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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 00:27

 

Ce que signifie la nomination de Kerry par Obama

par M.K. Bhadrakumar Indian Punchline,

 

jhon-kerryLes amis russes ont parfois exprimé le sentiment, au cours de discrètes apartés, qu’en ce qui concernait les relations américano-russes, Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, incarnait davantage l’ancienne administration de Bill Clinton qui n’avait pas cessé d’essayer d’extorquer impitoyablement des avantages unilatéraux à une Russie affaiblie qui luttait pour se reconstruire après l’éclatement de l’Union Soviétique.

Des figures politiques de premier plan, comme Strobe Talbott, formatées par la Guerre Froide se sont révélées incapables de dépasser le sentiment de triomphe que la chute de l’URSS leur avait laissé. Hillary Clinton, elle-même, n’avait aucune sympathie pour la Russie et elle a suivi la ligne de l’administration Clinton. Des gens comme Tabott tiraient probablement les ficelles en coulisse.

Mais Obama a donné quelques signes qu’il avait une différente conception de la Russie et des relations des Etats-Unis avec ce pays. Et on en revient à la question : Obama a-t-il l’intention de faire évoluer la politique étrangère des Etats-Unis pendant son deuxième mandat? Les personnes qu’il choisit pour former son Cabinet pourraient nous donner quelques éléments de réponse.

A ce titre, il faut s’intéresser à la nomination du Sénateur John Kerry au poste de Secrétaire d’Etat. D’abord la « popularité » de Kerry au Congrès est un atout pour Obama en dehors du fait que sa nomination laisse espérer une politique étrangère novatrice.

Deuxièmement Kerry est connu sur la scène internationale. Troisièmement, ce n’est pas un débutant dans la sphère diplomatique; il a présidé le Comité des relations étrangères du Congrès et il a fait de nombreuses missions diplomatiques de terrain : par exemple il a joué à plusieurs reprises les « pompiers » à Kaboul et Islamabad quand il y avait des problèmes avec l’ombrageux Hamid Karzai ou les généraux pakistanais récalcitrants.

Mais l’aspect le plus intéressant de la nomination de Kerry, c’est qu’Obama comble ainsi le fossé qui a séparé la Maison Blanche du département d’état des Etats-Unis tout le temps qu’Hillary Clinton était en fonction. Kerry est quelqu’un qui a l’esprit d’équipe (sans doute du fait qu’il a été soldat) tandis que Clinton, une politicienne à l’ambition présidentielle insatiable, se préoccupait surtout de sa carrière au cours des quatre dernières années. Obama dira certainement de très belles choses sur Clinton mais il ne la retiendra pas car leur relation n’est pas très bonne.

Quelle sorte de Secrétaire d’Etat sera Kerry? C’est un homme prudent, du genre d’Obama. Comme il l’a dit lui-même dans un article révélateur paru dans le Foreign Policy magazine de septembre, la lettre ‘I’ le fait penser à ‘Imprudent’.

Il est d’accord avec Obama pour mettre le changement climatique en tête des priorités diplomatiques étasunienne. Il est sans aucun doute un des sénateurs les plus ‘pro-israéliens’. De toute évidence, Obama veut montrer à Israël que l’administration continue à soutenir inconditionnellement la centralité du partenariat israélo-américain dans la stratégie étasunienne au Moyen-Orient.

En ce qui concerne la brûlante question de l’Iran, l’opinion de Kerry est nuancée -il professe une opposition véhémente à tout programme nucléaire iranien mais il témoigne une grande aversion aux va-t-en guerre. Il considère les leaders iraniens comme des gens rationnels avec qui les Etats-Unis peuvent entrer en affaire et il trouve que l’option militaire ne doit être employée qu’en tout dernier ressort.

La vision de Kerry sur les relations sino-américaines est encore plus nuancée – il met l’accent sur ce que les deux pays ont en commun dans le but de forger des liens de coopération sur le long terme. Il faut noter qu’il a voté contre le fait de lier le commerce avec la Chine à son respect ou non-respect des droits humains.

Il pense que les Etats-Unis ont intérêt à répondre au défi que pose la montée en puissance de la Chine par la compétition commerciale à travers une renaissance économique des Etats-Unis plutôt que par la confrontation militaire. Selon lui : »l’économie n’est pas la guerre. Nous [Etats-Unis et Chine] nous pouvons tous le deux atteindre des niveaux bien supérieurs à ceux d’aujourd’hui. »

En résumé, comme l’a écrit récemment David Ignatius du Washington Post, Kerry est quelqu’un qui « a compris l’importance d’une diplomatie sereine, surtout en ce moment. » Il sera un auxiliaire de confiance pour négocier une transition politique en Syrie, explorer les lignes d’un réajustement de la position historique des Etats-Unis par rapport à l’Iran, réduire progressivement la guerre en Afghanistan et cimenter la confiance mutuelle entre les Etats-Unis et le Pakistan (qui est un élément crucial du règlement de la question afghane.)

Au bout du compte, Obama est un homme étonnant à beaucoup d’égards – et un politicien brillant. On ne peut pas comprendre toutes les raisons qui l’ont poussé à choisir Kerry avant de savoir qui il va choisir au poste de Secrétaire à la Défense. Si c’est bien finalement le Sénateur Chuck Hagel ( qui a les meilleurs chances à ce qu’on dit) qu’il nomme, ce sera un signal très fort qu’Obama enverra avec ces nominations-là aux deux postes les plus importants du Cabinet touchant la politique étrangère étasunienne.

Que signifie la nomination d’Hagel? Il suffit de dire que c’est quelqu’un qui s’oppose bec et ongle à toute forme d’intervention militaire en Iran; qui veut rapatrier les troupes d’Afghanistan tout de suite, qui est en faveur de coupes drastiques dans le budget du Pentagone (en dépit de la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, le rééquilibrage de l’Asie, etc.); qui a la guerre en horreur (parce que comme Kerry c’est un vétéran qui s’est battu au Vietnam); et qui veut régler le problème de l’émergence de puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil, en créant, sous l’égide des Etats-Unis, un nouvel ordre mondial basé sur la réforme des organisations internationales.

En un mot, Hagel symbolise l’audace de l’espérance qu’Obama a incarnée un petit moment à son arrivée au pouvoir.

Pour compléter cette lecture on lira avec profit l’article de Philippe Grasset sur Hagel.

Pour consulter l’original: c’est ici.

Traduction: Dominique Muselet

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