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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 02:22

mardi 30 novembre 2010

 

Les 2 illustrations de ce post :

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Décroissance et communisme

La décroissance fait débat depuis plusieurs années. Le communisme depuis plus d'un siècle et demi. Les deux se posent comme un refus du mode de développement capitaliste, les deux mettent en évidence la nécessité historique de la fin de ce système, les deux critiquent la recherche du profit comme objectif du développement économique.


Pourtant, le dialogue est quasiment inexistant, tant sur le plan politique qu'intellectuel entre les porteurs de ces deux courants de pensée.

Le communisme est le plus souvent vu par les partisans de la décroissance à travers le prisme déformant de l'expérience soviétique ou de la réalité actuelle chinoise. C'est à dire d'économies au départ essentiellement agraires et engageant nécessairement un programme d'industrialisation lourde, programme mené soit sous direction étatique (la planification centralisée russe) soit en réimportant des forces de marchés (la NEP de Lenine, la politique chinoise actuelle). Facile alors de tirer un trait d'égalité entre capitalisme et communisme. Facile, mais faux et dangereux.

Faux d'abord, car, lorsque le mouvement ouvrier prend le pouvoir que ce soit en Russie, en Chine, ou dans la plupart des autres pays ou des révolutions ont eu lieu au 20°siècle, il le fait dans des pays qui, à la périphérie du système capitaliste sont encore dans une économie rurale et dont la colonisation, le contrôle des marchés mondiaux par les grandes puissances, le contrôle des savoirs-faire entrave le développement autonome.

Léon Trotsky exprime remarquablement dans son livre "La révolution permanente", à la fois, pourquoi dans ces conditions la prise du pouvoir par le prolétariat naissant de ces pays est le seul moyen pour se libérer de l'emprise castratrice des puissances extérieures et en même temps pourquoi, une fois le pouvoir pris, les bases économiques et sociales sont insuffisantes pour passer directement au stade du communisme et que l'industrialisation est une étape nécessaire.

Les modalités pratiques et politiques de cette industrialisation ont été diverses dans l'ensemble de ces pays. Elles doivent bien sûr être étudiées et critiquées (plutôt qu'être critiquées sans être étudiées, ce qui est malgré tout parfois le cas). Cette étude sera riche d'enseignement pour la période actuelle sous beaucoup d'aspect, car elle permettra de rentrer dans le concret de l'élaboration d'une autre société et des questions que cela pose.

La critique courante du communisme par les verts dans un premier temps (sans parler des européo-écologistes, la transition des verts à Europe-écologie mériterait un article à elle seule) se limite le plus souvent au raccourci entre communisme = industrialisation lourde = la même chose, la liberté en moins, que le capitalisme.

Et ce raccourci est faux, car une étude plus approfondie montrerait au contraire que bien des préoccupations actuelles des meilleurs décroissants sont contenues dans l'analyse de Marx, que, dans tous ce que ces révolutions avaient ou peuvent avoir encore de vivant, de lutte active et populaire, elles posent des questions et apportent des réponses sans commune mesure avec ce qui peut se faire au sein du capitalisme actuel.

Par exemple, dans le livre 6 (fragments) du Capital, Marx évoque la transition du mode de production artisanal au mode capitaliste :
"La loi qui prévaut ici (ndlr : dans l'artisanat corporatiste pré-capitaliste) , c'est le maintien de la production dans les limites tracées à l'avance par la consommation. Ce n'est pas du tout le capital qui fixe ces limites.
Dans le rapport capitaliste, de telles limites disparaissent, en même temps que les entraves politico-sociales qui empêchent encore ici le capital de se mouvoir (...)."

Marx annonce ici la capacité et la tendance du capitalisme à contrôler à la fois la production et la consommation pour développer sa puissance et ses profits à une échelle qui n'aura plus de mesure humaine ni naturelle.

Mais Marx ne fait pas que cela. Il démonte la mécanique historique, sociale et économique du capitalisme et de son événement. Il donne la compréhension globale et précise indispensable à son dépassement, à son renversement. C'est pour cela que, du marxisme sont nées ou au marxisme sont venues toutes les révolutions des 19° (la Commune de Paris en particulier) et du 20 ° siècle.

Toutes ces expériences ont leurs limites et leurs contradictions. Les étudier et les critiquer est nécessaire. La où elles sont encore vivantes, les peuples qui les portent agissent en ce sens plus qu'on ne le croit à première vue. Mais les rejeter comme équivalentes au capitalisme est évidemment faux et dangereux.



Dangereux, car privé d'une analyse solide des rapports sociaux, la décroissance n'est qu'un concept isolé, propre à toutes les dérives, illusions voire récupérations.

Mais, les communistes eux-mêmes ne sauraient balayer d'un revers de la main la question de la décroissance. Ce qui est souvent fait, malheureusement, des communistes joignant parfois leur voix à ceux (souvent des libéraux pro-capitalisme) qui tirent l'égalité : décroissance = arriération, retour au passé.

D'abord, le concept (certes ambigu) de décroissance pose un certain nombre de questions très intéressantes :
1) Le développement doit-il perpétuellement résider dans une croissance quantitative de l'énergie, des matières premières consommées, des marchandises produites et échangées ; est-il ainsi purement quantitatif, technique et matériel ?
2) Le changement de société est-il un changement essentiellement politique ou implique-t-il une évolution radicale de nos modes de vie, modes de production, de consommation, d'échange ? Faut-il s'imaginer demain simplement salariés d'une société sans patrons, mais où tout le reste (le salariat, la consommation marchande, l'industrialisation, le management, le marketing, la médiatisation, ...) serait changé ?
3) Comment aborder et traiter la question de la contradiction de plus en plus évidente entre le mode de production actuellement développé par le capitalisme et les limites de la planète (ressources, pollution, biodiversité, ...) ? Faut-il remettre ces questions au futur ?
4) Est-ce que le conditionnement provoqué par les modes de consommation capitalistes ne nous aliène pas en même temps que le système du salariat / chômage ? Est-ce que la lutte contre ces modes de consommation est complémentaire, porteuse de rapports sociaux différents et finalement un point d'appui nécessaire à la lutte pour le socialisme ?

Si l'analyse marxiste et les pratiques des révolutions passées ont montrée une haute compréhension des mécanismes sociaux et portées des solutions originales et créatrices, on ne peut que faire le constat général d'une pauvreté programmatique assez large des forces politiques se réclamant du mouvement ouvrier.

Le plus souvent, on invoque le pouvoir politique pour prendre des mesures de régulation de la lutte de classe au niveau de l'état (hausse des salaires et des minimas sociaux, maintien des droits à la retraites, ...) qui ne mettent qu'indirectement en cause le système et le mode de production capitaliste.

En ce sens, la décroissance, le mouvement écologique historique a soulevé bien des revendications intéressantes qui devraient être étudiées par les communistes.

Quelques exemples de ces revendications pour conclure :
- la mise en place d'un revenu maximum
- l'interdiction de la publicité
- la question de la liberté de transferts de savoir et de technologies,
- l'interdiction du contrôle sur les semences agricoles,

Posté par Alaindependant à 23:48 - Communismes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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