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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 02:04

 

http://www.courrierinternational.com/dossier/2010/05/27/l-europe-de-la-rigueur

Qui aura le dernier mot, la BCE ou la spéculation ?

 

L’avenir de la zone euro est imprévisible. On comprend la discrétion des candidats à l’élection présidentielle sur ce sujet mais, en tant que citoyens, nous avons le devoir d’avoir les yeux ouverts : les causes de la crise monétaire n’ont pas disparu. Le mieux est de consulter différentes sources bien documentées.

 

Commençons par le quotidien La Tribune (Romaric Godin, 9 avril) qui fait un tour d'Europe des risques qui continuent à peser sur l'avenir de l'Union économique et monétaire.

Zone euro : les foyers où le feu pourrait reprendre

Le nouveau coup de chaud sur la dette souveraine européenne jeudi dernier a rappelé que le feu couvait toujours sous l'euphorie de ces dernières semaines. Les risques n'ont donc pas disparu.  Latribune.fr a réalisé un tour d'Europe de ces menaces qui pourraient déclencher de nouveaux embrasements (…).

L'Espagne : « Les défis auxquels doit faire face l'Espagne sont sévères ». Le FMI n'a pas caché jeudi dernier son inquiétude envers le royaume ibérique qui, apparaît, dans l'immédiat, comme le maillon faible de la zone euro. En cause : la capacité du gouvernement Rajoy à réformer et à réduire son déficit. La demande de révision de l'objectif de déficit pour cette année, les perspectives médiocres de croissance, les résultats décevants pour le Parti Populaire au pouvoir aux élections régionales et la grève générale du 29 mai ont fait naître des doutes dans l'esprit des investisseurs. Mariano Rajoy n'a fait que mettre de l'huile sur le feu en avouant que son pays « se trouve dans une situation extrêmement difficile ». Les comptes du Royaume souffrent d'un problème de transparence, notamment en raison de la situation des collectivités territoriales qui sont au bord du gouffre. Sur les marchés, on craint que Madrid ne finisse par demander l'aide européenne, ce qui pourrait faire ressurgir la contagion vers l'Italie ou la France. Et comme le FESF, le Fonds d'aide européen,  le Mécanisme européen de solidarité, ne peut faire face à des attaques contre ces trois pays, même avec la mise en place du MES le 1er juillet, la situation pourrait devenir critique... (…)

 

Le Portugal : Officiellement, tout va bien à Lisbonne. Mais dès la fin de la restructuration de la dette grecque, les regards inquiets des marchés se sont tournés vers le Portugal. Mercredi, Oli Rehn, le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, a reconnu que le pays pourrait avoir besoin d'un « pont financier » pour permettre son retour sur le marché. Des paroles interprétées comme le signe d'un possible besoin de financement et d'un appel au mécanisme d'aide européen. Bruxelles a rectifié rapidement le tir, mais le doute est resté, malgré le versement de 5,2 milliards d'euros de la part du FMI dans le cadre du plan d'aide. La menace est, comme en Espagne, celle des municipalités. Le gouvernement a reconnu mercredi que la « restructuration de la dette de quelques villes » est possible, mais que le chiffre de la dette municipale n'était pas encore connu. Un responsable de l'association des municipalités portugaises avait prévenu que le défaut pourrait atteindre 9 milliards d'euros si le gouvernement ne faisait rien. Certains analystes évoquent 12 milliards d'euros. Si Lisbonne veut éviter ce défaut, il devra sans doute en appeler de nouveau à l'aide de Bruxelles. Et tout ce qui est pris au fonds de soutien est autant d'ôté à sa crédibilité en cas d'attaques sur Madrid ou Rome. 70 % de la dette municipale est détenue par les banques nationales. Si Lisbonne laisse couler ses villes, elle devra venir au secours de ses banques. Et donc se tourner vers Bruxelles... (…)

 

La France : Les lendemains de l'élection présidentielle seront cruciaux. L'heureux élu du 6 mai devra rapidement montrer sa « bonne volonté » vis-à-vis des marchés et affichant sa solidarité avec l'Allemagne et sa volonté de réduire les déficits. Tout écart à cette ligne de conduite pourrait être payé fort cher, car si les investisseurs peuvent comprendre que la campagne donne lieu à un florilège de promesses, ils ne sont pas prêts à voir ces dernières appliquées. La France sera donc sans doute pendant quelques mois sous haute surveillance. En cas de dérapage, elle pourrait devenir le détonateur de la prochaine crise européenne...

 

Colloque-mondialisation-Montebourg-JPC-300811-001-T.jpgContinuons avec « l’économiste solitaire », Jacques Sapir (à droite sur la photo, au côté de Jean-Michel Quatrepoint et face à Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg). Il enseigne à l'EHESS-Paris et au Collège d'économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux. Il est l'auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).

Voici ce qu’il écrivait dans une Tribune publiée par Rianovosti le 20 décembre 2011 :

 

La crise de la zone Euro et la responsabilité historique des dirigeants européens

 

(…) La crise est en effet bien plus profonde que le problème de la dette souveraine. Si la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ont vu leur endettement public s’accroître dans des proportions considérables ces dernières années, c’est en raison de l’écart croissant de compétitivité avec l’Allemagne. Ceci s’est traduit par un déficit commercial croissant avec ce pays mais aussi – plus subtilement – par une plus grande sensibilité à la montée du taux de change de l’Euro depuis 2002. Ce dernier est ainsi passé de 1 Euro pour 1,05 Dollars américains en 2002 à plus de 1,40 pour revenir, vers la mi-décembre 2011 à 1,30. L’économie allemande peut résister à une telle surévaluation, mais pas celles des pays du Sud de l’Europe. La compétitivité des pays de l’Europe du Sud s’est ainsi dégradée face aux autres pays du monde du fait qu’ils étaient entraînés dans une spirale de réévaluation pour eux insupportable.

 

Cet écart de compétitivité s’enracine dans des configurations très différentes des structures économiques et industrielles des pays de la zone Euro. De ce point de vue, la monnaie unique n’a apporté nulle convergence. Pour qu’il en fût autrement, il eut été nécessaire de prévoir des mécanismes de transferts budgétaires importants des pays comme l’Allemagne vers les pays du Sud de l’Europe. Mais, l’Allemagne s’y est refusée dès le départ.

L’endettement public s’est alors largement accru avec le déficit de la balance commerciale de ces pays qui augmentait rapidement avec la dégradation de leur compétitivité. Ceci a donné naissance à la crise actuelle. Elle a commencé à se manifester avec le cas de la Grèce, puis s’est rapidement étendue au Portugal, à l’Espagne et a touché à l’été 2011 l’Italie et la Belgique.

 

Cette crise est essentiellement liée aux incertitudes qui pèsent sur la solvabilité de ces pays. Mais, avec la montée des taux d’intérêts auxquels ils sont confrontés, et du fait des besoins de liquidités provenant du refinancement de la dette accumulée et du déficit de l’année en cours, cette crise de solvabilité se transforme en une crise de liquidité. C’est elle qui menace aujourd’hui la Grèce, qui pourrait être conduite à faire défaut au début du printemps prochain, mais aussi le Portugal et l’Italie.

La crise correspond donc à la combinaison de trois moments distincts, mais qui aujourd’hui sont étroitement liés. La crise de compétitivité, directement issue des mécanismes mis en place dans la zone Euro, donne naissance à la crise de la dette publique, autrement dit aux doutes sur la solvabilité de certains pays. Mais, ce doute induit le tarissement des capacités d’emprunts, qui se transforme en une crise de liquidité particulièrement violente.

 

Les mesures prises depuis le printemps 2010, incluant l’accord du 5 décembre dernier, ont eu des conséquences perverses très importantes. On a incité ces pays à réduire brutalement leurs dépenses et à augmenter leurs recettes pour rétablir leur solvabilité. Mais, ces mesures ont détruit la croissance. On a vu ceci se produire en Grèce, qui connaît aujourd’hui une dépression de -5,5%, puis s’étendre au Portugal, à l’Italie et désormais à la France. La baisse du PIB se traduit alors par une chute des ressources fiscales, et le déficit budgétaire que l’on croyait jugulé réapparaît. On voit même apparaître des impayés publics, qui ne sont qu’une forme déguisée du déficit, comme en Espagne, ou ces derniers atteignent désormais près de 130 milliards d’Euros.

 

Les politiques d’austérité n’ont jamais été une solution aux crises d’endettement. Les exemples de la politique menée par le Président Hoover aux Etats-Unis de 1930 à 1932, ou par le Chancelier Brüning à la même époque en Allemagne, en témoignent. Seule, le rétablissement des conditions d’une croissance forte est susceptible de restaurer la confiance dans la solvabilité des pays, et par là de mettre fin à la crise de liquidité. Mais, les gouvernements persistent à imposer des mesures toujours plus draconiennes, plongeant la zone Euro dans une dépression qui menace d’être de longue durée.

 

Désormais, l’existence même de l’Euro est en cause. Ce ne sont pas les déclarations tonitruantes des uns ou des autres qui changeront cette réalité. En fait, nous avons le choix entre deux options. Elles présentent, l’une et l’autre, des inconvénients pour les autres pays, et en particulier pour les BRICS et la Russie.

Considérons alors les scénarios qui s’offrent à nous :

- Soit dissoudre la zone Euro avant d’être submergés par la crise de liquidité, et par des dévaluations concertées relancer la croissance dans nos pays. La perte de patrimoine due à la transformation des titres en Euro en titres libellés dans les diverses monnaies nationales désormais dévaluées, sera alors compensée par la hausse de la demande intérieure en Europe.

- Soit nous persistons à vouloir défendre l’Euro à tout prix ; l’économie européenne va alors se contracter en 2012 et 2013, et probablement jusqu’en 2015. Les exportations des pays émergents, celles de la Chine, de la Corée ou de la Russie, seront alors fortement touchées, en volume mais aussi en prix, et en particulier pour les matières premières.

Les pays européens sont désormais face à leurs responsabilités. Auront-ils le courage de reconnaître que l’introduction de l’Euro a constitué une erreur, non pas du point de vue des principes mais de celui des conditions concrètes de sa mise en œuvre, et procèderont-ils à la dissolution de la zone Euro, ou s’entêteront-ils, tels des enfants obstinés, dans la défense à tout prix de la monnaie unique ? S’ils devaient choisir cette dernière solution, ils porteraient la responsabilité d’une grave crise économique mondiale, car on comprend bien qu’une longue dépression de l’Europe ne sera pas sans conséquences sur les autres économies.

 

Jacques Sapir a écrit une Tribune libre récente publiée sur le site de Marianne le 5 avril :

 

Europe : les traders siffleront bientôt la fin de la récré (Marianne2, 5 avril)

Contrairement à ce que prétend le président sortant, la crise est toujours là. Selon l'économiste Jacques Sapir, elle éclatera à nouveau cet été, peut-être même avant. Après avoir diagnostiqué les raisons de ce rebond de la crise des dettes souveraines, Jacques Sapir s'engage et affirme que les principaux candidats n'y sont pas préparés et semblent dans le déni de réalité.

 

Je me permets de préciser à Jacques Sapir - que j’avais rencontré le 30 août 2011 lors d’un colloque à Paris (voir Montebourg et Chevènement alliés pour ouvrir un nouvel espace politique - 31 août 2011) - que, si François Hollande ne s’exprime pas sur ce sujet, il a reçu le soutien d’Arnaud Montebourg et de Jean-Pierre Chevènement, qui ont pris position sur cette question et auront, probablement, des fonctions importantes si le candidat PS est élu.

 

 

.

Voir aussi :

 

Morad El Hattab anticipe la prochaine crise

Posted: 09 Apr 2012 11:55 PM PDT

 

Dans « La vérité sur la crise », Morad El Hattab nous avait offert une somme résumant les aspects de la crise, parlant des excès de la finance, revenant sur l’histoire des crises, et décrivant l’impasse de l’Europe. Dans « Kriz », il revient sur les développements des deux dernières années.
Une crise dont nous ne sommes pas sortis
Si nous sommes sortis du gros de la première phase de la crise, fin 2008, début 2009, Morad El Hattab et Philippe Jumel expliquent bien que nous sommes sur une phase intermédiaire, qui nous mènera inexorablement à une nouvelle phase. Ils citent l’ancien PDG de Citigroup pour qui « si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont », une autre version des esprits animaux de Keynes.
Ils démontent l’argument selon lequel nos traverserions une crise des dettes souveraines. Si cela vaut pour la Grèce, ils soulignent la responsabilité des marchés qui lui prêtaient de manière laxiste. Ils rappellent que cela n’est pas le cas pour l’Espagne à l’origine et que l’Italie avait déjà l’excédent primaire le plus élevé d’Europe et que ses ménages sont « des fourmis peu endettées ». Pour eux, « cette crise provient des grandes déréglementations des années 1980 ».
Ils expliquent très clairement le rôle des ratios prudentiels et des agences de notation, soulignant que les 8% théoriques de fonds propres variaient en réalité entre 1,6 et 12% en fonction de la note de l’actif concerné. Avant la crise, un actif grec ne nécessitait ainsi que 1,6% de fond propre selon les normes bancaires internationales… Ils évoquent l’étude de la Banque d’Angleterre de David Miles, pour qui il faudrait passer entre16 et 20%, soit les chiffres d’il y a un siècle !
 

Ils soulignent justement le rôle des innovations financières dans la crise, et notamment les CDS, dont ils dénoncent le caractère auto réalisateur, le tout dans un système ayant consacré l’aléa moral de la finance, qui dispose d’une garantie implicite des Etats. Pour eux, les bulles sont consubstantielles à la libéralisation de l’économie, comme l’a démontré Clément Juglar. Et malheureusement, tous les ingrédients de la prochaine crise sont déjà réunis.

Les auteurs voient plusieurs solutions pour la sortie de la crise : le retour aux monnaies nationales, la séparation des banques entre dépôt / crédit et affaires, le strict contrôle du shadow banking et de l’effet de levier, l’interdiction des LBO (qui permettent aux fonds de faire financer par l’entreprise qu’ils rachètent le coût du rachat), l’interdiction des CDS et le contrôle très strict des dérivés. Ils en appellent à un « protectionnisme financier » pour se protéger.
L’Europe dans une impasse
Les auteurs ont le courage de défendre des idées minoritaires. Pour eux, « il est tout à fait compréhensible que les Allemands exigent les verrous institutionnels ». Ils affirment également que les investisseurs « ont pour mandat de fuir les risques, tous les risques, c’est à dire, par exemple, les Etats de l’Europe du Sud ou les banques européennes ». Ils incriminent donc le château de carte économique et financier européen plutôt que le comportement des marchés.
Ils détaillent également l’incroyable bulle financière et immobilière irlandaise, la pyramide de dette (près de 300% du PIB pour tous les acteurs), les incroyables garanties apportées par l’Etat (trois fois le PIB !), l’engagement de la BCE à hauteur de 110% du PIB du pays. Ils sont le signe d’un système financier hypertrophié, dont les actifs ont représenté dix fois le PIB, attiré par le faible taux d’imposition et parvenant à attirer 7% des hedge funds mondiaux !
Les auteurs ont une lecture lumineuse de la crise de la zone euro. Pour eux, les pays du Sud en sont là, « parce qu’ils ne peuvent plus emprunter dans leur monnaie nationale », comme les pays asiatiques il y a 15 ans. Cela explique la meilleure situation de la Grande-Bretagne, qui emprunte nettement moins cher que la France malgré un  déficit largement supérieur, grâce à la monétisation menée par la Banque Centrale du pays (275 milliards de livres, 15% du PIB).
Leur critique des mécanismes européens est sévère : pour eux, le FESF est « une sorte de CDO, innovation financière des sorciers de Wall Street ». Ils soulignent que l’Allemagne dicte son agenda à l’Europe mais fait passer la pilule en laissant présenter ses idées comme franco-allemandes. Ils soulignent la différence de comportement entre la Fed, pragmatique et soucieuse de l’économie réelle et la BCE, dogmatique et indifférente à l’égard de l’économie productive.
Plus accessible que son précédent ouvrage, ce nouveau livre de Morad El Hattab est une excellente synthèse de la crise actuelle que je vous recommande. A noter qu’elle vient d’un économiste qui nous avait averti en 2008 que tout allait exploser….
Source : « Kriz, d’une crise à l’autre », Morad El Hattab et Philippe Jumel, éditions Léo Scheer

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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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