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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 17:39

Opposés à la restructuration de leur entreprise,
les salariés de Teleperformance
inventent un nouveau militantisme




Par Francine Azicovici - Le Monde



"Est-ce qu’on est déjà morts ?", lance une syndicaliste. "Non !", hurlent les salariés, réunis dans une assemblée générale électrique, lundi 1er février à Pantin (Seine-Saint-Denis), sur le site de Teleperformance (8 000 employés dans des centres d’appels en France). Leurs collègues de Montigny-le-Bretonneux et de Guyancourt (Yvelines) viennent de les rejoindre pour décider d’une action commune le jour même.


Ensemble, ils luttent depuis la mi-juin contre la restructuration annoncée par leur employeur : la suppression de 157 postes et la mutation des 318 salariés des sites de Paris, de Pantin et de Montigny vers ceux d’Orléans et de Villeneuve-d’Ascq (Nord), que très peu de salariés comptent accepter.

Saisi en référé par le comité d’entreprise (CE), le tribunal de grande instance de Paris doit rendre sa décision jeudi 4 février. Mais sans attendre cette date, la direction a obtenu, le 28 janvier, la signature des syndicats CGC, CFDT, CFTC et FO pour un plan de départs volontaires ouvert pour 585 personnes.


Or 88 % des salariés franciliens avaient voté contre ce plan quelques jours plus tôt, jugeant la signature précipitée et les indemnités de départ insuffisantes (2 000 à 8 000 euros, selon l’ancienneté). Colère contre la direction, colère contre les délégués syndicaux signataires.


Alors, lundi, une soixantaine de salariés ont investi le siège de Teleperformance, à Paris, dans une certaine confusion. "La direction n’a pas daigné nous recevoir, commente Mario, délégué du personnel. Mais on ne lâchera pas." La police a finalement expulsé et emmené une cinquantaine de salariés au poste. Trois ont été placés en garde à vue. La direction indique avoir "déposé plainte pour dégradation de biens privés".


Pour les salariés, le combat continue, donc. Une lutte atypique. Par sa durée, son intensité et aussi par le profil peu traditionnel de ces militants, qui reflète celui des salariés des centres d’appels. Beaucoup ont entre 25 et 40 ans, sont diplômés et sont issus de l’immigration.


Seul point commun avec des syndicalistes classiques : "Ils ont un héritage familial d’engagement ou ont rencontré, dans leur parcours, une cause à défendre", observe François Sarfati, maître de conférence en sociologie à l’université Paris Est. Par exemple, Rachid, délégué FO à Pantin, est "issu d’une famille FLN". Une militante de Sud a, elle, des "soeurs qui travaillent dans le social".


Une telle mobilisation est rare dans les centres d’appels. "Le plus frappant, pour Fiodor Rilov, l’avocat du comité d’entreprise (CE), c’est leur savoir-faire alors qu’il n’y avait pas de culture syndicale préexistante chez Teleperformance." Ils pratiquent un intense travail de terrain. "C’est en partant des interrogations des salariés que nous avons avancé dans notre compréhension du droit", explique Joël Manceron, délégué Sud, à Guyancourt.


Autre particularité, la multiplicité de leaders et leur organisation en collectifs, réunissant syndiqués et non syndiqués, qui pilotent les actions, comme l’occupation pacifique, en novembre dernier, du siège d’Orange, le principal donneur d’ordres, par des salariés de Montigny.


"Nous sommes en permanence à la recherche d’idées pour sensibiliser le public à notre cause", explique Alexandre Passadellis, syndiqué CGT de Montigny, que le Parti socialiste a repéré et mis sur sa liste pour les élections régionales en Ile-de-France. "Ils ont une grande aptitude à se coordonner par iPhone, blogs, SMS et e-mails groupés. C’est lié à leur génération et à leur métier", estime Dominique Lanoë, directeur du cabinet d’expertise Isast, qui a mené des missions sur les conditions de travail chez Teleperformance.


Leur force vient aussi de leur capacité à surmonter leurs divisions. "Sans cette unité, nous serions fichus depuis longtemps", estime Salim, délégué FO à Pantin. "En tant que secrétaire (CFTC) du CE, je cherche le consensus, et nous sommes d’accord sur l’essentiel", estime Abdou Keita, qui, une fois encore, après la plan, va "tenter de recréer cette cohésion".



Le Monde - édition du 3 février 2010

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