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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 09:31

 

 

 

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La vérité ? Le Président ne peut rien faire,

c'est l'UE qui décide... l'austérité au seul profit des banques

via le paiement des intérêts de la dette (eva)

Vous avez dit démocratie ?

Les Eurocrates laisseront-ils Hollande

faire quoi que ce soit ?

Par Diana Johnstone
CounterPunch, le 8 mai 2012

article original : "The French Chose a New "President"; Will the Eurocrats Let Him Do Anything?"

Paris

 

 

Le choix de François Hollande contre Nicolas Sarkozy a été une affaire extrême de choix par défaut. Rarement un candidat vainqueur n'a-t-il inspiré aussi peu d'enthousiasme. Considérant à quel point Sarkozy était impopulaire, selon les sondages, le score final de 51,6% pour Hollande, contre 48,4% pour Sarkozy, a été étonnamment serré. Voter pour Hollande, terne et inoffensif, était finalement le seul moyen de se débarrasser de Sarkozy, l'agité, prétendant avec agressivité être le Président le la France.

Il n'y a plus de véritable président de la France. Le dirigeant qui a été élu pour occuper le Palais de l'Elysée n'établit plus la direction politique que doit prendre la nation. Ce rôle a été largement accaparé par la Commission européenne à Bruxelles.

Avec ses manières modestes, François Hollande est mieux adapté pour être un non-Président de la France. Non pas que cela assure que ce sera un boulot facile. Les puissances financières qui dirigent le monde le poussent à annoncer que les Français ne peuvent plus avoir la politique qu'ils veulent, mais seulement la politique décidée par « les marchés ».

En fait, les Français en ont déjà conscience. Ce que cela implique exactement et comment le peuple réagira restent à voir.

À l'instar des 27 membres de l'UE, sans exception, et en particulier des 17 qui ont adopté l'euro pour monnaie commune, la France est maintenant subordonnée à ce que le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, appelle « le nouveau système européen de gouvernance ». Ceci est comparable a ce qui se passe lorsqu'une personne est jugée incapable de gérer ses affaires et qu'elle est placée sous la garde d'un tuteur légal ou de l'État. Petit à petit, la Commission européenne endosse le rôle du tuteur légal sur les affaires économiques des États membres.

L'année dernière, en réponse aux crises de plus en plus grave en Grèce, au Portugal, en Espagne et en Italie, l'UE a adopté des mesures draconiennes demandant aux États membres de réduire leurs déficits budgétaires et leur dette publique ; s'ils échouent, alors ils peuvent être punis par des pénalités énormes : une mesure qui pourrait être comparée dans sa logique à la vieille pratique consistant à enfermer les débiteurs dans un asile de pauvres.

La France est soumise à des directives spécifiques pour qu'elle durcisse la réforme des retraites (c'est-à-dire réduire les pensions, d'une façon ou d'une autre), réduire ou éliminer la sécurité de l'emploi, limiter les augmentations du SMIC [le salaire minimum], transférer l'impôt sur le revenu à la consommation et déréguler un peu plus les activités professionnelles et commerciales. Ces mesures anti-égalitaires, pro-capital et contre le travail ne laissent quasiment aucune liberté de manoeuvre au président « socialiste » pour faire quoi que ce soit de significatif en faveur des segments économiquement désavantagés de la population.

À la place, il peut défendre le mariage des homosexuels, qui est devenu la proposition phare de ceux qui veulent prouver qu'ils sont « à gauche », en faisant rager un segment de la droite conservatrice. Hollande a promis d'accorder aux homosexuels le droit de se marier et d'adopter des enfants, de faire respecter les quotas pour les handicapés, de proposer une loi permettant aux malades incurables de bénéficier d'une assistance médicale pour mettre fin à leurs jours dans la dignité, de combattre la discrimination raciale, y compris en matière de contrôles d'identité par la police. Si - et c'est toujours un grand « si » - il obtient une majorité lors des élections législatives du mois prochain, le Président Hollande pourra maintenir ces promesses sociétales sans demander la permission de Bruxelles ou des « marchés ». Et, en se fondant sur l'expérience, il faut s'attendre à ce que la police se comportera mieux vis-à-vis des minorités ethniques sous un gouvernement socialiste que sous Sarkozy.

Cependant, en e qui concerne les promesses clés de Hollande de passer de « l'austérité » à la croissance économique et aux créations d'emploi, les « marchés » casino lui aboient déjà dessus et l'UE se dresse comme le rempart contre toute mesure effective dans cette direction.

Les commentateurs du courant dominant s'agitent sur le banc de touche. Hollande dira-t-il aux Français qu'ils doivent continuer de se sacrifier pour les banques ? Cela entraînera-t-il la France dans la révolution, comme c'est sa tradition ? Ou dans le « fascisme » ?

 

L'anti-fascisme tue la démocratie

C'est un paradoxe essentiel que l'idéologie de l'anti-fascisme qui s'est développé après la fin de la Seconde Guerre mondiale ait joué un rôle majeur pour tuer la démocratie.

Cette idéologie, qui trouve sa référence la plus respectable dans les écrits de Hannah Arendt, avance que les masses, lorsqu'elles sont plongées dans des problèmes économiques graves, seront prêtes à suivre des démagogues qui désignent des boucs-émissaires (généralement les Juifs) et imposent une forme ou une autre de « fascisme ». Cette idéologie sous-tend la dénonciation constante comme « populisme » toute critique formulée contre les banques et le capital financier. En effet, toute expression de sympathie pour les besoins des gens ordinaires pourrait être condamnée ces jours-ci comme étant du « populisme », considéré comme la première étape vers le « fascisme ». Le résultat de cette crainte obsédante a été de soutenir toutes les mesures possibles et imaginables pour discréditer et affaiblir « l'État » qui serait la source de tous les démons. Cette idéologie a été particulièrement forte en France. Des générations de gauche en France ont acclamé l'unification européenne comme étant la réponse à la menace du fascisme, puisqu'elle affaiblit l'État nation. L'UE est conçue pour prévenir tout excès de nationalisme ou de populisme, en déplaçant la prise de décision vers l'échelon européen.

Avec la crise financière actuelle qui entoure l'euro, ce processus a porté ses fruits. Il n'y a désormais plus aucune décision importante qui puisse être prise au niveau national. Un dommage collatéral de cet accomplissement est la fin de la démocratie électorale sérieuse. Les démagogues peuvent pester et le peuple se soulever, mais ils sont totalement impuissants. Comme le sont les électeurs pacifiques.

La monnaie commune a été avant tout conçue par beaucoup d'idéologues européens comme un mécanisme destiné à forcer l'unité politique européenne. C'est ce qui se produit, mais d'une façon beaucoup plus déplaisante que celle qui a été promise. Les souverainetés nationales sont en cours de destruction, mais le ressentiment national augmente. Il n'y a aucun « esprit commun européen » qui s'harmonise à la monnaie commune européenne et qui réconcilie les Allemands aux poches peines d'euros avec les Grecs dont les poches sont vides.

 

La souveraineté nationale et la division Gauche/Droite

La défaite la plus spectaculaire de la démocratie par la « construction européenne » s'est produite en 2005, lorsque les électeurs français ont rejeté de façon retentissante le Traité établissant une Constitution européenne et que leur parlement a ignoré leur vote et adopté un clone sous la forme du Traité de Lisbonne. Depuis lors, ce que l'on appelle le « souverainisme », le courant de ceux qui voudraient recouvrir la souveraineté nationale, compte de plus en plus de sympathisants, ignorés ou stigmatisés par les médias du courant dominant et les politiciens.

Le souverainiste le plus farouche est aussi celui qui est le plus résolument ignoré par les médias : François Asselineau [@Fasselineau], un ancien officiel du gouvernement qui a fondé un parti, l'Union Populaire Républicaine, qui se consacre entièrement à cette proposition : la France doit quitter l'UE pour recouvrir sa liberté d'action. Privé de toute couverture médiatique ou même de la mention de son existence, Asselineau propage ses arguments grâce à des conférences extrêmement didactiques sur l'histoire et la signification de l'entreprise européenne, comme moyen de subordonner l'Europe aux Etats-Unis. En dehors de son désir de restaurer la souveraineté de son pays, il n'y a rien d'extrémiste ou même d'excentrique chez M. Asselineau, et le fait qu'il n'a pas réussi à obtenir plus de vingt signatures de maires sur les 500 exigées pour se présenter à la présidentielle en dit long sur la France, tandis que deux petits candidats trotskistes [Philippe Poutou pour le NPA et Nathalie Arthaud pour LO] se sont qualifiés (sans parler du disciple de Lyndon Larouche [Jacques Cheminade] et de l'ex-trotskiste, Jean-Luc Mélenchon, qui est à la tête du Front de Gauche). En France, le trotskisme sous ses diverses formes est plus intégré dans la vie politique que ne l'est la défense de la souveraineté nationale, en partie grâce aux anciens trotskistes qui se trouvent dans les médias.

Dominique de Villepin, l'ancien ministre des affaires étrangères qui prononça le célèbre discours de 2003 refusant la guerre contre l'Irak, ce qui en fit le symbole de l'indépendance française en matière de politique étrangère, a également été incapable de réunir les 500 signatures nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle.

Le centre-droit conventionnel de Sarkozy et le centre-gauche, représenté par le Parti Socialiste et les Verts, sont totalement dévoués à ce que l'on appelle la « construction européenne », qui signifie, inévitablement, la déconstruction de la France. Ils continueront de prédominer, parce que les détracteurs de l'UE sont fatalement divisés entre la droite historiquement irréconciliable et la gauche françaises. Même si tous ceux qui sont mécontents de l'UE forment une majorité de citoyens français, leur opposition aux dictats de l'UE sera neutralisée par la véhémence de la division gauche/droite.

Cela s'est illustré lors du premier tour du 22 avril de cette élection présidentielle, où les forces qui avaient soutenu le « non » victorieux contre la Constitution européenne étaient divisées en plusieurs tendances. Trois candidats, Mélenchon, Le Pen et Dupont-Aignan, représentant de façon la plus claire l'héritage de ce « non » de 2005, ont réuni ensemble 30% des suffrages - plus que l'un ou l'autre des deux candidats arrivés en tête. Mais ils étaient tout sauf « ensemble ». Au centre, avec un petit 1,8% des voix, se trouvait le gaulliste social, Nicolas Dupont-Aignan, qui a fait campagne pour quitter l'euro « empoisonné ». À droite, Marine Le Pen a fait campagne contre l'euro, l'UE et les banques. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s'en est également pris au programme d'austérité, mais il a refusé de reconnaître le contradiction fondamentale qui existe entre ses mesures sociales progressistes et l'UE, et il a choisi de faire de Marine Le Pen sa cible principale, avec des attaques qui ont souvent été brutalement personnelles.

Des deux, c'est Marine Le Pen qui est arrivée en tête, avec près de 18% des voix contre 11% pour Mélenchon. Marine Le Pen a essayé de tirer le parti traditionnel d'extrême-droite de son père vers la gauche sur les questions de bien-être social, attirant plus de votes de la classe ouvrière que Mélenchon. Mais son rassemblement triomphal du 1er mai, où elle a annoncé qu'elle ne voterait ni pour Sarkozy ni pour Hollande, a montré qu'elle aura beaucoup de mal à entraîner avec elle les vieux grognards du Front National. En contraste à sa revendication d'unifier « tous les Français » contre les élites, une partie de la foule a accueilli le nom de Mélenchon aux cris de « Communistes assassins ! » Les fantasmes des fascistes d'un côté et le goulag de l'autre, sape toute bonne raison d'unifier l'identité française.

 

La liste de souhaits de Hollande

Même Hollande a insisté dans sa déclaration de campagne que « ce qui est en jeu est la souveraineté de la République française face aux marchés ». La France est extrêmement attachée à ses services publics, les meilleurs du monde avant qu'ils ne se retrouvent attaqués par le néolibéralisme. Hollande dit qu'il demandera à l'UE d'adopter une directive pour la protection des services publics. Il dit qu'il proposera à ses partenaires européens un pacte de « responsabilité, de gouvernance et de croissance » pour sortir de la crise et de la spirale de l'austérité qui l'aggrave. Il dit qu'il renégociera le traité européen en vue de réorienter le rôle de la Banque Centrale Européenne, afin de favoriser la croissance et l'emploi. Il proposera un nouveau traité franco-allemand. Il demandera, il proposera.

Et que se passera-t-il s'ils disent non ou, pour être plus précis, « nein » ?

Et qu'en est-il de la contradiction entre un grand nombre des propositions économiques mineures de Hollande et les impératifs du pacte de stabilité européen de procéder à des coupes budgétaires drastiques ?

Ce n'est pas le genre de François Hollande de piquer une colère, comme Margaret Thatcher le faisait lorsqu'elle exigeait qu'on « lui rende son argent ». Toute la carrière politique de Hollande est au service du Parti Socialiste français, entièrement dévoué à l'idéologie de l'unification européenne. Sachant cela, les commentateurs économiques spéculent que les partenaires de la France, c'est-à-dire en particulier l'Allemagne, feront quelques concessions insignifiantes mineures pour permettre à Hollande de sauver la face avant qu'il ne capitule inévitablement face aux exigences sans relâche des « marchés ».

À gauche, l'idéal d'une « Europe sociale » non-existante est toujours plus fort que la perception de l'UE qui existe vraiment comme mécanisme institutionnel permettant au capital financier de détruire le fameux « modèle social européen ».

Bien sûr, il y a toujours la possibilité que l'expérience sera un professeur rapidement efficace.

En attendant, on peut s'attendre à quelques améliorations mineures dans le domaine de la politique étrangère, largement passée sous silence tout au long de la campagne présidentielle.

La dévotion ouverte de Sarkozy vis-à-vis des États-Unis, de l'OTAN et d'Israël fut exceptionnelle, mais une politique étrangère pro-atlantique moins impétueuse est une tradition solide du Parti Socialiste. Les socialistes n'aimaient pas George W. Bush, mais Hollande a déjà parlé de la « confiance » qui règnera entre lui et Obama. Hollande a promis de retirer les troupes françaises d'Afghanistan et il a dit qu'il veut encourager l'OTAN à retourner à sa vocation initiale de sécurité collective. Cela sonne bien, laissant penser qu'il y aura moins d'enthousiasme pour les interventions militaires agressives au Moyen-Orient - même si Hollande était d'accord avec la guerre contre la Libye. Mais il n'y a rien qui laisse entendre que le rejet du « bouclier anti-missiles », dangereux et absurde, que soutiennent les États-Unis et qui provoque une tension inutile avec la Russie. Hollande a également promis de donner un nouvel élan à une politique industrielle de défense ambitieuse, sans spécifier les objectifs commerciaux et stratégiques d'une production d'armements accrue.

 

Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]
Contactez-nous sur Twitter : @QuestionsCritiq

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http://questionscritiques.free.fr/edito/CP/Diana_Johnstone/Francois_Hollande_Commission_europeenne_marches_financiers_austerite_souverainete_080512.htm

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