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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 09:15


http://dutron.wordpress.com/2008/10/17/sur-la-crise-economique-et-financiere-le-cac-40-est-en-tres-forte-hausse-par-jean-gadrey/

L’alpha et l’oméga

décembre 12th, 2010

  
« Quelle alternative en 2012 ? », « Quel est celui - ou celle - qui saura nous sortir de cette situation ? », « Que faire ? Y a-t-il une alternative aux scénarios très pessimistes que vous décrivez dans vos articles ? »
  
Ces questions, écrites dans un commentaire à la suite d’un billet ou adressées par mail, ont désormais un caractère récurrent. Comment y répondre ? Et surtout, est-ce en ces termes que le « problème » doit être posé ?
  
  
Le contexte
  

Avant d’essayer d’apporter des éléments de réponse à ces différentes interrogations, rappelons tout d’abord dans quel contexte global se trouve, selon nous, notre société.
  
La société occidentale, après une phase d’ascension continue et de domination mondiale entamée à la Renaissance, a aujourd’hui entamé son déclin. Les causes en sont multiples mais, pour reprendre les analyses de François Roddier, « l’effet de la reine rouge » frappe aujourd’hui de plein fouet notre civilisation et le processus de « criticalité auto-organisée » multiplie les « avalanches » et « décrochages » de tous ordres (voir la série de billets de François Roddier et notamment La fin des espèces et des civilisations).
  
Selon nous, ce déclin se traduit par une dégénérescence des États-nations (pouvant aller jusqu’à leur quasi-disparition) et la montée en puissance concomitante des TGE (très grandes entreprises) qui vont peu à peu supplanter l’État dans la partie « rentable » de ses fonctions sociales, économiques et régaliennes. Les manifestations de ce transfert du pouvoir réel sont déjà présentes dans de nombreux secteurs : couverture sociale et santé (2050 : l’odyssée du servage), éducation (À vendre : Éducation nationale, mauvais état, mais fort potentiel), défense (De Mégara à Wall Street)…
  
C’est l’entrée dans un « nouveau Moyen-Âge » où la réalité du pouvoir va appartenir – et, dans certains cas, appartient déjà – à des sociétés transnationales qui dicteront leurs conditions à des structures politiques locales fantoches, le pouvoir politique central étant résiduel, affaibli, quasi-symbolique.
  
  
Cette situation est-elle réversible ?
  
Très certainement non.
Pas plus que Rome n’a pu enrayer son déclin alors que certains de ses dirigeants en avaient pleinement conscience, le retour à des États occidentaux économiquement, culturellement et militairement tout-puissants ainsi que son corollaire, la présence d’États-providence assurant une certaine égalité entre leurs citoyens ainsi qu’une constante élévation de leur niveau de vie et de sécurité (dans l’emploi, l’éducation, la santé…), font désormais partie du passé.

  
Bien entendu, nombreux sont ceux qui souhaitent et attendent ce retour, comme étaient nombreux les Romains de l’an 410 à espérer le retour des meilleurs temps de l’Empire, ne comprenant pas qu’une ville qui ait conquis et « civilisé » le monde connu puisse s’effondrer face aux attaques du premier barbare venu.
  
Mais souhaiter n’est pas pouvoir. Comme les historiens se querellent encore sur les causes de la chute de l’Empire romain, on peut parier que les raisons de la dégringolade de la civilisation occidentale qui a culminé au XXe siècle n’ont pas finies d’être analysées et contestées…
  
Quelle que soit leur bonne volonté, leur énergie et leur capacité pour enrayer la chute, on peut craindre que les dirigeants occidentaux les plus « capables » et les plus « éclairés » ne puissent, au mieux, que ralentir la vitesse de chute… À cet égard, l’exemple d’Obama est particulièrement significatif : élu sur l’espoir et la perspective de redonner une nouvelle jeunesse aux États-Unis, il n’a pas pu véritablement mettre en œuvre les réformes qu’il souhaitait, s’est cassé les dents face aux lobbies (notamment ceux de la bancassurance et de la pharmacie) et au « mur de l’argent », et finit son premier mandat affaibli, déjà usé, sans marge de manœuvre.
  
  
Alors, que faire ?
  
Face à une situation qui apparaît sans espoir, n’y a-t-il d’autre solution que la résignation ?
  
Pas forcément. Tout en restant extrêmement lucide sur l’évolution globale de notre société, on peut faire preuve d’un « pessimisme actif » pour éviter de se comporter comme un condamné qui attend sa sentence.
  
En premier lieu, il est possible de ralentir la chute, d’amoindrir le choc, de concentrer les ressources disponibles sur quelques éléments-clés pour retarder la dégringolade… un dirigeant capable pourrait ainsi agir pour réaliser tout le contraire de ce que fait un Sarkozy, lequel accélère la transition vers ce règne des TPE.
  
Même si l’exemple d’Obama ne semble guère encourageant – mais il était sans doute déjà trop tard pour « redresser la barre » aux États-Unis, pays totalement gangrené par les lobbies et ne disposant pas d’une culture étatique forte – une stratégie visant à maintenir à distance les lobbies et à « sanctuariser » des domaines devant rester la propriété de tous les citoyens est possible. Nous y reviendrons plus loin dans ce billet.
  
En second lieu, nous devons essayer de raccourcir autant que possible ce « nouveau Moyen-Âge » en nous efforçant d’ores et déjà d’imaginer les conditions d’un « après » et en favorisant tout ce qui peut y concourir.
  
Lorsque la période est faste, les choix qu’opèrent les individus et les dirigeants n’ont pas forcément un impact majeur sur l’évolution générale de la société car, d’une manière ou d’une autre, « ça s’améliore chaque jour ». L’importance des choix est tout autre lorsque, comme aujourd’hui, vient la période du repli et de la régression. À ce moment-là, selon les options prises, on créera les conditions d’une renaissance possible ou d’une disparition pure et simple.
  
Au regard de l’histoire, les disparitions de civilisations sont infiniment plus nombreuses que les renaissances. Le prolongement de la civilisation gréco-romaine à travers une renaissance « occidentale » est lié à deux facteurs totalement indépendants l’un de l’autre : d’une part l’intelligence politique d’un empereur romain, Constantin (l’histoire serait longue à raconter, je vous renvoie à Wikipédia, fort explicite sur le sujet…), d’autre part et surtout la prolifération des monastères dans la partie occidentale de l’ex-Empire romain.
  
Ceux-ci, préservés pour l’essentiel des attaques et du pillage barbare, ont permis de conserver pendant 10 siècles le trésor intellectuel de la période gréco-romaine, les graines de la future Renaissance qui émergera aux XIVe et XVe siècles.
  
  
Et aujourd’hui ?
  
Sans effectuer un parallèle direct (qui serait quelque peu simpliste ou, tout du moins, simplificateur) entre le Ve et le XXIe siècle, et à défaut de pouvoir créer une « nouvelle Constantinople », on peut s’interroger sur ce que pourraient être les « monastères » de ce début du troisième millénaire. Au fond, que voulons-nous absolument préserver ? Quel est le plus beau joyau de notre héritage ?
  
En guise de réponse, nous pourrions dresser un inventaire à la Prévert, où l’on trouverait pêle-mêle les acquis sociaux, l’organisation administrative, les dépenses de santé, le rôle de l’armée, etc. Mais toutes ces données sont relatives et correspondent à un besoin donné à une époque donnée.
  
Ce qui est relativement « invariant » dans notre héritage culturel, c’est la connaissance et la réflexion de type littéraire et philosophique. C’est à partir des auteurs latins et grecs que les auteurs de la Renaissance ont pu forger et imaginer de nouveaux univers de la pensée. C’est sur ces bases que s’est bâtie la Révolution française, puis l’aspiration aux idéaux de démocratie, justice, liberté… C’est donc autour d’un héritage culturel de ce type que doivent, à mon sens, se concentrer les efforts et les combats.
  
Ne vous y trompez pas, c’est une bataille extrêmement difficile, très loin d’être gagnée car elle semble totalement « surréaliste » dans les conditions actuelles. Faire de Rousseau, Descartes ou Flaubert une priorité alors que des millions de Français ont du mal à boucler leurs fins de mois, qu’on nous serine sans cesse (avec raison, en tout cas dans une optique à court terme) qu’il faut former des bataillons d’ingénieurs, qu’il faut prendre en exemple l’Allemagne et sa force exportatrice, paraît totalement hors de propos. Quel retour sur investissement ? Quel bénéfice ? Qu’en retirerons-nous ?
  
Tout simplement d’avoir le courage et la capacité intellectuelle d’envisager une alternative à un monde où l’économie, la quête constante du profit et de la puissance financière sont l’alpha et l’oméga de l’existence.
  
Aujourd’hui tout s’oppose à cette alternative : non seulement le « bon sens » pousse à s’occuper « d’affaires sérieuses » en lieu et place de réflexions d’intellectuels mais aussi et surtout l’environnement technologique aboutit à faire de nous des « individus-crêpes » (voir notre billet Welcome to the Machine), « ordinateurisés », incapables d’une réflexion profonde.
  
En résumé, s’il s’agit de sélectionner une piste concrète qui permette « d’amortir le choc » du présent et surtout de préparer l’avenir, je choisis de « mettre le paquet » sur l’éducation, notamment dans les domaines de la littérature, de la philosophie et de l’histoire. Là sont l’alpha et l’oméga de notre civilisation, car le vrai pouvoir est celui des idées.
  
  
Lundi
© 2010 La Lettre du Lundi

 

http://lalettredulundi.fr/2010/12/12/lalpha-et-lomega/

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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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