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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 20:08

Les chevaux roumains qui ont fini en lasagnes sont vieux et maltraités

19.02.2013 09:46

Surgelés au cheval roumain: vieilles bêtes dans l'assiette, titre Le Matin en Une. [Le Matin]
Surgelés au cheval roumain: vieilles bêtes dans l'assiette, titre Le Matin en Une. [Le Matin]
http://www.rts.ch/info/revue-de-presse/4657770-les-chevaux-roumains-qui-ont-fini-en-lasagnes-sont-vieux-et-maltraites.html

 

 

21 février 2013

Ce n’est pas le cheval le problème. C’est le système ! 

Le cheval roumain n’en finit pas d’éclabousser au grand galop l’Europe. Et le grand concert médiatique sur la présupposée chaîne de responsabilité tient en haleine, en pointant tour à tour des individus, des entreprises ou des pays. Il faut certes établir la chaîne de responsabilité et sanctionner ceux qui doivent l’être. Mais, pour guérir du mal, il conviendrait de ne pas s’arrêter aux apparences et de débusquer, derrière le mur de viande, ses causes structurelles.

On a vendu des canassons roumains pour du bœuf pour faire de l’argent. Dans le dos des consommateurs mais aussi dans celui des producteurs, de la même façon, on fait passer de l’antilope pour du chevreuil ou on transforme du kangourou en salami. On traite le poulet à la javel, on fabrique des bœufs aux hormones. On a trouvé l’an passé des œufs contaminés en Allemagne et de la viande de porc à la dioxine.

Et voici qu’au plus fort de ses réflexions, la Commission de Bruxelles vient d’autoriser l’alimentation des poissons avec des farines animales. Ainsi peut-être que notre poisson aura plusieurs goûts. Celui de la pisciculture, du porc et du bœuf.

En vérité, nous sommes ici au cœur d’un système politique et économique, devenu jungle capitaliste, dont le cœur est ce mot, répété à satiété depuis des mois : celui de la compétitivité et de son corollaire, la « concurrence libre et non faussée ».

Les salariés des industries agroalimentaires sont parmi les plus mal payés. Les paysans sont rançonnés et doivent obéir aux normes européennes de production. La filière agroalimentaire s’allonge sans cesse de nouveaux intermédiaires entre l’étable et la table. Et au nom du dernier traité européen, on ne cesse de réduire le nombre de vétérinaires, de contrôleurs, de douaniers. Et au nom « des marchés ouverts », un trader chypriote transfère une commande à un trader néerlandais qui trouve des canassons roumains épuisés, qu’il fournit à une entreprise du sud-ouest, qui elle-même a passé commande à un abattoir lorrain qui fournit une marque qui s’affiche sur les écrans avant et après le journal télévisé de 20 heures, enveloppée dans une belle boîte aux multiples couleurs. La boîte et la publicité coûtent d’ailleurs plus cher que la prétendue viande se trouvant à l’intérieur. Et si par hasard, il vient à l’idée d’un maire de vouloir donner de la viande achetée à proximité à la cantine scolaire, à partir des élevages qu’il voit de la fenêtre de son école, il se trouvera un commissaire européen qui l’accusera de non respect du droit à la concurrence et l’obligera à s’intégrer dans ce long circuit.

En fait, quand on a acheté une boîte « Findus », on a alimenté un fond financier d’investissement privé, Lion capital. Et derrière Comigel qui fournit Findus, se cache un autre fond d’investissement « Céréa-capital ». Que leur importe de préparer des lasagnes industrielles à base de mélange de déchets de muscles de cheval, de vaches, de mulets ou d’ânes, mélangés à de la mauvaise graisse et du collagène. Et personne ne parle de l’endroit d’où vient le blé qui a servi à faire les parts de lasagne. Du Mali ou des plaines d’Ukraine ou du Kansas ?

Comme si ceci ne suffisait pas, au nom sans doute de la mondialisation joyeuse et heureuse, l’Union européenne s’apprête à décider l’importation de 500 000 tonnes de viande bovine des pays du Mercosur contre nos élevages limousins et charolais. En prime, on fait manger du soja OGM, importé du continent américain à nos vaches laitières, cochons et poulets, y compris en abattant la forêt amazonienne.

Qui s’en inquiète aujourd’hui ? Malgré nos efforts, le projet d’un « plan protéine végétale européen » a été refusé dans le futur projet de la politique agricole commune. Evidemment, il allait à l’encontre de tout ce système des traders, des transporteurs et des fonds financiers qui spéculent sur les céréales en ce moment même. Pire ! Des banques et des fonds d’investissement spéculent sur la faim. Tous ceux qui glosent à longueur de temps sur ces inadmissibles trafics avec un visage d’innocent, refusent de rappeler que l’agriculture a été inscrite, pour ces raisons de recherche d’accumulation du capital par les puissances financières, dans les marchandages multinationaux de l’Organisation mondiale du commerce et dans les traités européens qui prônent « le marché ouvert où la concurrence est libre ».

Et c’est aujourd’hui même que le dernier Conseil européen a décidé de réduire encore les crédits permettant les contrôles sanitaires. C’est aujourd’hui qu’on débat d’une nouvelle réforme de la politique agricole commune qui sanctifie l’ultra libéralisme et pousse aux concentrations agraires et à l’industrialisation de l’agriculture et de l’alimentation. C’est aujourd’hui que l’Union européenne et les Etats-Unis ouvrent une discussion pour créer un marché transatlantique très défavorable à l’agriculture, à la qualité alimentaire et à la diversité culturelle.

Il y a seulement quelques semaines, la Commission européenne a voulu faire accepter au Parlement européen l’utilisation de la thrombine* bovine et porcine comme additif pour lier des morceaux de viandes séparés et pour en faire un morceau unique. Elle veut maintenant autoriser le nettoyage de la viande à l’acide lactique pour faciliter précisément l’accord transatlantique Europe-USA.

Il y a bien une vaste tromperie sur les lasagnes. Il y a d’incroyables magouilles. Mais il y a avant tout un système qui le permet. Un système qui dépossède le consommateur -d’abord le plus modeste- comme le paysan des informations et du pouvoir de décider, de choisir. Un système où le droit européen de l’alimentation est à repenser. Fondamentalement, l’alimentation ne peut être une marchandise. L’acte de production agricole doit être considéré comme un bien public au service de la société. Dés lors, la baisse permanente de la part des budgets consacrés à l’alimentation pour accompagner la pression à la baisse sur le pouvoir d’achat salarié, comme la part du temps de plus en plus réduit consacré aux repas dans le cadre du capitalisme de rentabilité, doit être subverti avec l’objectif d’ouvrir un processus nouveau de changement post-capitaliste où prédominerait d’abord l’humain.

Là comme ailleurs, les citoyens doivent reconquérir des libertés fondamentales. Ici celle du goût des aliments de qualité, liés à une histoire, à des terroirs, à des paysages et aux êtres humains contre l’uniformisation agro-industrielle, chimique, financière  et culturelle.

* thrombine : enzyme qui entraîne la coagulation du sang

 

http://patricklehyaric.net/2013/02/21/ce-nest-pas-le-cheval-le-probleme-cest-le-systeme/


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