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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 23:05

Novembre 2018 : guerre ou paix ?

 

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Dominic Sandbrook est un Britannique historien. Dans cet ordre là : Britannique d’abord, historien ensuite. Le 31 octobre dernier, il a publié un long article de politique-fiction dans le journal conservateur (c’est-à-dire anti-Européen et anti-Français) Daily Mail.
  
Cet article (texte intégral ici) que nous résumons ci-dessous est plutôt « tiré par les cheveux ». Il reflète plus la francophobie (le terme est encore fort mesuré…) de nos voisins britanniques qu’il ne relève d’une véritable analyse historico-politique. Il a cependant le mérite de soulever plusieurs questions que nous aborderons dans la seconde partie de ce billet.
  
  
Le futur selon Sandbrook
  
En 2012, les Athéniens en colère contre les mesures d’austérité envahissent le Parlement : le chaos s’installe en Grèce. La France et l’Allemagne envoient alors 5 000 soldats pour restaurer l’ordre.
  
La situation dégénère bien vite dans toute l’Europe continentale : manifestations, attentats à la bombe contre les banques, quasi guerre civile en Italie où le gouvernement demande à la France d’intervenir. Sarkozy répond en expédiant 15 000 soldats occuper le nord de l’Italie.
  
En Lettonie, également gagnée par les troubles, Poutine décide de faire intervenir l’armée russe. En 2016, celle-ci occupe également la Lituanie, la Biélorussie et la Moldavie.
   
Fin 2016, Sarkozy, qui a fait modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat, désigne les Anglais comme boucs émissaires des malheurs de l’Europe.
  
Quelques mois plus tard, des heurts très graves opposent à Bruxelles Flamands et Wallons : Sarkozy décide d’y envoyer les troupes françaises.
  
Les Britanniques décident à leur tour d’intervenir militairement pour « préserver l’indépendance de la Belgique ». Leurs troupes sont battues par l’armée française soutenue par « des supplétifs espagnols et italiens, l’argent allemand et avec la bénédiction de la Russie impérialiste ». Sarkozy se vante alors d’avoir « effacé la tâche de Waterloo ».
  
  
Trois questions
  
Arrêtons-là les frais. Il y aurait beaucoup à dire – et à écrire – sur l’obsession anti-française des Britanniques, leur insularité qui confine à l’autisme ou leur propension à se donner constamment le beau rôle de champion de la démocratie et des libertés… La lecture de deux billets les concernant, Albion : l’oligarchie triomphante par François Farbeau et 2050 : l’odyssée du servage, nuance singulièrement le tableau.
  
Si on laisse de côté ces aspects, l’article de Sandbrook soulève au moins trois questions :

les « plans de rigueur » successifs peuvent-ils, de grèves en manifestations, déboucher sur des situations de type révolutionnaire, avec transfert du pouvoir par la force ? En d’autres termes, un « printemps européen » peut-il succéder au « printemps arabe » ?

Sarkozy réélu en 2012 ? Quasi Président à vie ensuite ? Est-ce possible ? Est-ce crédible ?

Quel jeu vont jouer les Russes dans un contexte de crise économique grave en Europe et de repli de la puissance américaine ?

Vu l’importance de ces questions et la longueur des développements nécessaires pour répondre à chacune d’entre elles, nous n’adresserons que la première dans ce billet, réservant à de futurs articles le soin de traiter les autres points.
  
  
Éléments de scénarios
  
Face aux plans de rigueur qui vont maintenant se succéder en Europe et qui ne sont, selon nous, qu’une étape vers le démantèlement des États-nations, comment vont réagir les peuples ?
  
De façon schématique, nous pourrions assister à deux types de comportements :

la soumission et la résignation, sur le thème « on l’a bien cherché, on a vécu au-dessus de nos moyens, maintenant il faut payer », accompagnées, le cas échéant, d’un sentiment de honte, d’une dépression collective larvée. En résumé, l’acceptation passive des événements et de « ce qu’il convient de faire » tels que le présentent les gouvernants et les médias ;

l’indignation, le refus, la révolte. Contre qui ? C’est là que des divergences vont se faire jour : grosso modo, ce ressentiment, cette quasi-haine, pourraient se tourner soit vers les dirigeants (politiques, banquiers…), soit vers des boucs émissaires. Ceux-ci pourraient à leur tour être de deux types : internes, mais minoritaires dans le pays concerné (juifs, musulmans, noirs, roms…) ou étrangers c’est la faute » aux Grecs, Italiens, Anglais…)

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Le scénario Sandbrook comprend des peuples soumis (Français, Russes) et des peuples révoltés (Grecs, Espagnols), les Anglais étant of course au-dessus de la mêlée. Les peuples soumis ont cependant la « possibilité », sur suggestion de leurs dirigeants, de tourner leur ressentiment vers des boucs émissaires externes (Anglais, Moldaves…) alors que celui des peuples révoltés est dirigé vers les dirigeants politiques de leur pays et le lobby bancaire.
 
Bien évidemment, les dirigeants en place veulent disposer de peuples soumis auxquels on désigne des boucs émissaires internes ou externes. L’article de Sandbrook en est un parfait exemple car, pour expliquer les malheurs de la Grande-Bretagne, il n’a qu’une seule explication : le vilain Français (il faut dire que la médiocrité et l’orgueil de Sarkozy en font un « méchant Français » idéal), alors que la responsabilité du lobby bancaire dans la crise actuelle est totalement passée sous silence.
  
Dans le même sens, le journal Bild, dont nous reproduisions une accroche d’article dans le billet de la semaine dernière (voir τραγῳδία… tragôidía… tragédie), désigne clairement aux Allemands les Grecs comme boucs émissaires. Qu’en sera-t-il des autres peuples, et notamment des Français ?
  
Trois éléments peuvent nous aider à répondre à cette question :

la structure d’âge de la population ainsi que son niveau d’éducation. Schématiquement, plus la population d’un pays est jeune et éduquée, plus il devrait être enclin à adopter une attitude « révolutionnaire » et à se révolter contre les dirigeants en place et les lobbies qui les soutiennent. À l’inverse, une population âgée et/ou peu éduquée adoptera plus volontiers une attitude de soumission et dirigera son ressentiment vers un bouc émissaire interne ou externe que ses gouvernants lui désignent.
  
Quelle est aujourd’hui la proportion des 15/30 ans dans les principaux pays européens ? 15 % en Italie, 17 % en Espagne, 18 % en Allemagne et en France, 19 % en Grèce, 20 % au Royaume-Uni : à quelques nuances près, des structures de population très comparables et un nombre de jeunes qui, à la différence de l’Égypte ou de la Lybie (28 % à 29 % de 15/30 ans), n’atteint pas le seuil de 25 % nécessaire, selon certains théoriciens (nous vous faisons grâce des polémiques sur le sujet…), pour que s’enclenchent les révolutions.

● le « fonds culturel ». Est-il, dans une perspective historique, plutôt tourné vers l’égalitarisme et la « lutte des classes » (Espagne, France) ou vers une acceptation des inégalités sociales (Royaume-Uni) ?

la structure actuelle de la « cellule politique » (voir Une autre vision de la politique). Est-elle en forme de cellule arrondie ou, plus probablement, de tore ouvert ? Dans ce cas, une extrémité du tore est-elle hypertrophiée et, dans l’affirmative, laquelle ? Si c’est l’extrémité gauche, la probabilité d’une révolte contre les dirigeants et les banques s’accroît alors que, si l’extrémité droite est plus importante, c’est la recherche d’un bouc émissaire interne ou externe qui sera privilégiée.

  
Le cas de la France
  
Un élément milite en faveur d’une révolte des Français contre le lobby bancaire et les dirigeants qui veulent leur imposer des plans de rigueur : un fonds culturel égalitaire et un historique de lutte des classes auquel sont liés des symboles forts comme la Commune, le Front populaire ou, à un moindre degré, mai 68.
  
Par contre, la structure d’âge de la population et la forme actuelle de notre « cellule politique » - un tore ouvert dont l’extrémité droite est nettement hypertrophiée - font pencher la balance dans le camp « résignation avec recherche d’un bouc émissaire interne ou externe ».
  
À cette première approche, s’ajoutent deux autres éléments d’analyse :

● le premier a été détaillé dans notre billet de septembre 2010, Révolution ou jacqueries ? Si l’on accepte l’hypothèse que notre civilisation est en fin de parcours, dans une situation peu ou prou comparable à celle de l’Empire romain au IIIe ou au IVe siècle, et que, depuis la mort du marxisme, il n’existe aucune solution idéologique « de rechange » au capitalisme financier actuellement dominant, nous pourrions assister à quelques « jacqueries » vite matées mais en aucun cas au déclenchement d’une « révolution » ;

● le second concerne la société narcissique dans laquelle nous vivons (voir le billet de Patrice Ranjard, Culture narcissique et politique). Ce type de société est incompatible avec une « conscience de classe » et ne peut se mobiliser pour une « lutte des classes ». Une société narcissique peut, tout au plus, amener des individus isolés à se regrouper temporairement lorsqu’ils se sentent menacés, mais leur nature narcissique empêche de transformer cette action en un véritable mouvement collectif qui transcende les intérêts particuliers et fasse émerger une « conscience de classe ».
  
Pour caricaturer un peu, les intérêts d’un professeur d’EPS exerçant en collège en zone urbaine pourraient un temps rejoindre ceux d’un sapeur-pompier à temps partiel qui travaille dans une ville de moins de 50 000 habitants mais la catégorisation / narcissisation des individus a tellement segmenté le corps social que celui-ci est, selon nous, aujourd’hui incapable de se « penser » comme tel.

Tout concourt donc à une évolution « poutinienne » de la France, au sens où nous l’avons décrit dans notre billet Une autre vision de la politique : une démocratie « sous contrôle » à forte orientation ploutocratique, secouée de temps à autre par des jacqueries. Comme le dit avec justesse Victor Hugo dans Les misérables, « Révolution est précisément le contraire de révolte ».
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

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