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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 13:37

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« Communication sécuritaire » et évolution du rôle de l’État

août 29th, 2010

 
Ne parler que de « sécurité », ou plutôt tout miser sur la « communication sécuritaire » : telle est désormais la tactique de Sarkozy en cette fin du mois d’août, rythmée par les expulsions de Roms et les polémiques qu’elles suscitent, notamment à droite et jusqu’au sein de l’épiscopat. Mais telle est bien l’intention de la communication élyséenne : multiplier les outrances, les provocations, jusqu’à l’écœurement, désigner un bouc émissaire, d’une part pour « faire oublier tout le reste », d’autre part pour préparer l’opinion à une évolution structurelle du rôle de l’État.
  
  
Faire oublier tout le reste…
  

à commencer par l’affaire Woerth-Bettencourt-Sarkozy-UMP (voir Dream team sarkozyste). Dans n’importe quelle démocratie digne de ce nom, une commission d’enquête indépendante serait déjà en place, des investigations en cours, etc. Pas en Sarkozie où, comme nous l’avons souligné à de nombreuses reprises, l’érosion des libertés publiques, le contrôle de facto de la plupart des médias et la marginalisation des contre-pouvoirs ont fait leur œuvre ; dans ce contexte, il suffit d’un leurre type expulsion des Roms pour achever le travail…
  
À continuer par la situation économique plus que préoccupante de l’État et de l’immense majorité des Français. À l’inverse, les entreprises, en tout cas les plus grandes qui profitent à fond de la mondialisation, se portent plutôt bien. Il suffit d’ouvrir les pages économiques des journaux et de consulter les prévisions de résultats pour s’en convaincre : la misère ne frappe pas gravement les stars du CAC 40, du Dow Jones et du Nasdaq.
  
À terminer par la réforme des retraites qui doit arriver en débat au Parlement le 7 septembre. L’objectif de Sarkozy est de réduire autant que possible la place accordée à ce thème dans les médias : mieux vaut que les journaux écrits et télévisés consacrent leur Une à une expulsion de Roms qui s’est terminée en « bavure » (quitte à créer la bavure de toutes pièces et à virer un préfet pour l’occasion) qu’au « débat » (qu’il se tienne au Parlement ou dans la rue) sur la réforme des retraites.
  
  
… et préparer une évolution structurelle du rôle de l’État
  

Derrière toutes ces gesticulations de communicants, un constat est en train d’émerger lentement : l’État s’affaiblit un peu plus chaque jour et n’a plus les moyens de sa politique ou, tout simplement, d’une politique.
  
Cette affirmation peut sembler paradoxale au moment où les mesures de « quasi-épuration ethnique » décidées par Sarkozy vis-à-vis des Roms donnent l’image d’un État fort, brutal, policier, intraitable.
  
Mais cette image n’est qu’apparence, rideau de fumée et pure communication.
  
La réalité, c’est que Sarkozy a décidé d’imprimer à l’État français un virage « à l’anglaise » (comprenez « à la David Cameron »), lui faisant abandonner peu à peu ses pouvoirs, prérogatives et compétences dans les domaines économiques, sociaux, culturels… pour se préoccuper uniquement de sécurité et d’ordre public.
  
Les reins cassés sur le plan financier après avoir ouvert, sans restriction et sans contrepartie, les vannes du crédit aux banques durant la « crise financière » de 2009, confronté à un déficit croissant et passant sous les fourches caudines de l’establishment financier (voir Fourches caudines ou tango argentin ?), l’État se replie, se ratatine, se rapetisse.
  
Cette évolution, visible notamment chez les Anglo-saxons (États-Unis et Royaume-Uni en tête), a pris de l’ampleur en France sous la présidence de Sarkozy. En réduisant le flux des recettes (loi TEPA diminuant les impôts des plus fortunés, baisse de la TVA dans la restauration…) tout en multipliant les dépenses inconsidérées (aide aux banques, déjà mentionnée, engagement militaire en Afghanistan… sans oublier la gabegie des frais de déplacement du Prince), Sarkozy a, très probablement sciemment, placé l’État dans une position intenable qui l’amène maintenant à couper dans ses dépenses. C’était prévisible (voir 2010 : le temps des perspectives), c’est aujourd’hui la réalité.
  
  
Quelles conséquences pour la France et les Français ?
  

La première, c’est que l’autorité de l’État n’est plus crédible. Un symbole le met en lumière : à Grenoble, cet été, la « caillera » locale a menacé de mort les policiers impliqués dans la fusillade du 16 juillet au cours de laquelle un braqueur avait été tué. Toutes proportions gardées, nous sommes confrontés à une situation digne du Moyen-Âge : des bandes « très en marge de la légalité » se sentent aujourd’hui assez fortes pour contester directement l’autorité d’un État affaibli et déclarer qu’un quartier, qu’une partie de la ville, « leur appartient ».
  
La deuxième conséquence, c’est le poids croissant des responsabilités qui vont peser sur les collectivités territoriales, notamment les communes. L’État va de plus en plus se défausser sur elles de ses attributions et la récente déclaration d’un Hortefeux, menaçant de sanctions les maires qu’il juge incapables d’assurer la sécurité dans leur commune, est tout à fait révélatrice de cette évolution.
  
La troisième conséquence, c’est la perte de repères que cette atrophie du rôle de l’État va entraîner pour le corps social. La culture et la mémoire collectives de la France reposent, entre autres, sur l’existence d’un État colbertiste, fort et centralisé ; l’inaptitude croissante du pouvoir central et la faiblesse qui en découle vont laisser ce corps social totalement désemparé. Le risque qui se profile est alors de deux ordres :

– le premier, c’est qu’une voie royale s’ouvre aux extrémistes type Sarkozy ou Le Pen qui entretiennent sciemment et constamment la confusion entre répression policière et autorité de l’État.
Ces démagogues vont prétendre restaurer l’autorité de l’État en jouant à fond la « communication sécuritaire » mais en se gardant bien de mettre effectivement en œuvre leurs promesses : tirant toute leur légitimité politique d’une mise en scène permanente de l’affrontement et de la dramatisation des tensions, ils ont besoin d’une « guerre intérieure » sans fin pour survivre politiquement comme, en d’autres temps, certains dictateurs avaient besoin d’une constante guerre extérieure pour asseoir leur pouvoir. Au niveau des libertés publiques, le résultat sera identique : elles seront passées au hachoir ;

– le second, c’est que sur le plan économique et social, l’État ne jouera plus son rôle de modérateur et de troisième partenaire. Il va laisser des citoyens seuls, isolés, atomisés, face à des « monstres économiques » qui disposent d’une puissance considérable pour faire prévaloir leurs intérêts (voir en ce sens notre billet de la semaine dernière qui porte sur Monsanto).

 
D’un État « multi-facettes », nous glissons de plus en plus vers un État purement policier, sécuritaire, qui n’a plus pour fonction que de maintenir l’ordre social sous couvert ou sous prétexte de sécurité des citoyens. Les véritables titulaires du pouvoir sont les différents lobbies, dont les intérêts peuvent être fort divergents, qui jouent des coudes pour faire évoluer les « règles du jeu » en fonction de leurs intérêts respectifs.
  
Quelle place pour les citoyens, la France et les Français, dans ce sombre tableau ? Que restera-t-il alors de la notion de nation ? Autant de thèmes à traiter dans de prochains billets…
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010

 

http://lalettredulundi.fr/2010/08/29/%C2%AB-communication-securitaire-%C2%BB-et-evolution-du-role-de-l%E2%80%99etat/

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