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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 20:21

dimanche, 20 mars 2011

Chronique d'une mort sociale annoncée

pourquoi-pauvrete-france-augmente-L-Z9j2o8.jpegLes moyens de communication se sont multipliés et nous nous sentons de plus en plus isolés.

 

Au delà de cette sensation diffuse qui submerge bon nombre de nos concitoyens force est de constater que chaque jour des milliers de personnes en situation de fragilité sociale ( handicapés, personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, personnes percevant les minima sociaux, chômeurs etc...) se heurtent à une administration ou des structures publiques ou privées qui sont de plus en plus distantes, impersonnelles et irresponsables . ( CAF, Pôle emploi, offices HLM,CPAM, conseils généraux sans compter les établissements bancaires ou de crédit EDF etc...)

Ce mur d'indifférence augmente le stress et parfois le désarroi de ceux qui attendent que leur dossier dont dépend leur maigre revenu soit traité rapidement avec courtoisie et humanité.

Je vais vous raconter une petite histoire  dont je viens d'être témoin qui va vous faire toucher du doigt les difficultés d'un citoyen ordinaire dans une société si ordinaire d'indifférence.

Marie est une artiste au talent de sculpteur reconnu.

Il y a quelques années encore elle vendait ses oeuvres et pouvait en vivre correctement.

Mais la crise est passée par là et ses oeuvres se sont de moins en moins vendues.

Un jour il n'y eu plus de commande et ce, malgré les expositions,  malgré les manifestations culturelles, malgré les multiples contacts pris par Marie .

Marie fut dans l'obligation de demander assistance : c'est ainsi qu'elle fut admise il y a 3 ans de cela à percevoir le RMI..

Percevoir moins de 450 euros par mois ce n'est pas facile mais elle s'est accrochée animée par une force créatrice redoublée .

Marie a de la chance car sa famille lui verse des aides afin qu'elle puisse continuer à acheter les matériaux nécessaires à la production de ses statues et organiser ou participer à des expositions car pour vendre il faut rester présent, se montrer , louer des emplacements ou des salles d'exposition , se déplacer et tout cela coûte cher .pourquoi-pauvrete-france-augmente-L-IZp7Hp.jpeg

Si Marie ne percevait pas ces petits revenus complémentaires versés par sa famille elle ne pourrait plus produire exposer et même se nourrir se loger !

Marie n'est pas un cas isolé des milliers d'artistes sont dans cette situation .

Et puis la grande vague du "travailler plus pour gagner plus" est arrivée avec sa cohorte de suspiçion concernant les chômeurs, les malades, les allocataires des minima sociaux :

  • s'ils sont chômeurs c'est qu'ils ne veulent pas travailler car en France il y a des emplois !
  • s'ils sont en arrêt maladie c'est qu'ils sont fainéants car en France on se porte bien !
  • s'ils perçoivent les minima sociaux se sont des profiteurs car en France l'ascenseur social n'est pas en panne !

C'est ainsi que depuis plusieurs mois lois et décrets renforçant les contrôles fleurissent comme muguet au mois de mai sans compter les notes internes aux organismes chargés du calcul et versement des prestations qui organisent une véritable chasse aux "fraudeurs".

Quelques cas médiatisés le tour est joué  :  comme l'air de la calomnie  bien connu par les mélomanes l'opinion publique s'insurge s'indigne et fait des amalgames et surtout généralise....

Les récentes déclarations sur le Figaro du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé Xavier Bertrand sont trés significatives.

En effet notre ministre qui lance un grand plan contre la fraude sociale n'hésite pas à déclarer " Des millions de nos concitoyens payent chaque jour des cotisations, font des efforts, rencontrent des difficultés. Dans le même temps, d'autres ne payent pas ce qu'ils devraient payer ou touchent des prestations auxquelles ils n'ont aucun droit. Ils volent la protection sociale, ils volent les Français.

En ces temps où l'on demande des efforts aux Français, notamment pour réduire les déficits, chaque euro injecté dans le système de protection sociale doit aller à ceux qui en ont besoin. Certains cherchent à faire une différence entre les abus et les fraudes. Pour moi, c'est exactement la même chose: il n'y a pas de petite fraude, pas de système D. Ce sujet me tient à cœur depuis des années. La fraude est l'ennemie de la valeur travail.

Alors les directives pleuvent et ruissellent jusqu'au dernier échelon de la hiérarchie des CAF des CPAM de pôle emploi des conseils généraux bref c'est la grande lessive.

Marie vient d'être prise dans ce tourbillon  au relan de dénonciation et de lacheté .

 

18882522_w434_h_q80.jpgMarie touche le RSA qui a remplace en 2009 le RMI. ( photographie  salauds de pauvres - la traversée de Paris )

Ayant au cours des derniers mois vendu une sculpture elle en fait la déclaration comme il se doit.

15 jours plus tard elle reçoit son RSA  entièrement amputée du montant de la vente / Marie ne perçoit que 100 euros au lieu des 400 prévus.

Erreur manifeste de la CAF pense Marie qui téléphone sans trop s'inquiêter à la CAF  dont elle  dépend pour faire rectifier la situation .

Marie va apprendre que pauvreté signifie indifférence et parfois humiliation .

Tout d'abord Joindre le bon interlocuteur n'est pas chose aisée les agents de la CAF dont elle dépend ne reçoivent que sur rendez vous et le délai est long. Le contact téléphonique semble le moyen le plus facile pour régler le problème.

La CAF a mis en place à l'instar de tous les services publics et grandes entreprises un répondeur automatique qui vous propose de multiples choix  avant de tomber dans le bon service . Marie qui n'a pas l'habitude se trompe en tapant sur les touches de son téléphone elle met plus de 10 minutes avant d'entendre une voix humaine enfin celle d'un agent qui ne peut pas traiter de suite le dossier et lui indique avant de raccrocher prestement sans formule de politesse " on vous rappellera"

Marie attend un jour deux jours trois ... on ne la rappelle pas , alors elle recommence ses coups de fil ..pour avoir la personne en charge de son dossier.

A nouveau la boite vocale qui lui demande de taper sur les touches de son téléphone ,  pour finalement tomber sur un agent qui indique que l'agent en charge de son dossier est absent et qu'il la rappellera à son retour !

Marie commence à s'inquiéter car elle n'a que 100 euros pour vivre et la régularisation de son dossier devient une urgence .

Elle s'impatiente et téléphone le lendemain pour avoir une personne qui traite son dossier.

Après  trois appels elle a un agent qui regarde semble t- il son dossier et lui déclare sans sourciller " de quoi avez vous à vous plaindre vous touchez 100 euros certains n'ont rien !" et ajoute"faite une réclamation par écrit on vous répondra car pour moi il n'y a pas d'erreur dans le calcul de votre allocation."

Marie commence à culpabiliser c'est vrai il y a plus pauvre .. l'urgence de son dossier lui semble dérisoire au regard d'autres situations.

Marie ne percevra donc pas le complément de son allocation elle n'a que 100 euros pour vivre elle doit faire un recours pour faire rectifier la situation

Son dossier ne sera traité dans le meilleur des cas  sous délai minimal de deux  mois .

Marie devra donc attendre trois longs  mois   avec seulement 300 euros pour vivre... .. comment va t-elle payer son loyer son téléphone son chauffage sa nourriture comment comment..?    Marie panique Marie qui avait jusqu'à présent maintenu la tête hors de l'eau commence à suffoquer ..

Puis vient le coup de grâce : un petit courrier de la CAF pour l'étude de son dossier d'allocation logement avec cette phrase " nous vous demandons les justificatifs suivants... et de nous expliquer vos moyens d'existence ...

Comment expliquer ses moyens d'existence si ce n'est par les documents demandés : déclaration d'impôt ..

Marie reprend son téléphone elle ne sait pas comment justifier ses moyens d'existence hormis les papiers qu'elle a déjà fournis sa déclaraion d'impôt .

Marie ne peut pas joindre au téléphone  le signataire du courrier  alors  elle insiste et dans la même journée elle téléphone trois fois.

1022555474.jpgLa troisième fois son interlocutrice très énervée lui indique qu'il faut qu'elle arrête de harceler les agents de la CAF qui n'ont pas que cela à faire et que le signataire du dossier prendra contact avec elle sous quinzaine !

Marie va voir en urgence une assistante sociale et elle apprend qu'elle a oublié de déclarer l'aide familiale de 200 euros par mois qui lui permet de " survivre " ... et les textes du RSA sont clairs les aides récurrentes doivent être déclarées elles rentrent dans le calcul du RSA.

Marie l'ignorait ..... et devient AINSI pour la CAF une fraudeuse .. elle va alimenter les statistiques ministérielles des "vilains fraudeurs" qui volent les Français. Elle va justifier ainsi le grand plan "blanchissement des pauvres "mis en place par le gouvernement dont Xavier Bertrand n'est que le pâle exécutant....

Marie qui percoit de la CAF 400 euros par mois qui arrivait avec l'aide de sa famille à maintenir sa situation en vivant avec 600 euros par mois risque d'être comdamnée à rembourser plus de 3000 euros à la CAF :  une somme considérable qu'elle ne pourra pas payer ni  sa tante  sa seule famille  qui prélevait  les 200 euros sur sa petite retraite car sa tante vient de décéder.

Marie qui approche les soixante ans risque fort de dormir dans la rue d'ici quelques mois.

100 000 sans abris il y en aura 101 000 avec Marie...

Pour aller plus loin lire les dangers du RSA DANS LA RUBRIQUE RSA RMI

ET ICI (Revenus pris en compte pour le RSA)

 

http://emotions.20minutes-blogs.fr/archive/2011/03/20/chronique-d-une-mort-sociale-annoncee.html

 

http://www.lesmotsontunsens.com/chronique-d-une-mort-sociale-annoncee-10115

 

A lire également :

 

Lire aussi :

 

La "fatigue alarmante" de la société française selon le Médiateur de la République

 

 

 

 

RSA : « Même en Pologne on voit pas ça »

Par Enki |  - Témoignage

 

Je sors de la Caisse d'Allocations Familiales de Roubaix.

Un préfabriqué a été rajouté sur le trottoir avec un sigle RSA gros comme celui d'une station service. La salle d'attente de la CAF de Roubaix, c'était autant de sièges qu'un cinéma d'arts et d'essais, avec un distributeur de tickets d'attente et des moniteurs pour vous appeler aux guichets/parloirs sécurisés.

Le distributeur de tickets a été supprimé. Les sièges ont été démontés. A la place : une file d'attente, comme au bon vieux temps. Une heure après l'ouverture, elle déborde déjà sur le trottoir. 1 heure et 12 minutes d'attente debout, j'ai compté trois femmes enceintes, une trentaine de personnes de plus de 70 ans, une dizaine de poussettes et autant d'enfants de moins de six ans, pour la demi-douzaine de sièges qu'on a laissé dans les coins.

La queue déborde des barrières et s'entortille à la porte. A l'entrée, un agent administratif, les traits tirés, navigue parmi les arrivants et réoriente ceux qui viennent pour le « test RSA » vers le préfabriqué voisin, donne quelques explications. Il reste calme, courtois et pédagogue malgré l'agacement général, et fait aussi office de vigile. Est-ce un hasard ? Il est de type nord-africain et bodybuildé.

Sur chaque visage à l'entrée, la même sidération devant cette queue effrayante, la même hésitation. Une personne sur trois rebrousse chemin. Personne ne vient ici pour le plaisir de la visite, pourtant.

Tous les quarts d'heure, un impatient tente de se faufiler dans la queue. Certains s'énervent, d'autres tentent de se raisonner les uns les autres : « On est tous dans la même M…, chacun son tour…, moi aussi je suis là depuis une heure… ». L'agent d'accueil a trouvé un siège à une octogénaire tremblotant sur sa canne, elle se lève pour
proposer sa place à une femme enceinte essoufflée.

J'entends : « Même en Pologne, on ne voit plus des choses pareilles » ; « J'étais au RMI, ils disent que ça passe automatiquement au RSA mais au téléphone, ils ont dit que je devais venir quand même » ; « Je suis venu hier, j'ai cru qu'il y aurait moins de monde à l'ouverture aujourd'hui, et en fait c'est pire ».

Certains sont philosophes, se font des politesses, échangent des plaisanteries. D'autres ont l'air blasés, soumis à leur sort. Chez certains, on voit l'agacement se muer en colère contenue. Dans ma tête, j'entends la chanson de Brel « Au suivant ! ».

Les portes des guichets/parloirs sont laissées ouvertes, ça débite. Les conseillers, qui ne peuvent qu'être entre l'ordinateur et l'allocataire se prennent une heure de montée en pression dans la gueule, toutes les cinq minutes.

Entre chaque « Au suivant », ils n'ont que quelques secondes pour prendre une respiration, forcer un sourire poli pour un nouveau « Bonjour Monsieur ».

Ils étaient en première ligne devant la pauvreté, les voila au front devant la misère, fantassins au garde à vous sous la mitraille, interdits de battre en retraite. Le bouclier social s'est retourné, l'étage supérieur de la CAF est étanche.

J'ai fait mon heure et douze minutes de queue pour poser une signature réglementaire au bas d'un formulaire inutile. J'ai épilogué au minimum. J'ai dit à la conseillère : « Je suis dans la m… mais je ne suis pas sûr que je préfèrerais être à votre place, est-ce qu'il y a une pétition qui tourne ? », désignant la foule agacée derrière moi.
Elle m'a répondu : « Je ne vous découragerais pas de faire un courrier ».

Le voici, parce que je ne pense pas informer l'étage supérieur et étanche de ce qui se passe en salle d'attente, et qu'on n'y verra pas d'autre caméras que la vidéosurveillance

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Ailleurs sur le Web

http://eco.rue89.com/2009/06/10/rsa-meme-en-pologne-on-voit-pas-ca

 

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Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
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