture, à comment nous sommes reliés les uns aux autres. Avec de l'argent rare et pas particulièrement fort, d'autres moyens de gagner la coopération des autres nécessiteraient d'être développés dans la précipitation. Le monde financier peut être vu comme un système complexe de barrières : votre compte bancaire est séparé de mon compte bancaire. Cet arrangement permet à vous et moi de ne pas trop se soucier l'un de l'autre, pourvu que chacun de nous a assez pour vivre. Bien que ce soit largement une fiction, nous pouvons nous imaginer comme acteurs économiques indépendants sur un terrain de jeu équitable. Mais une fois que ces barrières conceptuelles deviennent hors de propos, parce qu'il n'y a rien derrière, nous devenons le fardeau les uns des autres, d'une manière immédiate, qui serait comme un choc pour la plupart des gens. l'indignité d'une telle interdépendance physique pourrais être psychologisuement dévastatrice pour beaucoup de gens, élevant les coûts humains de l'effondrement financier au-delà de ce à quoi vous vous seriez attendu de la part d'un problème qui n'existe réellement que sur le papier. Cela va être particulièrement difficile pour une nation élevée sur le mythe de l'individualisme farouche.

 

6.

L'effondrement commercial, quand il arrivera, va causer à nouveau bien plus de dépression nerveuse que vous auriez attendue d'un problème purement organisationnel. Les quantités de biens et services immédiatement disponibles juste avant et juste après l'effondrement resteraient à peu près les mêmes, mais parce que la psychologie du marché est si enracinée dans la population, aucun autre moyen de faire face ne serait considéré. L'accumulation deviendrait répandue, avec le pillage comme antidote évident. Il y aurait à un moment, un énorme marché noir pour toutes sortes de produits de première nécessité, du shampooing aux fioles d'insuline.

Le mécanisme du marché fonctionne bien dans certains cas, mais il ne fonctionne pas du tout quand les produits clés deviennent rares. Cela mène à la flambée des prix, le profit excessif, le pillage et autres effets pernicieux. Il y a habituellement un réflexe pour réguler les marchés en imposant un contrôle des prix ou en mettant en place un rationnement. J'ai trouvé très drôle que la récente réclamation pour re-réguler les marchés financiers a été accueilli  avec des cris de « Socialistes ! » Echouer dans le capitalisme ne fait pas de vous un socialiste, pas plus qu'obtenir un divorce fait de vous automatiquement un homosexuel.

Si au moment de l'effondrement commercial il y a suffisamment de système politique encore intact pour mettre en place un rationnement et un contrôle des prix et des systèmes de distribution d'urgence, alors nous devrions les compter parmi nos bénédictions. Une telle gouvernance grossière n'est certainement pas pour plaire aux foules pendant des périodes d'abondance, quand c'est aussi non nécessaire, mais ce peut être un moyen de sauver des vies pendant les périodes de rareté. Le système de distribution alimentaire soviétique qui était grevé de sous performances chroniques pendant les périodes normales, s'est avéré être paradoxalement flexible pendant l'effondrement, permettant aux gens de survivre à la transition.

 

7.

Si avant l'effondrement commercial le défi est de trouver assez d'argent pour satisfaire les nécessités, après cela le défi est que les gens acceptent l'argent comme paiement pour ces mêmes nécessités. Beaucoup des vendeurs potentiels préféreront être payés avec quelque chose de plus valable que du simple cash. Le service du client en vient à signifier que les clients doivent fournir un service. Etant donné que la plupart des gens n'ont pas beaucoup à offrir, à part leur argent maintenant sans valeur, s'ils en ont encore, la plupart des fournisseurs de biens et services décident de prendre des vacances.

Avec la disparition du marché libre et ouvert, même les articles qui sont toujours disponibles à la vente viennent à être offerts d'une manière qui n'est ni libre ni ouverte, mais seulement à certains moments et à certaines gens. La richesse qui existe encore est cachée, parce que l'afficher ou l'exposer augmente le risque de sécurité, et la quantité d'efforts nécessaire à la garder.

Dans une économie où la vaste majorité des articles manufacturés est importée et conçue avec une obsolescence planifiée, il sera difficile de maintenir les choses quand les importations diminueront, surtout les importations de pièces de rechange pour les machines fabriquées à l'étranger. L'ensemble de l'équipement disponible diminuera avec le temps, à mesure que de plus en plus de pièces d'équipement seront utilisées comme « donneurs d'organes. » Dans un effort pour maintenir les choses en fonctionnement, des industries familiales dévouées à la remise en état d'anciennes choses pourraient apparaître soudainement.

 

8.

Il est parfois difficile de discerner l'effondrement politique parce que les politiciens tendent à être très bons à maintenir l'apparence du pouvoir et de l'autorité même quand il s'affaiblit. Mais il y a quelques signes révélateurs d'effondrement politique. L'un est quand les politiciens commencent à travailler au noir parce que leur travail officiel ne rapporte plus suffisamment. Un autre est quand les politiciens régionaux commencent à défier ouvertement les ordres du centre politique. La Russie a vécu plein de ces symptômes.

Une chose qui rend l'effondrement politique particulièrement difficile à détecter est que, plus les choses empirent, plus les politiciens font du bruit. Le rapport signal sur bruit dans le discours politique est assez bas même dans les bonnes périodes, rendant difficile de détecter la transition quand elle chute réellement à zéro. La variable qui est plus facile à surveiller est le niveau de l'embarras politique. Par exemple, quand M. Nazdratenko, gouverneur de la région de Primorye en Extrême Orient, a volé de grandes quantités de charbon, a fait des pas dans la direction de l'établissement d'une politique étrangère indépendante avec la Chine et que néanmoins Moscou n'a pas pu faire quelque chose pour le mettre au pas, vous pouvez être sûr que la système politique de la Russie était passablement défunt.

Un autre signe révélateur d'effondrement politique est la désintégration réelle, où des régions déclarent l'indépendance. En Russie, ce fut le cas avec la Tchétchénie, et cela a mené à un conflit sanglant prolongé. Ici, nous pourrions avoir une « Reconquista » où les anciens territoires mexicains deviennent de plus en plus mexicains, le Sud pourrait se soulever à nouveau. La Nouvelle Angleterre, la Californie et le Nord-Ouest Pacifique pourraient décider de prendre des chemins séparés. Une fois que le système autoroutier inter-états n'est plus viable et que les lignes aériennes intérieures sont anéanties, il n'y a plus grand chose pour maintenir ensemble les deux côtes. Ce qui avait uni le pays autrefois était la construction du chemin de fer intercontinental, mais les chemins de fer ont été trop négligés pour les maintenir ensemble maintenant. Un pays constitué de deux moitiés reliées via le Canal de Panama est de facto au moins deux pays.

Encore autre chose à observer, c'est les incursions étrangères dans la politique intérieure. Quand des consultants politiques étrangers commencent à manipuler des élections, comme il est arrivé avec la campagne de réélection d'Eltsine, vous pouvez être sûr que le pays n'est plus en charge de son propre système politique. Aux Etats-Unis, il y a un abandon graduel de la souveraineté à mesure que les fonds d'Etat achètent de plus en plus de biens étasuniens. Une telle de chose était autrefois considérée comme proche d'un acte de guerre, mais ce sont des temps désespérés et ils sont autorisées à faire ainsi sans trop de commentaire désagréable. Finalement, ils peuvent commencer à avoir des exigences politiques pour extraire le plus de valeur de leurs investissements. Par exemple, ils pourraient commencer à examiner les candidats à des postes publics pour s'assurer que nous restons favorables à leurs intérêts.

Finalement, le vide de pouvoir créé par l'effondrement de l'autorité légitime tend à être plus ou moins automatiquement remplie de syndicats criminels. Ceux-ci essaient souvent de commander l'establishment politique en ayant leurs gens élus ou nommés aux postes politiques. Les exemples incluent les oligarques russes comme Boris Berezovsky qui s'est trouvé élu à la Douma, le parlement russe, et Mikhail Khodorkovsky, qui pensait qu'il pouvait utiliser sa richesse du pétrole pour acheter son chemin vers l'establishment politique. Heureusement pour la Russie, Berezovsky est en exil en Angleterre et Khodorkovsky est en prison.

 

9.

Beaucoup de gens aux États-Unis insistent sur le fait qu'ils n'ont pas besoin de l'aide du gouvernement et qu'ils iraient très bien si seulement le gouvernement les laissait tranquilles. Mais ce n'est en réalité qu'une attitude ; il y a beaucoup de choses faites par ce gouvernement pour rendre possible leur vie. Aux États-Unis, le gouvernement fédéral garde beaucoup de gens en vie par des programmes comme Medicaid, la Sécurité Sociale et des timbres alimentaires. Les gouvernements locaux pourvoient à l'enlèvement des ordures et à l'assainissement de l'eau et des égouts, la réparation des routes et des ponts, etc. Les départements de police essaient de défendre les gens entre eux.

Quand tout cela commence à se défaire, il est probable que ça commence par le bas, pas par le haut. Les officiels locaux sont plus accessibles que les bureaucrates éloignés de Washington, et ils seront donc les premiers à être submergés par la colère et la confusion de leurs électeurs, pendant que Washington restera indifférent.  Une exception probable peut concerner l'utilisation des troupes fédérales. Il semble presque déterminé que les troupes rapatriées de plus de 1000 bases militaires à l'étranger seront actives ici au pays. Elles seront réassignées pour des devoirs de maintien de la paix domestique.

 

10.

À part les grands programmes gouvernementaux, il y a peu de choses disponibles aux États-Unis pour aider ceux dans le besoin. A nouveau, les Américains font un grand show de leur philanthropie, mais comparée à d'autres pays développés, ils sont en fait très avares quand on en vient à aider ceux dans le besoin. Il y a même une tendance de sadisme politique qui, par exemple, apparaît dans les attitudes des gens envers les bénéficiaires d'allocations d'aide. Ce sadisme peut être vu dans la soi-disant réforme des allocations qui a forcé les mères célibataires à faire des métiers qui couvrent à peine le coût journalier de la crèche et sont souvent en dessous des normes.

 En  parallèle au gouvernement, il y a les organismes caritatifs dont beaucoup sont basés sur l'église et ont donc le motif ultérieur de recruter des gens à leur cause. Mais même quand un organisme caritatif ne fait pas de demandes spécifiques, son but réel est de renforcer la supériorité de ceux qui sont charitables, aux dépens de ceux qui sont les bénéficiaires. Il y a un flot de gratitude forcée du bénéficiaire vers le bienfaiteur. Plus le besoin est grand, plus la transaction vers le bénéficiaire est humiliante, et plus c'est satisfaisant au bienfaiteur. Il n'y a pas de motivation pour le bénéficiaire à fournir plus de charité en réponse à un plus grand besoin, excepté dans des circonstances spéciales, comme juste après un désastre. Là où le besoin est grand, constant et croissant, nous devrions nous attendre à ce que les organismes caritatifs aient de l'importance quand on en vient à le satisfaire.

Puisque ni la largesse du gouvernement, ni la charité ne sont susceptibles de fournir ceux qui ne peuvent se suffire à eux-mêmes, nous devrions regarder d'autres options. Une direction prometteuse est une résurrection des sociétés d'aide mutuelle qui prennent des contributions d'adhésion et les utilisent ensuite pour aider ceux dans le besoin. Au moins en théorie, ces organisations sont bien meilleures que les aides gouvernementales ou les organismes caritatifs. Ceux qui sont aidés par eux n'ont pas à abandonner leur dignité et peuvent survivre à des périodes difficiles sans être stigmatisés.

Pour sortir indemne des périodes de grand besoin, la seule approche raisonnable, me semble-t-il, est de former des communautés assez fortes et cohésives pour pourvoir au bien-être de leurs membres, assez grandes pour être entreprenantes, mais assez petites afin que les gens puissent être en relation directement et prendre une responsabilité directe pour le bien-être des uns et des autres.

 

11.

Si cet effort échoue, alors la perspective devient évidemment terrible. Je voudrais souligner, encore une fois, que nous devons faire tout ce que nous pouvons pour éviter cette étape de l'effondrement. Nous pouvons permettre l'effondrement du système financier et du secteur commercial et la plupart des institutions gouvernementales, mais pas ça.

Ce qui rend ceci particulièrement stimulant est que l'existence de la finance, du crédit de la société de consommation et de la loi et l'ordre imposés par le gouvernement ont permis à la société de s'atrophier, dans le sens d'aide mutuelle directe et d'accepter librement la responsabilité pour le bien-être des uns des autres. Ce processus de délabrement de la société peut être moins avancé dans les groupes qui ont survécu à une récente adversité : les groupes d'immigrés et de minorités, ou les gens qui ont servi ensemble dans les forces armées. Les instincts qui sous-tendent ce comportement sont forts et ce sont eux qui nous ont aidés à survivre en tant qu'espèce, mais ils ont besoin d'être réactivés à temps pour créer des groupes suffisamment cohésifs pour être viables.

 

12.

La culture peut signifier énormément de choses aux gens, mais ce que je veux dire ici est un élément spécifique de culture très important : comment les gens communiquent l'un à l'autre face à face. Prenez l'honnêteté par exemple : les gens la demandent-ils à eux-mêmes et aux autres, ou sentent-ils qu'il est acceptable de mentir pour obtenir ce que vous voulez ? Ont-ils de la fierté de ce qu'ils ont ou de ce qu'ils peuvent donner ? J'ai pris cette liste de vertus de Colin Turnbull qui a écrit un livre sur une tribu dans laquelle la plupart de ces vertus manquaient presque totalement. L'avis de Turnbull était que ces vertus personnelles sont presque détruites dans la société occidentale, mais que pour le temps présent, leur absence est masquée par les institutions impersonnelles de la finance, du commerce et du gouvernement.

Je crois que Turnbull a raison. Le nôtre est un monde froid dans lequel on attend que les citoyens se défendent eux-mêmes mais en réalité ne peuvent survivre que grâce aux services impersonnels de la finance, du commerce et du gouvernement. Cela nous permet de ne pratiquer ces vertus qu'avec notre famille et nos amis. Mais c'est un commencement, et de là nous pouvons étendre ce cercle chaleureux pour englober de plus en plus de gens qui comptent pour nous et nous pour eux.

 

13.

Dans son livre étonnant sur l'héritage du colonialisme européen, Exterminate all the Brute, Sven Lindqvist fait l'observation étonnante que la violence rend quelqu'un méconnaissable. L'agresseur, qu'il soit actif ou passif, devient un étranger.

La violence n'a pas besoin d'être physique. Un type subtil de violence mentale qui abonde dans notre monde est l'acte de refuser de reconnaître l'existence de quelqu'un.  Nous pouvons croire que cela nous met plus en sécurité de croiser des gens sans se regarder dans les yeux. C'est certainement vrai si notre apparence est neutre et indifférente et il vaut alors mieux éviter le regard d'un autre plutôt que de regarder et en effet de dire : « Je ne vous reconnais pas. » Cela ne vous met pas plus en sécurité. Mais si votre apparence dit « Je vous vois, vous êtes OK, » ou même « Je vous reconnais, » alors l'effet est tout à fait l'opposé. Les chiens comprennent ce principe parfaitement bien, et les gens le devraient.

 

14.

Quand je faisais une tournée de radio pour promouvoir mon livre, un tas d'animateurs radio qui m'interviewaient résumaient l'interview avec quelque chose comme « Donc c'est la ruine et les ténèbres, n'est-ce pas. » Et ensuite je n'avais peut-être que 15 secondes pour une réfutation. Voici donc ma réfutation standard de 15 secondes :  « Non, mon message est en réalité plein d'espoir. Je veux que les gens sachent qu'ils peuvent trouver des moyens pour mener des vies heureuses et satisfaisantes, même si ce système condamné s'écroule autour d'eux. » Je vous donne ici une plus longue réponse.

Je crois que le système financier pyramidal et la consommation mondialisée sont terminés. Mais je pense que ne pas avoir de gouvernement du tout n'est pas une option. Oubliez les droits, oubliez les bases militaires sur les sols étrangers, oubliez le cirque qui passe pour une démocratie représentative ici, mais nous avons toujours besoin d'organismes pour imprimer des passeports, contrôler les stocks nucléaires, de même que d'autres services ordinaires mais essentiels que seul un gouvernement peut fournir. Pour la plupart des autres besoins, un auto-gouvernement local peut être le mieux que nous pouvons faire, mais cela peut être pas mal du tout.

L'effondrement commercial n'a pas besoin d'être définitif. Il est tout à fait possible qu'une nouvelle économie apparaîtra spontanément, une économie sans les fioritures et le gaspillage, mais capable de pourvoir à la plupart des besoins de base. Dans les zones qui sont socialement et culturellement intactes, c'est presque inévitable, comme les gens prennent en charge et commencent à faire ce qui est nécessaire sans attendre une sanction officielle.

En ce qui concerne l'effondrement social et culturel, comme je l'ai déjà mentionné, dans une certaine mesure ils sont déjà arrivés, mais c'est masqué pour l'instant, par la disponibilité de la finance, du commerce et du gouvernement. Mais ils peuvent être défaits, pas partout, bien sûr, mais dans quelques endroits, parce que les instincts sont là, et une situation fâcheuse commune peut être le catalyseur qui change la société, la rapprochant de la norme humaine.

 

15.

Savoir ce qui nous attend peut nous donner la paix de l'esprit, même au milieu de l'effondrement. Se plonger dans la nostalgie du bon vieux temps ou nier que de grands changements sont devant nous - ces réactions sont absolument malsaines.

Si nous savons ce qui vient, nous pouvons commencer à ignorer les choses sur lesquelles nous ne pourrons compter. Si nous en faisons assez, nous pouvons nous trouver dans un monde différent, très probablement meilleur, assez rapidement. Voici un exemple personnel. Il y a quelques années, j'ai décidé d'abandonner la voiture, la trouvant pas commode, et j'ai commencé à rouler à vélo à la place. Ce n'était pas facile au début, mais une fois accoutumé, une chose étrange est arrivée à ma perception : j'ai commencé à voir les voitures tout à fait différemment. Sur le chemin du travail le matin, je roulais le long d'une partie de l'autoroute, qui était toujours remplie de voitures. Quand vous êtes conducteur, vous trouvez ça normal, parce que vous faites partie de ce troupeau d'insectes mécaniques. Mais ce que je voyais étaient des boîtes en métal  avec des gens emprisonnés dedans, attachés sur une chaise à l'intérieur d'une minuscule cellule rembourrée, et la plupart de ces pauvres fous n'étaient que des images de misère : une foule en colère, désespérée, solitaire, condamnée à se déplacer en rond. Et puis je m'éloignais en pédalant avec bonheur, à travers un parc et autour d'un étang et abandonnais derrière cet horrible monde en train de mourir.

Et c'est ainsi avec beaucoup de choses. Nous pouvons attendre jusqu'à ce que le style de vie qui tue la planète et nous rend fous et malades ne soit plus possible physiquement, ou bien nous pouvons opter d'en sortir avant. Et ce par quoi nous allons le remplacer pourrait être difficile au début, mais bien meilleur pour nous à la fin.

 

16.

Résumons donc nos découvertes. L'effondrement financier est déjà bien avancé, et il est garanti de continuer sa course. Les sauvetages peuvent rendre solvables des institutions non solvables pendant un temps en fournissant des liquidités, mais une chose qu'ils ne peuvent fournir est la solvabilité. Par exemple, peu importe combien nous donnons pour le sauvetage des sociétés automobiles, fabriquer plus de voitures sera toujours une mauvaise idée. De la même manière, peu importe combien d'argent nous donnons aux banques, leurs portefeuilles de prêts, chargés de maisons construites à des endroits inaccessibles sauf par voiture, finiront toujours par être sans valeur. En rationalisant continuellement la mauvaise dette, le pays se mettra dans un mauvais risque de crédit, et les prêteurs étrangers s'éloigneront. L'hyper-inflation et la perte des importations suivront.

 

17.

L'effondrement commercial est de la même manière garanti d'arriver. Une importation clé est le pétrole, et ici la perte des importations poussera une grande partie de l'économie à fermer, parce que dans ce pays rien ne bouge sans le pétrole. Mais il serait possible d'arriver à de nouvelles méthodes bien moins gourmandes en énergie pour pourvoir aux besoins de base.

 

18.

L'effondrement politique est lui aussi garanti. A mesure que les recettes des impôts diminuent, les municipalités et les états ne seront plus capables de satisfaire aux exigences de maintenance de l'infrastructure existante : routes, ponts, réseaux d'eau et d'égout, etc. Les services municipaux, y compris la police, les pompiers, le déblaiement de la neige et la collecte des ordures seront eux aussi diminués ou éliminés. Les communautés les mieux organisées pourront être capables de trouver des moyens pour compenser, mais beaucoup de communautés deviendront fermées et inhabitables, générant un flot de réfugiés intérieurs.

Actuellement, la classe politique est très loin de comprendre ce qui est sur le point d'arriver. J'écoutais un des récents débats présidentiels (je n'ai pas de télévision, mais j'ai attrapé un morceau sur NPR (National Public Radio - NdT). J'ai été frappé du fait que les deux candidats aient passé l'essentiel de leur temps à discuter des moyens de dépenser l'argent qu'ils n'ont pas. Pour moi, les écouter était une perte de temps que je n'avais pas. Je soupçonne que mon livre se vendrait mieux si McCain était élu ; néanmoins, je choisis de rester apolitique. La politique nationale est une distraction et une perte de temps.

En réalité je devrais être gratifié. Il y a quelque temps, j'avais proposé un étrange Parti de l'Effondrement. L'estrade du Parti de l'Effondrement était faite de planches comme la libération de prisonniers pour réduire la population emprisonnée avant une amnistie générale ne devienne nécessaire à cause du manque de financement, un jubilé - pardon de toutes les dettes - pour effacer l'ardoise de toutes ces mauvais emprunts et quelques autres. Ailleurs j'ai proposé que ce soit une bonne idée d'arrêter de fabriquer des voitures - utilisez jusqu'au bout juste celles que nous avons déjà, et nous serons à court de voitures juste comme nous serons à court de pétrole. Je suis heureux d'annoncer que cela a été l'année record du Parti de l'Effondrement. Sans présenter un seul candidat, nous avons réussi à avancer une grande partie de notre programme : beaucoup d'états relâchent les prisonniers à cause la crise financière, le gouvernement fédéral est maintenant impliqué dans l'évitement des saisies, un énorme effacement des dettes de cartes de crédit est dans les plans (pas tout à fait un jubilé, et encore...) et maintenant les fabricants d'automobiles sont prêts à consolider ou déclarer faillite. L'an prochain, peut-être que nous rapatrierons les troupes et fermeront les bases militaires à l'étranger, également dans la ligne du Parti de l'Effondrement.

 

19.

Continuant notre récapitulation, je vois l'effondrement social comme évitable, mais pas partout. A beaucoup d'endroits, la tâche est de reconstituer la société avant que les trois premières étapes ne finissent leur course, et il peut être déjà trop tard. Mais c'est là où nous devons tenir, si ce n'est que pour nous souvenir de quelque chose de plus que la somme totale de nos erreurs.

 

20.

Au final, l'effondrement culturel est quelque chose qui est presque trop horrible à contempler, excepté qu'à certains endroits il semble être déjà arrivé, et qu'il est masqué par les diverses institutions qui existent encore, pour l'instant. Mais je crois qu'un tas de gens vont apparaître et se souvenir de leur humanité, les meilleures parties de leur nature quand les circonstances terribles les forcent à se lever pour l'occasion.

Aussi, il y a quelques poches intactes de culture ici et là qui peuvent être utilisées comme une sorte de stock de graines culturelles. Ce sont les communautés et les groupes qui ont vu quelque adversité à des périodes récentes, et ont une cohésion sociale sauvée par l'expérience. Ils peuvent aussi être ceux qui ont pris des décisions conscientes, certaines pour simplifier leurs modes de vie dans le but de mener des vies plus saines, des vies plus satisfaisantes. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour éviter cette étape finale de l'effondrement parce que ce qui est en jeu n'est rien de moins que notre humanité.

21.

J'espère que si vous avez suivi, à ce moment, ce transparent s'explique de lui-même. L'effondrement n'est pas une chose monolithique . Chaque sorte d'effondrement nécessite une réponse, qu'elle soit de sauter bien avant dans le temps, attendre que ça se passe ou s'y opposer avec tout ce que vous avez. A ce point, si quelqu'un dans cette salle se levait et essayait de nous dire quoi faire pour éviter l'effondrement financier, nous trouverions probablement cela très drôle. D'autre part, si nous attendons et laissons l'effondrement social et culturel arriver, alors quel est le but de tout ça ?

C'est tout. Merci de votre attention.

 

~~~~~~~~~~~~~~~Note du rédacteur~~~~~~~~~~~~~~~

Cet article est un exposé qui a été fait initialement par Dmitry Orlov à la Conférence des Solutions Communautaires au Michigan en novembre 2008.

 Source ; Futur Quantique

 

 



[1] Action de réduire la dette en vendant des biens rapidement - NdT

[2] Système d'épargne retraite à cotisation définie et cautionnée par l'employeur - http://fr.wikipedia.org/wiki/401(k) - NdT




http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-36700338.html


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