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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 03:56

De quelles sortes de banques avons-nous besoin?

 

De quelles sortes de banques avons-nous besoin?

 

Problèmes posés par les banques «too big to fail»

W. Wüthrich

Jeudi 22 Avril 2010

 

 

Ces jours-ci a eu lieu l’Assemblée générale ordinaire d’UBS. Les actionnaires sont inquiets et l’ont dit. Ils ont en particulier re­fusé de donner décharge aux dirigeants pour les mauvaises décisions prises au cours de ces dernières années. Non seulement les actionnaires mais tout le monde, sur la pla­nète, se demande ce qu’il va advenir de notre ordre financier, de nos banques, des dettes qui grimpent en flèche, et, de manière générale, de notre argent.
Dans ce numéro, Horizons et débats aborde une question que l’on se pose particulièrement en Suisse: Nos deux grandes banques ne sont-elles pas trop importantes pour notre petit pays? Que faire pour que le contribu­able n’ait plus à payer pour les mauvaises décisions des grandes banques?
Dans un second article, nous présentons le dernier ouvrage de Hans Christoph Biswanger qui donne une réponse dès son titre: «Vorwärts zur Mässigung» (Vers la modération). De 1969 à 1995, Biswanger a enseigné l’économie à l’Université de Saint-Gall. Depuis de nombreuses années, on apprécie ses prises de position pertinentes relatives à la politique et l’économie.

 

«Too big to fail» signifiait autrefois qu’une société était trop grande et solide pour faire faillite, même en temps de crise. Swissair, par exemple, avait cette réputation. Mais le sens a changé. Aujourd’hui, on entend par là qu’une banque est trop importante pour qu’on la laisse faire faillite car on subirait de graves dommages financiers. On dit qu’elle est «system relevant» et doit être sauvée. En Suisse, UBS et Crédit suisse sont «system relevant» et jouissent d’une certaine garantie de l’Etat, comme les banques cantonales ou Post­finance. UBS a déjà bénéficié d’une aide importante de la Confédération et de la Banque nationale. La signification de cette garantie implicite est controversée. Ceux qui y sont opposés estiment que cela les incite à prendre des risques qu’elles ne prendraient pas autrement.
Une chose est claire: Les peuples ne peuvent plus s’offrir de plans de sauvetage comme ceux qui ont été appliqués dans de nombreux pays ces deux dernières années. Et personne ne sait si les conséquences dévastatrices de la crise financière pourront être maîtrisées. La frustration de la population est grande. C’est pourquoi la question de savoir ce qu’il faut faire pour qu’une crise de cette ampleur ne se reproduise plus est centrale. De nombreuses propositions ont été faites: les grandes banques multinationales devraient agir plus prudemment, faire moins de dettes, augmenter leurs fonds propres et leurs réserves. Les départements spécialisés dans les investissements et la spéculation devraient être dissociés de ceux qui s’occupent des opérations ordinaires et constituer des banques séparées (Volcker Rule). Les banques multinationales devraient adopter une structure de holding, c’est-à-dire que leurs agences de l’étranger devraient y être reconnues juridiquement comme des filiales indépendantes (qui peuvent faire faillite séparément). En outre, on se demande s’il faut édicter des règles plus strictes et mieux surveiller les banques. Doivent-elles payer des impôts spéciaux ou cotiser à un fonds de garantie destiné à les sauver en cas de difficultés? Mais la question essentielle reste celle des causes de la crise. Les connaissons-nous vraiment?
Ces derniers jours, deux manifestations ont eu lieu en Suisse sur la problématique «too big to fail». Thomas Jordan, sous-directeur de la Banque nationale suisse, a fait un ex­posé à ce sujet devant le Forum für Universität und Gesellschaft de Berne. Presque simultanément, Avenir Suisse organisait une conférence de presse à Zurich. L’écono­miste Boris Zürcher y a présenté une étude de 60 pages. Il était assisté d’Yvan Lengwiler de l’Université de Bâle. Nous résumons ci-dessous l’essentiel de ces manifestations.
Les trois intervenants sont d’avis qu’il faut absolument trouver une solution au pro­blème des banques «too big to fail» et que c’est une urgence en Suisse. Par rapport à l’économie du pays, les deux grandes banques sont beaucoup plus importantes que les banques comparables d’autres pays. Pour Thomas Jordan (BNS), «les deux grandes banques ont un endettement plus de quatre fois supérieur au PIB de la Suisse.» Leur sauvetage pourrait dépasser les moyens financiers de notre petit pays. Ces banques devraient, étant donné leur importance, disposer de plus de réserves et de plus de liquidités que les autres banques. En outre, il faudrait voir si, en cas de crise, des départements des banques importants pour la population pourraient être rendus indépendants.


Vaincre les résistances

Bien que la situation soit urgente, il faut s’attendre à des résistances, a déclaré Jordan. «Les banques essaieront de s’opposer à des mesures radicales. Nous avons besoin non seulement de trains de mesures mais avant tout de la volonté politique de les appliquer. […] Nous ne devons pas oublier les graves dommages causés par la crise, même si la situation économique s’est améliorée. Nous ne devons pas non plus nous laisser arrêter par la résistance de banques.


Le modèle commercial des banques est-il contestable?

Boris Zurcher, économiste en chef d’Avenir Suisse, a pris pour point de départ la question suivante: Comment se fait-il que les deux grandes banques aient été prises dans le tourbillon des événements et comment se fait-il qu’elles aient pu perdre en très peu de temps la presque totalité de leur capital propre alors que d’autres banques tournées vers la Suisse ont été largement épargnées par la tourmente des marchés financiers?»
Pour Zürcher, le modèle économique des deux grandes banques a changé depuis le milieu des années 1990. Les opérations bancaires traditionnelles ont cédé de plus en plus la place à l’«investment banking», qui consiste dans les opérations boursières et monétaires pour le compte des clients ou de la banque, dans le conseil et la médiation lors de l’achat et de la vente de participation à des sociétés, etc. Les deux banques se sont «globalisées», si bien que la part des opérations indigènes n’a cessé de diminuer par rapport aux opérations globales. Ces dernières ont été de plus en plus effectuées en devises étrangères. Ainsi, UBS et le Crédit suisse sont si bien implantées aux Etats-Unis que là-bas, elles sont également «system relevant». Leur stratégie de mondialisation s’est accompagnée d’une augmentation de leurs dettes, de prises de risques accrues et d’une augmentation des rendements.
En 2007, UBS travaillait avec un capital social de 2500 milliards de francs (depuis, il a diminué de moitié). A l’époque, le capital propre représentait 2%. Les 98% restants étaient des dettes. Le professeur Yvan Lengwiler a qualifié ce rapport de «mélange explosif» qui a permis d’augmenter le volume d’affaires d’un facteur 20 ou 30. Les rendements et les risques ont augmenté d’autant.
Des profits de 8, 10, 12 milliards de francs suscitaient l’admiration en maints endroits. Comme les banques américaines d’investissement, nos deux grandes banques ont, au cours des deux ans précédant la crise, obtenu des rendements bruts (bénéfices par rapport au capital propre) d’environ 25%. Pour Zürcher, de tels rendements pourraient tout à fait servir de critères des risques qu’une banque est prête à prendre.
Le professeur Lengwiler a évoqué les rendements élevés que l’on recherche de nouveau maintenant que la phase aiguë de la crise est passée. Il éprouve un malaise à apprendre que le Crédit suisse s’est de nouveau fixé comme objectif un rendement de 18% et que le département des investissements d’UBS (qui a récemment fait courir de gros risques à la banque) gagne de nouveau des milliards. Une grande banque qui représente un risque systémique pour un petit pays devrait effectuer des opérations bancaires tout à fait normales et faire des profits normaux.


Que faire?

La garantie d’Etat implicite pour les deux grandes banques ne correspond pas à l’ordre économique libéral. Avenir Suisse propose dans son document que la Suisse y renonce expressément et instaure une procédure d’insolvabilité pour les banques dont l’objectif, en cas de faillite, ne soit pas la liquidation mais le redressement financier. Les éléments principaux de cette procédure devraient cependant être réglementés. Qu’est-ce que cela signifie concrètement?


Les exemples de Swissair et de l’Islande

La faillite de Swissair, qui était due à sa stratégie de globalisation, a été citée en exemple lors de la conférence de presse d’Avenir Suisse. Les actionnaires ont tout perdu et les détenteurs d’obligations presque tout. Et les milliards que la Confédération avaient investis ont également été perdus. Mais la compagnie d’aviation est renée comme le phénix de ses cendres. Elle a été réorganisée, réduite, a reçu un nouveau nom et un nouveau propriétaire. Après une brève interruption, les avions ont repris du service et la société fait de nouveau des profits.
A cet égard, il est intéressant de regarder en direction de l’Islande car c’est un des rares pays qui n’ait pas sauvé ses trois grandes banques. La banque centrale islandaise et le gouvernement n’étaient absolument pas en mesure de sauver de la faillite ses banques beaucoup trop grandes pour le pays et mondialisées elles aussi. L’Islande est un petit pays dont l’économie est trente fois moins importante que celle de la Suisse.
Comment s’est déroulée la faillite des trois banques islandaises? L’ancien économiste en chef de la Kaupthing Bank Asgeir Jonsson a, dans son livre «Why Iceland?», présenté le modèle économique des banques islandaises et évoqué de manière frappante les événements qui ont conduit à l’effondrement. Dans les années précédant la crise, les banques islandaises, à l’instar des banques d’investissement américaines et des deux grandes banques suisses, a réalisé des rendements élevés. En 2006, la Kaupthing Bank avait réalisé un rendement de plus de 40% sur son capital propre. La faillite des trois établissements s’est soldée de la même manière que celle de Swissair: les actionnaires ont tout perdu et les détenteurs d’obligations presque tout. Les banques ont été réorganisées, considérablement réduites et la direction remplacée. Leur modèle économique a été «renationalisé», c’est-à-dire réorienté vers le marché intérieur. Elles ont reçu un nouveau nom – comme swissair –mais l’activité n’a jamais été interrompue. Les guichets sont restés ouverts, les distributeurs de billets ont continué de fonctionner et les transactions financières se sont poursuivies sans problèmes. Les Islandais ont continué à déposer leurs économies et elles sont toujours garanties par une assurance des dépôts. On a continué d’accorder des crédits aux sociétés. Comme Jonsson le montre avec précision, on a réussi à réaliser une faillite contrôlée, à réduire considérablement la voilure des banques et à leur donner une nouvelle orientation.
En Islande, le problème consiste au­jourd’hui dans le fait que l’assurance des dépôts ne suffit de loin pas pour l’épargne étrangère qui avait été attirée par des intérêts élevés. On n’a pas résolu la question politique et juridique de savoir si les contribuables islandais devraient passer à la caisse.
Avenir Suisse propose une procédure d’insolvabilité semblable pour la Suisse. Une banque ne serait pas liquidée mais assainie par des instances étatiques et transformée. D’importantes composantes «system relevant» subsisteraient. Une telle procédure fixée dans la loi constituerait un signal adressé aux deux grandes banques pour qu’elles repensent leur modèle économique. Selon Avenir Suisse, elle les disciplinerait mieux que n’importe quelle surveillance ou directives strictes. Il existe déjà une législation. L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) peut, sur la base des articles 25 à 32 de la Loi sur les banques, «charger une personne de l’assainissement de la banque (délégué à l’assainissement)» et lui donner des compétences étendues.


Perspectives

Tout cela a l’air trop simple et ne pourra pas être appliqué sans problèmes aux banques multinationales. Les décisions d’un juge des faillites suisse seraient-elles appliquées à l’étranger? Les banques islandaises ont fait des expériences dans ce domaine: Le gouvernement Brown avait tenté de saisir les actifs des banques islandaises en faillite pour indemniser les épargnants anglais qui avaient placé leur argent en Islande. Le rapport du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (qui vient d’être publié) explique qu’il ne faut pas s’attendre dans un proche avenir à des procédures unifiées lors de faillites de grandes banques (Neue Zürcher Zeitung du 20/3/2010).
Nous devrons donc continuer à chercher des mesures propres à éviter la faillite de grandes banques. L’ouvrage de Hans Christoph Biswanger apporte des suggestions à ce sujet.    •
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Le coût de la guerre

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La surveillance des citoyens vient encore d’être resserrée au Etats-Unis, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Nous sommes en possession d’un document de la grande banque américaine Citigroup qui précise les nouvelles dimensions de la surveillance. «A partir du mois d’avril, les retraits en liquide ne seront plus possibles sans demande écrite préalable. Le délai est de 7 jours.
Citigroup veut apparemment empêcher ainsi, sur ordre de la Federal Deposit Insurance Corporation (fonds d’assurance des dépôts américains), que lors d’une éventuelle nouvelle crise financière, les gens se ruent sur les banques. On pré­sente cette mesure à la clien­tèle comme une mesure d’ordre «tech­nique». Citygroup avoue également sans am­bages qu’elle a été la première à informer ses clients parce qu’elle veut em­pêcher que ne se renouvellent les retraits en liquide incontrôlés qui ont failli provoquer l’effondrement du système financier et de nombreuses banques à l’automne 2008. Au cours du premier trimestre de cette année déjà, 40 (!) nouvelles banques américaines ont fait faillite. Il est intéressant de constater que Citigroup fait également savoir à sa clien­tèle que cette me­sure con­cerne aussi bien les petits montants que les montants élevés. On n’obtient plus d’argent liquide que si l’on remplit à temps un «formulaire de retrait».
A Washington, on envisage à huis clos la possibilité – comme toujours «purement théorique» – d’une faillite de l’Etat et d’une réforme monétaire. Il semblerait que le plan B d’une telle situation d’urgence soit déjà dans les tiroirs du Trésor. D’après les dernières informations de Bloomberg et de Shadowstats, les Etats-Unis se trouvent déjà confrontés à une faillite d’Etat théorique. Voici la situation, certes catastrophique mais réaliste: La population s’appauvrit de plus en plus. Maintenant déjà, un Américain sur cinq ne mange pas à sa faim. Les aides de l’Etat à l’alimentation ont augmenté l’année dernière de 45%.
Le taux de chômage réel, selon les spécialistes, est de 22%. Au cours des 12 prochains mois, le gouvernement devra rembourser pour 3,5 billions de dollars de crédits à court terme. Cela représente le taux incroyable de 30% du PIB. Les Etats-Unis ont besoin de la totalité du budget annuel uniquement pour leurs dépenses militaires et l’amortissement des dettes. L’annonce faite par le Président Obama il y a quelques semaines selon laquelle il fallait, dans le nouveau budget, faire de nouveaux emprunts pour 1,8 billions de dollars «seulement» est déjà dépassée! Les guerres en Irak et en Afghanistan continuent de faire grimper les dettes à des hauteurs astronomiques. Au sein du gouvernement, des voix se sont déjà élevées pour demander l’instauration d’un droit de la guerre.

Source: Vertraulicher Schweizer Brief, no 1246 du 1/4/10

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2138

 

http://www.alterinfo.net/De-quelles-sortes-de-banques-avons-nous-besoin_a45300.html?preaction=nl&id=10801444&idnl=67188&

 

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