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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 03:27

Du bon et du mauvais rôle des utopies

Patrick MIGNARD
tableau : utopias - www.cenart.gob.mx

Rêver à un avenir meilleur est une constante de l’Humanité. La perfection, dans tous les domaines s’entend, si elle a pu prendre, à une certaine époque – et encore aujourd’hui pour certains – la forme de la quête du Graal, n’en demeure pas moins une quête essentielle qui fonde, ou devrait fonder – du moins quand elle est sincère, ce qui est loin d’être le cas général – l’engagement politique – au sens noble.

Pourtant, l’exaltation pour un idéal a pour sœur jumelle la déception, cette dernière nourrissant la désillusion et le scepticisme sur un éventuel « âge d’or de l’Humanité ».


LES VOIES RISQUEES DU RAISONNEMENT « RATIONNEL »

La vision utopique vient à la fois d’un constat et d’un désir, d’une aspiration.

Le constat, c’est l’ « imperfection » de l’être humain, le côté obscur de son intelligence comme diraient certains, le fait qu’ « animal social », il n’arrive pas toujours à vivre en « bonne intelligence » avec ses semblables et cela malgré son intelligence. Le côté animal c’est le désir de possession, de territoire, de la violence à l’encontre de l’autre… Il transpire sans cesse et fait de la vie sociale un combat.

Le désir, l’aspiration c’est la « société idéale », celle dans laquelle non pas le conflit n’existerait pas, mais celle où le conflit ne va pas jusqu’à l’affrontement, où il est résolu avant d’éclater, dépassé, assumé collectivement.

L’Homme est capable de… Oui, le problème c’est qu’il est capable de tout,… du meilleur comme du pire. Ceci était vrai hier, ça l’est encore aujourd’hui et le sera certainement demain.

Le problème c’est que, et le 20e siècle en est un parfait exemple, ce n’est pas parce que l’on tient un discours tout ce qu’il y a d’humaniste, que l’on a un programme tout ce qu’il y a de progressiste que… ça marche ! Toutes les expériences au 20e siècle ont échoué.

Il y a même pire : Ce n’est pas parce que l’on est convaincu que… l’on agit en conséquence, à fortiori, si on ne l’est pas. Pourquoi ?

On peut vérifier ce phénomène tous les jours… et les élections en sont une extraordinaire démonstration.

Ainsi, un nombre de plus en plus important de personnes ne font plus confiance aux politiciens,… pourtant ils les élisent. Cette attitude paraît proprement incompréhensible. On pourrait s’attendre à ce que celle ou celui qui présenterait l’avenir le plus idyllique remporte tous les suffrages, ou du moins une écrasante majorité,… or ce n’est pas du tout comme cela que ça se passe. Pourquoi ? Parce qu’un facteur joue de manière déterminante : la situation acquise et son espoir de l’améliorer.

Il y a un décalage entre l’espoir d’une société nouvelle et la volonté et le courage de quitter la situation présente,… même si elle est difficile. Ceci explique que ce ne sont pas forcément les classes sociales les plus exploitées qui renversent les systèmes en place… Ce ne sont pas les esclaves qui ont détruit l’Empire Romain, pas plus que les paysans, l’Ancien Régime, pas plus que la classe ouvrière, le Capitalisme.

Ceci explique également le caractère parfaitement dérisoire du discours politique actuel radical qui tente de séduire le citoyen, ou des pratiques « révolutionnaires » qui s’emparent du pouvoir pour… « faire le bonheur du peuple ».

Ainsi, et on en fait régulièrement l’expérience, ne peuvent séduire, convaincre, que ceux qui ont prise sur la réalité… Ceux qui ne proposent que des idées échouent. De même que s’emparer du pouvoir, même si on « change » la réalité,… on échoue. Exemple : les révolutions dites « socialistes ».


FAIRE RÊVER… MAIS PAS TROP

« Faire rêver » est l’attitude la plus irrespectueuse qui soit. C’est la meilleure manière d’agir sur l’inconscient, les faiblesses, les désirs voire les fantasmes de celle ou celui à qui on s’adresse. C’est le déposséder de tout esprit critique,…c’est, au sens plein du terme, lui faire prendre son rêve pour la réalité.

C’est exactement ce que font les politiciens aujourd’hui : ils nous vendent du rêve, de l’image. Mais ils nous garantissent aussi une « relative stabilité »,…ils nous « rassurent », ils évitent de nous « proposer » l’aventure, l’inconnu,… et on leur en sait grés,… la preuve ils sont systématiquement réélus… Par contre, ceux qui nous font rêver complètement,… ils n’ont aucune chance d’être acceptés. On trouve sympa leur discours, … mais personne n’y croit – peut-être eux, et encore !

Quand l’utopie apparaît comme une utopie il y a de forte chance qu’elle n’ouvre aucune perspective.

Ce principe que l’on appellera « de réalité » joue un rôle fondamental dans le changement – ou le non changement – social. C’est lui qui structure la « vie politique ».

Ainsi, plus le programme politique est idyllique, moins il a de chance de convaincre. C’est ce que n’ont évidemment pas compris les « organisations révolutionnaires » toujours prêtes à en rajouter… C’est ce, par contre, qu’ont parfaitement compris les gestionnaires, de Droite comme de Gauche du système qui jouent habilement sur les deux tableaux.

Il faut que l’utopie fasse rêver sans cependant apparaître comme une utopie. C’est la carotte suspendue au bout de la perche qui fait avancer l’âne.

La démagogie, le populisme ne sont qu’une subtile alchimie entre ce désir de conserver et cet espoir de changer. C’est ce qui a transformé « le » politique en « la » politique.


REVENONS DONC AU POLITIQUE

Le rejet – tout à fait compréhensible – de la politique, n’est pas forcément synonyme de reconquête du politique. C’est toute l’ambivalence qui caractérise l’abstention.

S’il y a une vie après la politique, encore faut-il la construire. Mais actuellement, nous ne savons pas. Toute notre culture politique est basée sur l’irresponsabilité et la démission. Les politiciens nous disent, « faites nous confiance, on s’occupe de tout »…. Et la majorité les croit. Et ainsi va la vie politique, misérables, mystificatrice,… jusqu’à l’insupportable.

Quand on en arrive à ce stade,… et aujourd’hui on en approche, on ne sait plus quoi faire. C’est à ce moment que les politiciens, essayent désespérément de récupérer la situation, d’exploiter le désarroi, voire de culpabiliser celles et ceux qui refusent de jouer le jeu truqué des élections…

Il n’y a rien à attendre du côté de la « classe politique »… la reconquête du politique passe par l’ouverture d’un nouveau champ : celui de la pratique sociale nouvelle.

Bien sûr, dans ce nouveau domaine, tout est à faire, tout est à découvrir,… Rien n’est dit sur lui dans les « manuels d’instruction civique » qui ne sont que des traités de soumission habilement maquillés en « guide du parfait petit citoyen ».

Causer monde nouveau quand on essaye de mettre en place des relations sociales nouvelles, entre producteurs et consommateurs, entre producteurs, entre consommateurs, c’est autre chose que de faire confiance en un « Père Noël » qui vous promet de remplir vos « petits souliers » en gagnant par ses promesses et la fonction qu’il va occuper pour cela, dix fois votre salaire (si vous avez la chance d’en avoir un)…. Sachant qu’en fin de conte (de fées) il ne réalisera rien… Des noms ? Des exemples ?

C’’est à cette déconstruction de la pensée politique dominante que nous devons nous atteler, c’est aussi par ces pratiques dans ce nouveau champ que nous devons commencer.

Patrick MIGNARD

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Du-bon-et-du-mauvais-role-des-utopies.html

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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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