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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 06:13

Ce texte restera pour longtemps dans nos pensées! C'est un texte pour l'Histoire.

Le  Dr Nurit Peled-Elhanan est la maman de Smadar Elhanan, une fille de 13  ans tuée en septembre 1997 lors d’un attentant suicide à Jérusalem par  la résistance palestinienne.
 


Nurit Peled-Elhanan

Nurit  a prononcé le discours ci-après à l’occasion de la Journée  Internationale de la Femme, organisée en début du mois (juillet  2010) à Strasbourg.

Je vous invite à bien  écouter et à comprendre les paroles d’une mère endeuillée par la perte  de sa fille, tombée victime d’une attaque terroriste brutale et aveugle.  Ainsi, j’ose espérer que ses propos soient assimilés par tous ceux en  quête de paix dans notre monde tant agité et divisé.


Pour des jours meilleurs,
Professeur Avraham Oz, Université de Haïfa - Département de Littérature Hébraïque et Comparée.


Permettez-moi,  tout d’abord, de vous remercier pour votre invitation à cette journée.  C’est toujours un honneur et un plaisir d’être ici parmi vous, au sein  du Parlement Européen.

Toutefois, je dois avouer  qu’il aurait été plus judicieux si vous aviez invité une femme  Palestinienne à ma place, car les femmes qui souffrent le plus dans mon  pays sont les femmes Palestiniennes. C’est pourquoi je voudrais dédier  mon discours à Miriam R’aban et son époux Kamal de Bet Lahiya dans la  Bande de Gaza, dont les cinq petits enfants avaient été tués par des  soldats israéliens alors qu’ils cueillaient des fraises dans la  fraiseraie familiale. Evidemment, ce meurtre ne sera jamais jugé.  Lorsque j’ai demandé aux organisateurs la raison pour laquelle une  invitation n’a pas été adressée à une femme Palestinienne, on m’a  répondu que cela risquerait de trop focaliser les discussions.

J’ignore  ce qu’est la violence non localisée. Je sais par contre que le racisme  et la discrimination, bien qu’ils soient des concepts théoriques et des  phénomènes universels, ont toujours un impact local. La douleur, tout  comme l’humiliation, l’abus sexuel, la torture, la mort et même les  cicatrices sont tous locaux.

Cependant, il est quand  même déplorable de constater que la violence qu’exercent le gouvernement  israélien et son armée sur les femmes Palestiniennes se soit répandue à  travers tout le globe. En fait, la violence, quelle soit de l’état ou  de l’armée, collective ou individuelle est aujourd’hui le sort des  femmes musulmanes, pas uniquement en Palestine, mais partout dans le  monde ; dans chaque contrée où le monde occidental émancipé tend et  impose son empreinte impérialiste. C’est une violence qui n’est presque  jamais abordée et qui est passivement tolérée par la plupart des  personnes en Europe et au Etats-Unis. Tout cela parce que le soi-disant  monde libre craint la matrice musulmane.

La Grande  France, par exemple, dont la devise est « Liberté, Egalité, Fraternité »  a peur des petites filles voilées. De son côté, le Grand Israël craint  la matrice Musulmane que ses ministres désignent comme une menace  démographique.
La toute-puissante Amérique et la  Grande Bretagne sont en train de corrompre, respectivement, leurs  citoyens en leur transmettant une peur aveugle à l’égard des Musulmans.  Ces derniers sont appelés de tous les noms d’oiseaux et décrits comme  étant des ignobles, des primitifs, des sanguinaires en dehors du fait  qu’ils soient anti-démocratie, chauvins et producteurs en masse de  futurs terroristes. Pourtant, les individus qui détruisent le monde  aujourd’hui ne sont pas Musulmans ; l’un d’entre eux est un fervent  Chrétien, l’autre est Anglican et un troisième qui est juif non  pratiquant.

Je n’ai jamais fait l’expérience des  souffrances subies chaque jour et chaque heure par les femmes  Palestiniennes, et j’ignore la nature de la violence qui transforme la  vie d’une femme en un enfer permanent. Ces femmes souffrent le martyre à  cause de la torture mentale et physique endurée au quotidien. Elles  sont privées de leurs droits humains les plus fondamentaux et du droit  de chacun à jouir d’une dignité et d’une intimité. En effet, à n’importe  quel moment de la journée, comme de la nuit, leurs maisons sont prises  d’assaut et ces femmes, sous la menace de l’arme, sont forcées de se  dévêtir, laissées nues devant des étrangers et sous les yeux de leurs  propres enfants. Ces femmes, dont les maisons sont démolies, sont  privées de tous moyens d’existence et d’une vie familiale normale. Tout  cela ne fait pas partie de mon expérience personnelle. Cependant, je  suis victime de la violence à l’encontre des femmes dans la mesure où la  violence contre les enfants n’est autre qu’une violence contre les  mères.

En effet, je considère les femmes  Palestiniennes, Irakiennes et Afghanes comme mes sœurs car nous sommes  toutes à la merci des mêmes criminels sans scrupule qui se sont  autoproclamés leaders du monde libre et émancipé. Hélas, c’est au nom de  cette liberté et de cette émancipation qu’ils volent nos enfants.

En  outre, un véritable conditionnement et un lavage de cerveau intense ont  aveuglé les mères Israéliennes, Américaines, Italiennes et Britanniques. Elles ne peuvent plus réaliser que les seules sœurs et alliées qu’elles peuvent avoir dans ce monde sont les mères Musulmanes Palestiniennes, Irakiennes ou Afghanes, dont les enfants sont tués par les nôtres, ou bien, choisissent de se faire exploser et de voler en morceaux en emportant notre progéniture avec eux.

Elles  ont donc perdu la faculté d’analyser puisque leur cerveau a été conditionné ou même infecté par des virus produits par les politiciens. Ces virus, bien que dissimulés sous plusieurs appellations glorieuses comme Démocratie, Patriotisme, Dieu ou Patrie, sont en réalité identiques. Ainsi, ils découlent d’idéologies fausses et erronées visant   à enrichir les riches et à donner le pouvoir aux puissants.

C’est  pourquoi, nous sommes toutes victimes d’une violence à la fois mentale,  psychologique et culturelle qui nous transforme en un groupe homogène  constitué de mères endeuillées ou potentiellement endeuillées.
Les  mères occidentales, du fait de tous les enseignements qu’elles reçoivent, sont persuadées que leur matrice est un atout national alors que celle des Musulmanes n’est qu’une menace internationale. On leur a malheureusement enseigné de ne jamais s’écrier : « Je l’ai mis au monde,  je l’ai allaité, il est à moi et je n’accepterais jamais qu’il fasse  partie de ceux dont la vie est ne vaut pas un sou, puisque moins précieuse que le pétrole, et dont l’avenir ne vaut pas un morceau de terre ».
En fait, nous sommes toutes terrorisées par  une éducation qui envenime nos esprits et qui nous pousse à croire que  tout ce que nous pouvons faire est de prier pour que nos enfants  retournent chez eux, ou bien de se montrer fières devant leurs corps  sans vie.

Nous avons toutes été, faut-il le  souligner, élevées de manière à supporter en silence toutes ces  épreuves, à contenir notre peur et notre frustration, à soigner notre  anxiété avec le Prozac, mais à ne jamais acclamer Mère Courage en  public. Ne jamais être une véritable maman juive, italienne ou  irlandaise.

Je suis une victime de la violence  d’Etat. Mes droits naturels et civils en tant que mère ont été violés et  continuent de l’être car j’appréhende le jour où mon fils, ses 18 ans  fêtés, me sera arraché et sera emmené loin de moi pour servir de pion  entre les mains des criminels appelés Sharon, Bush et Blair ainsi que  leur clan des généraux assoiffés de sang, de pétrole et de terre. Eu  égard au monde dans lequel je vis, à l’état dans lequel je vis, au  régime auquel je suis soumise, je n’oserais sûrement pas proposer aux  femmes Musulmanes des idées pour changer leurs vies. Je ne voudrais pas  qu’elles se dévoilent la tête ou qu’elles adoptent une méthode  différente pour élever leurs enfants. Je ne me permettrais pas de les  conseiller vivement de bâtir et d’instaurer des Démocraties suivant le  modèle occidental qui les méprise, elles et les leurs.

Je  voudrais seulement leur demander humblement d’accepter d’être mes sœurs. Je voudrais leur avouer que je reste admirative devant leur persévérance et leur courage pour ne pas abandonner, pour continuer à avoir des enfants et surtout, pour préserver une vie familiale empreinte   de dignité en dépit des conditions de vie absurdes imposées par mon monde.

Je voudrais également leur assurer que la même  douleur qui nous déchire nous a unies car nous sommes toutes victimes  de la même violence, même s’il faut reconnaître que leur souffrance  surpasse la nôtre puisque ce sont elles que mon gouvernement et son  armée, financés par mes impôts, maltraitent et malmènent.
Par  ailleurs, je tiens à signaler que l’Islam en soi, comme le Judaïsme en  soi et même le Christianisme, ne constituent aucune menace pour moi. Par  contre, la véritable menace émane de l’impérialisme américain, de  l’indifférence et de la coopération européenne, du racisme israélien et  de son système d’occupation hostile. Et c’est le racisme, la propagande  pédagogique et la xénophobie imprimée dans les esprits qui incitent et  amènent les soldats israéliens, pour des « prétendus » motifs de  sécurité à sommer les femmes Palestiniennes, sous la menace de l’arme,  de se déshabiller sous les yeux de leurs enfants. C’est aussi l’extrême  mépris et manque de respect et de considération qui conduisent les  soldats américains à violer des femmes Irakiennes. Les même raisons  autorisent les geôliers israéliens à enfermer des jeunes femmes dans des  conditions des plus inhumaines et barbares, en l’absence d’un minimum  d’hygiène.

Les femmes prisonnières sont privées  d’électricité pendant l’hiver, d’eau ou de matelas propres. Pire encore,  elles sont séparées de leurs bébés nourris au sein et de leurs petits  enfants. Le supplice se poursuit pour ces femmes pour lesquelles le  chemin de l’hôpital est barré, celui de l’éducation bloqué, leurs terres  confisquées, leurs arbres déracinés, et travailler leurs terres et  champs leur est désormais interdit.

J’essaie de me  mettre à la place des femmes Palestiniennes, mais je peine à les  comprendre ou à comprendre et à sentir leur douleur. J’ignore aussi  combien j’aurais survécu à une telle humiliation et à un tel irrespect  de la part du monde entier.
Par contre, ce dont je  suis entièrement consciente est que la voix des mères à été très  longtemps étouffée dans cette planète dévastée par la guerre. Comment  peut-on ouïr et témoigner des pleurs des mères si elles ne sont pas  invitées à des forums internationaux comme celui d’aujourd’hui ?

Même  si tout ce que je possède n’est pas exhaustif, je demeure convaincue,  sans jamais l’oublier, que ces femmes sont mes sœurs et que mon devoir  envers elles consiste à pleurer pour elles, à me battre pour elles. Il  faudrait se rappeler que ces femmes perdent leurs enfants dans des  fraiseraies ou sur des routes crasseuses près des check-points. Sur le  chemin de l’école, ils sont ciblés par les tirs de nos enfants qui ont  été élevés suivant le concept leur dictant que l’amour et la compassion  sont liés à la race et à la religion.

Devant toutes  ces femmes et tous ces enfants trahis, je ne peux qu’apporter mon  soutien tout en reprenant la question d’Anna Akhmatova (une autre femme  ayant vécu sous un régime de violence contre les femmes et les enfants) :  Pourquoi est-ce que ce filet de sang déchire le pétale de ta joue ?



Source : ici

 

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2010/11/24/19697205.html

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commentaires

comparateur mutuelle 25/11/2010 06:37



Interessant, merci :)



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