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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 03:25

 

Début d'un long texte trouvé par hasard (eva).

 

Sommaire

 Rousseau en bref
 Chronologie de la vie de Rousseau
 La vie de Rousseau
 Les oeuvres de Rousseau
 Les lieux rousseauistes
 Les relations de Rousseau
 Les idées rousseauistes
 La vie de Rousseau en cartes postales
 Les publications sur Rousseau
 En savoir plus sur Jean-Jacques Rousseau

 

 http://www.memo.fr/dossier.asp?id=37

 

 

SILENCE AUX PAUVRES !


Bonjour à tous.

J'ai enfin fini ce long et important labeur, pour saisir et mettre en forme ce pamphlet important d'Henri Guillemin, intitulé "Silence aux pauvres !", paru d'abord en janvier 1989 dans quatre numéros successifs de l'hebdomadaire romand L'Illustré (Lausanne), et publié ensuite chez Arléa, dans une belle édition (comme d'habitude chez Alréa qui publie toujours de beaux livres), mais aujourd'hui épuisée : http://www.amazon.fr/Silence-aux-pauvres-Henri-Guillemin/dp/2869590555.

 

Il me semble que ce texte est très important pour comprendre l'imposture du gouvernement représentatif qui se maquille en "démocratie" alors qu'il est sciemment une ploutocratie. En attendant qu'Arléa republie ce livre (ce que j'espère car l'objet livre est irremplaçable et son texte digitalisé n'est qu'un pis-aller), je vous communique le résultat des dizaines d'heures que j'ai passées à maintenir en vie cette puissante et salutaire analyse de Guillemin. Vivement qu'Arléa réédite ce livre important, qu'on puisse l'acheter et l'offrir, l'offrir et l'offrir encore !

J'ai préparé deux pdf : un texte graissé, surligné, souligné, pour partager mes enthousiasmes, et un en noir et blanc "brut de fonderie" (avec les seules italiques de l'auteur), pour ceux que mes coups de pinceau agacent, ce que je comprends parfaitement :)

Henri_Guillemin_Silence_aux_pauvres_1989.pdf

Henri_Guillemin_Silence_aux_pauvres_1989_n&b.pdf

Bonne lecture.

Étienne.

SILENCE AUX PAUVRES !

Henri GUILLEMIN
1989


L'histoire sérieuse, l'histoire historique comme disait, en souriant, Péguy, n'a pas encore mis en lumière la place qu'a tenue, dans la Révolution française, et dès le début, la crainte, chez les possédants, d'une menace sur leurs biens.

Ce qu'il faut savoir, et capitalement, c'est que, dès la réunion des états généraux, une grande peur s'est déclarée chez les honnêtes gens (les gens de bien, les gens qui ont du bien, des biens), face à ceux que l'on va exclure du droit de vote et de la garde nationale, les non-possédants, les gens de rien. Robespierre est un des rares - des très rares - révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience-de-classe. Et tout va se jouer sur ce même sujet, avec l'épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n'ont pas, qui n'ont rien et qu'il s'agit, à tout prix (et constamment), de surveiller et de contenir d'abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 91.

Cet oubli et quelques autres, ainsi qu'un prétendu dérapage de la Révolution, ont provoqué chez Henri Guillemin un état violent d'insupportation qui, on le verra dans ce livre, a donné la fièvre à son stylo.

* * *


La Convention a tenu sa première séance le 21 septembre, et Danton prononce un discours où figurent les mots-clés qu'exige le moment : "Peuple français, sois rassuré ! Voici la République. Tu n'as que des bienfaits à attendre d'elle, et quant aux propriétés, quelles qu'elles soient, elles seront éternellement respectées, protégées". Cet adverbe est inusuel dans la langue juridique. Mais, pour l'apaisement des esprits au lendemain d'une aventure pareille à celle du 10 août, rien ne saurait être excessif dans la solennité des promesses concernant la fortune acquise, sa liberté d'accroissement et sa pleine sécurité. »

H. G.


SILENCE AUX PAUVRES !

Henri GUILLEMIN

Libelle


AVANT-PROPOS


J'avais pensé à Éloge des vaincus. Mais il fallait avoir lu mon petit texte pour comprendre ce titre-là : les vaincus ? ceux que liquida le 9 Thermidor, avec, en quarante-huit heures, la plus belle fiesta de la guillotine, plus de cent dix têtes coupées le 10 et le 11. Ceux qui avaient cru en la Révolution, en une révolution ou non pas seulement seraient changées les structures, mais d'abord et avant tout serait modifié le regard de l'homme sur la vie, et l'emploi de ses jours. Immédiatement limpide, en revanche, ce titre : Silence aux pauvres !

Deux raisons m'ont comme poussé par les épaules pour me dicter ce... quoi ? dirai-je, à la cuistre, ce précis des événements qui se déroulèrent chez nous de 1789 à 1799, ce résumé didactique de la Révolution ? Premier mobile : l'état violent d'« insupportation » (ce néologisme est de Flaubert) que je dois à l'étalage tintamarresque et péremptoire d'une doctrine où la Révolution, d'une part, se dilue sur près d'un siècle, et d'autre part - c'est ça, la grande trouvaille - dérape (tel est le mot-clé, le mot de passe, le label d'initiation), dérape, oui, très vite ; dès la Législative, le mal est fait; autrement dit la sagesse eût été un gouvernement à la Louis-Philippe. Et donc la République relève d'un dérapage. Pas mal, non, pour le Bicentenaire ? Original, en tout cas.

L'autre mobile qui s'est emparé de mon stylo pour lui donner la fièvre, c'est l'affaire de la Propriété, dont je trouve qu'on l'oublie un peu trop dans les récits et commentaires usuels sur la Révolution. Ce qu'il faut savoir, et capitalement, c'est que, dès la réunion des États généraux, une grande peur s'est déclarée chez les honnêtes gens - formule, je crois bien, que nous devons à La Fayette ; honnêtes gens = gens de bien, gens qui ont du bien, des biens ; au vrai, les possédants, face à ceux que l'on va exclure du droit de vote et de la garde nationale, les non-possédants, les gens de rien. Robespierre est un des rares - des très rares - révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience-de-classe. Il n'y parvient pas. Trop tôt. Attendons l'expansion industrielle du siècle suivant et les concentrations de prolétaires. En revanche, chez les gens de bien, elle est là, dès 89, la conscience-de-classe, vivante, je vous l'assure, lucide, effarée, agressive ; il n'est, pour s'en rendre compte à ravir, que de regarder et d'écouter madame de Staël, Sieyès, Barnave et cent mille autres. Et tout va se jouer sur ce sujet même, avec l'épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n'ont pas, qui n'ont rien et qu'il s'agit, à tout prix (et constamment), de surveiller et de contenir d'abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 91.

Les trois assemblées qui vont gouverner jusqu'au Directoire: l'Assemblée nationale, la Législative, la Convention, seront toutes les trois - la Convention aussi -composées de propriétaires. La première, au lendemain des émeutes rurales de juillet 1789, aura soin de doter la Propriété d'un attribut inédit, renforcé, solennel. Et nous admirerons Danton, le jour même où la Convention tiendra sa première séance, apportant au soutien de la fortune acquise un adverbe inattendu, et grandiose. Odieux, intolérable, ce Robespierre qui ose, en avril 1793, proposer une limite officielle au droit de propriété. Il est fou ; un malfaiteur, un anarchiste.

Enfin les honnêtes gens vont respirer, le 9 Thermidor. Quelle délivrance ! Ne s'est-on pas risqué, au Comité de Salut public (automne 93), à intervenir dans l'ordre économique - établissement d'un maximum pour le prix des denrées -alors que le dogme des Girondins comportait une abstention rigoureuse, absolue, de l'État en ce domaine. C'est la Convention - eh oui ! elle-même -, ayant repris son vrai visage et jeté le masque qu'elle s'imposait par effroi des robespierristes, qui va saluer d'acclamations Boissy d'Anglas énonçant, à la tribune, cette vérité fondamentale : « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre naturel. »

Imparfaite, insuffisante, la rectification thermidorienne. Le principe républicain subsiste, redoutable en soi quant à l'essentiel. Brumaire fermera la parenthèse sinistre ouverte par le 10 août 92 et le suffrage universel. Plus d'élections du tout, ni de République, mais le bonheur, la béatitude reconquis par Necker et ses amis banquiers. A la niche, une bonne fois, les gens de rien.

 

H. G.


Nota : Ce texte est paru en janvier 1989 dans quatre numéros successifs de l'hebdomadaire romand L'Illustré (Lausanne).

Il a été aussi publié chez Arléa, dans une belle édition (comme souvent), mais épuisée :
http://www.amazon.fr/Silence-aux-pauvres-Henri-Guillemin/dp/2869590555.

 

suite ici :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/07/15/237-henri-guillemin-silence-aux-pauvres-1989

 

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commentaires

laurent idlas 23/07/2012 12:57


J'ai aussi découvert il y a peu Henri Guillemin. Alors pour ceux, celles qui veulent aller plus loin quelqu'un a rassemblé, sur youtube, toutes les conférences de Henri Guillemin.


Je ne saurais trop vous encourager à délaisser "la boîte" pour plutôt vous consacrer à ces conférences.


Tout ce que nous raconte brillament Henri Guillemin de cette Histoire de France qui n'a rien à voir avec le lavage de cerveau que nous avons subi, subissons sonne étrangement actuel!


https://www.youtube.com/watch?v=twYsGkQrq-k


Confidences de Henri Guillemin


ensuite cliquer sur xXxEdithPiafxXxH pour voir toutes les vidéos mises en ligne sur sa chaîne...

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