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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 01:27
RELIGIONS ET CROYANCES

DIEU ET LA GUERRE FONT BON MÉNAGE AUX ÉTATS-UNIS

Oscar Fortin
Vendredi 4 Janvier 2013


DIEU ET LA GUERRE FONT BON MÉNAGE AUX ÉTATS-UNIS
Je viens de lire deux articles que j’ai aussitôt reliés l’un à l’autre, question de mieux comprendre ce qui amène un peuple à se déclarer chrétien à 77 % tout en assumant 45 % de la totalité des dépenses militaires dans le monde. Également, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement de cette situation bien particulière des États-Unis avec la dernière intervention de Benoît XVI, pape pour les catholiques et une référence pour le monde, à l’occasion de la Journée mondiale pour la paix.
 
Dans le premier article, il est fait mention que 77 % des étasuniens se déclarent chrétiens dont 50 %, presbytériens, et 23 %, catholiques. Il s’agit donc d’un peuple à très forte croyance chrétienne et dont la référence fondamentale est le témoignage de Jésus de Nazareth et les Évangiles qui en véhiculent le message. Il n’est donc pas surprenant que ses dirigeants évoquent en tout temps la « bénédiction de Dieu », le « God bless America ».
 
Pratiquement, Dieu fait partie de la grande famille étasunienne. D’ailleurs, des pasteurs, des prêtres et des évêques animent des milliers de communautés qui se regroupent régulièrement dans les églises pour lire les évangiles et partager l’eucharistie avec celui qui a donné sa vie pour sauver le monde. Dans leur cœur et leur âme, ne se répètent-ils pas « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ?
 
Dans le second article, il est fait mention que ce même peuple assume pour lui-même 45 % de toutes les dépenses militaires dans le monde, faisant de lui la plus grande puissance militaire.
 
Gilles Devers, auteur de cet article, lève le voile, à partir d’un cas spécifique, sur l’hypocrisie et la criminalité des dirigeants de ce peuple et de ceux qui les soutiennent.
 
« Avec l’affaire Khaled El-Masri, la Cour européenne des Droits de l’Homme met en évidence les crimes de torture et de détention arbitraire commis par les États-Unis sur le sol européen, ici avec la complicité de la Macédoine. »
 
« Ce petit pays de 320 millions d’habitants, une bricole sur les 7 milliards que connaît la planète, assume 45 % des dépenses militaires dans le monde pour imposer sa puissance économique, au service de ses seuls intérêts. C’est la plus grande dictature du monde. »
 
Nous nous retrouvons donc avec un peuple qui, tout en se proclamant profondément chrétien et inspiré par celui qui pour sauver le monde sacrifia sa vie, se dote des armes les plus puissantes pour dominer et régenter le monde selon ses intérêts.
 
Alors, comment ces communautés chrétiennes, avec leurs pasteurs et leurs évêques, peuvent-elles s’accommoder en soutenant le financement de 45 % des armements qui existent dans le monde et se taire devant l’usage qui en est fait ? Comment se fait-il que ces 77 % de chrétiens ne se fassent pas entendre ? Bien au contraire, ils donnent plutôt l’impression d’en être l’inspiration.
 
Le panorama qui se présente à nous, en ce début d’année 2013, est pourtant ce qu’il y a de plus insécurisant et de troublant. Une analyse moindrement approfondie fait ressortir que les principaux acteurs des drames qui couvrent la planète sont peu nombreux : il y a les États-Unis et Israël, soutenus par leurs alliées traditionnelles, l’OTAN, qui se retrouvent à l’origine d’à peu près tous les conflits majeurs sur la planète.
 
Que ce soit en Asie, en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, force est de constater que les bases militaires, les services d’intelligence et les forces de l’Empire sont en pleine opération. Ce serait faire l’autruche que de croire qu’ils sont là pour répandre la bonne nouvelle de l’amour et du pardon, telle qu’enseignée par le Nazaréen.
 
Les faits démontrent plutôt qu’ils sont là pour diviser, écraser, démolir, tuer, torturer afin de mieux prendre le contrôle des richesses ainsi que des peuples qui en sont les propriétaires. Ils sont des prédateurs de premier ordre pour qui les mots justice, vérité, paix, compassion n’ont de sens que dans le cadre de leurs propres ambitions et intérêts et non de celui du bien commun d’une humanité conviée, tout autant qu’eux, au partage de ces mêmes valeurs et richesses.
 
Alors, dans ce contexte, que dit Benoît XVI, conscient de toutes ces choses, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix ? Que dit-il à ces chrétiens guerriers, prédateurs des richesses des autres, et que dit-il à ces chrétiens qui luttent vraiment pour l’avènement d’un monde de justice, de vérité, de paix et de compassion ?
 
Je me permets de relever certains extraits de cette intervention.
 
« il est encourageant de constater que les chrétiens – peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes – s’engagent dans l’histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses[1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous. »
 
Commentaire : Comment peut-il constater pareil engagement des chrétiens alors que l’Europe chrétienne et l’Amérique chrétienne sont les premiers fauteurs de troubles dans le monde ? Au Moyen-Orient et en Afrique, c’est l’évidence même alors qu’en Amérique latine ce sont ces oligarchies chrétiennes soutenues par leurs cardinaux, leurs évêques et leurs pasteurs qui s’en prennent aux peuples, également chrétiens, qui cherchent, pour leur part, à s’affranchir de la domination politique et économique de ces derniers. Dans ce dernier cas, que fait l’Église hiérarchique pour soutenir et encourager ces peuples de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, du Paraguay et de l’Uruguay et j’en passe qui luttent pour s’affranchir de ce capitalisme sauvage et rendre possible une nouvelle solidarité au service prioritaire du bien commun ? Dans la majorité des cas, les évêques et cardinaux se font discrètement solidaires des oligarchies et de l’empire. Ce fut le cas au Honduras, au Venezuela, en Équateur et en Bolivie.
 
Plus loin il poursuit en précisant les causes rendant la paix si difficile :
 
« la prévalence d’une mentalité égoïste et individualiste qui s’exprime également au travers d’un capitalisme financier sans régulation nous inquiète. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu’elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix. »
 
Commentaire :
 
Pour comprendre Benoît XVI, il faut prêter attention tout autant à ce qu’il ne dit pas qu’à ce qu’il dit. Dans le cas présent, il sait très bien que le système capitaliste conduit à l’inhumanité. Dans son premier livre sur Jésus de Nazareth, il avait eu cette définition du capitalisme qu’il opposait à l’époque au communisme sanguinaire des pires années de l’URSS, question de le rendre encore acceptable, faute de mieux.
 
« Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde (p.120).
 
Dans un autre passage de ce même livre, il a cette interprétation surprenante de Karl Marx :
 
N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécue sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation » de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits (p.224). 
 
Benoît XVI se garde bien de reprendre ces mêmes termes pour parler, du haut de la tribune de la Place St-Pierre, de « ce capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise ». L’allusion aurait été trop directe à cet empire avec lequel il a déjà célébré un si agréable anniversaire de naissance. Il préfère plutôt parler d’un « capitalisme financier sans régulation qui l’inquiète ». Là encore, pour en atténuer davantage les travers, il y oppose immédiatement « ces différentes formes de terrorisme et de criminalité internationale, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion. »
 
On comprendra que dans l’esprit de son auteur, ces références ciblent surtout les musulmans, les islamistes et les arabes. Il ne saurait être question d’impliquer les États-Unis et les forces de l’OTAN dans des opérations terroristes ou encore de croire que le fondamentalisme puisse se retrouver quelque part chez les chrétiens.
 
Il poursuit son intervention, cette fois sur les artisans de la paix.
 
« Ils (les artisans de paix » comprendront qu’ils ne sont pas seuls parce qu’Il  (le Nazaréen) est du côté de ceux qui s’engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l’amour.
 
Commentaire
 
Quelle belle occasion de parler de la désinformation qui s’impose à grande échelle et qui empêche la vérité d’atteindre toutes les personnes de bonne volonté. Une désinformation soutenue et encouragée par les belligérants qui contrôlent les grands réseaux de communication. Comment peut-on prétendre être des artisans de paix lorsque le mensonge est partie prenante de ces guerres de conquête ?
 
Pas un mot sur ce quatrième pouvoir qui rend possible les guerres et la tromperie qui va avec.
 
Une occasion de relever également le caractère antiévangélique de la course aux armements et le caractère scandaleux des budgets consentis aux armements et à la guerre par certains pays à majorité chrétienne.
 
Ç’aurait été également un moment tout indiqué pour parler de ces injustices commises à l’endroit de peuples entiers, en s’emparant de leurs richesses et en les poursuivant chaque fois qu’ils essaient de reconquérir leur indépendance et leur souveraineté sur leur propre territoire. C’est le cas en Amérique latine où on continue à défaire des gouvernements légitimement élus, comme au Honduras et au Paraguay.
 
D’ailleurs, Benoît XVI se garde bien de parler de l’Amérique latine dans ses grandes interventions. Son silence lui permet de garder ses bonnes relations avec l’Empire.
 
Je termine avec un dernier commentaire, question de ne pas être trop long
 
« De plusieurs côtés, il est reconnu qu’aujourd’hui un nouveau modèle de développement comme aussi un nouveau regard sur l’économie s’avèrent nécessaires.
 
Depuis plus de treize ans, plusieurs pays de l’Amérique latine oeuvrent à l’émergence d’un nouveau modèle de société. Celui qui en aura marqué les principales caractéristiques est le Venezuela sous la gouverne d’Hugo Chavez.
 
Dans son cas, il tourne le dos au « capitalisme qui ravale l’homme au rang de marchandises » et se tourne plutôt vers un socialisme qui rejoint pour l’essentiel les lignes directrices de l’encyclique Paix sur terre de Jean XXIII. Un de ces principes reconnaît « l’État autant que nécessaire et le privé autant que possible. »
 
Selon cette approche l’État est le maître d’œuvre  et le premier responsable de la gestion des richesses d’un peuple et de la réalisation du bien commun de la société. Tous les autres intervenants doivent s’ajuster à cette gérance de l’État, tout orientée au service du bien commun.
 
Alors, pourquoi ne pas avoir parlé de ces expériences nouvelles qui révolutionnent actuellement la vie de millions de Latino-Américains et qui ouvrent les portes vers un avenir plus prometteur pour la justice, la vérité et la paix ?
 
Pas un mot sur cette alternative qui apporte de nouvelles perspectives de développement et projette un nouveau regard sur l’économie.
 
Conclusion
 
Les mots et les discours trouvent leur âme dans le vécu des personnes et des peuples. S’ils n’en jaillissent pas, elles demeureront lettre morte.
 
L’engagement et la capacité de nommer les choses et les personnes par leur nom donnent à son auteur la mesure de sa liberté et de sa crédibilité.
 
Oscar Fortin
Québec, le 3 janvier 2013
http://www.alterinfo.net/DIEU-ET-LA-GUERRE-FONT-BON-MENAGE-AUX-ETATS-UNIS_a85339.html

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