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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 03:37



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Afghanistan : les véritables enjeux

février 7th, 2010

Nous avons déjà publié plusieurs billets sur l’Afghanistan (voir liste intégrale en bas de page). La question que nous posons aujourd’hui est extrêmement simple : pourquoi, près de dix ans après le 11 septembre 2001, les Occidentaux sont-ils encore présents en Afghanistan ? Quelles sont les motivations stratégiques d’une telle décision ?
  
Au-delà des quelques explications « officielles » relayées par les médias, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, il en existe d’autres, moins avouables sans doute, qui trouvent notamment leur fondement dans la vision « pétrolière » que Bush avait du monde lorsqu’il était le locataire de la Maison blanche : l’Afghanistan est l’un des territoires de transit du pétrole du Moyen-Orient vers la Chine.
  
Contrôler ce territoire, c’est contrôler ce transit et se donner les moyens de le réduire, et ainsi faire pression sur la Chine. In fine, il s’agit pour les Américains de retarder le plus longtemps possible l’arrivée de la Chine au leadership économique mondial, en attendant son leadership politique – que les États-Unis exercent pour leur propre bénéfice depuis 1945.
  
Contrôler le territoire afghan, c’est aussi surveiller de près le voisin pakistanais, détenteur de l’arme nucléaire et partenaire peu fiable.
  
C’est également permettre à l’Inde, rivale, ex et sans doute future ennemie de la Chine ainsi que du Pakistan, de gagner en influence dans la partie pachtoune de l’Afghanistan, afin de limiter l’influence du Pakistan dans ce pays.
  
C’est enfin garder à portée de bombardier ou de missile tous les pays voisins et notamment l’Iran, possesseur potentiel de l’arme nucléaire, voisin chiite très influent d’un Irak à majorité chiite.
  
Face à ces enjeux géostratégiques, les objectifs annoncés publiquement afin de justifier la présence occidentale en Afghanistan (protéger le peuple afghan des méchants talibans, libérer les femmes afghanes…) ne sont là qu’écrans de fumée. Les États n’ont pas de morale mais uniquement des intérêts, qu’ils s’efforcent de dissimuler derrière des paravents honorables. Pour Nietzsche, « L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids… ».
  
Dans ce contexte, posons-nous deux questions.
  
Première question : la France partage-t-elle les objectifs énumérés ci-dessus, ou d’autres, qui justifieraient sa présence militaire en Afghanistan aux côtés des Américains et des autres pays occidentaux ?
  
Il est raisonnable de penser que la France a le même intérêt que les Américains à limiter autant que faire se peut la puissance économique de la Chine : celle-ci malmène notre économie et nos emplois. Un simple exemple, que l’on pourrait multiplier à l’infini : les pantalons chinois ont envahi nos magasins dès l’ouverture des frontières européennes en janvier 2008, en application des règles négociées à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).
  
Cependant, de quel poids peut peser notre pays dans ce bras de fer ? Afficher 3 200 militaires en Afghanistan peut-il intimider le géant chinois ? Bien sûr que non, sauf si, et seulement si, cette présence militaire rend crédible une éventuelle menace de frappe nucléaire sur la Chine par l’un de nos sous-marins porte-engins… Est-ce vraiment le cas ?
  
Seconde question : pourquoi le président Obama a-t-il annoncé que les militaires américains pourraient se retirer partiellement du pays en 2011, quand les forces de sécurité afghanes seront suffisamment puissantes pour prendre le relais, comme en Irak ? Cela signifie-t-il que les États-Unis disposeront alors d’autres moyens pour exercer les pressions et contrôles énoncés au début de ce billet ? Si oui, lesquels ?
  
La récente décision du Président américain de renoncer pour raisons budgétaires au projet de nouvelles expéditions lunaires apporte un élément de réponse. Les 130 000 soldats U.S. sur le terrain afghan coûtent au budget américain, déjà en déficit abyssal, plusieurs milliards de dollars par an. Obama est évidemment conscient que le système dollar, basé sur un déficit financé principalement par des emprunts à la Chine, a atteint un niveau de vulnérabilité inacceptable et menace de s’écrouler (voir notre billet Le jour où le dollar s’effondrera).
  
Il apparaît fort probable que Ben Laden ait attiré les Américains dans le bourbier afghan avec cet objectif en tête : les vaincre financièrement, comme Reagan avait étouffé financièrement les Soviétiques en lançant son projet de guerre des étoiles. Cette course aux armements avait contribué à la chute du régime soviétique en 1991.
  
Pour sortir de ce piège, Obama souhaite remplacer ses milliers de G.I. par quelques bases de lancement, bien moins coûteuses, de missiles à longue portée, capables d’atteindre des cibles chinoises. Cette menace pourrait peser afin d’obtenir enfin de la Chine une dévaluation de sa monnaie, que le Président américain réclame en vain depuis son élection (comme l’Union européenne d’ailleurs), et peut-être d’autres avantages commerciaux.
  
Aussi utopiques que puissent paraître ces raisonnements, ils éclairent d’un jour nouveau les raisons de la présence des Occidentaux en Afghanistan, et remettent en perspective les balivernes que nos gouvernants essayent de nous faire avaler.
  
  
Mardi
© La Lettre du Lundi 2010
  
Autres articles portant sur l’Afghanistan :
Afghanistan : des objectifs de plus en plus flous, des budgets de plus en plus fous
De Điện Biên Phủ à Kaboul
L’Afghanistan, tombeau de nos ambitions infondées

http://lalettredulundi.fr/2010/02/07/afghanistan-les-veritables-enjeux/

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