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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 01:20

Brics-Syrie: Géodiplomatie contre Géostratégie.

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Par Camille Loty Malebranche

map_GEM_geopolitique_generaleLes forces de l’Histoire, se manifestent à travers l’évolution des modes politiques et économiques pour révéler les faiblesses, les vices de construction des systèmes et empires dominants. Ainsi, imparablement, le fleuve de la temporalité de la vie des puissances mondiales, condamne lesdites puissances – à travers les  nouvelles donnes en émergence qui émanent du statu quo ante encore en cours tant dans les nécessités et les contingences de l’évolution du monde – à une fatale sénescence systémique voire à des degrés divers de déchéance, selon l’aptitude ou non des puissances vieillissantes à s’adapter à temps au génie du temps et du nouveau qui surgit pour limiter le recul par vétusté, et garder une certaine fraîcheur de prépondérance.

La position du BRICS face à la géostratégie de l’occident en Syrie ne manque pas de signifier ce que nous appelons la géodiplomatie régionale et suprarégionale des blocs d’influence qui se fait actuellement dans la politique mondiale. Il est à noter ici, que la position de l’Onu est carrément prise de cours dans une réalité imprévisible qui va de toute façon, dans les années à venir, bouleverser la configuration, la forme d’influence notamment au conseil de sécurité.

Revenons aux récents faits en Syrie. Les turpitudes occidentales voulant à tout prix intervenir ont porté le Brics à s’opposer formellement à toute intervention militaire en Syrie, tout en suggérant avec force que le plan d’Assad pour un accord de paix, écarté et critiqué par l’occident et Ban Ki-moon, soit considéré en vue d’une résolution du conflit. Ban Ki-moon ressassant, à la suite des occidentaux, ces maîtres en instrumentalisation de l’Onu, des accusations contre le régime d’Assad, en déplorant mollement les pires crimes et actes de terrorisme de la soi disant «Armée syrienne libre» (Asl), ne peut plus imposer le point de vue onusien aligné comme il voudrait le faire.

D’ailleurs aligné trop souvent à l’occident et passablement désavoué par son inféodation aux Etats-Unis et puissances coloniales européennes, l’Onu devra s’ajuster et être réformé ou il perdra tout pouvoir et toute crédibilité dans la résolution des conflits au 21ème siècle.


Déclassement et relativisation imparable de la prépondérance occidentale


L’occident a beau vouloir aller à contre courant de l’histoire en freinant l’irrépressible montée de la multipolarité induite par des regroupements rivaux, la nouvelle donne qui se profile ne se peut freiner. La sanction de l’Histoire est sans appel pour les vieux maîtres de échiquier politique mondiale de l’après soviétisme.

Un autre défi occidental qui relève de la gageure et de l’imbroglio, est que le verbiage des droits de l’homme est dépassé. Les Etats-Unis, grands donneurs de leçons démocratiques, sont constamment mis en cause pour leur violation des droits humains sur leur propre territoire et ailleurs dans des assassinats, la maltraitance de prisonniers, l’incursion meurtrière de drones sicaires. Cela tient désormais de l’affabulation convenue des pays et de la presse de l’occident de s’attribuer la palme de la démocratie. On ne peut être démocratique tout en étant ploutocratique avec des banquiers qui créent des crises et ensuite en profitent sur le dos de la planète entière. On ne peut être démocratique à certains degrés chez soi, tout en favorisant du terrorisme, faisant pacte avec les pires voyous sur le territoire de pays dont on n’aime pas les dirigeants, afin de les renverser. On en peut être démocratique en prétendant aider arrogamment le sud alors que l’on fait de la singerie et de l’esbroufe international, puisqu’on ne fait que nourrir ses propres fonctionnaires expatriés via des O.n.g. que l’on crée tout en insultant des pays périphériques paupérisés par des politiques qu’on leur a imposées depuis des décennies voire des siècles.

Un autre dilemme du prétendu apport des occidentaux à la libération de peuples sous la dictature que nous convenons tous comme déplorable et à renverser en y instaurant un chaos ou des gouvernements fantoches au gré de ses propres moindres intérêts? Autre question anthopoculturelle épineuse, comment forcer des sociétés théocratiques ou quasi théocratiques de la sacralisation naturelle du chef? Comment heurter le pouvoir sacré par la démocratie profane? Comment forcer des sociétés théocratiques ou quasi théocratiques de la sacralisation naturelle du chef? Peut-on sortir des pays conçus dans la dictature de monarques et présidents autocrates sans basculer dans le chaos ou l’interventionnisme néocolonialiste qui ne sont et ne sauraient être guère meilleurs? À toutes ces questions qui ne peuvent être répondues de manière expéditives – moi, je subodore un apaisement par le dialogue des cultures et un partage de bons procédé vraiment démocratiques sans arrière activité de colonialisme masqué – comme le fait si souvent l’occident à coup de bombes de l’Otan ou de voyoucratie géostratégique criminelle. Nous ne pouvons que constater que l’approche occidentale est dépassée, malséante et suicidaire.

Après les années de grâce qui auront duré une décennie, une décennie et demi après l’effondrement du communisme institutionnel et la disparition de l’Union Soviétique, le répit conflictuel de blocs adverses qui avait cédé le pas à un monde unipolaire aux basques des États-unis et de leurs alliés serviles, se profile cette fois sous forme de conglomérat d’États puissants éparpillés sur divers continents. Va-t-on vers une entité armée pour, comme ce dont disposait le Pacte de Varsovie, contrecarrer le sempiternel et combien hyperactif Otan aujourd’hui reconfiguré afin de porter par le feu les interventions des Usa et des vieilles puissances européennes, tous décadentes aujourd’hui? Je réponds que ce n’est qu’une question de temps. Car avec et fors les deux grandes puissances militaires nucléaires Russie et Chine qui tiennent le sommet militaire et onusien face aux Etats-Unis et à leurs alliés, il est d’usage, par principe d’élargissement international, qu’un regroupement comme le Brics se constitue une force de respect et d’intervention en tant qu’organisme supranational.

Il est aussi intéressant de constater la suprarégionalité que constitue l’implication du Brics dans ce conflit syrien. Après le Pacte de Varsovie, l’Otan trouve peu à peu, à qui se confronter et, dans le cas de heurts armés, qui affronter. D’abord l’alliance informelle russo-chinoise (je préfère ce prédicat à l’usuel sino-russe, vu la prépondérance diplo-militaire de la Russie), qui a fait efficacement obstacle par position de veto au conseil de sécurité dans l’actuel guerre syrienne, puis l’inlassable et brillante diplomatie russe rivant le clou aux multiples tentatives occidentales de trouver des prétextes d’intervention, la Russie anticipant tout ce qui pourrait favoriser une justification directe de l’occident dans ce conflit alimenté par les occidentaux via les groupes armés qu’ils financent sur place pour éluder tout règlement non à leur avantage de cette guerre, où comme en Libye, en Irak, en Afghanistan, leur seul but, est de démanteler tout État fort arabe sous prétexte de dictature. Ainsi, le chaos est planifié au service des prédateurs occidentaux voulant se doter d’espaces pour leur mainmise pétrolière, militaire à travers une géopolitique contre-nature parce que si loin de l’empire étasunien et de l’Europe. Les Etats-Unis et l’Europe sentant finir le temps de la mondialisation par leur colonialisme et le néocolonialisme des siècles antérieurs, font feu de toutes bombes, ronge à tous les râteliers bellicistes, à travers une cygénétique guerrière douteuse qui part chasser des espaces partout au monde sans vergogne ni égard pour les peuples sacrifiés à leur frénésie de maintien d’un ordre qui change, d’une histoire qui, imparablement, évolue…

Les temps d’aujourd’hui augure de la fin du fait classique de superpuissances mondiales telles qu’établies au 20ème siècle à l’heure du monde bipolaire est-ouest et rase à jamais toute perspective d’un monde unipolaire sous férule d’une unique mégapuissance planétaire. Nous sommes actuellement dans l’avant-définition d’un monde multipolaire à influence de Conglomérats d’États avec leur intervention diplomatique, militaro-industrielle et qui bousculera une bonne fois pour toute la prépondérance économique et politique mondiale de l’occident que les É-U. en déclin et l’Europe, fortement en crise et en passe de déclassement, ne pourront plus tenir. Quant aux Etats-Unis, ils auront beau s’agiter et Obama a beau instruire le Pentagone de frapper au nucléaire  » la grande muraille  souterraine de la Chine« , cela ne les empêchera point de devenir juste une grande puissance nord-américaine dont la préséance ne dépassera pas l’isthme de l’Amérique centrale, vu le développement exponentiel de la puissance brésilienne sous l’Équateur du continent américain.

Le vent tourne, le temps des empires exclusifs, toujours les mêmes, faisant et défaisant la loi et le droit, est phagocyté dans la temporalité qui emporte les vieilles puissances dont la durée désormais comptée, est en phase de déclin. L’adaptation à une donne qui blesse leur orgueil, plonge les ex actuels impérialistes et néocolonialistes dans l’amertume et les troubles d’humeur où leur cruauté de bête blessée – rongeant l’être au monde de nombreux États par l’instabilité, l’intrusion d’armées mercenaires, les bombardements, l’utilisation de terroristes – ne fait que confirmer leur faiblesse et agitation, ces caractéristiques de tout système déclinant. Leur affolement est signe de l’asthénie frénétique entraînée par tout déclin. Car si la puissance est par nature, sûre d’elle, sereine et tranquille, la peur du déclassement rend les vétustes puissances mondiales frileuses, leur enlevant la placidité léonine et dominatrice qu’elles manifestaient en leur règne. Aujourd’hui ce ne sont d’anciennes douairières furieuses de leur perte d’importance et craignant même, de perdre jusqu’à la face…

Quel que soit l’issue que connaîtra le conflit syrien, quel que puisse être le sort à venir d’Assad, le cas de figure syrien, laisse entrevoir la nouvelle configuration du monde au 21ème siècle. Configuration sans appel: le monde sera mené par de puissants conglomérats étatiques qui imposeront le faciès de la politique internationale par l’économie, la géopolitique et une redéfinition de la diplomatie mondiale par régions selon et les blocs constitués et les alliances. Bref, ce que nous appelons une géodiplomatie transrégionale selon les intérêts politiques des conglomérats en présence, dont le Brics intervenant sur la Syrie contre les É-U. et l’U.E., augure des futurs pouvoirs et influences.

En attendant, sur l’échiquier syrien, la géodiplomatie du Brics et sa décence auront enfoncé encore plus profondément le clou de l’évidence d’immoralité et de déclassement au front ridé de flaccidité et d’obsolescence qu’arborent les vieux empires bellicistes et prédateurs qui aimeraient croire à une naturalité transcendante de  leur suprématie au teint blême et sanglant.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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