Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 20:47

Le blog de Jean-Luc Mélenchon à visiter :

http://www.jean-luc-melenchon.com/bibliotheque-virtuelle/quils-sen-aillent-tous/

 

Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /2010 12:12

C'est le titre d'un livre.

Je ne ferai pas de procès en populisme à son auteur, car les médias aux ordres font cela très bien.

 

 

Notez que je n'ai rien contre le populisme. Mais comme prolo, je ne suis pas qualifié pour en parler : on ne peut être juge et partie.

Au fait, c'est quoi le populisme ? « Dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple » : voilà une ambition que les journalistes pourraient revendiquer. Ils ont préféré transformer le « populisme » en injure.

Si le sujet vous intéresse, il est développé ici :

http://www.leplanb.org/spip.php?page=article&id_article=60

 

Donc, Qu'ils s'en aillent tous, est le titre d'un livre.

Cela raisonne bien avec un des derniers titres de Lavilliers (que j'écoute en boucle en ce moment) : 

 

"Il y a des petits marquis qui te prennent pour un con,

 Avec une arrogance du temps de Nikoléon,

Qui friment avec tes sous dans des cours d'opérette

Mais quand est-ce qu'on les vire, quand est-ce qu'on les jette?

 

En parlant de Lavilliers (allez j'en profite, je suis gréviste aujourd'hui), je remarque qu'il est difficile de parler comme cela à un enfant de nos tristes jours :

 

 

 

 

C'était bien ? Bon, mais revenons à nos moutons (noirs).

 

Qu'ils s'en aillent tous, donc, est le titre d'un livre

 

Avant de le lire, deux critiques, que j'espère construtives, sont à creuser.

L'une vient d'ici  http://www.mrc38.com/ , l'autre vient d'ailleurs http://www.pcf-smh.fr/ . 

 

Creusez bien, moi je vous laisse, j'ai musique...  

 

 

Que penser de "Qu’ils s’en aillent tous !" de Jean-Luc Mélenchon ?

 

Source :

http://www.mrc-france.org/Que-penser-de-Qu-ils-s-en-aillent-tous--de-Jean-Luc-Melenchon_a210.html?preaction=nl&id=8948933&idnl=79469&

 

Une note de lecture de Clément Lacaille, militant du Mouvement Républicain et Citoyen, Fédération de Côte d'or.
Un titre aussi accrocheur n’est pas particulièrement intelligent. Les citoyens attendent un discours sérieux et responsable et non pas de la provocation médiatique. Voyons toutefois le contenu...


L’Europe…l’Europe….
Dans ce livre au style incisif qui se veut mobilisateur pour une « révolution citoyenne », J.L.Mélenchon accomplit lui-même une révolution idéologique qui mérite d’être soulignée : « je dis adieu à mon fédéralisme » (p.43). La rhétorique européiste qui était la sienne, il la justifie aujourd’hui en ces termes : « L’Europe devait être le moyen de rétablir la souveraineté populaire mise en cause par la mondialisation et la puissance des Etats-Unis… Nos chefs pensaient que plus on avancerait l’intégration économique, plus en résulterait de l’intégration politique, c'est-à-dire de la démocratie… » (p.73). Lutter contre la mondialisation en se soumettant à la loi du capitalisme financier sans frontière, redonner au peuple sa souveraineté en l’aliénant au profit d’instances supranationales, comment des élites politiques peuvent-elles adhérer à tant d’absurdités ? Mais le réel lui ouvre maintenant les yeux : « Cette ligne reposait sur une erreur d’évaluation terrible…Nous avons-nous-mêmes lâché le monstre dans notre cour !...Cette Europe, c’est le problème … » (p.74 et 76). Reconnaître aussi clairement son erreur, courage très rare en politique, mérite d’être salué.

Déni de démocratie, destruction de notre modèle économique, démantèlement des services publics, privatisations, mise en tutelle des Etats, le procès qu’il fait de l’UE rejoint le nôtre ; mais il est remarquable qu’il se limite à une dénonciation de ses conséquences concrètes sans remonter à la cause fondamentale, le discrédit idéologique du pouvoir souverain des Etats-nations. J.L.Mélenchon le reconnaît implicitement en reconnaissant la nécessité de rejeter (par opt-out) les règles communautaires pour défendre les services publics, mettre fin à la libre circulation des capitaux, rendre à l’Etat la capacité d’orienter l’économie, donc sortir du traité de Lisbonne ; mais pourquoi ne pas affirmer haut et fort que le respect de la souveraineté nationale est la question capitale ? Là nous serions pleinement d’accord ! Or cela n’est qu’implicite…

Nous attendons maintenant que le Parti de Gauche modifie en conséquence son projet qui actuellement appelle de ses vœux une Europe de l’emploi, une Europe des services publics, une Europe laïque, une Europe sociale, une Europe de la diplomatie, etc, fondée sur une Constitution européenne, dirigée par un exécutif européen… Il en serait donc fini du refus réitéré de considérer la nation comme « le cadre premier de l’expression démocratique et de la solidarité », valeur essentielle à nos yeux, qui fit obstacle à l’accord pour les européennes ? Restons prudents. Mélenchon renonce avec regret à la souveraineté européenne dont il dit caresser toujours l’idée et la ressortir « si l’occasion historique se présente » (p.86). A quelle occasion ? Le rêve européiste n’est pas éteint. Son revirement est principalement conjoncturel et ne se situe pas (pas encore ?) au niveau du principe, ce qui en restreint la portée. Mais reconnaissons que cette évolution est significative.

Et la France ?
Si la souveraineté est essentielle pour le MRC, elle n’est pas le problème principal pour J.L.Mélenchon qui donne priorité (c’est le premier et le plus long chapitre) à une nouvelle Constitution pour la France, alpha et oméga de la révolution ! Son argument : la progression inquiétante de l’abstention, « plus personne ne croit en rien…ce qui est anéanti avec cet état d’esprit, ce n’est pas seulement le principe moral et politique du civisme, c’est le pays lui-même qui se dissout… Si nous renonçons à être citoyens, nous cessons d’être le peuple de cette Nation. Nous sommes seulement les occupants d’un territoire » (p.29). D’accord pour le constat, mais pas pour en faire la base de la rénovation politique. Il invoque un modèle : « …tous les pays de l’Amérique latine de la nouvelle vague démocratique ont commencé par convoquer une Assemblée constituante…des millions de pauvres se sont impliqués dans des milliers de débats à la base …et sont allés voter en masse pour élire les députés constituants…la Constituante en France sera une renaissance de notre peuple… » (p .26-27).

Les raccourcis de ces arguments sont surprenants. Nous sommes plongés dans une crise provoquée par la domination et l’effondrement d’une puissance financière à l’échelon planétaire, et le premier acte de sa subversion serait de discuter de nos institutions ! En quoi notre Constitution est-elle responsable des destructions d’emploi et des régressions sociales ?! Elle fut et sera le cadre de politiques tout à fait opposées. Qui osera poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites en appelant à une redéfinition des trois pouvoirs, de la loi électorale…, bien que des améliorations soient nécessaires sur certains aspects ? L’abstention résulte de l’impuissance de l’Etat et de l’échec de la fausse gauche autant que de la vraie droite devant la destruction de notre économie, et seul un discours volontaire pour rompre avec Lisbonne et recouvrer notre capacité à défendre nos intérêts économiques pourra retrouver la confiance du peuple. Quant aux évolutions évidemment très positives d’Etats dont l’histoire et la culture sont si différentes des nôtres, les prendre en exemples pour y puiser son énergie relève d’une démarche intellectuelle plutôt sommaire, semblable aux motivations invoquées pour s’enticher du paradis européen. Les possibilités de changer un système sont potentiellement contenues dans les failles inhérentes à ce système, et non pas dans l’importation de pratiques extérieures.

Quel changement constitutionnel demande J.L.Mélenchon ? « tourner la page du présidentialisme… car notre monarque nous indigne… et il faut s’en prendre au système qui a permis son avènement… » (p. 33). Changer la principale disposition de la Constitution par opposition à la personne qui en est présentement détentrice est une fois de plus une attitude irrationnelle, et l’élection au suffrage universel d’un président disposant de prérogatives étendues est un pouvoir auquel le peuple français n’est pas prêt de renoncer, pour des raisons historiques que de Gaulle avait mieux comprises que beaucoup de gens de gauche. Pourquoi n’indique-t-il pas les grandes lignes de ce que devrait être « un bon régime parlementaire stable » ? Faire campagne sur ce thème, et généralement pour un changement constitutionnel, ne mobilisera pas le peuple pour la prochaine présidentielle. Il ne faudrait pas s’en aviser trop tard.

Nous n’aurons pas de désaccord de fond à propos du chapitre sur le partage des richesses : redonner à la rémunération du travail ce que le capital lui a extorqué, imposer le capital autant que le travail, la suppression des stock-options, limiter l’échelle des revenus. En ce qui concerne la politique étrangère, nos positions sont semblables dans l’ensemble : s’affranchir de la dépendance politique, militaire et idéologique de nos dirigeants envers les Etats-Unis, reprendre nos distances avec l’OTAN « organe impérial des USA », rééquilibrer nos rapports avec l’Allemagne, développer des coopérations fortes sur la base des intérêts réciproques, refuser le « grand marché transatlantique ». A ce propos, comment J.L.Mélenchon concilie sa position de vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen et le récent rapport que celle-ci publia demandant « un partenariat plus fort entre l’UE et l’OTAN…un marché transatlantique intégré… et un siège pour l’UE au Conseil de Sécurité » ?... La réponse est attendue.

Ses propositions sont en revanche très limitées. S’il dénonce avec justesse le rôle destructeur de l’OMC et du FMI, la volonté de puissance économique et militaire des USA, le seul objectif avancé est une coopération étroite avec la Chine afin de contrecarrer l’influence du G2 qui, à défaut de partenariats compensateurs, renforcerait sa domination sur l’économie mondiale. C’est exactement sur le refus de cette complicité Etats-Unis-Chine que débute le Programme de Salut Public du MRC. Négocier un nouvel étalon monétaire, un rééquilibre entre exportation et consommation intérieure, des normes environnementales, avec ce géant asiatique serait en effet de bonne politique. Mais silence sur l’enjeu majeur d’accords économiques et industriels avec la Russie, indispensables pour la sécurité de l’Europe et l’équilibre même de la Russie vis-à-vis de l’Asie ; silence sur une véritable coopération avec l’Afrique afin de faire obstacle à sa colonisation économique, sur l’importance de partenariats avec les Etats d’Amérique du Sud, spécialement le Brésil. Cela vaut bien plus qu’une Constituante.

Désarmer ne concerne que le nucléaire (p.131), alors que la défense anti-missile de territoire (où nous entraîne l’OTAN) et son corollaire la militarisation de l’espace ne sont pas abordés. La politique de défense de la France exige plus qu’une bonne intention.

« L’écologie politique pose avant tout une exigence de rationalité et de responsabilité… » (p.92), position très juste, à condition de préciser que cette rationalité signifie le respect du statut scientifique de l’écologie. Que pense alors J.L. Mélenchon de la rhétorique écologiste plus ou moins apocalyptique qui se pose comme l’unique vision globale et universelle de l’avenir de l’humanité ? Face à l’idéologie écologiste, on aimerait qu’il précise comment il articule les problèmes environnementaux avec les questions sociales. Prône-t-il la décroissance ? Nous partageons son refus du capitalisme vert, mais s’il fustige les biocarburants et les droits à polluer, il fait l’impasse sur les illusions et les coûts des éoliennes et du photovoltaïque, sur la privatisation forcée d’une partie de la production d’EDF.

« Le libre-échange doit cesser » (p.99)… « nous n’aurons pas peur de taxer certains biens aux frontières en fonction des conditions économiques et sociales de leur production » (p.101), donc nous nous retrouvons sur la même ligne pour rétablir des frontières et instaurer un protectionnisme raisonnable ? Mais pourquoi ne poser ce principe que dans le chapitre sur l’écologie ? Il concerne tous les échanges économiques et, une fois de plus, requiert une souveraineté nationale intacte.

La position sur le nucléaire va ravir tous les opposants à cette énergie. Affirmer, sans argument scientifique, sans étude chiffrée, que les économies d’énergie et la géothermie seront capables de se substituer totalement au nucléaire, et qu’ainsi « l’indépendance énergétique serait assurée pour toujours » (sic, p.106), grâce à cette unique source, voilà qui pèche sérieusement quant à la rationalité et la responsabilité du propos. Qu’en pensent les scientifiques ?


En définitive, la priorité donnée au débat sur les institutions, le manque de rigueur de certains arguments, la limite ou l’absence de position en dépit de constats justes, confirment nos réserves à l’égard de son projet politique. En revanche, son retour à une conception nationale du projet politique apparaît comme une avancée importante dont on peut espérer qu’elle favorisera nos échanges au sein de la gauche. Conversion sincère ou posture intéressée ? Le fait objectif de son évolution semble plus important que ses attendus individuels.

Ceci pour contribuer au débat.

 

Jean-Luc Mélenchon : « Maastricht est un compromis de gauche ».

 

Nous reproduisons ci-dessous l’intervention de Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS de l’Essonne, le 9 juin 1992, dans la discussion au Sénat sur le projet de loi constitutionnelle préalable à l’adoption du traité de Maastricht. Le texte est copié du Journal officiel.

Rappelons le contexte dans lequel le débat a lieu. Quelques jours auparavant, le NON à Maastricht vient de l’emporter au référendum au Danemark. En France, Mitterrand annonce juste la tenue d’un référendum. Les sondages prédisent une victoire massive du oui.

L’intervention de Mélenchon a suscité l’indignation des sénateurs communistes. On les comprend. Loin de toute critique de l’Europe capitaliste ou « libérale », il défend en « homme de gauche », le « compromis de gauche » que représente selon lui Maastricht.

Son adhésion à l’intégration européenne est totale. Il célèbre la monnaie unique. Dans la foulée, il se livre à un véritable hymne à l’Europe, au « patriotisme européen », aux « éléments de puissance » que l’UE donne avec Maastricht. C’est du pur nationalisme européen, sinon une invitation au développement d’un impérialisme européen.

Mélenchon a-t-il changé ?

En 1992, il manifeste un mépris outrancier pour le choix démocratique du peuple danois qu’il caricature. En 2008, il prétend qu’il faut respecter le Non irlandais à Lisbonne. En 2005, il se prononce pour le Non au projet de constitution européenne, comme d’autres chantres de Maastricht tels Fabius. Il faut dire que depuis 1992, l’opinion publique rejette de plus en plus massivement la « construction » européenne. Mais au-delà des postures politiciennes, ne doit-on pas constater une permanence dans l’engagement ultra pro-européen de Mélenchon, teinté maintenant de la couleur de « l’Europe sociale » ?

En tout cas, le choix du « Front de gauche » et la place accordée dans celui-ci par la direction du PCF à Jean-Luc Mélenchon n’en finit pas de poser question. Sur la forme comme sur le fond.

Sénat, séance du 9 juin 1992

Examen du projet de loi constitutionnelle préalable à l’adoption du Traité de Maastricht.

 

M. le Président. La parole est à M. Mélenchon. (applaudissements sur les travées socialistes).

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre d’Etat, monsieur le garde des sceaux, mes chers collègues, le vote du Danemark a pesé assez lourd sur le déroulement de nos débats pour que certains de nos collègues aient, à un moment, jugé opportun de faire un tableau justifié et apprécié des vertus de ce « grand petit peuple ». Tableau justifié et apprécié, certes, mais incomplet : que de leçons seraient encore à tirer des vertus des Danois, clamées ici et portées si haut ? Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? J’ai pensé, mes chers collègues, que vous apprécierez que l’on complétât ce tableau en rappelant qu’il y aurait peut-être quelque chose à apprendre des Danois en examinant le régime qu’ils appliquent aux étrangers aux élections locales ! (applaudissements sur les travées socialistes.)

M. Guy Allouche. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Sans cette précision, que vaut ce portrait ? Rien, comme bien des prétextes qui ont été avancés dans la discussion. Le vote des étrangers aux élections locales, qui a occupé tant de place dans la presse, a pris parfois un tour dur, injuste, blessant, lorsque, le prétexte se révélant trop inconsistant, il a fallu ajouter derrière le Belge ou l’Italien, qui ne faisaient peur à personne, l’ombre de l’Africain et du Maghrébin, qui paraît-il, sont ce qu’il y a de pire. Or, pour la majorité d’entre nous, Africains et Maghrébins sont des amis et nous espérons bien voir un jour le suffrage universel étendu à tous. Certains ont prétendu que nous serions incapables de répliquer à l’argument selon lequel toute la procédure engagée devant notre assemblée résulterait d’un contresens, le traité étant devenu inapplicable et caduc. L’essentiel a déjà été dit à ce sujet. Mais quoi ? après tant de gargarismes sur la grandeur de la France, sur son rôle dans le monde, on trouverait bon, un des partenaires venant à faire défaut, de renoncer à tout, en particulier à la volonté que nous portons en nous de faire l’Europe ?

N’ayons pas honte de ce traité. Déjà, il va au-delà de la situation actuelle, il constitue une avancée.

En tant qu’homme de gauche, je souhaiterais me tourner un instant vers certains de nos amis (l’orateur se tourne vers les travées communistes) pour leur faire entendre que Maastricht est un compromis de gauche : pour la première fois, dans un traité de cette nature, des mesures d’encadrement du marché sont prévues ; pour la première fois, citoyenneté et nationalité sont dissociées ; pour la première fois, les syndicats vont être associés aux processus décisionnels. (protestations sur les travées communistes. – Applaudissements sur les travées socialistes.)

Mme Marie-Claude Beaudeau. Les chômeurs vont disparaître ?

M. Jean-Luc Mélenchon. Si l’on veut dresser un tableau complet, tout cela doit être dit.

Politique politicienne, paraît-il. Nous gouvernerions ce pays l’œil rivé sur le rétroviseur, nous demandant ce que les uns ou les autres vont penser de ce que nous avons conclu. Vous plaisantez ! Aucune cause franco-française, à plus forte raison aucune cause de lutte politicienne ne parvient au niveau auquel se situent les enjeux de Maastricht. S’il en résulte un peu de désordre parmi vous, nous ferons avec !

Mme Hélène Luc. Pour le désordre, vous pouvez parler, parce que chez vous…

M. Jean-Luc Mélenchon. Le fil noir de l’intégration serait, a-t-on dit, un projet sans flamme ; on vérifie une fois de plus que la flamme ne s’allume pas aux mêmes objets pour tous ! Mais l’intégration représente un plus pour nous ; la construction de la nation européenne est un idéal qui nourrit notre passion. Nous sommes fiers, nous sommes heureux de participer à cette construction. Nous sommes fiers de savoir qu’il va en résulter des éléments de puissance, qu’un magistère nouveau va être proposé à la France, à ma génération, dans le monde futur, qui est monde en sursis, injuste, violent, dominé pour l’instant pas une seul puissance. Demain, avec la monnaie unique, cette monnaie unique de premier vendeur, premier acheteur, premier producteur, représentant la première masse monétaire du monde, l’Europe sera aussi porteuse de civilisation, de culture, de réseaux de solidarité, comme aujourd’hui le dollar porte la violence dans les rapports simples et brutaux qu’entretiennent les Etats-Unis d’Amérique avec le reste du monde.

M. Emmanuel Hamel. Et la violence du 6 juin 1944 !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il ya ici assez d’Européens de longue main pour regretter la décision des Danois sans se laisser pour autant détourner des objectifs qu’ils poursuivent et poursuivront sans relâche. Il y va, je le répète, d’un enjeu de civilisation. L’alternative au monde violent et injuste, où la chute du mur de Berlin reçoit en écho les émeutes de Los Angeles, c’est l’avènement de la nation européenne porteuse de paix, de civilisation et de solidarité.

M. Félix Leyzour. Cela commence bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Et nous ne serons jamais autant Français qu’en y jetant toutes nos forces. On a invoqué ici, de nombreuses fois, la tradition républicaine de la France pour argumenter contre le progrès de la citoyenneté européenne que constitue le droit de vote accordé aux étrangers communautaires. C’est à mes yeux commettre un contresens et faire preuve d’un archaïsme totalement contraire à la philosophie politique qui a présidé à la fondation de la République dans notre pays et qui garantit la continuité du principe républicain et sa formidable prégnance.

On a dessiné devant nous une identité de la France quasi métaphysique, dans laquelle la souveraineté nationale est confondue avec ses instruments, dont la pérennité tracerait la frontière entre la vie et la mort de la nation. Contresens !

La nation est un mot nouveau qui est né pendant la Révolution française, par opposition au morcellement féodal des peuples de France sous la monarchie.

La nation est le lieu de la citoyenneté ; elle n’est ni éthique, ni religieuse, ni linguistique. La citoyenneté est dans l’exercice collectif du pouvoir. Là où est le pouvoir réel, là doit s’exercer la citoyenneté. Là où est la citoyenneté, là est la nation.

Tout se tient dans la tradition française entre la démocratie et la nation. Si le pouvoir réel de maîtriser notre destin ne peut prendre toute sa réalité économique et sociale qu’à l’échelle de l’Europe, alors, les vrais démocrates ne peuvent que vouloir l’avènement de la nation européenne et, avec elle, de la citoyenneté européenne.

Mes chers collègues, quand on aime la France – et on peut l’aimer de bien des façons – on sait qu’on ne peut la faire dans un seul pays.

La véritable polarisation du débat politique est là, elle traverse l’histoire de nos deux siècles de République. D’un côté, le conservatisme – ce n’est pas honteux – qui s’oppose à chaque étape au processus qui voit la citoyenneté étendre son rôle. De l’autre, le camp du progrès, qui saisit toutes les occasions de confier le pouvoir réel au plus grand nombre et qui, pour cela, parie toujours sur la dimension universelle de la personne, renvoie les différences les plus essentielles – la fois, la langue, l’attachement aux identités locales dans le domaine privé – pour ne reconnaître comme sujet de l’histoire que le citoyen défini par les droits mutuels universels.

Ces principes, nous les portons avec fierté. A l’heur où nous travaillons à une cause aussi fondamentalement française, il ne peut être question de délibérer sous la pression des mots, des fantasmes et même des leçons de patriotisme.

Si j’adhère aux avancées du Traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle. (applaudissements sur les travées socialistes).

 

 

http://rupturetranquille.over-blog.com/article-qu-ils-s-en-aillent-tous-63059793.html

 

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche