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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 13:44

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"Enfin, les Chinois peuvent goûter à l'antisémitisme" ! (Marianne2.Fr)

Zheng Ruolin | Dimanche 17 Février 2008 à 00:30 |

Cet article du journaliste chinois Zheng Ruolin, paru dans la Revue pour l’intelligence du monde, analyse la recette du best-seller absolu de la Chine actuelle : une dénonciation de la finance internationale, des banques qui la manipulent et... des Juifs qui dirigent le tout.



Le boom économique chinois qui ébranle la planète ne va pas sans susciter une profonde angoisse au sein même des milieux d’affaires de Pékin. Pour preuve, le succès fracassant d’un bien étrange livre… Quand vous apprenez que :
– le monde n’est pas tel que vous croyez ni tel que vous le voyez ;
– la banque centrale américaine, c’est-à-dire la Federal Reserve Bank (Fed), a échappé au contrôle de son gouvernement pour devenir une marionnette aux mains de la finance internationale ;
– des catastrophes, des crises, des meurtres, jusqu’à l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler et la mort de six présidents américains résultent bel et bien d’un « complot » international ;
– une guerre mondiale est en cours, qui a des monnaies pour armes et pour munitions, une guerre aussi meurtrière qu’elle est, à ce jour, invisible…
Pensez-vous alors que vous êtes en train de lire une enquête journalistique, un roman historique ou encore l’un de ces innombrables tracts nauséabonds sur la « banque juive » et les « gnomes de Zurich » ? Et qu’on y révèle des secrets bien gardés ou seulement les phantasmes de leur auteur ?
Publié l’été dernier à Pékin, un petit livre alimente les conversations et échauffe les esprits de millions de Chinois. Currency Wars (La Guerre des monnaies), dont l’auteur est un jeune chercheur en économie émigré aux États-Unis du nom de Song Hongbing, est devenu, à la surprise générale, un best-seller qui met tout le pays en émoi. En deux mois, plus de 200 000 exemplaires – trois fois plus, si l’on prend en compte ses multiples éditions pirates – se sont arrachés, ce qui en fait d’ores et déjà le champion de l’année des librairies chinoises… juste derrière Harry Potter VII, dernier épisode de la fantasy la plus lue dans le monde !
Le phénomène ne se limite d’ailleurs pas à un simple succès commercial, aussi spectaculaire soit-il, puisque l’ouvrage avait également été mis en ligne gratuitement par Song Hongbing avant même qu’il en ait achevé la rédaction, chapitre par chapitre, sur son blog (www.hexun.com).
Du 10 décembre 2006 à l’été 2007, plus de 900 000 internautes ont téléchargé ce livre. Et c’est précisément l’ampleur du succès obtenu sur le Web qui a incité l’éditeur Zhongxing, spécialisé en ouvrages d’économie, à en publier une version papier. « On pensait qu’il s’agissait d’un livre de nature à intéresser des professionnels, des courtiers en Bourse, des chefs d’entreprises, voire des professeurs ou des étudiants en sciences économiques, déclarent l’auteur et l’éditeur. Mais on n’aurait jamais pensé qu’avec un pareil sujet, on en ferait un best-seller ! »
Plus intéressant encore : cette réussite a été obtenue non pas grâce à la publicité, totalement absente de l’opération, mais au seul bouche à oreille. Les premiers lecteurs, conquis, ont aussitôt recommandé ce texte à leurs proches, et c’est ainsi qu’il s’est mis à se propager. Selon des sources bien informées, « des gens très haut placés », voire des « décideurs » ont assez vite été touchés. Un haut responsable d’une grande banque chinoise nous a avoué qu’au cours d’une soirée, il avait entendu parler d’un livre qu’il « fallait absolument lire pour découvrir la vérité sur les milieux financiers internationaux », ce qui lui avait tout d’abord fait croire à une plaisanterie, non sans manquer de l’intriguer quelque peu. Dès le lendemain, il l’a consulté sur le Web, et, après avoir lu les deux premiers chapitres, a décidé de télécharger le reste… pour le dévorer jusqu’à la dernière page ! Le surlendemain, ce nouveau converti en préconisait à son tour la lecture à tous ses interlocuteurs.


Une florissante théorie du complot
Parmi ceux-ci, nombre de personnages « importants », généralement désireux de conserver l’anonymat. Cependant, l’ancien président de la Fed, Paul Volcker, donne un indice de l’impact produit par ce livre dans les états-majors des administrations et des grandes sociétés chinoises, en s’étonnant qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires des Finances lui aient tous posé la même question, à l’évidence puisée à la même source : « Est-il vrai que la Fed est un organisme privé ? » Volcker a même accepté de répondre à une interview sur une chaîne chinoise pour expliquer aux téléspectateurs que si tel est effectivement le cas, ils ne doivent pas en tirer n’importe quelle conclusion… Quand on s’aperçoit qu’un livre fait « bouger » de la sorte un ancien président de la banque centrale américaine en l’amenant à communiquer sur la vraie nature de « sa Fed », comment ne pas y voir la preuve que Currency Wars contient des révélations pour le moins explosives ?
À commencer par cette guerre censée faire rage en catimini, ce qui est déjà en soi une nouvelle assez sensationnelle ! Et pourtant Song ne s’en tient pas là, n’hésitant pas à révéler que ce conflit tire son origine d’un « complot » planétaire… En Chine, où les changements politiques à la cour impériale étaient très souvent le résultat d’une ou plusieurs conspirations ourdies dans l’entourage de l’empereur, il est toujours de tradition de se montrer fasciné par les théories du complot. Au moment où les Chinois sont plus que jamais avides d’apprendre la langue de l’autre et de développer leurs échanges avec l’étranger, quelqu’un les prévient tout à coup que l’ouverture au monde leur fait courir un grave danger : « Attention ! L’ennemi veille ! » Effet immédiat garanti. La « conspirationnite » propre à l’empire du Milieu fait le reste. Voilà pour l’impact extraordinaire de ce livre, par ailleurs bien écrit, facile à lire et à comprendre, qui ne pose, en fin de compte, qu’un seul problème : comment vérifier les « informations » qu’il apporte et étayer les assertions de son auteur?

En outre, le livre de Hongbing est le premier du genre à surfer sur l’angoisse qu’éprouvent les Chinois du fait d’un décollage économique effectué presque à la verticale. Il leur fournit des arguments bien opportuns pour faire peser la responsabilité de l’effondrement redouté non pas sur les conséquences prévisibles de la surchauffe, la capacité de nuisance des indépendantistes de Taïwan, des «droits-de-l’hommistes» ou des militants démocrates chinois, mais bel et bien sur des forces financières occultes, téléguidées de l’étranger et engagées à leur insu dans la guerre des monnaies.
Une telle révélation ne pouvait tomber plus à point, sachant que la Chine possède les plus importantes réserves de change au monde : plus de mille milliards de dollars américains ! Que faire de cette masse d’argent colossale ? Comment gérer intelligemment une telle somme ? Beaucoup dénoncent la Chine comme le principal fauteur de troubles virtuel dans le système financier international, et certains analystes redoutent même de voir la croissance économique chinoise sombrer dans un gouffre financier en entraînant avec elle les principales économies de la planète.

C’est à ce moment crucial que Song Hongbing choisit de lancer son cri d’alarme. Selon lui, la situation actuelle des finances chinoises ne laisse pas d’être préoccupante. Song explique : plus la valeur de la monnaie chinoise croît, plus la Chine attire vers elle des liquidités en provenance du monde entier, ce qui provoque notamment une hausse rapide des marchés boursier et immobilier, contribuant ainsi à laisser se former une énorme bulle. Une réévaluation du Yuan, demandée par l’Europe et les États-Unis, viendrait encore augmenter la pression et le pouvoir d’attraction de la monnaie chinoise. Les exemples du Japon (où une situation similaire se perpétua pendant plus de dix ans) et de Hongkong (où ce fut le cas durant quatorze ans) montrent que, tôt ou tard, les bulles finissent toujours par éclater. Quand les patrimoines boursiers et immobiliers sont surévalués au-delà du raisonnable du fait d’un volume excessif de liquidités, on peut s’attendre au pire : il suffit d’une nuit pour que des spéculateurs étrangers retirent le capital qu’ils ont investi dans les Bourses et le marché immobilier en empochant d’énormes bénéfices, et qu’ils ruinent ainsi l’économie d’un pays.

La famille Rothschild en ligne de mire
Théoriquement, la Chine n’a pas encore ouvert son marché financier à l’étranger, ce qui devrait lui permettre de se soustraire à des assauts malveillants. Mais, en réalité, les voies de pénétration de l’argent liquide international dans le pays ne manquent pas. Hongkong et Shenzhen, une ville nouvelle voisine, en sont les portes d’entrée les plus évidentes. Ce qui autorise Song à affirmer que les conditions économiques et financières de la Chine se rapprochent de plus en plus de celles de l’Asie du Sud-Est et de Hongkong à la veille de la grande crise de 1997. « Sans la présence de spéculateurs étrangers animés de mauvaises intentions, les autorités de Pékin seraient probablement en mesure de contrôler la situation et de gérer au mieux la crise en faisant effectuer aux Bourses un atterrissage en douceur au moment où la bulle éclatera », commente Song. Mais lui-même est convaincu qu’au contraire, un « guet-apens » contre la monnaie chinoise est inévitable.
La Chine, protégée par l’immensité de son territoire, a déjà prouvé qu’une guerre conventionnelle ne permettait pas de détruire les forces vitales de son économie. En revanche, une guerre des monnaies, une guerre financière, imprévisible et sans précédent, mettrait gravement en péril la sécurité économique de la Chine et plongerait tout le pays dans le chaos. La dévaluation continue du dollar américain, accompagnée d’une flambée permanente des cours du pétrole, constitue à cet égard une illustration inquiétante de l’affirmation centrale du livre, selon laquelle une telle conflagration monétaire aurait d’ores et déjà commencé !
Si Song Hongbing pose dans son livre toute une série de questions concernant la désintégration de l’URSS, la dévaluation du rouble, la crise financière des dragons asiatiques ou encore le krach au Japon, c’est bien sûr dans la perspective d’y apporter ses propres réponses. Ces circonstances singulières sont-elles dues aux hasards de l’Histoire ou à une main noire, cachée derrière le rideau de scène et agissant en coulisses, qui provoque toutes ces crises et contrôle le processus dans son ensemble? Et si tel était le cas, à qui appartiendrait cette main ? Et qui serait sa prochaine victime ? Bien sûr, l’auteur ne manque pas d’affirmer qu’il détient la clé de l’énigme. Selon lui, la guerre des monnaies commence le 18 juin 1815, date de la bataille de Waterloo. En vedette, une famille : les Rothschild. Le troisième fils, Nathan, est à l’époque l’un des banquiers les plus importants de la City de Londres. Il réussit à se procurer, avec vingt-quatre heures d’avance sur le gouvernement anglais, une information d’une importance capitale, la nouvelle exclusive de la défaite de Napoléon à Waterloo. Nathan en profite aussitôt pour spéculer sur les dettes publiques du gouvernement de Sa Majesté. Répandant la fausse rumeur d’une victoire de l’empereur des Français, il provoque à la Bourse de Londres un effondrement général des valeurs avant de les racheter à leur plus bas niveau. Quand la victoire de Wellington sera enfin connue dans la capitale britannique, ces mêmes valeurs grimperont évidemment en flèche, assurant en quelques heures à Nathan Rothschild des plus-values gigantesques.
Ce jour de deuil pour l’Empire français marque, pour la famille Rothschild, le début d’une aventure qui traversera les siècles et les générations. La campagne pour la conquête des principales banques du monde occidental, selon Song, est lancée à partir d’un réseau bancaire et financier couvrant l’ensemble du continent européen, de Vienne à Paris et de Naples à Londres. Une épopée figurant dans nombre d’ouvrages historiques de grande diffusion, émaillée d’anecdotes complaisamment reprises par Song à l’appui de son réquisitoire contre les Rothschild. Il raconte comment James Rothschild, en 1818, spécula sur le Trésor public français jusqu’à ce que Louis XVIII, affolé, lui demande d’intervenir, ce qui lui permit de mettre la main sur la plus grande partie des obligations et des réserves fiduciaires de la monarchie… L’auteur estime que la famille Rothschild parvint ainsi à accumuler en un siècle la somme vertigineuse de six milliards de dollars de l’époque ! Cette fortune ayant continué à croître à un rythme annuel de 6 %, la famille Rothschild devrait trôner, aujourd’hui, sur une montagne de dollars, toujours selon « le spécialiste » de l’analyse de leur patrimoine…
Vers le milieu du XIXe siècle, les Rothschild « considèrent que leur mission, qui consistait à soumettre le pouvoir royal au pouvoir de l’argent, est désormais accomplie ». Ils tournent alors les yeux vers… l’autre côté de l’Atlantique. Song cite une phrase de Nathan, après sa glorieuse victoire à la City : « Je me fous complètement de savoir qui s’assoit sur le trône d’Angleterre ! Quand on contrôle la fourniture de monnaie, on contrôle le pays. Et c’est moi qui tiens la planche à billets. »
La démonstration, étayée par de multiples emprunts à une littérature anti-économique – voire antisémite – archaïque, vivement contestée par tous ceux qui disposent d’un minimum de culture historique et financière, convaincra-t-elle ?


Une soif d'argent sans limites, jusqu'à l'assassinat

Le 23 décembre 1913 est un tournant dans l’histoire des États-Unis. Ce jour-là, écrit Song, le président américain Wilson promulgue une loi décidant de la création d’une banque centrale : la Federal Reserve Bank est née. Et c’est ainsi qu’après une « guerre de cent ans » entre les présidents américains et les banquiers internationaux, le pouvoir démocratiquement élu de Washington est « renversé » par le pouvoir de l’argent.
Il faut comprendre que la famille Rothschild n’était plus seule en cause dans ce « coup d’État » invisible. Les cinq ou six autres grandes familles et leurs douze banques les plus puissantes du monde l’avaient rejointe pour remporter cette bataille décisive. Parmi celles-ci, des noms comme ceux de Rockefeller, Morgan, etc. Au total, six familles de banquiers prirent place parmi les premiers actionnaires de la banque centrale. Song « révèle » aux lecteurs chinois que les véritables propriétaires de la Fed n’ont jamais cessé de dissimuler soigneusement leur identité. Le chercheur Eustache Mullins a, de son côté, fouillé partout pendant près d’un demi-siècle pour mettre enfin la main sur la licence d’origine de cet organisme et sur les noms de ses vrais maîtres, ceux qui le contrôlent en sous-main.
L’auteur détaille ensuite la « lutte féroce » qui s’engagea pour la domination du pays entre les banquiers internationaux et les présidents des États-Unis. Il estime en effet que les pères fondateurs de la démocratie américaine étaient bien conscients du danger provenant tout à la fois des forces féodales de l’intérieur et des dictatures étrangères, mais qu’ils ont mésestimé une autre menace, autrement plus grave. « J’ai deux ennemis, s’était pourtant exclamé un jour le président Lincoln. Devant moi, ce sont les troupes du Sud. Et derrière moi, le système financier… C’est ce dernier qui constitue le plus grand danger pour notre pays. » Song reprend inlassablement les déclarations des différents présidents américains concernant leurs relations avec les banquiers mondiaux. Il cite notamment ce propos de Thomas Jefferson, l’auteur de la Déclaration d’indépendance de 1776 :
« Je suis persuadé que la menace des systèmes bancaires est beaucoup plus grave pour notre liberté que celle représentée par les armées de nos ennemis. »
Song affirme même sans sourciller que cette guerre terrible, encore que totalement ignorée du grand public, a déjà causé la mort de… six présidents américains et de plusieurs députés et sénateurs ! La liste qu’il publie ne peut que laisser le lecteur pantois : William Henry Harrison, élu président en 1841 et retrouvé mort « curieusement » un mois après sa prise de fonction ; Zachary Taylor, mort tout aussi mystérieusement après avoir été soigné pour des « crampes d’estomac » à la fin d’un banquet (près d’un siècle et demi plus tard, en 1991, les autorités américaines ont exhumé son cadavre et analysé ses cheveux et ses ongles, y découvrant des traces d’arsenic blanc en « quantité non fatale », ce qui permit de classer le dossier sans suite…) ; Abraham Lincoln, assassiné en 1865 d’une balle dans la nuque à la sortie du théâtre; James Garfield, victime de l’infection mortelle d’une blessure provoquée par un coup de revolver dans le dos, etc. Le seul président américain qui ait donné l’impression de l’emporter sur les « banquiers cosmopolites » fut le populiste Andrew Jackson (1767-1845), qui mit à deux reprises son veto à la création de la deuxième banque centrale des États-Unis. Cela l’incita à faire graver sur sa tombe la fière épitaphe suivante : « J’ai tué les banques ! » Il avait auparavant bénéficié d’une chance à peine croyable : un homme avait tenté de tirer sur lui à bout portant, et son pistolet s’était enrayé.
Sortant alors une deuxième arme, l’homme fit feu à nouveau, mais, cette fois encore, la balle resta bloquée dans le canon. Des experts calculèrent qu’il n’y avait qu’une chance sur 125 000 pour que deux pistolets s’enrayent successivement !
Dans Currency Wars, toutes ces morts « mystérieuses » et « inexplicables » sont autant de confirmations des « complots » de banquiers aux ongles crochus au sommet de l’Amérique. Mais là encore, l’auteur n’avance aucun argument et pas davantage de preuves. En tout cas, rien de plus que les historiens « complotistes » de tout acabit… Ce qui ne l’empêche pas de conclure que cette lutte de cent années s’est soldée par la victoire des banquiers, et que les États-Unis ne sont donc plus véritablement indépendants, ni même démocratiques. Selon lui, c’est désormais la Fed, elle-même sous contrôle de la finance internationale, qui joue le rôle essentiel dans la gestion de l’économie américaine et, partant, manipule indirectement le gouvernement fédéral. Ainsi que le reste du monde.


La solution, éviter les marchés où sévissent les juifs...
Passant en revue les grandes crises financières internationales récentes, de l’Union soviétique de jadis à l’Amérique latine d’aujourd’hui, en accordant une attention particulière aux krachs boursiers du Japon et de l’Asie du Sud-Est, Song se dit notamment persuadé que les Japonais sont tombés dans un piège tendu par ces mêmes banquiers spéculateurs internationaux. L’empire du Soleil Levant avait accumulé d’énormes richesses grâce à trois décennies de travail acharné après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais les décideurs nippons ne purent esquiver les conséquences de la fameuse « guerre non déclarée » des monnaies. Selon ces mêmes sources, ce furent les grandes puissances financières internationales qui firent d’abord gonfler la bulle boursière japonaise en insufflant d’énormes sommes d’argent liquide dans le pays. Puis, au moment où la
Bourse de Tokyo se mit à atteindre des sommets, les banquiers se retirèrent d’un seul coup en valorisant leurs actions, mais en provoquant aussi l’éclatement de la bulle artificielle qu’ils avaient créée. Song estime que le Japon a subi dans cet épisode des pertes comparables à celles qu’y avait provoquées la guerre.
La crise financière des années 1990 en Asie du Sud-Est est du même tonneau. Après avoir minutieusement relaté le déroulement de ces deux séismes qui ont secoué le système financier international, l’auteur passe en revue les avanies de la livre sterling et du franc dans l’Histoire, avant de conclure en ces termes : « Les banquiers-financiers internationaux forment un super-groupe d’intérêts spécifiques. Ils n’appartiennent à aucun État, à aucun gouvernement. Au -contraire, ils essaient de les contrôler et de les manipuler. Durant une longue période, ils ont profité de la vigueur du Dollar et de la puissance des États-Unis. Mais, quand ils s’estimeront prêts, ils s’en prendront alors au Dollar lui-même, avec la volonté délibérée de provoquer une crise d’une ampleur comparable à celle de 1929 afin de s’approprier encore plus de pouvoir dans le monde… »
Selon Song, dans le cadre de cette stratégie, « l’attaque du système financier chinois est évidemment le point le plus important. Cette volonté ne fait aucun doute, les seules inconnues résidant dans ces deux mots : quand ? et comment ? « Ils » agiront très probablement de la même manière qu’avec le Japon, il y a vingt ans. La bulle boursière et immobilière a déjà commencé à se former en Chine. Ils n’ont donc plus qu’à choisir le meilleur moment pour donner l’assaut… »
Song remarque encore qu’en 2004, la famille Rothschild s’est retirée du système de fixation du prix de l’or basé à Londres. Il y voit un signe dangereux : le dollar en déficit et le système monétaire au bord de la crise sont « peut-être l’un et l’autre arrivés à la fin de leur vie ». Selon lui, le monde risque de se retrouver bientôt involontairement confronté à « une gigantesque opération destinée à mettre la main sur ses richesses ». Les banquiers internationaux, à la tête desquels figure encore et toujours la famille Rothschild, guettent l’occasion d’assaillir le Dollar et… la Chine – rien que ça ! Il suffira alors de quelques heures pour que tous les pays ne disposant pas d’une réserve d’or suffisante soient anéantis et ruinés ! Les vainqueurs se partageront leur fortune. À ce moment-là, pense l’auteur, les États-Unis eux-mêmes ne seront plus épargnés. Le dollar s’effondrera à son tour, entraînant le pays dans sa chute.
Une telle perspective a évidemment de quoi faire frémir. Song se met lui-même à l’abri de la critique en avançant que personne n’est aujourd’hui réellement en mesure de la juger « crédible » ou, au contraire, « mensongère ». Il estime en effet que le système financier actuel a été délibérément édifié sur des bases extrêmement complexes, de façon que « seules les élites puissent le comprendre ». Et ces élites, dans le monde politique comme dans les médias, ne demandent qu’à se faire acheter, pour peu qu’elles n’aient pas déjà été digérées par la coalition financière internationale. Quant au reste de la population, il « ne possède pas une compréhension suffisante des phénomènes économiques pour décrypter les secrets de ce système ». Cette nébuleuse noyée dans la fumée a donc pour conséquence première d’éviter que la majorité de la population de notre planète «sache de quelle manière on lui porte préjudice ».
Face à ce défi, Song pense que le seul refuge sera l’or. On ne pourra plus se fier à la monnaie papier, car toutes les monnaies sont fondées sur la confiance du public et contrôlées par les systèmes bancaires. L’or, seul, représente une exception. L’expérience historique montre qu’au moment où le système des changes se détraque, le métal jaune est le seul qui soit à même de ne pas être entraîné par la débâcle des monnaies. Song invite donc les Chinois à acheter massivement de l’or pour protéger leurs richesses contre les futures turbulences, qu’il juge inévitables, du dollar et des autres devises. De fait, depuis la publication du livre sur le blog de Song à la fin de l’année 2006, les cours de l’or n’ont cessé de grimper… dans un pays, la Chine, où les ressources en or sont pratiquement nulles !


Un florilège de romans, brulots et... de plagiat

Né en 1968 dans la province chinoise du Sichuan, Song Hongbing est diplômé d’une discipline qui n’a rien à voir avec la finance : il a étudié les systèmes de contrôle automatique à l’université du Nord-Ouest. Il a passé ensuite deux années dans une société immobilière chinoise à vendre des villas de luxe puis a quitté son pays en 1994 pour les États Unis et l’American University de Washington. Après avoir passé son diplôme d’ingénieur, il a confié à la presse qu’il avait exercé cent métiers différents : journaliste, vendeur, informaticien, pour devenir enfin « expert en finances » dans une grosse société américaine d’immobilier. De son propre aveu, c’est ce dernier métier qui lui a permis de commencer à « pénétrer au cœur du système créé par les banquiers internationaux » et découvrir les « secrets inouïs » exposés ci-dessus.
Selon ses propos, ce livre lui a été inspiré par la crise asiatique de 1997. À cette époque, il résidait encore aux États-Unis, mais observait très attentivement ce qui se passait de l’autre côté du Pacifique. « Instinctivement, dit-il, je sentais qu’il devait y avoir une main noire derrière cette crise, mais je n’en avais pas la preuve. Alors j’ai commencé à chercher… » Song prétend s’être appuyé sur un groupe d’experts qui l’a aidé dans ses investigations. Il dit aussi avoir feuilleté, entre 1997 et 2005, des milliers de livres et de documents pour parvenir à dénicher tous les éléments nécessaires à cet ouvrage, qu’il a ensuite mis une année supplémentaire à écrire.
Mais des journalistes chinois sont allés, eux aussi, fouiller partout pour tenter d’identifier les sources qu’il a utilisées. Et ils ne sont pas tous rentrés bredouilles. Témoin ce documentaire, intitulé The Money Masters (Les Maîtres de la monnaie), réalisé par un certain Bill Still, diffusé à la télévision américaine dans l’indifférence générale. En comparant les sommaires, les journalistes chinois ont noté d’étranges similitudes entre les chapitres du documentaire et ceux de Currency Wars. D’autres estiment que son premier chapitre est presque une traduction mot pour mot du chapitre V d’un ouvrage de référence de Des Griffin (Descent into Slavery, 1980), intitulé « The Rothschild Dynasty ». Ils se disent notamment stupéfaits par la ressemblance entre les deux livres pour tout ce qui concerne la bataille de Waterloo et l’origine de la première fortune de la famille Rothschild… Aussi plusieurs critiques ont-ils accusé Song d’avoir purement et simplement copié des parties de plusieurs publications consacrées au même sujet, parmi lesquelles certaines ne manquent pas d’apparaître douteuses pour les historiens. Les plus radicaux d’entre eux ont même accusé Song de n’avoir écrit que le prologue et le dernier chapitre, en tirant tout le reste de recueils, de documents ou même de romans américains. Parmi ses références, on trouve en effet des récits romanesques, comme le best-seller américain Confessions of an Economic Hit Man (Confessions d’un tueur économique) de John Perkins (2004) ; ou des films, comme le documentaire America : Freedom to fascism (Amérique : de la liberté au fascisme) d’Aaron Russo ; et même des biographies déjà rejetées par les intelligentsias internationales, comme Financial Origins of National Socialism (Les Origines financières du national-socialisme) de Sidney Warburg, paru en 1933 aux Pays-Bas et interdit par plusieurs pays européens en raison des absurdes infamies qu’il contient.
Finalement, Currency Wars est-il un livre antisémite ? Il en présente à l’évidence nombre de caractéristiques. Song, qui s’en défend, se répand en compliments ambigus sur les qualités exceptionnelles des Juifs dans le domaine financier, et appelle au secours de sa thèse les analyses et les propos de personnalités françaises telles que l’ancien président français Valéry Giscard-d’Estaing ou encore le diplomate Thierry de Montbrial. Mais si l’antisémitisme de son auteur devait néanmoins être avéré, sa capacité de nuisance sur les Chinois serait loin d’être garantie, car ceux-ci, appartenant presque tous à la même culture, ignorent jusqu’à l’existence de l’antisémitisme. En Chine, où les ouvrages sur les Juifs sont désormais nombreux, les auteurs manifestent plus généralement leur admiration vis-à-vis de ce peuple (Pourquoi les Juifs sont si intelligents ou Les Secrets des succès des Juifs sont des titres qui parlent d’eux-mêmes) qu’une quelconque haine. Sans oublier non plus que la Chine est théoriquement – et officiellement – toujours un pays communiste, donc un pays qui respecte le Juif Karl Marx !
Actuellement, Song Hongbing affirme avoir mis deux nouveaux livres en chantier : La Guerre des monnaies : contre-mesure de la Chine et La Guerre des monnaies : le rôle de l’euro, qui confirmeront sans doute ces soupçons, à moins qu’ils ne les infirment. Même si l'on ne peut d’ores et déjà les balayer tous, le succès de Currency Wars est aussi incontestable que son message est simple. Il tient en un seul mot, à l’adresse de tous les Chinois qu’on pourrait croire tentés de se reposer sur leurs premiers succès en sous-estimant l’hostilité de leur environnement mondial : « Attention ! »


Zheng Ruolin est journaliste, correspondant à Paris du quotidien national de Shanghai Wen Hui Bao
Cet article est initialement paru dans La Revue pour l’intelligence du monde, n°12, daté de novembre/décembre 2007.

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