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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 04:24

De la nature intime du capitalisme

décembre 11th, 2011

 


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Dans son numéro du 12 au 18 novembre. l’hebdomadaire Marianne a publié un dossier complet sur le thème « Oui, un capitalisme à visage humain, c’est possible ! » Qu’en est-il exactement ? Quelle serait la fameuse recette de ce « capitalisme à visage humain » ?
  
Marianne liste notamment 15 idées - ou mesures - pour « changer le capitalisme » : mettre en place un protectionnisme européen vertueux ; favoriser l’investissement industriel ; rétablir la mention d’origine des produits ; fixer un prix unique sortie d’usine ; nationaliser la dette publique ; en finir avec l’évasion fiscale des multinationales ; interdire les ventes à terme ; imaginer un capitalisme coopératif ; instaurer un profit maximal ; séparer banques de dépôt et banques d’affaires ; acheter moins et louer plus ; créer un impôt vert européen ; lancer un New Deal vert ; lancer une protection sociale universelle ; accroître la souveraineté alimentaire.
  
On ne peut que souscrire à ces propositions, ou en tout cas à la majorité d’entre elles. Elles sont frappées au coin du bon sens et, sans rentrer dans le détail de l’énumération - qui pourrait d’ailleurs être complétée - nous avons avancé ou soutenu certaines d’entre elles dans de précédents billets.
  
À ce stade de l’analyse se posent alors deux questions concernant ces « 15 propositions » : est-ce faisable ? Est-ce suffisant si l’on souhaite que le capitalisme retrouve un « visage humain » ?
  
  
L’âge d’or du capitalisme ?
  
Avant de tenter de répondre à ces deux questions, une rapide mise en perspective :

● ce que nous dénommons « capitalisme », au sens actuel du terme, définit le système économique et social qui s’est graduellement imposé comme modèle dominant à compter de la révolution industrielle. C’est le moment dans l’histoire, le point de basculement, où, d’une primauté basée essentiellement sur la naissance, nous sommes passés à une primauté essentiellement basée sur l’argent ;

● le « capitalisme à visage humain » a existé dans la plupart des pays occidentaux durant les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975 environ. C’est la période de l’histoire où les gains générés par l’activité économique – les profits, si l’on préfère – ont été répartis le plus équitablement possible entre tous ceux qui concourraient à leur création.

C’est d’ailleurs les conditions de cet « âge d’or » que, par le biais des « 15 propositions », le dossier de Marianne essaie de ressusciter. Le leitmotiv qui apparaît en filigrane tout au long de la lecture de ce dossier pourrait se résumer par « Ça marchait tellement bien il y a 40 ou 50 ans. Pourquoi ne pas recréer les conditions de cette période heureuse ? Pourquoi ne pas recommencer comme avant ? ».
  
  
Retour aux réalités
  
Las ! L’histoire se répète sans doute mais elle ne connaît pas la marche arrière. Pour retrouver un « capitalisme à visage humain », il faudrait :

que les « 15 propositions » soient toutes mises en œuvre en même temps, éventuellement complétées par quelques autres ;

que ces « 15 propositions » soient appliquées sur toute la surface du globe, pratiquement sans exception.

Pourquoi cette double exigence ?
  
  
Exigence n° 1 : toutes les propositions en même temps
  
Le capitalisme n’est pas une idéologie. C’est plutôt, pour reprendre les termes utilisés par François Roddier (voir son billet La fin des espèces et des civilisations), le système économico-social actuellement le plus efficace pour dissiper un maximum d’énergie. Plus concrètement, son unique but est de faire prospérer, le plus possible et le plus rapidement possible, le capital de ceux qui en détiennent. En d’autres termes, gagner le plus rapidement possible le maximum d’argent avec de l’argent.
  
Dans cette quête d’une maximisation du rendement de l’argent, toutes les règles sociales, juridiques, religieuses, culturelles… constituent des « gênes » car, d’une manière ou d’une autre, elles s’opposent plus ou moins directement cette recherche d’une maximisation du profit.
  
Ayant abattu nombre de règles de ce type depuis deux siècles, le « système capitaliste », qui chaque jour se débarrasse d’une nouvelle entrave dans sa marche vers la « perfection », ne peut considérer les « 15 propositions » que comme une régression majeure, un retour à des conditions beaucoup moins favorables pour maximiser ce profit.
  
Pour que cette « régression majeure » puisse s’accomplir, permettez-nous une analogie avec un match de boxe. Si l’on souhaite « sonner » un adversaire chaque seconde plus puissant sur le ring, il faut taper très fort et très vite. Très fort, cela veut dire mettre en œuvre l’intégralité des « 15 propositions » - et sans doute d’autres – pour obtenir la puissance nécessaire. Très vite, cela veut dire mettre en œuvre ces mesures quasi-simultanément, sinon leur impact va se diluer dans le temps et s’amoindrira d’autant.
  
Mais cela ne suffit pas. Nous allons maintenant quitter l’analogie avec un match de boxe pour nous appuyer sur l’argumentation développée par François Roddier dans le billet cité ci-dessus.
  
  
Exigence n° 2 : toutes les propositions partout
  
Globalement, le « système capitaliste » est en train de devenir de plus en plus performant, de plus en plus « parfait », c’est-à-dire qu’il permet de mieux en mieux à ceux qui détiennent le plus de capitaux d’en posséder « toujours plus, toujours plus vite ».
  
Dans cette rivalité entre capitalistes – en d’autres termes, entre détenteurs de capitaux – celui qui peut le mieux s’affranchir des règles sociales, religieuses, juridiques ou culturelles que nous mentionnions plus haut, détient un avantage déterminant pour emporter la partie. Pour reprendre les termes de François Roddier, « chacun sait que s’il court moins vite, il se fait dépasser par les autres. Il est vite éliminé par la sélection naturelle ».
  
Conséquence : si les « 15 propositions » ne sont pas appliquées sur toute la surface du globe, les zones géographiques et/ou les individus et/ou les entreprises qui s’en affranchiront bénéficieront d’un avantage déterminant pour gagner la partie de Monopoly.
  
  
D’autres solutions ?
  
Le retour à un « capitalisme à visage humain » se heurte donc à des obstacles qui semblent, à première vue, quasiment infranchissables. Le moyen d’essayer de les contourner serait d’instaurer, au niveau d’un État ou d’une zone géographique, une politique quasi-autarcique.
  
Cette politique permettrait, du moins en théorie, d’isoler complètement la zone qui ne souhaite plus participer à cette « partie de Monopoly ». C’est ce qu’a fait – ou tente de faire – l’Islande depuis quelques années, après avoir été ruinée par la crise financière de 2008. Marianne cite d’ailleurs ce pays en « exemple » de ce qui pourrait être entrepris. Mais une telle révolution suppose un corps social extrêmement soudé, uni, responsable et éduqué… objectif infiniment plus facile à atteindre dans une île de 320 000 habitants isolée au milieu de l’Atlantique qu’avec 65 millions d’habitants au cœur du continent européen.
  
dupond-t.pngNotons au passage que le comportement de Merkel et Sarkozy qui, semaine après semaine, se rencontrent pour un nième « sommet-de-la-dernière-chance-pour-sauver-l’euro » va totalement à l’encontre de cette nécessité autarcique qui semble être un des seuls moyens pour retrouver un semblant de « capitalisme à visage humain ». Tels Dupont et Dupond s’accrochant désespérément l’un à l’autre afin de prévenir le choc (voir On a marché sur la lune), ils accélèrent de facto la performance capitalistique et son corollaire, l’atrophie de leurs États-nations respectifs.
  
fouche-talleyrand.jpgSi l’on voulait porter un jugement sévère sur cette désastreuse union, on pourrait paraphraser Chateaubriand décrivant Fouché et Talleyrand : l’arrogance appuyée sur le narcissisme ne fait qu’accélérer la survenue d’un capitalisme encore plus performant.
  
L’alternative économique que constituerait un « capitalisme à visage humain » semble donc hautement improbable. Existe-t-il d’autres alternatives, peut-être de nature non économique ? C’est ce que nous examinerons dans un prochain billet.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

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