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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 09:01
"Dans l’Etat d’Israël, la mère juive est en train de disparaître"

 

 

vendredi 4 janvier 2008 - Nurit Peled-Elhanan

(JPG)

 

Je remercie les Femmes en Noir de m’avoir invitée à intervenir aujourd’hui. Au moment où nous sommes, je voudrais dédier ces mots aux enfants de la bande de Gaza qui se meurent lentement de faim et de maladies, et à leurs mères, admirables, qui continuent de mettre leurs enfants au monde, de les nourrir et de les élever. Le taux d’alphabétisation dans la bande de Gaza atteint aujourd’hui 92%, il est parmi les plus élevés du monde et cela, dans le camp de concentration le plus épouvantable de la terre, où les habitants sont en train d’étouffer, pendant que le monde civilisé regarde en silence.


J’aurai aimé pouvoir, aujourd’hui, célébrer la fin de l’activité des Femmes en Noir. Mais la vérité, c’est que leurs activités sont, chaque jour, de plus en plus difficiles. Dans un Etat où règnent les dieux de la mort et de l’argent, dans un Etat où l’économie est florissante alors que les enfants ont faim, où les héros de la mythologie sont des assassins audacieux, où les dirigeants reconnaissent ouvertement et publiquement que la vie humaine, à leurs yeux, vaut moins qu’une figue, dans un Etat qui envoie ses fils se faire tuer sans même se donner la peine de leur inventer une raison, dans un Etat qui emprisonne des millions d’être humains dans des ghettos, les enferme et les détruit lentement, dans cet Etat, la voix calme et persévérante des Femmes en Noir est la voix la plus forte du refus de la conscience. Les Femmes en Noir sont l’exemple et le modèle du refus de vénérer le dieu de la guerre, du refus d’obéir aux lois racistes de l’Etat d’Israël. L’action des Femmes en Noir est, en elle-même, le rejet de l’éducation raciste et de l’empoisonnement méthodique quotidien des esprits que poursuivent les écoles, les médias et les discours des représentants élus de la nation.


Dans l’Etat d’Israël, la mère juive est menacée de disparition. La mère juive d’aujourd’hui est exclue de quartiers comme Mea Shearim (*), où les mères préservent leurs enfants de l’armée ; en dehors de ces quartiers, la voix de la mère juive n’est pas entendue, sauf par des organisations comme les Femmes en Noir, que la société en général condamne et calomnie. L’Etat d’Israël condamne et calomnie la voix des mères juives qui est la voix de la compassion, de la tolérance et du dialogue. L’Etat d’Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que cette voix sera mise en sourdine et se taira à jamais.

Sauf dans les organisations pour la paix, vouées par le discours général à n’être que des somnambules marginaux et des gauchistes, la voix de la mère juive a cessé depuis longtemps d’être une voix maternelle. La mère israélienne, telle qu’elle existe aujourd’hui, incarne une fonction maternelle dénaturée, perdue, troublée et malade. Les mères juives comme Yochabad, mère de Moïse, comme Rachel, qui pleure sur ses enfants et refuse tout réconfort, comme Mère Courage, la mère qui ne trouve ni consolation ni apaisement dans la mort des enfants d’une autre mère... ces mères ont été remplacées par d’autres mères qui ne sont rien que des golems qui se sont retournés contre leurs créateurs, et qui sont plus épouvantables et plus cruels qu’eux, des mères qui dédient leur utérus à l’Etat d’apartheid et à l’armée d’occupation, qui enseignent à leurs enfants un racisme intransigeant et sont prêtes à sacrifier le fruit de leur ventre sur l’autel de la mégalomanie de leurs dirigeants cupides et assoiffés de sang. On trouve aussi ces mères parmi les enseignantes et les éducatrices de notre époque. Seules, les femmes qui se dressent, semaine après semaine, sous la pluie et le soleil, sont le seul et unique rappel que la voix de l’autre maternité, naturelle, n’a pas complètement disparu de la surface de cette terre d’abandon qui fut, autrefois, la Terre sainte.


Rares sont les parents en Israël qui reconnaissent que les assassins d’enfants, les démolisseurs de maisons, les arracheurs d’oliviers et les empoisonneurs de puits ne sont autres que leurs adorables fils et filles, leurs propres enfants, éduqués ici, au fil des années, à l’école de la haine et du racisme. Des enfants qui ont appris, pendant 18 années, à craindre et à mépriser l’étranger, à toujours craindre les voisins, les gentils, des enfants qui ont été élevés dans la crainte de l’Islam, une crainte qui les façonne pour devenir des soldats brutaux et les disciples d’assassins de masse. Et non seulement ces garçons et ces filles tuent et martyrisent, mais ils le font avec le total soutien de maman, avec toute la gratitude de papa, encouragés par la nation tout entière, sans même provoquer un froncement de sourcils quand il y a mort d’enfants, de personnes âgées et handicapées. Une nation qui se rassemble autour de pilotes qui ne ressentent rien, sauf une secousse dans l’aile de leur avion (**), quand ils larguent des bombes sur des familles entières et les écrasent.


Texte original en hébreu.

Nurit Peled-Elhanan a reçu le prix Sakharov du Parlement européen en 2001 pour ses plaidoyers en faveur de la paix au Moyen-Orient. Elle a perdu sa fille, le 4 septembre 1997, lors d’un attentat suicide. Elle est professeur de littérature et de sciences de l’éducation à l’université hébraïque de Jérusalem.

Du même auteur :

-  "Les Israéliens n’ont pas conscience d’être des racistes" - 13 septembre 2007 - avec Caroline Stevan - Le Temps.

-  "Le temps est venu pour nous de dire à nos enfants où ils habitent" - 18 juin 2007.

-  "Laissez vivre nos enfants" - 26 janvier 2007.

 

Intervention de Nurit Peled-Elhanan au 20è anniversaire des Femmes en Noir, le 28 décembre 2007, à Jérusalem. Traduction de l’anglais : JPP

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commentaires

code bonus 12/10/2010 21:09



mais n'est ce pas le cas dans toutes les sociétés modernes??



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